De charybde en silla

4 minutes de lecture

« Viens je t’emmène » c’est la phrase qu’a entendue Pascal avant qu’une cagoule ne s’abatte sur sa tête et que des mains l’attrapent et le jettent dans une voiture. Il s’est fait ligoter et bâillonner avec une boule qu’ils ont enfoncée dans sa bouche, à travers la cagoule, la bloquant avec un tissu noué derrière son crâne. Pascal a l’impression qu’il va étouffer, le baillon l’empêche de respirer correctement. La voiture démarre, les cahots et les virages lui font perdre tout repère. Pascal se retient de vomir. Ses pensées se bousculent dans sa tête.

Une rançon, ils doivent vouloir une rançon. Son entreprise est florissante, il se demande combien Charlène, sa future femme, arrivera à débloquer pour les payer. Il aimerait parler à ses ravisseurs, leur dire qu’il va céder. Son cœur bat la chamade.

Soudain, la voiture s’arrête. Une portière claque. Des mains le saisissent sous les aisselles et d’autres s’emparent de ses chevilles. Il se débat comme un beau diable, mais sans succès. Ils le tirent hors de la voiture. L’air froid le fait frissonner. Quand ils le déposent par terre, la neige lui glace la joue. Il se tortille tandis qu’un des ravisseurs tire sur ses liens et lui dit : « T’as intérêt de te libérer rapidement, sinon tu vas mourir de froid et tu seras dévoré. ». Deux portières claquent, le bruit du moteur décroît. Pascal reste seul et terrifié. Il comprend qu’il ne pourra compter que sur lui-même.

Il se débat dans la nuit, son corps trapu et entièrement vêtu de cuir noir se contorsionne désespérément. À force de tirer sur ses liens, il s’irrite les mains jusqu’au sang, mais il parvient à les faire céder. Une fois libre, il regarde autour de lui. Il fait sombre. Il y a un ancien manège, éteint. Personne à l’horizon. Pourquoi l’a-t-on abandonné ici ? Ce n’est donc pas un kidnapping ? Que se passe-t-il ? Il se demande où il est. L’endroit ressemble à une fête foraine abandonnée. Il fait quelques pas et il distingue plus loin un feu qui brûle près d’une caravane. Soulagé, il s’en approche quand un grognement étrange le fait se retourner. Il discerne des silhouettes qui viennent dans sa direction. Elles avancent lentement, de manière saccadée, ces créatures ressemblent à… des zombies ! Ce n’est pas possible ! Il n’y croit pas et pourtant il s’affole quand même. Depuis son kidnapping plus rien n’a de sens. Il hésite sur la conduite à suivre : D’un côté la roulotte - mais il ne sait pas ce qu’il pourrait y trouver - et à sa droite le parc d’attraction. Il choisit la fuite.

Il court, dérapant sur la neige glissante. Le parc enneigé et abandonné est sinistre. Tous les films d’horreur qu’il a vu lui reviennent en tête, l’effrayant encore davantage.

Il voit des empreintes de pieds près d’un banc. Il s’arrête net. Il entend à nouveau des grondements, il est au bord de la crise cardiaque. Mais il doit fuir ! Il bifurque sur la gauche et manque rentrer dans…un revenant ! Son visage est un immonde magma en putréfaction d’où émerge un œil unique qui le fixe. Pascal, tétanisé, voit l’orifice qui lui sert de bouche s’entrouvrir. Une voix sifflante dit : « Maaanger ! » tout en tendant les mains pour l’attraper.

Pascal recule en criant et rebrousse chemin en s’enfuyant à toutes jambes, il revient vers la caravane. Une horde de zombies arrive. Il commence à distinguer des détails affreux. Il lui faut du secours et une arme. Il s’empare d’une grosse branche de bois qu’il trouve près du feu. Il s’approche de la roulotte en hésitant à y pénétrer. Il lutte contre la panique qui le gagne, il s’encourage à mi-voix : « Allez Pascal, c’est pas une horde de zombies qui vont t’abattre ! Tu es un gagnant, tu vas y arriver ». Il évite de penser au fait qu’il pourrait se retrouver piégé à l’intérieur. Les revenants se rapprochent et ne vont pas tarder à l’encercler.

Il ouvre brutalement la porte. La roulotte est vide ! Il entre et se barricade en tremblant. Des coups commencent à résonner sur la paroi. Pascal sent des larmes de terreur poindre. Il a la trouille de sa vie. Soudain, il sent son mobile vibrer ! Dans le feu de l’action il n’avait pas réalisé qu’il l’avait encore sur lui. Hourra ! Sauvé ! Il va pouvoir appeler à l’aide ! Mais en s’en saisissant il voit le message : « Vive le futur marié ! T’as peur des zombies maintenant ? ». Il provient Nathan, un de ses amis. Ahuri, il regarde sans comprendre lorsque des coups résonnent en rythme sur la paroi et des voix humaines scandent son nom : « Pascal ! Pascal ! ».

Ses jambes se dérobent de soulagement. Il réalise que ses potes lui ont organisé un enterrement de vie de garçon, de fou ! Il tremble peinant à se remettre de ses émotions. Il a envie de les frapper et de les embrasser à la fois. Il regrette de les avoir mis au défi de le surprendre. Il sait qu’ils sont aussi barjes que lui, mais jamais il n’aurait imaginé ça ! Ben c’est réussi ! Il est aussi un peu penaud, lui, le taré adepte du gore, ils l’ont bien eu !

Les voix s’amplifient et la caravane bouge sous leurs coups. Il doit sortir maintenant, sous peine de passer pour un poltron. Il ne comprend pas comment ils ont réussi à organiser tout cela. Simuler son kidnapping, l’emmener dans cet endroit lugubre et simuler ces monstres tellement réalistes. Il n’y a qu’une solution pour le savoir. Pascal ouvre prudemment la porte et découvre leur complice, Charlène, la traîtresse ! Elle, Nathan, quelques autres amis plus d’autres personnes qu’il ne reconnaît pas, se regroupent pour le féliciter. Ils sont hilares ce qui les rends encore plus hideux, car ils n’ont pas retiré complétement leur déguisement. Pascal hésite entre la colère et le soulagement, mais Charlène lui offre son plus beau sourire et il fond. Il espère que dans quelques temps il rira de cette horrible aventure. Mais beau joueur, il les félicite.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Vous aimez lire Laéra ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0