Une liberté tant attendue – semaine 4/52

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Apprêtée comme elle le devait, Nina se dépêcha d’installer la table avant que Richard rentre de sa journée. Son époux l’avait appelée en sortant de l’hôpital, surexcité, à l’idée de lui annoncer une magnifique nouvelle. Une information capitale qu’il voulait partager autour de son repas favori : tartare de saumon en entrée, cocotte de noix de Saint-Jacques accompagnée de son trio de riz et un café gourmand.

Malgré le temps restreint que possédait Nina pour cuisiner, le dîner chauffait lorsque son mari franchit les portes de la villa.

« Bonsoir, mon amour ! » s’exclama-t-il avec entrain.

Richard déposa un tendre baiser sur les lèvres d’une Nina, surprise par ce geste. Cette attitude ne la bluffa que quelques minutes, car il s’assit dans son fauteuil, proche de la cheminée, et attendit.

Reprendre sa posture usuelle de maîtresse de maison se révélait plus pénible que d’habitude pour Nina. Même si elle ne comprenait pas, elle sentait que quelque chose de terrible émanait de cette jovialité singulière. Toutefois, elle sortit la bouteille de Grey Goose du seau à glaçons et lui servit un verre. Puis, elle le débarrassa de ses chaussures ainsi que de sa veste.

Tandis qu’elle attendait une prise de parole autoritaire, elle s’imagina le pire. Pourquoi son mari agissait-il de manière si enjouée ? Ces dernières semaines lui semblaient-elles inexistantes ? Richard s’exaltait, verre à la main, comme s’il détenait un trésor entre ses doigts.

Devant sa contemplation, légèrement déboussolée, elle ne prêta pas attention au toussotement accusateur de son mari.

« Un autre ! requerra-t-il en tendant le verre vide.

  • Oui bien sûr mon chéri. »

Richard, prêt à lui déclarer la grande nouvelle, ordonna à Nina de s’asseoir sur ses genoux. Maladroitement, elle s’installa comme il le souhaitait. La jeune femme n’en pouvait plus et oscillait entre panique et sécurité.

Pressée de connaître la raison de cette tendresse insolite, elle ne sut garder le silence.

« Quelle nouvelle voulais-tu porter à ma connaissance ? »

Richard, d’abord surpris par l’effronterie de sa femme, sourit, attendri.

« Je ne suis plus malade ! Les médecins se sont trompés ! » s’extasia-t-il devant l’incompréhension de Nina.

La compagne russe ne saisit de suite l’ampleur de la situation. Son âme-sœur lui expliquait en long, en large et en travers l’erreur médicale : une tumeur inopérable dans le lobe cérébral se révélait n’être qu’un kyste qui se résorbait avec le temps.

Elle restait pétrifiée. L’angoisse et la peur l’empoignaient davantage que l’étreinte de Richard.

C’était donc ça, sa grande nouvelle. Il n’allait pas mourir, il n’allait pas la quitter sous le couperet de la faucheuse.

Дерьмо !

La déclaration de Richard la chamboulait au point de ne plus pouvoir penser ou agir correctement. Alors quand il lui demanda de se vêtir d’un ensemble lingerie sexy, elle saisit l’occasion de se ressaisir. En vain, posée sur le sol du dressing, une boîte à chaussures la suppliait de l’utiliser à bon escient.

À genoux, elle contempla l’objet du délit commandé sur le net. Elle avait lu maintes fois la notice et connaissait parfaitement sa posologie.

Dire que l’unique chose qu’elle avait su et pu faire, toute seule, résidait dans le fait d’acheter de quoi se suicider ! Une belle ironie ! Mой бог ! Mon Dieu !

Elle vit à travers ses pilules translucides la porte de sortie, une échappatoire possible à cet enfer qu’elle subissait depuis six mois.

Elle refusait de continuer sur cette voie. Elle tentait de s’accoutumer à cette nouvelle vie tandis qu'elle supportait de nombreuses choses ignobles de la part de cet homme. Désormais, fuir la réalité ne semblait plus être une solution, elle devait agir et mettre un terme à ce quotidien morbide. Elle devait abréger sa vie.

Elle se revit lors de son inscription à cette agence matrimoniale étrangère où elle espérait tant trouver l’amour avec un grand A.

Un peu naïve ? Sûrement, mais pas au point de subir le caractère lunatique de cet homme. Amoureuse ? Bêtement, de sorte qu’elle se laissa dépasser par la violence de son compagnon. Croyante ? Certainement, de telle façon qu’elle se plia sous les abus de son mari afin qu’il lui accorde l’amnistie d’une union symbolique.

Six mois plus tôt

« Maintenant, tu m’obéis, je suis ton maître. Tu n’as le droit ni de penser par toi-même, ni d’émettre un avis, ni de parler sans mon accord. Comprends-tu ? Вы понимаете ?

  • Oui, да, accepta Nina sans concevoir totalement le sens caché de cette entente.
  • Parfait, j’ai déboursé un max de thunes pour toi, alors j’attends de toi une complète servitude à mon égard. Tu partageras mon avis, quoi que tu en penses. Tu me promets fidélité, sans contrepartie. Tu seras une femme de maison et une très bonne maîtresse. Tu assouviras tous mes désirs, compris ? Il n’y a pas de compromis, soit tu acceptes toutes mes conditions soit je repars, sans toi.
  • Да »

Le pasteur, alloué à l’occasion par le groupe de trafiquants, prononça ces mots si simples et normalement débordants d’amour :

« Mademoiselle Nina Alekseï, concédez-vous à prendre pour époux Richard de Montaigne ? »

Quand le docteur avait annoncé le diagnostic de son mari, elle pensait que ses prières avaient été entendues. Ce grave souci, pour d’autres, lui paraissait libérateur : elle réussissait à sortir de l’impasse de sa vie. Tout ce qu’il lui restait à faire consistait à attendre la fin. Guetter le jour où il s’éteindrait.

Depuis quatre semaines, Nina s’imaginait vivre un quotidien heureux et paisible sans son mari. Elle souhaitait s’inscrire à une de ces formations linguistiques en perfectionnement de la langue française pour envisager de trouver un emploi et d’inaugurer une réelle insertion dans ce pays. Depuis trente jours, elle rêvait d’une autre vie qu’on lui accordait enfin, à travers la perte de son conjoint.

Suite au revirement de situation, tous ses espoirs s’envolaient.

Elle prit d’une main décidée l’outil du châtiment et redescendit. Elle prépara deux verres en prêtant attention à broyer trois gélules dans la vodka. S’il émettait un doute quant à l’initiative de son épouse, elle prétendrait l’envie de trinquer avec lui. Quoi de plus normal qu’un couple fête la survie inattendue de l’un d’entre eux, non ?

Cette fois-ci et pour l’unique fois de sa vie, elle se retrouva dans la position du meneur. Elle possédait le choix ultime de statuer sur son destin.

Pourtant libéré de sa pseudo-maladie, Richard ne vit pas le jour le lendemain matin. Son cœur s’arrêta alors qu’il dormait dans les bras de Nina.

Quatre heures plus tôt.

Lorsque Nina descendit des escaliers en tenue équivoque, une lueur d’aspiration et dérangeante la poussa à reconsidérer sa décision. Pourquoi faudrait-il qu’elle mette fin à ses jours ? Elle n’avait rien fait de mal ! Elle agissait par besoin de survie et se laissait dompter, tromper par un homme aux mœurs douteuses, au besoin d’asservir les femmes, car il en désirait toujours plus ! Pourquoi devrait-elle s’abstenir de vivre alors qu’il se trouvait être l'horrible personne qui devrait perdre le droit d’exister ?

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