Un traumatisme certain - Semaine 3/52

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L’inspecteur Reeves errait depuis bien trop longtemps dans une impression étrange. Des centaines de doutes l’immergeaient chaque heure de la journée. Il n'arrivait à rien. Sans parler de l'impression omniprésente de demeurer transparent quoiqu'il fasse, comme si ses actions n'avaient pas d'incidence au poste de police.

Il n’arrivait pas à se dépêtrer de ce sentiment. Quelles que soient ses actions, il restait dans une incertitude beaucoup plus pesante qu’il ne voulait se l’avouer.

Au début du mois, sujet à de terribles maux de tête, il avait pensé consulter un docteur. Malgré une douleur lancinante qui le paralysait certaines fois, il n’avait pas encore trouvé le temps de s’écouter.

Les folles journées cent pour cent boulot se succédaient sans répit. Aujourd’hui est une journée qui ne dira pas le contraire, pensait-il lorsqu’il reçut un appel du central

"À toutes les unités à proximité de la bijouterie d’Antan, rue Saint-Honoré, un braquage est en cours. Deux suspects de type européen, considérés armés et dangereux."

L’inspecteur, proche du 1er arrondissement, se dépêcha de répondre à l’appel. Il plaqua son pied sur l’accélérateur, enchaîna les vitesses tel un pilote de course. En l’espace de quelques minutes, il traversa la place Vendôme, sirène hurlante, et se retrouva à quelques mètres de l’attaque. Bosser sans collègue n’avait pas que des inconvénients tout compte fait. Personne pour lui dire de ralentir ou de respecter les panneaux de signalisation.

Un braquage d’une petite maroquinerie chinoise il y a trois semaines, aggravé en prise d’otage, a blessé un de ses confrères alors qu'il tentait de défier la situation avant que les malfrats s’en prennent aux clients.

La conviction qu'il s'agissait des mêmes types l’encourageait à aller vite pour les appréhender. En plus de l’adrénaline qui alimentait tout son être, l’espoir de se retrouver nez à nez avec ses truands lui décuplait son entrain, sa force de vivre, mais aussi sa migraine.

Un violent voile blanc lui barra la vue tandis qu’il se gara sur le trottoir. Reeves prit sa tête entre ses mains et respira profondément.

Pourtant arrivé premier sur les lieux, son mal l’empêcha d’envisager de sortir de son véhicule. D’autres collègues parvinrent et en un seul coup de force, les suspects furent appréhendés.

L’inspecteur quitta son étourdissement, et contempla la scène à travers son parebrise. Deux jeunes menottés, d'une vingtaine d’années, en tenue noire de commandos s’apprêtaient à monter dans le panier à salade.

Ces deux individus ne lui paraissaient pas inconnus. En particulier l’homme de droite, dos vouté, frêle, à la coupe de cheveux digne d’un surfeur californien.

Il essaya de chercher les circonstances d’une éventuelle rencontre antérieure, en vain. Toutefois, lorsqu’il croisa le regard perçant de cet homme. Il sut.

  • Putain ! Je t’ai dit quoi tout à l’heure, espèce de baltringue ? Dégage de là où sinon, tu auras leurs morts sur ta conscience. Va rejoindre ton collègue dans la voiture.

Le type à la cagoule, ne laissant en vue que ses yeux noirs pénétrants, ponctua sa revendication avec son flingue pointé vers moi.

  • Calme-toi, tu dois sans doute avoir tes raisons pour faire ce que tu fais, mais il y a d’autres solutions pour obtenir de l’argent.

Première règle : discuter avec le meneur d’otages tout en déculpabilisant son action.

  • Mais putain ! Casse-toi !
  • Tu sais bien que je ne peux pas partir. Je peux te proposer un deal.

Deuxième règle : négocier en faisant croire au meneur d’otages qu’il continue à dicter sa loi.

  • Genre ?
  • Moi, contre les trois otages.

Troisième règle : ne pas le brusquer, le laisser réfléchir.

Une minute plus tard, les deux clients ainsi que le propriétaire Mr Li Jong sortirent du magasin.

À cet instant précis, le complice émergea de l’arrière-boutique, sac de sport noir rempli à la main.

  • C’est qui ça, putain ? Un keuf ?

Le surfeur n’eut pas le temps de dire un mot qu’un bruit sourd d'une détonation résonna dans la boutique. Une douleur vive me percuta de plein fouet dans les côtes. Désorienté par cette souffrance intolérable, je m’effondrai à terre sous les yeux bleus cobalt du braqueur. Il ôta sa cagoule et s’agenouilla à mes côtés. Je pus lire sur ses lèvres "désolé" avant que son compagnon le rejoigne.

  • Putain, t’es con ! Pourquoi tu t’es démasqué ? Imagine qu’il te reconnaisse.
  • Faudrait déjà qu’il survive.
  • Mieux faut être sûr que non.

Un deuxième coup retentit.

L’inspecteur Reeves se rappelait avec effroi les dernières secondes de ce souvenir. Lorsqu’il releva la tête, il ne se trouvait plus dans sa voiture de service.

La rue Saint-Honoré s’était vidée de toute vie mobile. Les passants, les collègues ou encore les deux délinquants étaient figés avant de disparaître dans un halo brillant. Une seule silhouette se fendait dans ce décor illusionniste.

Tel un fantôme, son père se mouvait. Décédé il y a quatre ans durant le service, le capitaine Reeves, irradiant d’une lumière éblouissante, se dirigeait vers son fils, mains tendues.

  • Viens mon enfant, il est temps. Cela fait trois semaines que tu erres sans but. Il est temps désormais de procéder à la transition.

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