La Quête

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Voilà maintenant des jours et des heures que les malheureux et valeureux voyageurs marchent et se traînent dans l’immensité du désert de sable blanc, chacun portant un seau couleur fer à la main. Le ciel, tantôt gris à la levée du soleil et tantôt noir à sa disparition, se dresse au-dessus de leurs têtes en sueur, écrasant de chaleur.

Le peu de végétation consiste en quelques buissons secs, devenus gris foncé sous le travail acharné du brûlant astre blanc, et deux trois cactus au corps argenté et aux épines gris perle.

La chaleur est pesante, étouffante. L’espoir qui avait motivé le voyage n’est plus qu’un lointain souvenir et la marche n’est plus la chasse au trésor qu’elle devait être, mais une simple lutte pour la survie.

Ils sont des milliers. La procession s’étale sur des kilomètres, les premiers au bord de la mort, les derniers insouciants du danger. La tête du défilé ne croit plus en rien, et avance simplement, ignorant la sueur qui glisse sur leurs peaux grises, noires et blanches. Les yeux rivés au sol ils s’efforcent de mettre un pas devant l’autre.

Soudain, un cri. Un homme à l’avant hurle de joie, tenant en ses doigts une pincée de grains de sable. Jaunes. Colorés. Nuancés. Les premières couleurs aperçues depuis La Grande Extinction. Derrière lui ce ne sont pas seulement quelques grains de sables qui brillent tantôt crème tantôt bouton d’or, mais bien un tapis doré chatoyant qui occupe tout l'espace. Chacun crie, pleure, murmure sa surprise, son euphorie, son excitation ou son soulagement.

S'avançant sur ce trésor coloré, ils se pressent et courent presque, vers l’oasis qui les attend à l’horizon, toute fatigue oubliée. Ce paradis perdu y est aussi beau que dans la légende, peut-être même plus. Au-dessus de lui, seul un rond de ciel d’un bleu magnifique a l’honneur de profiter de son éclat, tranchant violemment avec le gris à perte de vue qui compose éternellement le reste de la voûte céleste. Sous ce parapluie azur, une étendue liquide prend place, abritée sous deux palmiers dont chacun se délecte d’en détailler les teintes. Un tronc marron et un feuillage vert rappelant à tous les mille nuances que la nature propose. Ici un marron bistre à l'endroit où il prend terre, là un acajou au niveau de ses frondaisons, ci et là un petit peu de brun parsemé par endroit, là haut un vert impérial colorant les immenses feuilles, leur revers tirant sur l’olive.

Et enfin l’oasis. Remplaçant les flots qui auraient dû se trouver dans le bassin, trois couleurs s’entremêlent en contrebas. Comme l’eau et l’huile, rouge magenta, bleu cyan et jaune primaire ondulent ensemble sans se mélanger.

S’armant de leurs seaux tous se ruent vers l’accomplissement de leur quête, après avoir crié en arrière le message suivant : “Nous avons réussi”. En un instant, celui-ci se répand comme une traînée de poudre jusqu’à la fin du cortège, faisant éclore liesse et énergie sur son chemin.

Tandis qu’à l’avant les premiers seaux se remplissent de couleurs, l’arrière a sorti pinceaux et palettes. De l’oasis colorée aux premiers villages, une ligne d’hommes et de femmes se forme sur plusieurs kilomètres. Les récipients passent de mains en mains, profitant de l’incroyable chaîne humaine. Déjà les artistes du monde, rassemblés pour l’occasion plongent leurs outils dans le liquide porteur d’espoir.

Mélanges. Infinité. Beauté.

Le monde retrouvera son éclat.

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