La Confrérie

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Quand Maître Kentigern entra dans le chalet, Amalia lui sauta dessus. Après dix jours passés seule sur les toits de l’Himalaya, elle comptait bien lui montrer ce qu’elle avait réellement dans le ventre, sans drogue dans le sang.

Elle rassembla ses deux mains, le concentrateur actif, et propulsa une violente vague de magie. Une onde se forma en un instant, bleuie par l’intensité de son énergie. Une déferlante large comme la moitié de la pièce fonça sur l’homme en rouge. Amalia se jeta vers l’entrée encore ouverte. Occupé à esquiver son assaut, Kentigern ne pourrait l’empêcher de fuir.

Le sorcier ne broncha pas et n’activa pas son concentrateur. L’attaque ne le fit pas même frémir. Il referma la porte. Amalia jura et lui lança son poing dans la figure avec un cri de frustration. L’homme dévia son coup d’un geste précis. La jeune femme se redressa pour enchaîner, mais il plaça son coude sur sa trajectoire. D’instinct, Amalia esquiva. Elle se décala avec souplesse et sauta hors de sa portée, entre la table et le paravent de sa petite chambre.

Kentigern ne lui laissa pas le temps de souffler et attaqua à son tour. Son sortilège explosif lui brûla le ventre et elle encaissa en prenant appui sur l’une de ses jambes. Elle leva les deux bras devant son visage et para le poing. La violence du coup infligerait à sa peau deux ecchymoses de taille égale. Une béquille lui faucha les mollets, elle se réceptionna plus ou moins sur ses mains en évitant de justesse le coin de la table.

La sorcière eut la présence d’esprit de lever les yeux et elle esquiva le pied qui fonçait sur son crâne en roulant sur le côté. Elle se redressa d’un bond et bloqua d’un contre-sort un sortilège visant sa brûlure. Essoufflée, elle dressa autour d’elle un bouclier de magie puissant et solide dont elle était particulièrement fière, mais, faisant fi de sa carapace, le maléfice suivant lui laissa une courte estafilade au poignet, juste au-dessus de son concentrateur.

Le combat se résuma en une succession d’enchantements et d’attaques au corps. L’homme, qui se mouvait avec une dextérité étonnante, se jouait d’elle. Il n’était pas sérieux. S’il pouvait passer à travers ses protections, s’il pouvait berner ses sens, alors il pouvait l’abattre d’un revers de la main. Il la testait, la poussait dans ses retranchements. Pourquoi ? Amalia souriait quand il restait imperturbable.

Peu à peu, il montait son exigence envers elle. La sorcière en prenait douloureusement conscience. Hors d’haleine, son corps accusait la violence de ce combat qu’elle ne pouvait remporter. Ses muscles s’alourdissaient, souffraient sous l’effort prolongé qu’elle leur imposait. Sa peau, malmenée par de nombreuses coupures, brûlures et contusions, prenait des couleurs inattendues.

Elle parvenait parfois à placer un coup. Elle tentait une parade, hasardait un contre… Ses attaques touchaient son adversaire, elle l’aurait parié, mais ça ne lui faisait aucun effet.

La jeune femme bloqua une vicieuse frappe du genou de sa main gauche et lui envoya un maléfice explosif à la figure. Aucun résultat. Elle grogna. Un sortilège vert, d’une intensité bien supérieure à ce qu’elle avait encaissé jusque là, la toucha dans le dos. Elle gémit de douleur en s’affalant contre lui. Le mage la soutint, la redressa et la repoussa, sans lui laisser de répit ; un charme bleu l’effleura juste au dessus de l’œil. Aveuglée par son sang, elle usa d’un charme-pansement pour maintenir la plaie au propre et reprit ses attaques.

Amalia perçut alors une variation dans les mouvements de son adversaire et comprit que, quoiqu’elle fasse, elle ne le toucherait plus. Elle avait l’impression de disputer une partie d’échecs contre quelqu’un qui avait déjà gagné le jeu. Elle dansait autour du mage sans jamais l’atteindre. Indifférente aux signaux d’alerte que lui envoyait son corps, elle ne se composait plus qu’en mouvements, sueur et cris de rage. Elle vidait sur lui sa frustration et son orgueil blessé d’être dépassée par un vieil homme.

Quand Maître Kentigern l’estima à bout, il l’arrêta des deux mains sur les épaules et lui mit un coup de genou dans le ventre avant de la repousser sur la chaise.

Amalia étouffa un cri, se plia en deux, le souffle coupé. Jamais, jusqu’alors, elle n’avait eu si mal.

D’une voix calme, Kentigern suggéra :

« Diffuse ta magie dans ton ventre. »

Inconsciemment, le corps de la sorcière suivit le conseil. Amalia sentit son flux magique changer. Un maillage s’étendit autour des lésions et la jeune femme reprit subitement sa respiration. Elle fronça les sourcils puis passa la main sur son abdomen.

« Je ne savais pas que l’on pouvait faire ça… »

Elle aurait dû se sentir furieuse, méfiante, mais elle redressa le regard vers lui, calme. Kentigern affichait un air neutre. Elle plissa les yeux, ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis se ravisa. Enfin, elle comprit. Rien n’émanait de lui. Elle ne sentait rien, littéralement rien : pas de colère, pas de peur, même pas l’amusement qu’elle était pourtant certaine d’avoir décelé sur son visage lors de leur affrontement.

Si elle ne l’avait pas observé, elle n’aurait pu deviner sa présence. Pas de magie, alors qu’il était de toute évidence très puissant, et, surtout, pas de sentiments.

Amalia réprima un frisson.

« Comment est-ce que vous faites ça ? »

Kentigern pencha légèrement la tête et l’incita à préciser sa question d’un froncement de sourcils.

« Cacher votre magie, vos sentiments.

— Tu les ressens toujours, n’est-ce pas ? »

Amalia se tendit immédiatement, inquiète. Elle n’en parlait jamais. Cela lui avait valu assez d’aller-retour chez le médic’. Très jeune, elle avait compris qu’elle devait le garder secret. À Wilma et Cédric, elle faisait confiance, mais Wilma était loin et Cédric…

« Comment est-ce que vous savez ça ? attaqua-t-elle, sur la défensive.

— Rien n’échappe à la Confrérie.

— À quelle confrérie, de quoi parlez-vous ?

— Tu as aussi le droit de rester calme, tu sais… »

Elle le fusilla du regard et garda le silence. L’homme s’assit en face d’elle, toujours aussi insondable.

« Relâchez-moi. Je ne comprends pas ce que vous me voulez. Je n’ai rien fait, grogna-t-elle avec mauvaise humeur.

— Oh, ça n’est pas comme si tu n’avais rien à te reprocher… Tu as bien commis quelques vols, ces six derniers mois…

— Est-ce que vous allez vous décider à me dire ce que vous me voulez ? ! »

Amalia se releva brusquement et marcha de long en large. Kentigern l’observa plusieurs secondes avant de répondre :

« Je suis Confrère. Je ne suis pas membre d’une confrérie, mais de La Confrérie. Celle qui a donné le mot confrérie. »

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