Rakabat

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Amalia portait un pantalon gris et une chemise noire. Son haut ouvrait sur un débardeur blanc, assez transparent pour laisser deviner ses dessous rouges. Depuis six mois, elle avait abandonné les pantalons de toile et les petits hauts en lin. Baskets usées, jean, t-shirt en coton formaient un accoutrement pratique et passe partout.

Sans être sale – elle ne l’aurait pas supporté – elle avait renoncé à prendre soin d’elle. Ses cheveux, d’habitude entretenus par un enchantement simple, formaient une tignasse châtain de mèches sauvages. Ses ongles, autrefois limés et impeccables, étaient cassés, usés. Amalia n’avait pas maigri, pas suffisamment bête pour cesser de se nourrir quand son corps réclamait toujours plus d’énergie pour s’enfoncer plus loin dans la connerie.

Les yeux noyés dans l’horizon gris, elle exhalait de lentes volutes de fumée que le vent dissipait. L’herbe n’offrait qu’un piètre palliatif au rakabat.

Elle baissa le regard. Le sol, trente-huit étages plus bas, se perdait dans l’ombre du crépuscule. Elle s’était injectée cette saloperie de drogue sorcière quatre jours auparavant. Encore une semaine à tenir jusqu’à la prochaine dose. Un shot lui offrait deux longs jours de trip intense, hors du temps, exempt d’émotions, libérée de tous sentiments. Exactement ce dont elle avait besoin.

Amalia se détourna du vide et s’assit sur un tas de parpaings. Le toit du building tombait en ruine. De la verrière qui, à l’origine, chapeautait l’immeuble d’un agréable jardin d’hiver, il ne restait qu’une carcasse rouillée. Ses vitres, comme celles de tout le bâtiment, avaient été soufflées par l’explosion de la toute proche raffinerie pétrolière, trois cents ans plus tôt.

La sorcière tira un paquet de shit de son sac et s’isola du vent d’un sortilège. Elle fumait encore le précédent mégot et, déjà, préparait le suivant. Il lui fallait en consommer des quantités astronomiques pour ressentir de réels effets. Elle se battait contre les métabolismes qui empêchaient la drogue de mettre son corps en danger. Une course contre la montre pour s’enivrer plus vite que son organisme ne pouvait brûler ces substances. Elle gagnait.

Le cône fraîchement roulé remplaça son prédécesseur. La jeune femme baissa le regard vers le sol, puis sur ses mains. Elle tremblait. Elle passa ses doigts au creux de son coude, là où la dernière seringue avait laissé son empreinte violacée. Les injections de rakabat étaient conçues pour prévenir de la dépendance. Le produit contenait un maléfice de sevrage qui limitait les prises. Pas d’overdose, pas d’accoutumance. Désormais, Amalia aurait toujours le sortilège dans le sang. Un enchantement de suivi médical suffirait à connaître les dates de ses dernières consommations. Un marqueur à vie.

La jeune femme était arrivée dans la région de Munich la veille au soir. L’agglomération avait la réputation d’être un repère de l’Ordre, mais elle s’en foutait. Peut-être même espérait-elle enfin croiser une Veste Grise.

Elle se leva, marcha jusqu’au parapet et l’escalada d’un mouvement souple. Perchée à l’aplomb du précipice, elle se pencha, lentement, un sourire aux coins des lèvres. Elle termina son joint, en équilibre au-dessus du vide.

Depuis combien de temps n’avait-elle pas dormi ? Trois jours. Après avoir baisé avec le Gangien à qui elle avait volé sa came. Sa précieuse came. Sa prochaine seringue. Pas très endurant, le gars de l’Inde. Il avait tiré trois ou quatre fois son coup, avant de s’effondrer sur l’oreiller. Elle en voulait plus. Elle voulait ressentir plus. Plus fort.

Amalia jeta le bout de son mégot dans le vide et elle le regarda virevolter le long des trente-huit étages du bâtiment. Quand il toucha le sol, elle sauta. Le vent s’engouffrait dans son t-shirt. Au dernier moment, juste avant l’impact, elle se transféra tout en haut de l’immeuble, sur le toit. Elle s’étala de tout son long contre un sortilège d’amortissage qui l’enveloppa et la berça quelques secondes à trente-huit étages du point de chute, sans aucun dommage.

La jeune femme glissa sur le dos et observa le ciel, un sourire satisfait aux lèvres. Là, elle avait ressenti quelque chose.

Elle retourna s’asseoir au bord du vide et roula un nouveau joint. Jusqu’à combien pouvait-elle aller avant de se prendre le sol ? Depuis la mort de Cédric et Abby, elle mettait sa vie en jeu quotidiennement. Elle s’était découverte plus pleine de magie qu’elle ne le pensait. Rien ne pouvait lui arriver.

La sorcière poursuivit son manège jusqu’à être lasse du sentiment de liberté que lui apportait la chute. Elle abandonna son perchoir et déambula dans la nuit de Munich, entre les rues sombres, étroites. Une ombre entre les ombres.

La ville, moribonde et muette, ne lui offrit rien d’autre que l’écho de ses pas sur les ruines urbaines. Seuls quelques quartiers vivaient encore, bas-fonds fiévreux où pourrissaient les pires fanges de la Fédération. Pour passer son ennui, Amalia cherchait les problèmes. Elle espérait croiser un vampire – un jeune vampire – certaine qu’il y avait de quoi échanger et s’amuser avec une espèce qui ne pouvait pas mourir et qui se régénérait plus vite que les sorciers.

« On s’est perdu ma p’tite dame ? » interrogea une voix dans son dos.

Amalia se retourna et dévisagea ceux qui venaient de l’interpeller. Un homme et deux femmes. Tous les trois portaient une veste grise. L’Ordre.

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Gens du voyage :
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« Eh les enfants, allez-y doucement. Je sais que je ne suis pas en sucre mais quand même ! 
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- Très bien, asseyez-vous. »
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« Wah c’était il y a longtemps ! »
Allez hop, prend ça le vieux ! Non mais je vous prie, je ne suis pas si vieux que ça en plus. Je me contente de sourire à Maelle. Ce n’est pas méchant venant d’une enfant, c’est sincère. Je ne sais pas si c’est mieux d’ailleurs ahah. Enfin bon, passons. Je me promenais en ville avec des amis, et on est passés devant un grand terrain vague, où il y avait tous pleins de camping-car et de caravanes. Ce terrain vague se situait juste à côté d’une zone commerciale, donc je passais souvent là en voiture. Et que ce soit en voiture ou à pied avec des amis, je voyais très souvent une jeune fille dehors, en train de lire, de jouer avec d’autres ados, ou entrain de dormir sur un transat.
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Pour Papa.
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