Malo

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Kentigern la laissa sans préciser la date de leur prochaine rencontre. Ils conviendraient d’un nouveau rendez-vous pour approfondir le sujet de la Confrérie dans le courant du mois. Par ils, Amalia savait très bien que le sorcier voulait dire lui et la Confrérie. Elle-même n’avait pas son mot à dire.

D’ici là, la jeune femme avait la ferme intention de trouver son propre logement. Qu’il entre chez elle comme bon lui semblait ne lui plaisait pas.

Avec sa carte de paiement, sans plafond et sans fond, elle n’eut aucun mal à dégoter un petit appartement dans le quartier des bars, pas loin de la plage.

Amalia choisit de garder la chambre à l’hôtel pour profiter de la piscine, des massages, du restaurant, des savoirs de Kurt et de Gabir. Le majordome, en se montrant si discourtois, avait éveillé son intérêt. Elle l’avait questionné sur sa capacité à se transférer. Humain, comme elle le supposait, il usait d’un artefact magique pour se déplacer à travers la ville : une bague qu’il tournait autour de son doigt, discrètement. Le stratagème, astucieux, intriguait la sorcière.

Le Burj Khalifa devint son point de chute, l’appartement son lieu de vie. Amalia se retrouva renforcée dans l’idée de garder sa chambre à l’hôtel quand elle tenta de s’essayer à la cuisine. Elle préparait des plats, au mieux, fades et, plus certainement, immangeable. Le service d’étage proposait des repas variés et équilibrés ; un avantage indéniable.

Amalia décida également de s’entraîner. Elle qui n’avait jamais manifesté le moindre intérêt pour le mentalisme lors de ses études passait désormais une grande partie de son temps libre à en apprendre les subtilités. Plus d’une vingtaine de livres trônaient sur ses étagères et un mnémotique d’entraînement campait sur la table de sa cuisine. Okoro lui avait fait remarquer qu’il s’agissait là d’une très probable cause à ses déboires culinaires.

Occupée par son travail, les sorties, ses amants et l’étude du mentalisme, Amalia ne voyait pas le temps passer.

Désormais, seule Malo la servait lorsqu’elle allait en rendez-vous professionnel au Kaminn. Toute entrevue avec un bâtisseur ou une bâtisseuse se terminait par un joint sur la plage.

Ce soir-là ne dérogeait pas à la règle. Amalia avait dressé un charme au sol pour les protéger du sable et plusieurs bouteilles de bière vides traînaient entre elles deux. Il était à peine dix heures, mais le rendez-vous d’Amalia s’était conclu sur un malentendu.

L’homme qu’elle avait vu en entretien ne souhaitait pas travailler pour ce qu’il estimait être “un salaire d’ouvrier-bas-de-gamme”. Malo, affectée pour la soirée à la sorcière, avait terminé son service au moment où le bâtisseur était parti en tapant un scandale. Amalia avait demandé l’addition sans faire de commentaires. Une déconvenue professionnelle fâcheuse, mais dont elles avaient déjà bien ri.

Les deux femmes aimaient passer du temps à parler ensemble. Aujourd’hui, la nuit était belle, dégagée. Un vent léger soufflait du sud. Quand Amalia termina son second joint, Malo décida de ne plus prendre de pincettes.

« Je peux t’embrasser ? »

La sorcière écarquilla les yeux et sa discussion avec Okoro deux semaines plus tôt lui revint d’un coup. Elle n’y avait plus prêté attention, mais elle apprécia néanmoins que l’humaine, incertaine de ses réactions, lui ai posé la question. Un baiser les aurait toutes deux mises mal à l’aise.

« Je ne suis pas intéressée par les femmes…

— Je ne suis pas une femme. »

Amalia fronça les sourcils avant que Malo ne précise :

« Je suis bigenre.

— Ho. »

Amalia, terriblement gênée, s’excusa :

« Je t’ai mégenré⋅e tout ce temps… Je suis vraiment désolée. »

Malo chassa la remarque d’un petit geste de la main et lui adressa un sourire chaleureux :

« Donc, je peux t’embrasser ?

— Tu restes trop âgé⋅e pour moi, Malo, je ne sors pas avec des personnes qui ont sept ans de plus que moi. »

Malo soupira, déçu⋅e, puis haussa les épaules.

« Dommage. »

Amalia rit, puis fronça les sourcils. Comment cela avait-il pu lui échapper ? Si Malo la draguait depuis le début, pourquoi ne l’avait-elle pas ressentie ? Incrédule, elle s’exclama :

« Par Merlin, mais tu caches tes sentiments ?

— Je viens de te demander si je pouvais t’emb…

— Non, je ne parle pas de ça. Tu… tu fais quelque chose qui rend tes sentiments inaccessibles et… »

Elle se releva brutalement, alors que le regard de Malo s’assombrissait. La sorcière laissa son esprit flotter autour d’elle, comme Kentigern. Elle se cogna à une forteresse. Lae breton⋅ne, bien que dépourvu⋅e de pouvoirs magiques, étaient rompu⋅e aux pratiques mentalistes, suffisamment pour protéger ses pensées et son ressenti.

« Bordel ! Tu sais défendre ton esprit ! »

Où avait-iel appris ça ? Pour cacher quoi ? Est-ce que ça impliquait le breton de la plage ? Amalia pinça les lèvres, Malo se releva à son tour. Maintenant, elle comprenait pourquoi elle s’était sentie si bien avec iel.

« Pourquoi…

— Ça concerne mon passé, coupa-t-iel. Je n’ai pas envie d’en parler.

— Ça concerne la Bretagne ? »

Malo mit les mains dans les poches et fit volte-face.

« Salut. »

Iel s’éloigna. Amalia serra les poings, puis rattrapa Malo, accrocha son bras pour l’arrêter et lui barra la route.

« Attends… Je dois t’avouer quelque chose. »

Malo haussa un sourcil pour l’inciter à continuer.

« J’ai croisé un gars sur la plage en arrivant ici, expliqua Amalia. Il parlait breton, dans un téléphone Yasard. Il parlait à Malo, très énervé et…

— Qu’est-ce qui t’a amenée à Dubaï ?

— Pardon ? »

Malo dégagea son bras. En breton, iel reprit :

« Ce gars, c’est mon frère. Il t’a repéré, lui aussi. Il s’est méfié, tes recherches sur les ordinateurs ont confirmées qu’il était repéré…

— Mes rech… »

Elle se mordit la lèvre. Kentigern n’avait donc pas débarqué sans raison ce jour-là. Elle était démasquée depuis le début.

« Qu’est-ce que tu fais ici ? Pourquoi la Confrérie s’intéresse à toi ? »

Amalia blanchit.

« Je ne vois pas de…

— Te fou pas de moi ! T’as pas l’air d’être consœur, mais t’as une carte Confrère ! Tu crois que je ne l’ai pas vue, au Kaminn ? Tu espionnes pour qui ? »

La réaction de la sorcière parlait pour elle. Dépassée par ces retournements de situation à répétition, agacée de ne pas comprendre comment Malo savait cela, elle s’énerva.

« Sérieusement ? Une espionne ? Qui est-ce qui a réussi à soupçonner une simple nana sur la plage qui disait bonjour avec un accent fédéral ? Qui a surveillé ses recherches sur le réseau ? Qui a décidé de s’infiltrer et de la draguer pour obtenir des renseignements ? Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit, n’est-ce pas ? Toi et ton frère m’avez l’air vachement plus calés en espionnage que moi ! »

L’éclat de rire tonitruant d’un homme, probablement ivre, coupa brutalement leur conversation. Plus loin, un groupe de fêtard marchait sur la plage et se rapprochait. Amalia et Malo s’affrontèrent du regard. L’endroit, ouvert à tous les vents, n’était guère approprié pour parler espionnage.

« Chez moi, souffla la sorcière. Suis-moi. »

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