25. Juste une goutte*

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Alexi

Ethan s’écroule au sol, vidé de sa force. Il est bien plus blanc que le pelage d’Haslan, les traits tirés. Je me rue à ses côtés, le prenant délicatement dans mes bras. Je sens un frisson de sa part et il commence à haleter, détournant le visage le plus possible des griffures sanglantes à ma gorge. Elles sont superficielles, mais vu sa réaction quand il avait senti une toute petite piqure dans mon bras, l’odeur doit être insupportable. Il est moitié dans les vapes, complètement noué dans mes bras. Je sais qu’il n’y a qu’une chose à faire.

— Bois mon sang, Ethan, murmurais-je.

— Je…

— Ce sera la première et dernière fois, OK ? Mais là, tu ne vas pas pouvoir rentrer, tu es trop faible, tu ne tiens même pas sur tes jambes, et tu es blanc comme un mort.

Cette fois il grimace, il sait que je ne pas tord, qu’il sera totalement incapable de faire le trajet jusqu’a son appartement, enfin juste pour aller a ma voiture je ne sais pas s’il tiendrait le coup. Le petit vampire ne l’a pas loupé, j’ai peur pour lui. Un vampire peut-il mourir ? Je me le demande et je ne veux pas le perdre. Les rôles sont totalement inversés cette fois. Il fait une grimace de dégout avant de me répondre.

— Non… je ne te toucherai pas.

— ÇA SUFFIT, NE FAIS PAS L’ENFANT, hurlais-je énervé.

J’attrape sans délicatesse son visage entre mes mains pour venir l’embrasser avec force. Je n’arrive pas retenir des larmes qui coulent de chaque côté de mes joues. Je ne veux pas le perdre, il est ma nouvelle lumière dans ce monde si obscur. Je plante mes eux remplis de détresse et de peur dans les siens.

— Je ne veux pas te perdre, je me suis trop attaché à toi… Comment tu t’es senti quand c’était moi à l’hôpital ? Je ressens la même chose et je ne veux pas rester impuissant ! Je t’aime, Ethan ! S’il le faut, je m’ouvrirais le poignet pour te le mettre dans la bouche, dis-je tremblant.

Il écarquille les yeux devant moi, avant d’avoir les yeux qui s’embrument. Je n’arrive pas à imaginer quel calvaire c’est pour lui de devoir boire directement à la source. C’est surement comme si on demandait à un végan de devoir manger un petit morceau de viande s’il ne veut pas mourir. Ça va à l’encontre de ses principes, et je devine à quel point cela doit être dur pour lui.

Après une longue minute, je vois ses yeux rougir légèrement, avant que ses canines ne percent ses gencives. Il est tellement beau ainsi, mais il fait tellement triste. Je peux voir son combat intérieur, entre son envie de boire mon sang et celui de ne pas le faire. Je l’aide a se redresser, ses, mais son cramponner a mes manches, comme s’il avait peur de tomber plus bas que le sol.

— Ça… va te faire mal quand je vais mordre et ensuite… quand le venin sera dans tes veines, tu ressentiras une sorte de plénitude, une sorte de plaisir.

— Je ne vais pas me transformer en vampire après ?

— Non, il faudrait que tu boives mon sang aussi, glousse-t-il.

Nous nous embrassons alors une dernière fois, il enfouit son visage dans le creux de mon cou, me faisant frissonner. Puis je le sens bouger doucement, avant que ses crocs de se plante dans ma chaire. Une douleur fulgurante me traverse, me paralysant presque, avant que je ne me sente extrêmement détendu. J’entends le son de ses déglutitions, sa respiration s’accélère, il ne prend que quelque gorgée. J’ai cette sensation d’être sur un petit nuage, d’être tellement bien. J’ai envie qu’il me prenne plus de sang, mais il s’écarte vivement. Il plante ses yeux dans les miens, ses pupilles sont tellement dilatées que j’ai l’impression qu’il n’y a plus aucune couleur dans ses yeux.

— Qu’est-ce qu’il y a, Ethan ? Mon sang est dégueulasse ? demandais-je inquiet.

— Non… ce n’est pas ça… C’est…

— Quoi ?

— Tu… tu es mon âme sœur, Alexi ! J’ai senti dans ton sang, ce lien si particulier…

J’écarquille les yeux se surprise. Lui qui quelque instant sortait a l’autre fille que le lien d’âme sœur n’était que pour les idiots. Un sourire commence à étirer mes lèvres, un sourire amoureux et tendre. Je lui caresse délicatement la joue, voyant que la blessure sur son épaule se guérie a vu d’œil. Je viens alors l’embrasser, mais le gout métallique de mon sang me fait légèrement grimacer. Pour moi mon sang est bien dégelasse.

Quand mes yeux recroisent les siens, je peux voir l’amour inconditionnel qu’il me porte. Je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un pourrait me regarder ainsi. Mon cœur chavire et même sans ce lien d’âme sœur, moi aussi je l’aime comme une folle. Peut-être que notre histoire est nouvelle, mais le coup de foudre existe. Nous sommes d’abord tomber amoureux d’un pseudo, avant de nous rendre compte de qui nous étions. Mais nous étions déjà amoureux, et nous avons fait en sorte que tous les deux nous puissions avancer.

— Je t’aime, Ethan, murmurais-je.

— Moi aussi je t’aime, Alexi.

Nos bouches reviennent se chercher l’une et l’autre, entrant dans une danse douce, devenant de plus en plus endiablées. Ses mains parcourent mon corps alors que l’une des miennes se perd à la naissance de ses cheveux. L’une des miennes se glisse sous son haut, caressant sa peau avec une infinie douceur. Nous finissons par basculer, moi au-dessus de lui, toujours à se dévorer les lèvres. Nos corps se frottent, pris d’une fièvre que nous ne contrôlons plus.

— Attends, stop… Alexi… me supplie-t-il ?

Je me fige brusquement ne comprenant pas. C’était pourtant bien parti.

— Quoi ?

— Je… je suis recouvert de mon sang, il faudrait que je prenne une douche… avant…

— Tu me plantes en me laissant dans cet état-là ?

Pour illustrer mes propos, je viens coller mon bas-ventre contre le sien et il peut sentir mon érection contre la sienne.

— Ah ! Tu es pareil que moi, en fait, gloussais-je

— Je ne veux pas te transformer en vampire par inadvertance… mais on peut prendre une douche ensemble, murmure-t-il. Car tu vois, si jamais par inadvertance tu avales de mon sang tu risques de devenir un vampire.

Je ne peux retenir un sourire, j’avoue que j’aimerais bien devenir un vampire juste pour ressentir ce lien d’âme sœur. Mais il vaudrait mieux évité dans la situation actuel des choses. Avec ma chargée de justice ce n’est même pas la peine. Cependant le faite qu’il m’invite a prendre une douche avec lui, me fait gonfle encore plus contre lui. Je l’aide a se relever et l’entraine dans la salle de bain ou j’allume le robinet pour mettre l’eau a chauffé. Je me rue de nouveau sur lui, l’embrassant avec fougue, je fais sauter ses vêtements avec précipitation, le mettant ainsi entièrement nu. Je caresse son bras, entièrement cicatrisé.

— C’est impressionnant ! Grâce à mon sang ? dis-je un peu pour moi-même.

— Oui, c’est encore plus flagrant avec le sang des âmes sœurs.

— J’ai une question… Tu n’es pas censé trouver une âme sœur vampire, et non humaine ?

— Normalement, c’est également uniquement pour les hétéros… dit-il en baissant les yeux ?

— Si je devenais un vampire, je ressentirais la même chose que toi ?

— Oui… mais reste humain… On reparlera de tout ça plus tard, OK ?

Il m’embrasse, comme pour passé a entre choses. Ses mains se balade son mon haut et cette fois c’est lui qui me déshabille, avec un peu plus de délicatesse. Il me pousse doucement sous la douche, l’eau coulant sur nos peaux entièrement nues. Je sens une pulsion me prendre, je le plaque contre la paroi me frottant contre lui avec bouseux, ce qui lui arrache des soupire plaisant. Cette fois c’est moi qui lui dévore le coup, laissant des marques violacer qui disparaît instantanément.

— Mince, je ne peux pas te marquer, grognais-je

— Tu peux faire toute autre chose.

Je me mets a gloussé, reprenant ses lèvres contre les miennes, mes, mais caressant sa peau nue et douce. L’eau a emporté les taches du combat qu’il a mené contre la jeune femme, laissant la couleur pâle de sa peau dominer. Ma main faite sn chemin, glissant jusqu’a ses fesses pour doucement aller vers son intimité. J’y introduis l’un de mes doigts, ce qui le fait gémir contre moi. Ses doigts se perdent dans ma chevelure, me faisant encore plus frissonner alors qu’il se colle contre moi. Son odeur m’enivre encore plus, me rendant presque fou. Non, je l’étais déjà, fou d’amour pour lui.

Mes doigts continus a se mouvoir en lui, le dilatant petit à petit jusqu’a le secoué d’un spasme de plaisir quand je touche son point dur. Il gémit de plaisir dans mon oreille, me faisant frissonner pendant que je dévore sa peau de mes lèvres. Sans prévenir je retire mes doigts rapidement, d’arrivant plus à me contenir. Je l’attrape derrière les cuisses, le soulevant d’un coup, le laissant plaqué contre le mur. Il gémit de surprise.

— Mords-moi en même temps… Tu… as dit que ça intensifiait le plaisir, non ? dis-je perversement.

— C’est… OK, gémis-il

Étrangement il ne rechigne plus trop à me mordre et a gouté mon sang. Au moment où je me présente à son intimité, le pénétrant avec douceur, ce qui le fait couiner plus fort que tout à l’heure, ses crocs se plantent dans mon cou. Je lâche moi aussi lâchant un râle entre plaisir et douleur. J’ai l’impression que nos corps entrent en fusion tellement la sensation est intense, il pulse doucement autour de moi alors que j’arrive à la garde. Quand je commence à faire des va-et-vient, j’ai l’impression que tout est amplifié. Chaque sensation est décuplée et des décharges de plaisir me secouent tout entier alors que je bute profondément en lui.

Il lâche un gémissement entre chaque gorgée de sang, avant de finalement lâcher prise balançant sa tête en arrière. Je peux voir qu’il est envahi par le plaisir. Nos yeux se croisent, moi aussi je suis totalement enivré par mes sensations alors que je cogne de plus en plus fort, haletant de plaisir. Je crois bien que la morsure qu’il ma fait et son venin me donne une force que je sors de je ne sais où. J’arrive à tenir la cadence, ne sentant même plus ma blessure. Il couine, s’agrippe à moi gémissant de plus en plus fort.

— À… Alexi… j’en peux plus.

Je le sens se contracter et il jouit contre moi dans un hurlement de plaisir intense. Il ne me faut que quelque coup de reins pour arriver à la libération, lâchant un grognement animal. Je finis par me retirer, le posant délicatement au sol. Je le sens flageoler contre moi. Nous échangeons alors un autre baiser fougueux, rempli de passion.

— Waouh… C’était plus intense que les premières fois, dis-je haletant.

— C’est le venin de vampire qui fait ça… et moi, ton sang, c’est comme une drogue !

— Tu es accro à moi ?

— Oui, ricane-t-il.

Je souris tendrement, l’embrassant de nouveau. Nous terminons notre douche, puis on libère le pauvre Haslan qui était enfermé depuis tout ce temps. Ethan a le droit à une deuxième toilette à base de lechouille partout. Je passe mes doigts dans mon cou, me rendant compte que je n’ai plus de griffure.

— Tiens j’ai plus rien, dis-je.

— C’est le venin, pratique ! Disons que le venin évite que notre proie ne meure et la morsure disparait aussi.

— Oh j’aime bien être ta proie.

— Arrêt sinon je vais te dévoré encore une fois, ricane-t-il.

— T’inquiéter, ça ne me fait pas peur.

Nous filons dans le lit pour recommencer la même chose que sous la douche. Plusieurs fois mêmes, comme deux lapins en chaleur. Si bien que le lendemain matin, impossible de nous lever, l’un comme l’autre.

— Ah… je suis mort, gémis-je.

— Non, je t’entends râler, tu n’es pas mort !

— On sèche le taf ?

— Demande à mon patron ?

— Il est d’accord ! Tu as chopé une grosse grippe et moi, j’ai des rendez-vous… Personne ne va vérifier, lâchais-je.

Je me mets à ricaner de ma propre blague. Finalement, nous finissons par nous lever pour prendre un café. Je pose sur la table mon fameux pilulier avec tous mes médicaments, je le vois écarquiller les yeux en voyant le nombre de pilules dedans.

— C’est quoi, tout ça ? demande-t-il.

— Pour la bipolarité, un antidépresseur, un stabilisateur d’émotions, un antiépileptique, car je serais soi-disant sujet à ça. Un antidouleur aussi, car les antidépresseurs me donnent parfois des crampes, et un décontractant musculaires.

— Putain…

Il écarquillé encore plus les yeux en me voyant les énumérer. Il devait surement penser que je ne prenais une petite pilule de rien du tout, mais les médicaments ne fonctionnent pas comme ça. On prend des médicaments pour contrecarrer les effect secondaires du premier, puis un troisième pour les effect du second.

— Pourquoi autant ?

— J’ai des phases de dépression assez grave, et puis je suis à moitié intolérant à certains médicaments… C’est con, tu prends un médicament pour aller mieux, mais il faut en prendre un autre pour parer les effets secondaires du premier, soupirais-je.

Je lui fais un sourire triste en haussant les épaules, pour moi prendre une pharmacie chaque matin est devenu une habitude. Il semble mieux comprend ma situation en voyant ça. Il se frotte le visage nerveusement, je le vois réfléchir intensément. Nous sommes coupés dans nos réflexions quand mon téléphone vibre. Je palie en voyant le numéro, ma charger de justice m’appelle, il y a un soucie avec les analyses.

— Oui allô ?

— Vous ne me criez pas dessus cette fois, grogne-t-elle.

— Non pas cette fois, il y a un soucie ?

— Oui vous êtes chez vous ?

— Euh oui…

— Très bien j’arrive dans cinq minutes, dit-elle en raccrochant.

J’écarte mon téléphone blanchissant a vu d’œil avant de me tourner vers Ethan.

— Il faut que tu rentres chez toi, ma chargée de justice doit venir me voir y’a un soucie avec les dernières analyses. Elle vérifie si je prends bien mes médocs.

— Attends… Tu as un chargé de justice qui vérifie tes médocs et des fois tu ne les prenais pas ? Tu n’avais pas peur de finir en taule ?

— Si, mais je fais des coupures assez courtes pour que ça ne se voie pas…

— Tu es con, tu joues avec le feu, me gronde-t-il.

Il commence a m’énerver et je baisse les yeux, je fronce un peu des sourcils un peu vexer pas ses propos. Il a été assez brutal dans ses propos.

— De toute façon, je les prends tout le temps, maintenant, grognais-je.

Je vois son visage se fermer, puis s’attrister.

— Je ne veux pas te perdre, me murmure-t-il.

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sauwatt


Il eut beaucoup de mal à ouvrir la porte du cabanon à cause de l’encombrement général. De plus cette porte mal agencée coinçait contre le sol de béton. Il commença par dégager l’enchevêtrement des outils qui bloquaient l’entrée du réduit. Il les sortit vers le gazon, avec l’idée d’organiser un semblant d’ordre, par tas et par séries.
Il était neuf heures du matin et déjà la chaleur menaçait de tomber sur lui. La canicule durait depuis plus d’une semaine. Sur la pelouse commençaient de s’accumuler des pieux, des pots de terre cuite vides, toutes sortes de produits phytosanitaires qu’il aurait mieux fait de jeter, mais il les gardait, comme il gardait dans son bureau, là-bas sous les toits, une masse d’archives inutiles. Il lui fallait aussi déplacer le tas de terre qui jouxtait la cabane, et dégager ces souches qui trainaient là depuis, depuis quand, au fait ? Depuis si longtemps.
Il travaillait depuis un bon moment déjà. La chaleur montante et l’heure passant, la tentation fut grande de faire une pause, et pourquoi pas, d’en rester là pour ce matin. Tandis qu’il soulevait les dernières pelletées de terre, son regard fut attiré vers la gauche. Là-bas, à quelques dizaines de mètres, il aperçut un homme entièrement vêtu de noir, et muni d’une large faux, qui s’affairait de la même façon que lui. Il faisait des gestes identiques aux siens, des mouvements semblables, la seule différente était qu’il les accomplissait au moyen de son outil à lui, une large faux. Ce voisin (mais était-ce bien son voisin ?) restituait ses propres actions à lui, en miroir. L’homme noir à la faux accrochée à son tronc, faisait mine de faucher son herbe pour la balancer dans la proximité de son épaule gauche.
Le manège dura quelques minutes, sans qu’il ne fût jamais en mesure d’en estimer la durée parce que ses pensées s’étaient mises à vagabonder vers la cime des arbres, de l’autre côté de la rue. Il vérifia à plusieurs reprises le phénomène: quand il s’arrêtait de travailler pour s’accorder une pause, l’homme en noir s’arrêtait aussi et posait les mains sur le dessus du manche de sa faux, comme lui-même le faisait avec sa pelle.
Il stoppa son travail car la température était devenue trop suffocante. D’ailleurs l’orage menaçait.
Il se dirigea vers la maison avec l’idée de se doucher, il était attendu en ville. Il allait prendre sa voiture pour se rendre à son rendez-vous. C’est ce qu’il avait l’intention de faire. L’homme à la faux disparut lui aussi, simultanément.
Donc, sa douche étant prise, et habillé propre sur lui, il était prêt à se rendre en ville pour récupérer à la librairie le livre qui enfin était arrivé. Les premières gouttes s’écrasèrent sur le dallage de l’allée juste au moment où il se dirigeait vers son véhicule.
À peine venait-il de démarrer que les choses se gâtèrent. L’orage prenait de l’ampleur. La route était devenue une unique et grande flaque, et les essuie-glaces n’arrivaient plus à dégager la masse d’eau qui s’accumulait entre lui et l’avenue toute rectiligne. Le pare-brise avait pris l’aspect d’une vitre dépolie, quasiment opaque. Une fois le coin de l’avenue dépassé, il pensa à l’homme à la faux, puis il accéléra sèchement pour quitter au plus vite son quartier. Oui, ce serait un livre intéressant, à coup sûr, dont il attendait beaucoup. Il avait programmé sa lecture depuis si longtemps. Il ressentit un frisson au moment où la route, décidément transformée en lac, se dérobait à sa vue. Se dérobait.
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Lena du Boror
Recueil de poésie.
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Louise Darcy









Je fixe la fenêtre devant moi ; mon corps est secoué de tremblements incontrôlables. Le coup fatal ne devrait plus tarder, maintenant... Ils veulent me tuer. Encore. Comment en suis-je arrivée là, moi qui, voici quelques mois à peine, menais l'existence la plus monotone qui soit? Je perçois son mouvement ample dans mon dos. Le colosse lève le bras... Il ne me reste, à présent, plus que quelques secondes à vivre... Le démon qui nous observe triomphe. Résignée, je ferme les yeux, et, dans un dernier rêve, je le revois.

















QUELQUES MOIS AUPARAVANT, SOIREE DU 31 DECEMBRE



-1- Je gravissais l'escalier de l'immeuble haussmannien où je vivais depuis bientôt quatre mois. Parvenue au sommet, je tournai la clef pour pénétrer dans le placard à balai que je louais sous le nom de meublé, et dont j'avais remporté le bail de haute lutte devant une cinquantaine de participants. Cette victoire, je ne la devais aucunement à mes qualités personnelles, mais seulement à un père fonctionnaire et qui s'était porté caution. Le loyer en était exorbitant.
J'entrai et je m'affalai sur le lit. J'ôtai mes bottines, que je lançai négligemment, et je relevai les jambes pour soulager mes pieds sur le velux frais. C'est l'avantage des espaces minuscules. On en atteint facilement chaque recoin. Je fermai les yeux. Quelles seraient mes bonnes résolutions, cette fois? Faire du sport, me montrer plus aimable avec la nouvelle famille de mon père... Ça n'avait pas grande importance, je ne les tiendrais probablement pas. Je resterais assise à mon bureau, comme coupée du monde, et j'étudierais mes leçons. L'essentiel de ma vie résidait dans ma réussite scolaire.
Mais, je n'avais pas le temps de me laisser aller. Je tournai le regard vers l'horloge pour constater qu'il était vingt heures trente... Déjà ! Je n'ai jamais su anticiper les heures et les minutes pour arriver à l'heure à un rendez-vous. J'ai la phobie des horloges comme d'autres ont celle de la feuille d'impôt... Nous avions projeté, mes camarades et moi, d'aller dîner ensemble avant de nous rendre au réveillon organisé par notre École. Je me relevai en maudissant mon manque chronique d'organisation, et je me dirigeai en traînant les pieds jusqu'à la salle d'eau. La sensation de l'eau tiède ruisselant sur mon corps, mêlée au parfum de jasmin du gel douche, me ragaillardirent. Je m'épongeai soigneusement.
L'étape suivante devait consister à me faire belle, ou tout au moins, à essayer. Je préparais cet événement depuis quelques jours déjà, et j'avais investi mes étrennes de Noël dans une petite robe noire à motifs dorés, un collant fin et des ballerines bon marché. J'enfilai le tout avec un soin extrême pour ne pas filer les bas. Pour observer le résultat, je ne disposais que d'un petit miroir posé sur mon bureau. Ce que je parvins à apercevoir me parut à peu près convenable. J'observai le reflet de mon visage, ce qui m'arracha, comme d'habitude, un profond soupir. Je détestais mon teint trop laiteux, mes yeux trop grands, mes taches de rousseurs sur mon nez minuscule et, par dessus tout, mes cheveux roux et bouclés. J'avais tenté, au collège, de les faire couper. On m'avait alors affublé du surnom de « Caniche » pendant des mois. Je ne les avais plus jamais raccourcis depuis. Je tentais de maîtriser leur instinct sauvage en les enserrant dans des élastiques et des bandeaux.
Le temps pressait ; je n'allais pas rester là à me lamenter. Je déposai du mascara noir sur mes cils, du crayon et des ombres sur mes paupières, du rouge sur mes lèvres, du fond de teint sur ma peau et des couleurs pour rehausser mes joues. Plus je progressais, plus je constatais l'effet désastreux de ces artifices. Quand j'eus terminé, deux possibilités s'offraient à moi : aller tapiner au Bois de Boulogne ou me démaquiller. J'optai pour la seconde. Je me contentai finalement d'un peu de mascara et d'une touche de blush sur mes lèvres. Je ressemblais à une gamine, mais ça n'avait pas tellement d'importance. Je ne connaîtrais pratiquement personne à cette soirée, et pas un de mes camarades masculins ne m'intéressait. J'achevai par le démêlage et le domptage de ma longue crinière. Je l'attachai avec un ruban et je décidai que tout était parfait.
Enfin, je cherchai mon petit sac à dos dans le fouillis de ma tanière. Où avais-je bien pu le fourrer? Tandis que je passais mon appartement en revue, mon regard se porta par hasard sur le courrier que j'avais jeté négligemment sur le lit en entrant. Il se composait de deux lettres. L'une venait de la propriétaire de ma studette qui m'envoyait, comme chaque mois, ma quittance de loyer. L'autre émanait d'un notaire de Nantes. Je fronçai les yeux. La succession de ma mère n'avait-elle pas été réglée deux ans plus tôt? Troublée, je reposai pourtant le courrier sur mon bureau sans l'ouvrir. Je voulais partir faire la fête l'esprit dégagé de tout soucis matériel. Il était rare que je m'octroie quelque moment de détente. Je devais profiter de cette soirée.
Les minutes s'égrainaient, accentuant mon retard. J'enfilai mon manteau en lainage gris fatigué et je sortis pour dévaler l'escalier. Je me précipitai à l'extérieur où le froid me saisit d'un coup. Je traversai les rues, seulement éclairées par la lumière des lampadaires qui diffusait dans les légères nappes de brume en suspension, et créait une atmosphère féerique. Je n'avais pas un long trajet à parcourir pour rejoindre mes amis de l’École d’Études Scientifiques. En arrivant sur le lieu du rendez-vous, je constatai que j'étais, une nouvelle fois, la dernière.

- Ah, quand même !, s'exclama Emma en m'apercevant.
- Ariane, tu ne pourrais pas, une fois dans ta vie, t'organiser pour arriver à l'heure !, me reprocha Maxime qui battait des semelles sur le trottoir et soufflait sur ses doigts pour les réchauffer.
- Je suis désolée, m'excusai-je.
Les trois autres ne firent aucun commentaire et s'engouffrèrent d'un seul mouvement dans le restaurant, poussés par le froid et la faim. Quelques minutes plus tard, tandis que nous déballions nos menus au milieu des effluves de friture, Benoît sortit de son sac à dos des cannettes qu'il déposa sur notre table.
- Qu'est-ce que c'est?, demanda Emma, en mordant dans son hamburger.
- Des boissons énergisantes.
- Pourquoi as-tu amené ça?, questionna Enzo.
- Ça nous aidera à tenir plus longtemps, répondit Benoît innocemment.
- N'en bois pas, conseilla Enzo à sa petite amie Katie. Ça amplifie les effets de l'alcool.
Puis il me lança une œillade entendue, soupçonnant Benoît de les avoir surtout apportées dans mon intention. Depuis des semaines qu'il me tournait autour, il voyait certainement là un moyen facile de me rendre enfin accessible. Il me connaissait mal. Il ne me plaisait ni physiquement, ni mentalement. Bavard et agité, il cherchait toujours à être le point de mire. Son physique me paraissait banal. Il jouait au rugby et se vantait de se mettre minable lors des troisièmes mi-temps. Je tentais en vain de lui faire comprendre qu'il n'avait pas la moindre chance, mais il gardait espoir. - Je n'en boirai pas non plus, remarquai-je sèchement.
- T'es pas marrante, constata-t-il.
- Non, en effet, confirmai-je.
- Moi, je vais en goûter, dit Emma en saisissant une canette.
Maxou l'imita :
- C'est bon, acquiesça-t-il.
Benoît but deux canettes d'une traite.
Après avoir dîné, nous partîmes à destination de la discothèque réservée par l’École. Presque tous les élèves devaient participer : les premières années, auxquels nous appartenions et dont les trois quarts seraient évincés après le concours du printemps, et les autres qui avaient déjà subi le grand écrémage et qui étaient presque certains de sortir avec le prestigieux diplôme de l’École. Les anciens élèves étaient invités aussi, ainsi que les enseignants.
- Tu crois que Chris Delaby sera là?, me demanda Emma, tout en marchant à ma hauteur.
La tension était perceptible dans sa voix.
- Je pense que oui, répliquai-je. Mais sa femme sera là aussi...
Elle grimaça. Il était de notoriété publique que la présence de son épouse n'empêchait nullement le professeur de répondre aux avances de ses étudiantes, mais j'espérais que la voir suffirait à en détourner Emma. Elle comptabilisait tout juste dix-huit printemps, tandis que lui me paraissait être grabataire avec ses quarante ans passés.
La coutume voulait que la soirée soit organisée par les étudiants de dernière année. En arrivant, nous étions les premiers, à l'exception des responsables. Après avoir déposé nos effets personnels au vestiaire, dans le vestibule, nous entrâmes dans la grande salle où devait se dérouler la fête, et nous commençâmes à danser sur la piste vide. Je n'osais pas me déhancher, de peur du ridicule. Benoît ne manquait pas une occasion de me frôler. Pour couper court à ses tentatives d'approche, j'allai chercher un verre de whisky-coca, bien que mes expériences en matière de dégustation d'alcool se limitassent jusqu'ici au fond d'une flûte de champagne, les soirs de fête.
Tandis que j'attendais appuyée sur le bar, Emma s'approcha de moi. Elle jubilait.
- Il est là, glissa-t-elle à mon oreille.
Je me tournai dans la direction qu'elle m'indiquait et, en effet, je reconnus les cheveux poivre et sel et la mâchoire carrée du professeur Delaby qui saluait les organisateurs. Une femme entre deux âges semblait l'accompagner. Un peu enveloppée, elle paraissait fascinée par le plafond. Savait-elle qu'elle se trouvait au sein de la réserve de chasse de son mari? A l'expression qu'elle affichait, on ne pouvait en douter.
- Tu parles d'un boudin, commenta Emma, acerbe, tout en l'examinant en biais.
La fête battait maintenant son plein quand je sentis que ma tête commençait à tourner un peu. Je n'avais pourtant absorbé que quelques gorgées d'alcool.
- Je vais me rafraîchir, annonçai-je à l'adresse de mes camarades.
- Tu veux que je t'accompagne?, proposa Benoît, qui croyait son heure enfin arrivée.
- Ah non, sûrement pas, rétorquai-je froidement.
Je traversai la piste en jouant des coudes pour rejoindre les toilettes situées dans le vestibule. Je sortis de la salle et je commençai à parcourir le couloir.
C'est à cet instant précis que je l'aperçus, avançant dans la direction opposée. Mon cœur s'affola soudain, et je fus traversée par une onde de chaleur intense tandis qu'il s'approchait de sa démarche féline. Les longues mèches de ses cheveux noirs balançaient autour de son visage. Ses pommettes saillantes, son front haut, son nez légèrement aquilin, s'accordaient dans un ensemble aux proportions parfaites. Ses yeux obliques, entourés de longs cils noirs, étaient remarquables. Son regard avait quelque chose d’étrange que je ne sus définir . Mes pas devinrent soudain difficiles, j'eus la sensation de marcher dans du coton. Quand il parvint à ma hauteur, il vrilla ses pupilles dans les miennes et je fus parcourue des pieds à la tête par une décharge électrique. Incapable de continuer, je m’arrêtai pour le contempler. Sa bouche sensuelle amorça un léger sourire, et il continua son chemin, laissant dans son sillage une fragrance boisée. J'entrouvris la bouche de ravissement. Le souffle coupé , je le vis pénétrer dans la salle où il disparut. Je restai immobile, assaillie par une multitude d'émotions inédites dont on aurait dit qu'elles s'étaient toutes données rendez-vous à ce même instant, me laissant pantelante au milieu du couloir.
Entre extase et inquiétude, je gagnai les toilettes. Je m'aspergeai le visage d'eau froide et je respirai à pleins poumons en tentant de recouvrer mes esprits. Qui était cet inconnu qui avait mis en un instant tous mes sens en émoi? J'avais eu l'occasion de croiser tous les élèves, nous n'étions pas si nombreux, et tous les professeurs. Je supposai qu'il s'agissait d'un ancien de l’École. Peu à peu, je parvins à me calmer un peu, et la raison reprit le dessus. Il était impossible qu'un homme d'une beauté aussi parfaite existât, je l'avais sans doute idéalisé. En l'examinant, je m'apercevrais qu'il n'avait rien de si extraordinaire. J'observai mon reflet dans le miroir. Mes yeux gardaient une expression étonnée. Mon cœur battait encore si fort que je craignais qu'il explose...
Aussitôt, le désespoir succéda à l'extase. Car s'il existait réellement un être aussi merveilleux, comment pourrait-il s’intéresser à moi? Mieux valait que je l'ai rêvé. Pourtant, malgré mes doutes, j’étais irrésistiblement attirée vers lui par une force invisible. Je m'astreignis sagement à attendre que le flux de mon sang ralentisse dans mes artères, que le tremblement de mes mains s'atténue et que ma respiration reprenne un rythme normal.
Puis, je retournai dans le couloir. Je tirai la porte de la salle en hésitant et j'entrai. Benoît, qui avait certainement guetté mon retour, choisit cet instant pour venir m'importuner.
- Tu t'es sentie mal?
- Un peu.
- Tu as trop bu?
- Je ne pense pas, répliquai-je en le fusillant du regard. Il fait juste trop chaud ici.
- Tu veux qu'on sorte?
- Non, cinglai-je en le dépassant.
Je filai me réfugier vers Emma. Elle fronça les sourcils en me voyant:
- Tu es bizarre. Qu'est-ce que tu as?
- Rien. Ça doit être l'effet du whisky.
Ma réponse lui suffit. Elle fit volte face et se remit à chalouper. Je l'imitai tout en cherchant le grand brun du regard quand, à nouveau, le phénomène se produisit avec les mêmes symptômes dès que je parvins à le localiser. C'était facile, il dépassait tous les convives d'une bonne tête.
Il bavardait avec un professeur. Je pus le contempler de profil et je constatai qu'en effet, il était sublime. Mon imagination n'y était pour rien. Naturellement, je n'étais pas la seule à l'avoir remarqué. De nombreux regards féminins convergeaient dans sa direction. Il paraissait ne pas s'en apercevoir, ou, du moins, ne pas y prêter attention. Quelques filles se permettaient de le héler. Je sentis la jalousie m'envahir. Moi, je n'aurais jamais osé m'en approcher et lui adresser la parole. Il me faudrait une bonne semaine pour mettre au point un plan dans cette perspective.
Il balaya la salle du regard. A l’instant où ses yeux croisèrent les miens, il suspendit son mouvement. Je frémis et je baissai les cils sur mes ballerines. Je sentis le sang me monter au visage. Pour me donner une contenance, je cherchai mon verre d'alcool sans le retrouver. Aussi, me dirigeai-je d'un pas gauche jusqu'au bar, imaginant son regard encore fixé sur moi.
De nombreuses personnes réclamaient à boire aux serveurs. J'attendis patiemment mon tour. Le service était assuré par les élèves de dernière année et par quelques professeurs bénévoles. J'arrivai enfin à leur niveau et je commandai ma boisson. En l'attendant, je me tournai timidement vers la salle pour le chercher. J'éprouvais simultanément le besoin et la crainte de le voir.
Je sursautai. Il se tenait à quelques centimètres à ma droite, le dos tourné. En avançant la main, j'aurais pu le toucher. Mon cœur vibra de cette proximité. Il écoutait un grand boutonneux de deuxième année que je connaissais bien car il assurait quelques tutorats.
- Ariane, tu es sûre d'avoir le droit de boire?, plaisanta celui-ci. Il me semble que tu n'es pas majeure.
Et, se tournant vers les serveurs, il s'exclama:
- Un lait fraise, pour la petite.
Puis il se mit à émettre des sons rappelant celui d'une otarie qui vient de faire un tour.
Je sentis le sol se dérober sous mes pieds quand le brun se retourna et me considéra. A nouveau, une décharge électrique me traversa quand je croisai ses pupilles inquisitrices. Ma bouche s’entrouvrit d'émerveillement et s'assécha. Je n'étais pas encore prête à lui parler ; je baissai rapidement le nez, et je filai rejoindre Emma, mon verre à la main.
Je bus cul sec quelques gorgées et j'amorçai quelques pas de danse. Les notes d'un slow résonnèrent. Par habitude, j'acceptai l'invitation de Maxou, mon chevalier servant attitré. Nous entreprîmes de danser en nous tenant un peu éloignés l'un de l'autre, mes mains posées timidement sur ses épaules et celles de Maxime effleurant légèrement ma taille. Autour de nous, les autres s' enlaçaient à s'étouffer. Nous ressemblions à un couple de préadolescents participant à leur première boum.
Par dessus l'épaule de mon cavalier, je ne pouvais m'empêcher de le chercher. Dansait-il avec une fille? Allais-je encore avoir des envies de meurtre? Je le repérai enfin, un peu plus loin, l'épaule appuyée contre un mur. Je frissonnai en constatant qu'il m'observait par dessus le crâne d'une troisième année. Je me cachai derrière Maxime.
- Ça ne va pas?, s’inquiéta mon ami. Tu es bizarre.
- Non, répondis-je en feignant d'être surprise par sa remarque, mais parfaitement consciente de donner tous les signes de démence.
Dès que la mélodie fut achevée, je me précipitai sur mon verre dont je bus la moitié du contenu d'un seul trait. Puis je retournai danser, tiraillée entre l'envie de le regarder et la crainte de croiser ses prunelles envoûtantes et de recommencer à trembler et à rougir de manière pathétique.
La salle se mit soudain à tournoyer autour de moi. J'avisai une chaise un peu plus loin que je tentai de rallier. Mais je ne parvenais déjà plus à suivre une trajectoire rectiligne. Je l'atteignis avec quelques zig-gaz. Je m'assis et j'attendis de me sentir un peu mieux. Le cerveau bouillonnant, je m'appuyai pour me maintenir aussi droite que possible. Je le cherchai en roulant les yeux sans parvenir à le localiser. Était-il déjà parti?
Je soupirai, ma soirée était fichue. Pourquoi fallait-il que je sois aussi timide ? Une autre n'aurait pas fait autant d'histoires. Elle aurait engagé la conversation, et évalué ses chances.
J'observai mon verre encore à moitié plein. Je le saisis, dans l'espoir que le breuvage me permettrait d'oublier son départ. Quelqu'un me l'ôta des mains. Je fronçai les yeux et me tournai vers l'importun qui se mêlait de mes affaires quand je m'aperçus qu'il s'agissait de lui. Il m'examinait de ses iris étranges. Ma vision se troubla soudain. Je sentis mon corps s'affaisser et, sans que je puisse rien faire, je basculai dans l'obscurité totale.

Le son d'une porte qui claquait me ramena lentement vers la conscience.
J'ouvris doucement les yeux. Il faisait jour, je me trouvais dans mon lit, emmitouflée jusqu'aux oreilles. Comment avais-je atterri là? Était-ce mes camarades qui m'avaient reconduite ? J'espérais ne pas avoir gâché totalement leur soirée. Je fus soudain prise d'une inquiétude. Benoît n'avait-il pas profité de la situation? J'ôtai mes couvertures pour constater que je portais toujours ma robe et mes collants. L'esprit encore embrumé, je me levai et me servis un verre d'orangeade. La dernière image que je gardais de la soirée était celle de cet homme merveilleux... Existait-il vraiment ou tout ceci n'avait-il été qu'un rêve ? Ses traits restaient gravés avec une trop grande précision dans ma mémoire pour qu'il soit le fruit de mon imagination. Et je frémissais à son seul souvenir.
Je m'assis à mon bureau et je bus mon verre. Mon regard tomba à nouveau sur la lettre du notaire. Que me voulait-il ? J'ouvris paresseusement l'enveloppe. Il souhaitait me rencontrer. Je restai un moment perplexe. Je ne me connaissais aucun oncle d'Amérique, mais ma situation financière était si précaire que je me pris à espérer.
Soudain, la sonnerie du téléphone me tira de ma rêverie. Le numéro qui s'afficha m'indiqua qu'il s'agissait de mon père.
- Bonne année ma chérie, me dit-il quand je répondis.
- Bonne année Papa. Ta soirée s'est bien passée?
- Oui, super. On a dansé toute la nuit.
J'étais passée maître pour lui dissimuler mes faits et gestes depuis l'internat.
- Et toi?, ajoutai-je.
- Très bien. J'ai fait mon galant. J'ai emmené Nathalie au restaurant et nous avons, nous aussi, dansé toute la nuit.
Cela ne me surprit pas. Chaque année, depuis leur rencontre, mon père emmenait sa compagne et son fils de dix ans au restaurant pour le réveillon de la Saint-Sylvestre. J'évitais de les accompagner, le gamin et moi ne pouvions pas nous supporter. Nous ne cessions pas de nous chamailler, à la maison, et nos disputes dégénéraient systématiquement en règlements de compte entre adultes. L'atmosphère était irrespirable. C'était la raison pour laquelle j'avais choisi de vivre à l'internat, à mon entrée au lycée. Tout le monde en avait été soulagé.
- Nathalie te souhaite une Bonne Année aussi, ajouta-t-il sur le ton niais dont il usait quand ma Belle-Mère se trouvait à côté de lui.
Je ne répondis rien. Après avoir échangé quelques lieux communs, je lui parlais du courrier, mais il parut aussi surpris que moi.
Mes pensée revinrent immédiatement au bel inconnu. Qui pouvait-il être? Était-ce bien lui qui avait saisi mon verre, où me l'étais-je imaginé? Et surtout, c'était là la question la plus importante, le reverrais-je un jour ?
Mon téléphone sonna à nouveau. Il s'agissait de Maxime.
- Bonne année, dit-il.
Je lui retournai ses vœux. Après quelques secondes d'hésitation, il se lança:
- Ça va?
- Oui, merci de vous être occupés de moi. Je suis désolée.
Après un silence, Maxime finit par répondre:
- En fait, ce n'est pas moi. J'aurais dû, mais un type a pris les choses en main. Et comme les professeurs paraissaient lui faire confiance, nous l'avons laissé faire.
Tout en mesurant le degré de solidarité dans l'adversité de mes camarades, je soufflai : - Comment était-il?
- Un grand brun, avec un costume noir griffé. Il t'a prise dans ses bras et t'a transportée dehors avant qu'on ait eu le temps de s'en apercevoir. Comme ton état ne s'améliorait pas, il est revenu chercher tes affaires au vestiaire, et il a déclaré aux responsables qu'il te ramenait chez toi.
Un frisson me parcourut, j'étais convaincue qu'il s 'agissait de lui. Je jetai un coup d’œil circulaire, embarrassée. Il avait découvert mon minuscule appartement où tous les meubles étaient vieux et dépareillés ; ils tenaient à peine debout. C'était à croire que la propriétaire avait ratissé les décharges d'objets encombrants pour le meubler.
- Bon, je t'appelais juste pour te prévenir qu'on déjeune chez moi, à midi. Enfin, à quatorze heures, plutôt. A plus, conclut Maxou.
Le bel inconnu savait donc où j'habitais. Il avait pris la peine de me ramener jusqu'ici, c'était plutôt encourageant. Il pourrait revenir, s'il jugeait bon de me revoir.
Cherchant à discerner une trace de son parfum sur mon manteau, je reconnus une très légère fragrance boisée. Je plongeai mon visage dans l'étoffe et, les yeux fermés, j'inhalai à plein poumon en pensant à lui.




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