16. La chaleur du réconfort*

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Ethan

Alexi arrive chez moi et au moment où je l’entends frapper à la porte, je me rue sur celle-ci pour lui ouvrir, explosant en sanglots dès l’instant où son visage fait face au mien. Il s’inquiète instantanément et vient me prendre dans ses bras en refermant la porte derrière lui. Je me love un peu plus contre lui, relâchant mes nerfs. Son odeur me rassure, mais il sent moins le sang et ma pulsion de vampire ne refait pas surface. Il me caresse l’arrière de la tête en me chuchotant que ce n’était rien, qu’il était là à présent. C’est au bout de plusieurs longues minutes que j’arrive enfin à me calmer. Je m’écarte de lui, les yeux bouffis par les larmes et le nez tout rouge. Il me lance un magnifique sourire et m’embrasse alors chastement, ce qui a pour effet de me redonner un peu de joie.

— Je suis désolé pour cet accueil, je te fais un café ?

— Ce n’est rien, je vais t’aider, si tu veux, propose-t-il.

Nous nous dirigeons vers la cuisine où je mets en route la machine. Lui sort les tasses pour les poser à côté de moi. Il vient alors me caresser la joue et je ne peux pas m’empêcher de coller ma joue plus fort contre la paume de sa main.

— Pourquoi tu es triste, Ethan ?

— Si je te dis que c’est à cause de mon ex, tu m’en voudras ?

— Non ! Explique-moi tout, me rassure-t-il.

Je sers alors les deux tasses pour les apporter sur la table basse. Nous nous assoyons tous les deux sur le canapé côte à côte. Il m’entoure simplement d’un bras et cela me réconforte grandement. Je tourne alors mon regard vers lui, un sourire triste sur les lèvres.

— Mickaël est un taré, avouais-je.

— Je l’avais remarqué la dernière fois qu’il m’a sauté dessus pour me casser les dents, ricane-t-il.

— Non, mais vraiment taré, comme le mec dans You, tu vois ?

— La série sur Netflix ? Avec le psychopathe qui traque les filles sur les réseaux sociaux et qui fait en sorte qu’elles tombent amoureuses de lui ?

— Ouais !

Il fronce un sourcil, quelque peu inquiet.

— Ce timbré m’a sorti tout un dossier sur toi, genre tes ex, ton dossier médical, ton casier judiciaire, un truc de malade.

— Quoi ? Attends, je peux le voir ?

— C’est Alicia qui l’a, avouais-je.

Il se frotte le visage d’une main comme pour accuser la nouvelle. Après tout, je viens quand même de lui sortir que mon ex avait enquêté sur lui.

— Il est complètement taré, ce mec ! Faut appeler la police, siffle-t-il entre ses dents.

— Tu…. Veux vraiment appeler la police ?

Une crainte me prend, s’il appelle la police, Mickaël pourrait sûrement parler de ce qu’il a vu et de mes yeux rouges. Les flics en penseraient quoi ? Quoique, peut-être qu’ils le prendraient pour un véritable taré.

— Sauf que j’ai perdu mon sang-froid et que je l’ai agressé dans le parc. C’est Alicia qui m’a empêché de faire n’importe quoi, essayais-je de rattraper.

— J’aurais dû le frapper plus fort quand il a voulu me retomber dessus, l’autre fois.

Je ne peux réprimer un petit sourire face à sa réplique. Ça ne lui aurait pas fait de mal, bien que ma peur ne vienne pas du fait qu’il ait un dossier sur Alexi, mais qu’il ait vu mes yeux de vampire. À ce moment-là, j’entends la sonnette de mon appartement. Mon patron se lève.

— Je vais ouvrir. Si c’est l’autre connard, je lui pète le nez !

Mais quand il ouvre la porte, j’entends un éclat de voix très féminin.

— Alexi, je suis contente de te revoir ! Encore merci de nous avoir sauvés la dernière fois. Ethan est dispo ou il se morfond sous la douche ?

— Non, il est là, lui répond-il naturellement.

Ma meilleure amie entre alors et s’approche de moi, s’assoyant en se collant à moi. Elle attrape mon visage à deux mains après avoir déposé un dossier sur la table du salon.

— Mon Dieu, tu as les yeux tellement bouffis ! On dirait moi devant un film d’amour. Garde tes larmes pour un mec qui vaut le coup.

Je lui fais alors un beau sourire, car mine de rien, cela me fait rire. Alexi s’assoit de l’autre côté, un peu gêné.

— Tu lui as dit ce qu’il s’est passé ou pas encore ? J’ai ramené le dossier.

Alexi ne demande pas son reste et attrape ledit dossier pour voir ce qui est écrit dedans. Je vois son visage se décomposer petit à petit, il devient aussi blanc qu’un linge.

— Putain, mais il les a eues où, toutes ces infos ? Vous l’avez lu ?

— Ethan non, il a préféré essayer de casser la gueule à Mickaël, répond Alicia en gloussant.

— Et toi ?

— Oui, je l’ai lu, répond-elle avec un sourire appuyer.

Un silence pesant s’installe alors dans le salon et je vois le regard d’Alicia s’assombrir de plus en plus alors qu’Alexi baisse la tête en se mordant la lèvre inférieure. Je ne sais pas ce qu’il y a dans ce dossier, mais j’ai l’impression qu’il y a des choses que j’ignore.

— Ethan a aussi ses secrets, peut-être que l’un et l’autre, un jour, vous vous ferez assez confiance pour parler de tout, conclus-elle.

Je me tourne vers elle. Je sais très bien de quoi elle parle et ce qu’elle insinue pour moi. Pour Alexi, je ne sais pas, peut-être sa maladie, mais vu la tête qu’il tire, j’ai l’impression qu’il y a autre chose encore. Je me tourne vers lui avec un petit regard interrogateur. Il relève les yeux vers moi et finalement, il pose le dossier sur mes genoux.

— Je n’ai rien à te cacher, Ethan. Je t’ai déjà parlé de ma maladie, alors les autres détails me concernant, tu peux les connaître.

J’écarquille les yeux. Ma meilleure amie, elle, se met à sautiller et à taper dans ses mains avec un grand sourire, avant de poser une main sur mon épaule.

— C’est tellement romantique, prends-en de la graine, lance-t-elle en me faisant un clin d’œil.

Je me tourne vers elle en lui lançant un regard noir. Elle ne se débine pas, me souriant avec amusement, avant de se lever en s’excusant et de nous laisser tous les deux pour rentrer chez elle. Moi, je n’ai pas bougé. J’ai le dossier fermé sur les genoux et je le fixe comme s’il allait m’exploser à la tronche. Alexi finit par briser le silence.

— Tu sais, moi, je suis peut-être capable de tout te déballer, mais je ne te demande pas d’en faire autant. Je ne te forcerais jamais à me révéler tes secrets.

Je relève les yeux vers lui et je ne peux réprimer un petit sourire amusé par ce qu’il vient de dire. Je repose alors le dossier sur la table basse, avant d’inspirer profondément.

— Je ne veux pas tout savoir sur toi à cause d’un dossier à la con. Moi, je veux apprendre à te connaître, à découvrir tes parts de mystère. Je m’en fiche que tu aies un casier judiciaire, je m’en fiche que tu sois malade, je m’en fiche de tes origines ou de tes ex. Moi, ce qui m’attire, c’est toi et tout ce que tu représentes.

Je note une sorte de scintillement dans ses yeux juste avant qu’il ne se jette sur moi pour me dévorer les lèvres. Notre baiser s’enflamme totalement et je lui réponds comme si c’était un besoin vital. La chaleur envahit tout mon corps et les tensions semblent s’envoler d’un coup, comme si ce baiser était ce que j’attendais le plus au monde. J’enroule mes bras autour de son cou, m’agrippant à lui comme si j’avais peur qu’il parte. Ses mains viennent se poser sur mes hanches, remontant sur mes flancs sous mon t-shirt.

— Allons dans ma chambre, murmurais-je haletant.

Il ne se fait pas prier et nous filons tous les deux dans ma pièce de « sommeil ». À peine le pas de la porte franchi, nos lèvres se collent à nouveau, devenant encore plus sauvages, plus enfiévrées. Très vite, nos hauts sautent et nous collons nos torses l’un contre l’autre. Sa peau contre la mienne me fait l’effet d’un brasier. Je tombe en arrière sur le lit et il en profite pour venir m’embrasser le cou, me mordillant la peau alors que ses mains parcourent tout mon corps.

Je soupire de plaisir face à ce traitement, fermant les yeux pour profiter de ce qu’il me fait. Ses baisers descendent de plus en plus, parsemant alors mon ventre jusqu’à la ceinture de mon pantalon. Je redresse la tête pour le voir me la retirer, baissant mon pantalon pour que je me retrouve en caleçon. Il embrasse alors mon sexe à travers le tissu déjà bien tendu par la fièvre qui m’emporte, me laissant gémir de contentement. Il commence à lécher doucement, humidifiant mon caleçon petit à petit. Mon Dieu, je trouve ça tellement excitant. Ses mains, quant à elles, caressent mes cuisses. Il se redresse alors d’un coup avec des yeux à moitié paniqués.

— Tu as ce qu’il faut ?

— Oui !

Un sourire éclaire son visage et il retourne alors à ce qu’il était en train de faire, jusqu’à ce que finalement, je sente qu’il retire mon caleçon et embrasse directement ma chair. Je couine, écartant les cuisses pour lui laisser plus de possibilités de me posséder. Il prend ma verge à pleine bouche jusqu’au fond de sa gorge, me faisant me cambrer de délice. Il joint sa main à ce traitement alors qu’il coulisse sur ma masculinité déjà gorgée douloureusement. Il me procure ce doux traitement avant de se redresser légèrement et d’humidifier ses doigts. Il reprend mon sexe en bouche tandis qu’il introduit doucement un doigt en moi, ce qui me fait couiner de plaisir.

J’ai l’impression que mon corps est en feu, mon bas-ventre se tord de plaisir. Alors que son deuxième doigt pénètre ma chair, je gémis plus fort que les autres fois. Il comprend qu’il a touché un point sensible et commence alors à titiller ma prostate, me faisant trembler.

— S’il te plaît… Je veux te sentir en moi, couinais-je.

Il retire ses doigts et se redresse pour revenir au-dessus de moi. Je m’attelle alors à défaire son pantalon alors qu’il m’embrasse de nouveau avec force. Je libère alors son sexe gorgé de désir et me tords pour ouvrir le tiroir de ma table de chevet où se trouvent les boîtes. Il se met alors à rire aux éclats face à la pile de boîtes. Il en attrape une et explose encore plus de rires.

— Tu croyais vraiment qu’on allait utiliser du XS ?

— Nan, mais je… Euh… Je ne savais pas ta taille et… le pharmacien m’a embrouillé, essayais-je de me défendre.

Il ricane avant de m’embrasser. Clairement, vu ce que je vois, il peut prendre le XL. C’est ce qu’il fait. Je le vois dérouler le préservatif sur son sexe avant de se repencher sur moi pour m’embrasser. À ce moment-là, je le sens doucement entrer en moi, ce qui m’arrache un cri entre douleur et plaisir. Il y va doucement, centimètre par centimètre pour que je m’habitue à lui, jusqu’à ce qu’il arrive à la garde. Je soupire de soulagement et de plaisir.

— Ça va ?

— Oui ! Vas-y !

Il commence alors doucement à onduler, se frottant tout contre mon corps alors qu’il fait des va-et-vient en moi. Je me cambre sous les joutes de mon plaisir, mes bras autour de son cou alors qu’il me tient les jambes relevées et écartées pour que je n’aie pas à fatiguer. Il coulisse en moi de plus en plus profondément et de plus en plus vite, nos lèvres ne se quittent plus. Mes soupirs et mes gémissements sont continus, et lui lâchent des râles rauques. Je sens mon bas-ventre se contracter et ma jouissance qui arrive.

— Je vais…

Je n’ai pas le temps de terminer ma phrase que tout mon corps se crispe dans un hurlement de plaisir, me tordant sous lui alors qu’il tape profondément en moi, ne mettant pas longtemps à venir lui aussi. Nous nous écroulons tous les deux, essoufflés, les yeux embrumés par notre coït. Il se retire en se laissant retomber sur le côté et me prend dans ses bras pour me coller contre lui. Nous reste ainsi l’un contre l’autre pendant de longues minutes à reprendre nos esprits avant que je me redresse et l’embrasse.

— Tu restes dormir ici, ce soir ?

— On prend une douche tous les deux, alors ?

Je me mets à glousser et nous partons sous la douche, sans aucune perversité. Nous ne faisons que nous savonner l’un l’autre et nous nous couchons nus, blottis ensemble.

Je viens de franchir un pas avec Alexi, un tournant dans notre relation. Je me sens bien avec lui, il est sincère et je comprends mieux ses états d’âme au travail. Si un jour je lui avoue mon plus grand secret, m’accepterait-il aussi bien que moi, je l’accepte ? Ou fuirait-il comme Mickaël face à la couleur de mes yeux ? Je préfère ne pas y penser et profiter de la chaleur réconfortante qu’il m’offre.

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sauwatt


Il eut beaucoup de mal à ouvrir la porte du cabanon à cause de l’encombrement général. De plus cette porte mal agencée coinçait contre le sol de béton. Il commença par dégager l’enchevêtrement des outils qui bloquaient l’entrée du réduit. Il les sortit vers le gazon, avec l’idée d’organiser un semblant d’ordre, par tas et par séries.
Il était neuf heures du matin et déjà la chaleur menaçait de tomber sur lui. La canicule durait depuis plus d’une semaine. Sur la pelouse commençaient de s’accumuler des pieux, des pots de terre cuite vides, toutes sortes de produits phytosanitaires qu’il aurait mieux fait de jeter, mais il les gardait, comme il gardait dans son bureau, là-bas sous les toits, une masse d’archives inutiles. Il lui fallait aussi déplacer le tas de terre qui jouxtait la cabane, et dégager ces souches qui trainaient là depuis, depuis quand, au fait ? Depuis si longtemps.
Il travaillait depuis un bon moment déjà. La chaleur montante et l’heure passant, la tentation fut grande de faire une pause, et pourquoi pas, d’en rester là pour ce matin. Tandis qu’il soulevait les dernières pelletées de terre, son regard fut attiré vers la gauche. Là-bas, à quelques dizaines de mètres, il aperçut un homme entièrement vêtu de noir, et muni d’une large faux, qui s’affairait de la même façon que lui. Il faisait des gestes identiques aux siens, des mouvements semblables, la seule différente était qu’il les accomplissait au moyen de son outil à lui, une large faux. Ce voisin (mais était-ce bien son voisin ?) restituait ses propres actions à lui, en miroir. L’homme noir à la faux accrochée à son tronc, faisait mine de faucher son herbe pour la balancer dans la proximité de son épaule gauche.
Le manège dura quelques minutes, sans qu’il ne fût jamais en mesure d’en estimer la durée parce que ses pensées s’étaient mises à vagabonder vers la cime des arbres, de l’autre côté de la rue. Il vérifia à plusieurs reprises le phénomène: quand il s’arrêtait de travailler pour s’accorder une pause, l’homme en noir s’arrêtait aussi et posait les mains sur le dessus du manche de sa faux, comme lui-même le faisait avec sa pelle.
Il stoppa son travail car la température était devenue trop suffocante. D’ailleurs l’orage menaçait.
Il se dirigea vers la maison avec l’idée de se doucher, il était attendu en ville. Il allait prendre sa voiture pour se rendre à son rendez-vous. C’est ce qu’il avait l’intention de faire. L’homme à la faux disparut lui aussi, simultanément.
Donc, sa douche étant prise, et habillé propre sur lui, il était prêt à se rendre en ville pour récupérer à la librairie le livre qui enfin était arrivé. Les premières gouttes s’écrasèrent sur le dallage de l’allée juste au moment où il se dirigeait vers son véhicule.
À peine venait-il de démarrer que les choses se gâtèrent. L’orage prenait de l’ampleur. La route était devenue une unique et grande flaque, et les essuie-glaces n’arrivaient plus à dégager la masse d’eau qui s’accumulait entre lui et l’avenue toute rectiligne. Le pare-brise avait pris l’aspect d’une vitre dépolie, quasiment opaque. Une fois le coin de l’avenue dépassé, il pensa à l’homme à la faux, puis il accéléra sèchement pour quitter au plus vite son quartier. Oui, ce serait un livre intéressant, à coup sûr, dont il attendait beaucoup. Il avait programmé sa lecture depuis si longtemps. Il ressentit un frisson au moment où la route, décidément transformée en lac, se dérobait à sa vue. Se dérobait.
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Lena du Boror
Recueil de poésie.
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Louise Darcy









Je fixe la fenêtre devant moi ; mon corps est secoué de tremblements incontrôlables. Le coup fatal ne devrait plus tarder, maintenant... Ils veulent me tuer. Encore. Comment en suis-je arrivée là, moi qui, voici quelques mois à peine, menais l'existence la plus monotone qui soit? Je perçois son mouvement ample dans mon dos. Le colosse lève le bras... Il ne me reste, à présent, plus que quelques secondes à vivre... Le démon qui nous observe triomphe. Résignée, je ferme les yeux, et, dans un dernier rêve, je le revois.

















QUELQUES MOIS AUPARAVANT, SOIREE DU 31 DECEMBRE



-1- Je gravissais l'escalier de l'immeuble haussmannien où je vivais depuis bientôt quatre mois. Parvenue au sommet, je tournai la clef pour pénétrer dans le placard à balai que je louais sous le nom de meublé, et dont j'avais remporté le bail de haute lutte devant une cinquantaine de participants. Cette victoire, je ne la devais aucunement à mes qualités personnelles, mais seulement à un père fonctionnaire et qui s'était porté caution. Le loyer en était exorbitant.
J'entrai et je m'affalai sur le lit. J'ôtai mes bottines, que je lançai négligemment, et je relevai les jambes pour soulager mes pieds sur le velux frais. C'est l'avantage des espaces minuscules. On en atteint facilement chaque recoin. Je fermai les yeux. Quelles seraient mes bonnes résolutions, cette fois? Faire du sport, me montrer plus aimable avec la nouvelle famille de mon père... Ça n'avait pas grande importance, je ne les tiendrais probablement pas. Je resterais assise à mon bureau, comme coupée du monde, et j'étudierais mes leçons. L'essentiel de ma vie résidait dans ma réussite scolaire.
Mais, je n'avais pas le temps de me laisser aller. Je tournai le regard vers l'horloge pour constater qu'il était vingt heures trente... Déjà ! Je n'ai jamais su anticiper les heures et les minutes pour arriver à l'heure à un rendez-vous. J'ai la phobie des horloges comme d'autres ont celle de la feuille d'impôt... Nous avions projeté, mes camarades et moi, d'aller dîner ensemble avant de nous rendre au réveillon organisé par notre École. Je me relevai en maudissant mon manque chronique d'organisation, et je me dirigeai en traînant les pieds jusqu'à la salle d'eau. La sensation de l'eau tiède ruisselant sur mon corps, mêlée au parfum de jasmin du gel douche, me ragaillardirent. Je m'épongeai soigneusement.
L'étape suivante devait consister à me faire belle, ou tout au moins, à essayer. Je préparais cet événement depuis quelques jours déjà, et j'avais investi mes étrennes de Noël dans une petite robe noire à motifs dorés, un collant fin et des ballerines bon marché. J'enfilai le tout avec un soin extrême pour ne pas filer les bas. Pour observer le résultat, je ne disposais que d'un petit miroir posé sur mon bureau. Ce que je parvins à apercevoir me parut à peu près convenable. J'observai le reflet de mon visage, ce qui m'arracha, comme d'habitude, un profond soupir. Je détestais mon teint trop laiteux, mes yeux trop grands, mes taches de rousseurs sur mon nez minuscule et, par dessus tout, mes cheveux roux et bouclés. J'avais tenté, au collège, de les faire couper. On m'avait alors affublé du surnom de « Caniche » pendant des mois. Je ne les avais plus jamais raccourcis depuis. Je tentais de maîtriser leur instinct sauvage en les enserrant dans des élastiques et des bandeaux.
Le temps pressait ; je n'allais pas rester là à me lamenter. Je déposai du mascara noir sur mes cils, du crayon et des ombres sur mes paupières, du rouge sur mes lèvres, du fond de teint sur ma peau et des couleurs pour rehausser mes joues. Plus je progressais, plus je constatais l'effet désastreux de ces artifices. Quand j'eus terminé, deux possibilités s'offraient à moi : aller tapiner au Bois de Boulogne ou me démaquiller. J'optai pour la seconde. Je me contentai finalement d'un peu de mascara et d'une touche de blush sur mes lèvres. Je ressemblais à une gamine, mais ça n'avait pas tellement d'importance. Je ne connaîtrais pratiquement personne à cette soirée, et pas un de mes camarades masculins ne m'intéressait. J'achevai par le démêlage et le domptage de ma longue crinière. Je l'attachai avec un ruban et je décidai que tout était parfait.
Enfin, je cherchai mon petit sac à dos dans le fouillis de ma tanière. Où avais-je bien pu le fourrer? Tandis que je passais mon appartement en revue, mon regard se porta par hasard sur le courrier que j'avais jeté négligemment sur le lit en entrant. Il se composait de deux lettres. L'une venait de la propriétaire de ma studette qui m'envoyait, comme chaque mois, ma quittance de loyer. L'autre émanait d'un notaire de Nantes. Je fronçai les yeux. La succession de ma mère n'avait-elle pas été réglée deux ans plus tôt? Troublée, je reposai pourtant le courrier sur mon bureau sans l'ouvrir. Je voulais partir faire la fête l'esprit dégagé de tout soucis matériel. Il était rare que je m'octroie quelque moment de détente. Je devais profiter de cette soirée.
Les minutes s'égrainaient, accentuant mon retard. J'enfilai mon manteau en lainage gris fatigué et je sortis pour dévaler l'escalier. Je me précipitai à l'extérieur où le froid me saisit d'un coup. Je traversai les rues, seulement éclairées par la lumière des lampadaires qui diffusait dans les légères nappes de brume en suspension, et créait une atmosphère féerique. Je n'avais pas un long trajet à parcourir pour rejoindre mes amis de l’École d’Études Scientifiques. En arrivant sur le lieu du rendez-vous, je constatai que j'étais, une nouvelle fois, la dernière.

- Ah, quand même !, s'exclama Emma en m'apercevant.
- Ariane, tu ne pourrais pas, une fois dans ta vie, t'organiser pour arriver à l'heure !, me reprocha Maxime qui battait des semelles sur le trottoir et soufflait sur ses doigts pour les réchauffer.
- Je suis désolée, m'excusai-je.
Les trois autres ne firent aucun commentaire et s'engouffrèrent d'un seul mouvement dans le restaurant, poussés par le froid et la faim. Quelques minutes plus tard, tandis que nous déballions nos menus au milieu des effluves de friture, Benoît sortit de son sac à dos des cannettes qu'il déposa sur notre table.
- Qu'est-ce que c'est?, demanda Emma, en mordant dans son hamburger.
- Des boissons énergisantes.
- Pourquoi as-tu amené ça?, questionna Enzo.
- Ça nous aidera à tenir plus longtemps, répondit Benoît innocemment.
- N'en bois pas, conseilla Enzo à sa petite amie Katie. Ça amplifie les effets de l'alcool.
Puis il me lança une œillade entendue, soupçonnant Benoît de les avoir surtout apportées dans mon intention. Depuis des semaines qu'il me tournait autour, il voyait certainement là un moyen facile de me rendre enfin accessible. Il me connaissait mal. Il ne me plaisait ni physiquement, ni mentalement. Bavard et agité, il cherchait toujours à être le point de mire. Son physique me paraissait banal. Il jouait au rugby et se vantait de se mettre minable lors des troisièmes mi-temps. Je tentais en vain de lui faire comprendre qu'il n'avait pas la moindre chance, mais il gardait espoir. - Je n'en boirai pas non plus, remarquai-je sèchement.
- T'es pas marrante, constata-t-il.
- Non, en effet, confirmai-je.
- Moi, je vais en goûter, dit Emma en saisissant une canette.
Maxou l'imita :
- C'est bon, acquiesça-t-il.
Benoît but deux canettes d'une traite.
Après avoir dîné, nous partîmes à destination de la discothèque réservée par l’École. Presque tous les élèves devaient participer : les premières années, auxquels nous appartenions et dont les trois quarts seraient évincés après le concours du printemps, et les autres qui avaient déjà subi le grand écrémage et qui étaient presque certains de sortir avec le prestigieux diplôme de l’École. Les anciens élèves étaient invités aussi, ainsi que les enseignants.
- Tu crois que Chris Delaby sera là?, me demanda Emma, tout en marchant à ma hauteur.
La tension était perceptible dans sa voix.
- Je pense que oui, répliquai-je. Mais sa femme sera là aussi...
Elle grimaça. Il était de notoriété publique que la présence de son épouse n'empêchait nullement le professeur de répondre aux avances de ses étudiantes, mais j'espérais que la voir suffirait à en détourner Emma. Elle comptabilisait tout juste dix-huit printemps, tandis que lui me paraissait être grabataire avec ses quarante ans passés.
La coutume voulait que la soirée soit organisée par les étudiants de dernière année. En arrivant, nous étions les premiers, à l'exception des responsables. Après avoir déposé nos effets personnels au vestiaire, dans le vestibule, nous entrâmes dans la grande salle où devait se dérouler la fête, et nous commençâmes à danser sur la piste vide. Je n'osais pas me déhancher, de peur du ridicule. Benoît ne manquait pas une occasion de me frôler. Pour couper court à ses tentatives d'approche, j'allai chercher un verre de whisky-coca, bien que mes expériences en matière de dégustation d'alcool se limitassent jusqu'ici au fond d'une flûte de champagne, les soirs de fête.
Tandis que j'attendais appuyée sur le bar, Emma s'approcha de moi. Elle jubilait.
- Il est là, glissa-t-elle à mon oreille.
Je me tournai dans la direction qu'elle m'indiquait et, en effet, je reconnus les cheveux poivre et sel et la mâchoire carrée du professeur Delaby qui saluait les organisateurs. Une femme entre deux âges semblait l'accompagner. Un peu enveloppée, elle paraissait fascinée par le plafond. Savait-elle qu'elle se trouvait au sein de la réserve de chasse de son mari? A l'expression qu'elle affichait, on ne pouvait en douter.
- Tu parles d'un boudin, commenta Emma, acerbe, tout en l'examinant en biais.
La fête battait maintenant son plein quand je sentis que ma tête commençait à tourner un peu. Je n'avais pourtant absorbé que quelques gorgées d'alcool.
- Je vais me rafraîchir, annonçai-je à l'adresse de mes camarades.
- Tu veux que je t'accompagne?, proposa Benoît, qui croyait son heure enfin arrivée.
- Ah non, sûrement pas, rétorquai-je froidement.
Je traversai la piste en jouant des coudes pour rejoindre les toilettes situées dans le vestibule. Je sortis de la salle et je commençai à parcourir le couloir.
C'est à cet instant précis que je l'aperçus, avançant dans la direction opposée. Mon cœur s'affola soudain, et je fus traversée par une onde de chaleur intense tandis qu'il s'approchait de sa démarche féline. Les longues mèches de ses cheveux noirs balançaient autour de son visage. Ses pommettes saillantes, son front haut, son nez légèrement aquilin, s'accordaient dans un ensemble aux proportions parfaites. Ses yeux obliques, entourés de longs cils noirs, étaient remarquables. Son regard avait quelque chose d’étrange que je ne sus définir . Mes pas devinrent soudain difficiles, j'eus la sensation de marcher dans du coton. Quand il parvint à ma hauteur, il vrilla ses pupilles dans les miennes et je fus parcourue des pieds à la tête par une décharge électrique. Incapable de continuer, je m’arrêtai pour le contempler. Sa bouche sensuelle amorça un léger sourire, et il continua son chemin, laissant dans son sillage une fragrance boisée. J'entrouvris la bouche de ravissement. Le souffle coupé , je le vis pénétrer dans la salle où il disparut. Je restai immobile, assaillie par une multitude d'émotions inédites dont on aurait dit qu'elles s'étaient toutes données rendez-vous à ce même instant, me laissant pantelante au milieu du couloir.
Entre extase et inquiétude, je gagnai les toilettes. Je m'aspergeai le visage d'eau froide et je respirai à pleins poumons en tentant de recouvrer mes esprits. Qui était cet inconnu qui avait mis en un instant tous mes sens en émoi? J'avais eu l'occasion de croiser tous les élèves, nous n'étions pas si nombreux, et tous les professeurs. Je supposai qu'il s'agissait d'un ancien de l’École. Peu à peu, je parvins à me calmer un peu, et la raison reprit le dessus. Il était impossible qu'un homme d'une beauté aussi parfaite existât, je l'avais sans doute idéalisé. En l'examinant, je m'apercevrais qu'il n'avait rien de si extraordinaire. J'observai mon reflet dans le miroir. Mes yeux gardaient une expression étonnée. Mon cœur battait encore si fort que je craignais qu'il explose...
Aussitôt, le désespoir succéda à l'extase. Car s'il existait réellement un être aussi merveilleux, comment pourrait-il s’intéresser à moi? Mieux valait que je l'ai rêvé. Pourtant, malgré mes doutes, j’étais irrésistiblement attirée vers lui par une force invisible. Je m'astreignis sagement à attendre que le flux de mon sang ralentisse dans mes artères, que le tremblement de mes mains s'atténue et que ma respiration reprenne un rythme normal.
Puis, je retournai dans le couloir. Je tirai la porte de la salle en hésitant et j'entrai. Benoît, qui avait certainement guetté mon retour, choisit cet instant pour venir m'importuner.
- Tu t'es sentie mal?
- Un peu.
- Tu as trop bu?
- Je ne pense pas, répliquai-je en le fusillant du regard. Il fait juste trop chaud ici.
- Tu veux qu'on sorte?
- Non, cinglai-je en le dépassant.
Je filai me réfugier vers Emma. Elle fronça les sourcils en me voyant:
- Tu es bizarre. Qu'est-ce que tu as?
- Rien. Ça doit être l'effet du whisky.
Ma réponse lui suffit. Elle fit volte face et se remit à chalouper. Je l'imitai tout en cherchant le grand brun du regard quand, à nouveau, le phénomène se produisit avec les mêmes symptômes dès que je parvins à le localiser. C'était facile, il dépassait tous les convives d'une bonne tête.
Il bavardait avec un professeur. Je pus le contempler de profil et je constatai qu'en effet, il était sublime. Mon imagination n'y était pour rien. Naturellement, je n'étais pas la seule à l'avoir remarqué. De nombreux regards féminins convergeaient dans sa direction. Il paraissait ne pas s'en apercevoir, ou, du moins, ne pas y prêter attention. Quelques filles se permettaient de le héler. Je sentis la jalousie m'envahir. Moi, je n'aurais jamais osé m'en approcher et lui adresser la parole. Il me faudrait une bonne semaine pour mettre au point un plan dans cette perspective.
Il balaya la salle du regard. A l’instant où ses yeux croisèrent les miens, il suspendit son mouvement. Je frémis et je baissai les cils sur mes ballerines. Je sentis le sang me monter au visage. Pour me donner une contenance, je cherchai mon verre d'alcool sans le retrouver. Aussi, me dirigeai-je d'un pas gauche jusqu'au bar, imaginant son regard encore fixé sur moi.
De nombreuses personnes réclamaient à boire aux serveurs. J'attendis patiemment mon tour. Le service était assuré par les élèves de dernière année et par quelques professeurs bénévoles. J'arrivai enfin à leur niveau et je commandai ma boisson. En l'attendant, je me tournai timidement vers la salle pour le chercher. J'éprouvais simultanément le besoin et la crainte de le voir.
Je sursautai. Il se tenait à quelques centimètres à ma droite, le dos tourné. En avançant la main, j'aurais pu le toucher. Mon cœur vibra de cette proximité. Il écoutait un grand boutonneux de deuxième année que je connaissais bien car il assurait quelques tutorats.
- Ariane, tu es sûre d'avoir le droit de boire?, plaisanta celui-ci. Il me semble que tu n'es pas majeure.
Et, se tournant vers les serveurs, il s'exclama:
- Un lait fraise, pour la petite.
Puis il se mit à émettre des sons rappelant celui d'une otarie qui vient de faire un tour.
Je sentis le sol se dérober sous mes pieds quand le brun se retourna et me considéra. A nouveau, une décharge électrique me traversa quand je croisai ses pupilles inquisitrices. Ma bouche s’entrouvrit d'émerveillement et s'assécha. Je n'étais pas encore prête à lui parler ; je baissai rapidement le nez, et je filai rejoindre Emma, mon verre à la main.
Je bus cul sec quelques gorgées et j'amorçai quelques pas de danse. Les notes d'un slow résonnèrent. Par habitude, j'acceptai l'invitation de Maxou, mon chevalier servant attitré. Nous entreprîmes de danser en nous tenant un peu éloignés l'un de l'autre, mes mains posées timidement sur ses épaules et celles de Maxime effleurant légèrement ma taille. Autour de nous, les autres s' enlaçaient à s'étouffer. Nous ressemblions à un couple de préadolescents participant à leur première boum.
Par dessus l'épaule de mon cavalier, je ne pouvais m'empêcher de le chercher. Dansait-il avec une fille? Allais-je encore avoir des envies de meurtre? Je le repérai enfin, un peu plus loin, l'épaule appuyée contre un mur. Je frissonnai en constatant qu'il m'observait par dessus le crâne d'une troisième année. Je me cachai derrière Maxime.
- Ça ne va pas?, s’inquiéta mon ami. Tu es bizarre.
- Non, répondis-je en feignant d'être surprise par sa remarque, mais parfaitement consciente de donner tous les signes de démence.
Dès que la mélodie fut achevée, je me précipitai sur mon verre dont je bus la moitié du contenu d'un seul trait. Puis je retournai danser, tiraillée entre l'envie de le regarder et la crainte de croiser ses prunelles envoûtantes et de recommencer à trembler et à rougir de manière pathétique.
La salle se mit soudain à tournoyer autour de moi. J'avisai une chaise un peu plus loin que je tentai de rallier. Mais je ne parvenais déjà plus à suivre une trajectoire rectiligne. Je l'atteignis avec quelques zig-gaz. Je m'assis et j'attendis de me sentir un peu mieux. Le cerveau bouillonnant, je m'appuyai pour me maintenir aussi droite que possible. Je le cherchai en roulant les yeux sans parvenir à le localiser. Était-il déjà parti?
Je soupirai, ma soirée était fichue. Pourquoi fallait-il que je sois aussi timide ? Une autre n'aurait pas fait autant d'histoires. Elle aurait engagé la conversation, et évalué ses chances.
J'observai mon verre encore à moitié plein. Je le saisis, dans l'espoir que le breuvage me permettrait d'oublier son départ. Quelqu'un me l'ôta des mains. Je fronçai les yeux et me tournai vers l'importun qui se mêlait de mes affaires quand je m'aperçus qu'il s'agissait de lui. Il m'examinait de ses iris étranges. Ma vision se troubla soudain. Je sentis mon corps s'affaisser et, sans que je puisse rien faire, je basculai dans l'obscurité totale.

Le son d'une porte qui claquait me ramena lentement vers la conscience.
J'ouvris doucement les yeux. Il faisait jour, je me trouvais dans mon lit, emmitouflée jusqu'aux oreilles. Comment avais-je atterri là? Était-ce mes camarades qui m'avaient reconduite ? J'espérais ne pas avoir gâché totalement leur soirée. Je fus soudain prise d'une inquiétude. Benoît n'avait-il pas profité de la situation? J'ôtai mes couvertures pour constater que je portais toujours ma robe et mes collants. L'esprit encore embrumé, je me levai et me servis un verre d'orangeade. La dernière image que je gardais de la soirée était celle de cet homme merveilleux... Existait-il vraiment ou tout ceci n'avait-il été qu'un rêve ? Ses traits restaient gravés avec une trop grande précision dans ma mémoire pour qu'il soit le fruit de mon imagination. Et je frémissais à son seul souvenir.
Je m'assis à mon bureau et je bus mon verre. Mon regard tomba à nouveau sur la lettre du notaire. Que me voulait-il ? J'ouvris paresseusement l'enveloppe. Il souhaitait me rencontrer. Je restai un moment perplexe. Je ne me connaissais aucun oncle d'Amérique, mais ma situation financière était si précaire que je me pris à espérer.
Soudain, la sonnerie du téléphone me tira de ma rêverie. Le numéro qui s'afficha m'indiqua qu'il s'agissait de mon père.
- Bonne année ma chérie, me dit-il quand je répondis.
- Bonne année Papa. Ta soirée s'est bien passée?
- Oui, super. On a dansé toute la nuit.
J'étais passée maître pour lui dissimuler mes faits et gestes depuis l'internat.
- Et toi?, ajoutai-je.
- Très bien. J'ai fait mon galant. J'ai emmené Nathalie au restaurant et nous avons, nous aussi, dansé toute la nuit.
Cela ne me surprit pas. Chaque année, depuis leur rencontre, mon père emmenait sa compagne et son fils de dix ans au restaurant pour le réveillon de la Saint-Sylvestre. J'évitais de les accompagner, le gamin et moi ne pouvions pas nous supporter. Nous ne cessions pas de nous chamailler, à la maison, et nos disputes dégénéraient systématiquement en règlements de compte entre adultes. L'atmosphère était irrespirable. C'était la raison pour laquelle j'avais choisi de vivre à l'internat, à mon entrée au lycée. Tout le monde en avait été soulagé.
- Nathalie te souhaite une Bonne Année aussi, ajouta-t-il sur le ton niais dont il usait quand ma Belle-Mère se trouvait à côté de lui.
Je ne répondis rien. Après avoir échangé quelques lieux communs, je lui parlais du courrier, mais il parut aussi surpris que moi.
Mes pensée revinrent immédiatement au bel inconnu. Qui pouvait-il être? Était-ce bien lui qui avait saisi mon verre, où me l'étais-je imaginé? Et surtout, c'était là la question la plus importante, le reverrais-je un jour ?
Mon téléphone sonna à nouveau. Il s'agissait de Maxime.
- Bonne année, dit-il.
Je lui retournai ses vœux. Après quelques secondes d'hésitation, il se lança:
- Ça va?
- Oui, merci de vous être occupés de moi. Je suis désolée.
Après un silence, Maxime finit par répondre:
- En fait, ce n'est pas moi. J'aurais dû, mais un type a pris les choses en main. Et comme les professeurs paraissaient lui faire confiance, nous l'avons laissé faire.
Tout en mesurant le degré de solidarité dans l'adversité de mes camarades, je soufflai : - Comment était-il?
- Un grand brun, avec un costume noir griffé. Il t'a prise dans ses bras et t'a transportée dehors avant qu'on ait eu le temps de s'en apercevoir. Comme ton état ne s'améliorait pas, il est revenu chercher tes affaires au vestiaire, et il a déclaré aux responsables qu'il te ramenait chez toi.
Un frisson me parcourut, j'étais convaincue qu'il s 'agissait de lui. Je jetai un coup d’œil circulaire, embarrassée. Il avait découvert mon minuscule appartement où tous les meubles étaient vieux et dépareillés ; ils tenaient à peine debout. C'était à croire que la propriétaire avait ratissé les décharges d'objets encombrants pour le meubler.
- Bon, je t'appelais juste pour te prévenir qu'on déjeune chez moi, à midi. Enfin, à quatorze heures, plutôt. A plus, conclut Maxou.
Le bel inconnu savait donc où j'habitais. Il avait pris la peine de me ramener jusqu'ici, c'était plutôt encourageant. Il pourrait revenir, s'il jugeait bon de me revoir.
Cherchant à discerner une trace de son parfum sur mon manteau, je reconnus une très légère fragrance boisée. Je plongeai mon visage dans l'étoffe et, les yeux fermés, j'inhalai à plein poumon en pensant à lui.




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