1. Ma meilleure amie*

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Note de l'auteur:

Ce roman est en réécriture, il y aura peut-etre des chapitres de rajoutés, et des changements sur les chapitres déjà postés. Ceux réécrit aurons une petit *

Ethan

C'est une journée banal comme les autres. Je me sort péniblement du lit, comme a chaque fois après une insomnie, je me douche avant de prendre mon petit déjeuner. Celui-ci se constituant de céréale, ainsi qu'un poche de sang que je sirote en lisant les notifications de mon téléphone. Je me lave les dents, sortant mes canines pour ne pas les oublier, m'habille, me coiffe, fume une clope des Black Devil, arôme chocolat, entièrement noires. Pour finir, je sors de chez moi et prends le bus pour aller au boulot. Mon connard de patron, Alexi, est déjà en train d'aboyer dans les bureaux. Je crois bien que je ne suis jamais arrivé au travail sans qu'il ne gueule déjà. J'enchaîne les heures, me fais pourrir autant que mes collègues et à la fin de la journée, je rentre chez moi. Bref, une journée banale.

Toutefois, aujourd'hui, mon chef était particulièrement en rogne. Il avait ce petit tique avec ses mains a se les tourner nerveusement. On soupçonne avec mes collègue, que sa copine a ses règles, enfin, s'il en a une. Il est super canon, mais tellement con... La ride entre ses sourcils, toujours froncés, lui donne un air de bad boy, le tout agrémenté d'un jean noir, d'une chemise tout aussi noire et d'une veste en simili sur les épaules lorsqu'il va fumer. Je bave littéralement sur lui, mais il ne s'agit que d'une attirance physique, car j'imagine que son âme doit être bien pourrie. Quand il me parle, ce n'est jamais pour me faire un compliment ou pour me demander comment je vais aujourd'hui, mais toujours pour me gueuler dessus. J'ai plusieurs fois hésité à quitter mon travail à cause de lui ; le harcèlement moral qu'il fait subir à ses employés devrait être puni par la loi. Sauf qu'en contrepartie, nous sommes très bien payés, nous avons beaucoup d'avantages et vraiment un travail de rêve. Alors, nous nous taisons et nous subissons en silence en serrant des dents, on a des crédit a payer après tout. Ce n'est qu'une heure par jour qu'on doit subire ses engeulade, car il finit par s'enfermer dans son bureau.

Je me tourne vers l'un de mes collègues, un petit bonhomme à lunettes grisonnant, très gentil et qui est fan de Star Wars.

— Il gueule pour quoi, aujourd'hui ?

— La même chose qu'hier, on n'a toujours pas été livrés des plaquettes de présentation qu'on a commandées, répond il en soupirant.

— Tu m'étonnes qu'il gueule, le fournisseur abuse ! M'enfin, c'est encore nous qui prenons !

Oui, cela devient pénible de prendre à la place des autres. Je soupçonne parfois que c'est lui qui fait la connerie, mais qu'il nous gueule dessus pour ne pas s'engeuler lui même. Le soir, au lieu de rentrer chez moi, je rejoins ma meilleure amie, Alicia. Une jolie femme, mais je suis son meilleur pote gay, le cliché, quoi. Nous sommes vendredi et les gens profitent toujours de leur soirée pour décompresser de leur semaine de taf ; moi, j'en ai bien besoin, en tout cas. Je m'assois en face d'elle au petit bar où nous avons l'habitude d'aller, L'Embuscade. Nous sommes tellement habitués à venir ici que le patron nous connaît très bien. Nous avons fait tellement de fermetures ici, bourrés comme des coings, que c'est un peu notre QG à tous les deux. Nous nous faisons de nouveaux amis chaque soir et c'est ici que j'ai rencontré l'amour de ma vie... devenu mon ex depuis deux semaines. Mickaël, un homme drôle, un peu bobo, un peu biker, bad boy le week-end, le genre qui attire le regard et qui nous séduit irrésistiblement, comme la lumière pour un papillon de nuit. J'étais tellement amoureux de lui, de sa personnalité, de son physique... De tout, en fait.

Alicia me regarde et esquisse un tendre sourire face à mon air fatigué. Elle sait que mon patron est un connard et qu'en plus, je n'ai toujours pas fait le deuil de ma relation amoureuse. Elle me commande une chope de bière, de la Guinness. Je n'aime que ça ou les très vieux rhums. Elle se commande une vodka citron, elle ne boit que des trucs à base de citron ou aromatisés au citron, même la bière.

— Alors, ton patron a encore gueulé ?

— Oui, mais on a des fournisseurs qui ne nous livrent pas. Il a raison, mais c'est encore nous qui prenons, j'en ai marre ! J'ai envie de me barrer, mais j'ai un prêt à rembourser.

— C'est le nerf de la guerre. Tu devrais le baiser comme un sauvage dans son bureau, peut-être que ça le calmerait, qui sait. Ricane t'elle.

— Ce n'est pas l'envie qui m'en manque ! Mais il doit être casé avec une nana plus gueularde que lui. Un mec comme ça n'est pas gay, et encore moins célibataire.

— Eh bah justement, ouvre-lui de nouveaux horizons, me dit t'elle en faisant un geste du bras.

— Ouais, mais non. C'est de mon connard de patron qu'on parle, je te signale. Même pour son cul de dieu, je ne coucherais jamais avec lui.

Elle se met à rire et moi aussi. Elle est du genre à avoir ce rire communicatif, un son cristallin qu'on aime entendre comme une douce mélodie. C'est tellement agréable de passer du temps avec elle, elle qui me supporte depuis des années. Nous avons fait nos études ensemble et nous faisons tous les deux le même métier. Nous nous suivons depuis le lycée comme deux jumeaux. Elle est la seule à qui je peux me confier totalement, elle connaît mes petits secrets les plus sombres... Enfin, sauf un : le fait que je sois un vampire, mais en soi, personne n'est au courant, à part mes parents. Disons qu'elle connaît mes secrets d'humain, les petits secrets banals que tout le monde peut avoir, dont celui de ne pas assumer votre sexualité au point où votre ex vous largue. Mon sourire et mon rire disparaissent d'un coup en repensant à cela et je plonge mon nez dans ma bière pour essayer d'endiguer les larmes qui affluent et la boule qui me serre la gorge.

— Tu penses encore à lui ? Putain, mais mec, essaie de passer à autre chose. Tu es libre, libre de sauter sur tout ce qui bouge, de profiter que personne ne surveille tes textos, et surtout de te pousser chaque jour à faire ce que tu n'es pas encore capable de faire.

— C'est facile à dire pour toi, la célibataire hétéro volage ! Moi je l'aimais comme un dingue, mais être gay, ce n'est pas vraiment facile à assumer devant la société.

— C'est toi qui te fais un blocage, surtout que tes parents, eux, je suis sûre qu'ils s'en fichent et t'aimeront toujours... J'ai plus l'impression que tu as peur du regard des autres, alors que clairement, tu ne devrais pas, me gronde t'elle.

— Ne me fais pas de discours là-dessus, je n'ai pas besoin d'une conscience ! Je sais que je me bloque tout seul comme un con et ça, depuis des années, mais je ne suis pas comme toi à avoir une certaine liberté sexuelle. Je suis asocial, tu le sais.

— Sauf quand tu es bourré et que tu fais des bisous à tout le monde !

Je grimace distraitement et regarde ailleurs, comme si je n'avais rien entendu. Elle se met à glousser avant de boire une gorgée de son verre. Son téléphone se met à vibrer plusieurs fois, des notifications d'une application. Je me penche et regarde ce que c'est. Ça ressemble à des messages, d'un certain « LittleMonster ».

— C'est quoi, ton truc ?

— Un site de rencontre ! Ça s'appelle « Entre deux âmes ». Il n'est pas du tout fait comme Tinder ou AdopteUnMec. Disons que là, tu ne juges pas la personne sur son physique.

— Ouais... Enfin si tu mets une photo, il y a forcément un jugement, dis-je pensif en me frottant l'arrière de la nuque.

— Eh bien non justement, tu ne mets pas de photo de profil, tu ne communiques qu'avec un pseudo, et ce n'est qu'au bout de deux mois, avec un message par jour minimum, que tu débloques le profil de l'autre. C'est super bien fait, car tu ne peux pas y accéder si tu ne remplis pas toutes ces conditions.

— Bah alors, comment tu sais si une personne va te plaire ou non ?

— Bon déjà, tu ne communiques qu'avec des gens de la région et c'est aléatoire, mais c'est calculé sur la base de ton profil et du sien sans que tu ne le voies. Tu peux parler à cinq personnes en même temps au maximum, et tu peux virer une personne si tu ne l'aimes pas, m'explique t'elle avec des grand yeux ravis.

— Ouais, mais si tu ne sais pas à quoi elle ressemble ?

— Patate, tu n'as pas compris ? Ce n'est pas sur le physique, mais sur la personnalité et l'âme de la personne que tu sais si elle te plaît ou non. En plus, tu peux lui dire tous tes secrets, car finalement, elle ne pourra jamais savoir qui tu es avant deux mois. Et si vous vous entendez bien sur le plan moral, le physique importe peu.

— C'est vrai... M'enfin, si tu tombes sur un boutonneux dégueulasse avec une calvitie précoce, je suis désolé, mais pour moi, le physique compte un peu, gloussais-je.

— Effectivement... Mais bon, tu remplis un questionnaire pour déterminer tes goûts, aussi. J'ai rencontré un mec avec cette application : il était carrément canon et il baisait comme un dieu... mais il a eu peur quand je lui ai dit que je pratiquais du BDSM.

— Ah ! Tu ne lui avais pas dit dés le début? Tu m'étonnes qu'il ait eu peur ! Je ne comprendrai jamais ton kiff à fouetter des gens.

— Mais ce n'est pas que ça. Faudrait que je te montre, réplique t'elle en secouant le doigts pointer sur moi.

— Non merci !

Je me mets à ricaner. Elle est adorable, mais ses pratiques sexuelles ne m'intéressent pas ; j'aime quand c'est tendre, amoureux et doux. Moi je fais l'amour, je ne baise pas, je suis dans le romantisme, à aimer les dîners aux chandelles, à prendre un bain avec des pétales de rose et à me mettre nu sur la plage au clair de lune. Le truc très cliché des romans à l'eau de rose. Avec Mickaël, ce n'était pas tout à fait ça, mais il était doux avec moi. Il avait de petites attentions, mais je sais parfaitement qu'il n'y avait que lui qui se battait pour nous deux. Je me laissais guider par ce qu'il me donnait sans vraiment lui donner quelque chose en retour.

— Et là, le BabyMonster, il est sympa ? Tu ne l'as pas encore vu ?

— Non, on ne discute que depuis un mois, mais il est adorable, il m'appelle « princesse » et... je lui ai parlé du BDSM et ça ne semble pas le rebuter.

— Y'a que le sexe qui compte, pour toi, soupirais-je blasé par mon amie.

— Ouais ! Mais tu sais comment je suis, et pourquoi se priver des trucs qui font du bien ?

— Tu as raison... Je suis peut-être trop romantique.

— Oui, libère-toi, grande folle ! Montre-nous la bête qui est en toi, dit elle en brandissant le poingt vers le ciel.

— Non, mais ça va pas !

On explose de rire. Je me vois mal jouer à l'allumeur et me balader en tenue de cuir. Je sirote ma bière et l'observe, avec son téléphone, en train de répondre aux messages avec un sourire qui ferait fondre n'importe qui. Je sors mon téléphone : rien, nada, pas de message de qui que ce soit. Et là, sans crier gare, Alicia chope mon téléphone. Elle connaît mes mots de passe. Je croise les bras et prends un air renfrogné. Elle tripote les touches, puis finalement relève les yeux vers moi avec un sourire sadique.

— Ton type de mec ?

— Tu fais quoi, là ?

— Tu-tu-tu ! Ton type de mec !

— Euh... Grand, plus d'un mètre soixante-dix, donc plus grand que moi, brun, musclé ou du moins, qui prend un minimum soin de lui... Plus musclé que moi, mais pas bodybuilder non plus. Euh... Les yeux bleus.

— Tu décris ton patron, quoi, me demande t'elle un sourcils levé.

— Ouais... Il est canon aussi, mais Mickaël avait ce je ne sais quoi... Enfin, ce n'était pas pareil. Mais physiquement, mon patron, c'est pile-poil mon genre de mec, sans sa personnalité à la con.

— OK ! Pour ton pseudo, je mets quoi ?

— Ah putain ! Tu m'as inscrit sur ton site de rencontre, là?

— Ouais, ça ne te fera pas de mal de discuter avec des mecs, même si à la fin, rien n'est concluant. Tu pourrais passer le temps.

— Mouais... Je n'y crois pas, à ton truc, on ne peut pas rencontrer quelqu'un sur Internet et faire sa vie avec. Moi, je crois au romantisme, au rencard, à la séduction, pas aux simples paroles cachées derrière un pseudo où tu ne sais pas sur quel timbré tu peux tomber, tranchais-je énerve.

— Raaah ! Mais il faut vivre avec son temps ! Tu es vieux jeu, on peut rencontrer l'amour de sa vie sur Internet et c'est de plus en plus fréquent de nos jours. Sors de ta caverne.

— OK, OK... Alors mets... LittleVamp.

— C'est ton pseudo dans World of Warcraft, ça?

— Bah oui ! Et tiens, j'ai eu la dernière légendaire sur le Roi Liche, je vais pouvoir changer mon skin, dis-je tout content en me dandinant sur la chaise.

— Tu me parles chinois, tu sais ? Moi je joue à Candy Crush et encore, je me suis énervée dessus au niveau quinze.

— Tu es nulle, j'en suis au niveau neuf-cents et j'ai arrêté.

— Espèce de geek, et tu ne crois pas aux sites de rencontre, mais à tes jeux en ligne, si ?

— Bah... Ce n'est pas pareil, je n'ai pas forcément en tête de baiser avec le druide, soupirais en gloussant.

— Eh bien aborde ce site comme l'un de tes jeux, tu es juste là pour discuter.

Je fais une petite moue qui en dit long sur ce que je pense de tout ça. Elle me rend mon téléphone avec un grand sourire. Je regarde l'application : c'est quand même bien foutu. Je pianote par curiosité et lance la recherche. Puis cela m'affiche cinq pseudos dans des onglets différents. Grossebi, Banana, Likos, BGdu44 et Ginger.

— Bon déjà, il y a Grossebi et BGdu44... Je sais pas pourquoi, mais ça sent le gros beauf à mater le foot avec un sweat-shirt plein de gras.

— Oh le cliché ! Bah nexte ceux-là.

Je nexte les deux et là, je tombe sur DKtank et Limon.

— Oh, DKtank ! Il joue à World of Warcraft, lui, dis-je joyeusement.

— Hein ? Tu le connais ?

— Non, mais je sais ce que c'est qu'un Death Knight tank. C'est une classe de personne avec une spécialité, c'est propre à World of Warcraft.

— Si tu le dis, Franky ! Bah tu vois, vous avez déjà un point commun, glousse t'elle.

Je ricane, effectivement, elle a raison. Je leur parlerai plus tard, je n'ai pas envie de lancer la conversation tout de suite. Après tout, je suis là pour passer un petit moment sympa avec mon amie. Nous discutons encore de tout et de rien, puis finalement, nous finissons pompettes l'un et l'autre derrière le bar à faire des câlins au patron qui rigole bien de notre état. C'est comme ça presque tous les vendredis soir, nous relâchons tellement la pression que nous finissons complètement ronds. Ce soir-là, j'ai eu beaucoup de mal à rentrer chez moi et je me suis endormi comme une merde sur mon lit sans même me déshabiller.

Le lendemain matin me donna l'impression d'être à un festival de hard rock. Au réveil, j'entendais presque mon cœur pulser dans mes oreilles. J'aime boire autant que je déteste les lendemains de cuite. Alicia ne doit pas être dans un meilleur état, je me sens moins seul en y pensant. Je me lève, file dans la douche et essaie de me refaire la soirée d'hier pour vérifier que je n'ai pas de trou de mémoire. Bon, je me souviens à peu près de tout, ma dignité est sauve. Je me lave et sors simplement en caleçon. Après tout, je suis tout seul dans mon appartement de soixante mètres carrés. Cet appartement où j'ai vécu deux ans avec Mickaël, où j'ai réussi à lui cacher que j'étais un vampire. Maintenant, mes poches de sang sont carrément dans le frigo, et non pas planquées dans une glacière electrique dans un faux fond de placard.

J'avale un Doliprane et une poche de sang, il faut bien ça pour faire passé un cahcher plus gros que mon pouce. Il va falloir que je me remette de ma soirée, je n'ai plus seize ans et je sens que je récupère carrément moins bien. À l'époque, j'aurais été capable de rallumer la chaudière avec de la vodka sanguine au petit-déj'... Mais là, rien que de penser à de l'alcool me donne de violentes nausées. J'y suis allé fort, mais bon, je ne veux pas perdre la face devant une nana, elle tient vachement bien, la bourrique. Je me pose dans le canapé, comatant, me disant « Plus jamais ». Sauf qu'évidemment, je ne m'en souviens jamais et je refais systématiquement la même connerie le vendredi suivant. J'allume la télé, mettant le son au minimum, car je me sens presque agressé, puis je me rendors comme une véritable merde.

Ce sont quelques heures plus tard que mon amie appelle. Elle a la voix pâteuse et on dirait qu'elle s'est transformée en ado en pleine puberté à cause de sa voix cassée.

— Plus jamais, Ethan... Promets-moi de me retenir la prochaine fois, me supplie elle.

— Ouais, comme la dernière fois ! Ça va, alors ?

— J'ai l'air d'aller bien ? J'ai l'impression d'être passée sous un bus.

— Ah, ma pauvre ! Eh bien moi, nickel, je suis prêt à repartir, mentis-je malgré ma voix d'outre tombe.

— Menteur ! Je ne te crois pas ! Bon, tu as causé à ton DKtank ?

— Je viens de me réveiller, je suis une fleur qui se fait désirer, ma chère.

— Faut voir la gueule de la fleur, réplique t'elle.

— Je te zut !

Nous rigolons et discutons encore de la pluie et du beau temps avant que je ne raccroche finalement et retourne à mon coma devant la télé. Une émission sur les pandas roux y est diffusée, je suis gaga devant autant de mignonnerie. Puis, finalement, j'attrape mon téléphone, visite les réseaux sociaux, je vois une photo de moi au bar... Merde, je ne suis clairement pas mis en valeur. Puis j'ouvre l'application d'Alicia. Les onglets de Likos et de DKtank sont en surbrillance.

(DKtank) Salut petit vampire !

(LittleVamp) Salut le tank !

(DKtank) Je désespérais d'avoir une réponse.

(LittleVamp) Pardon, grosse soirée avec ma meilleure amie, et en plus, je suis nouveau sur l'application, c'est elle qui m'a inscrit.

(DKtank) Oh, tu dois avoir mal à la tête, alors? Ça fait bien longtemps que je ne me suis pas pris de cuite.

(LittleVamp) C'est devenu un rituel avec ma meilleure pote. Le vendredi soir, on se retrouve et on relâche la pression du taf. Et toi, ta soirée ?

La conversation est venue vraiment naturellement, le fait d'être derrière un pseudo me libère pas mal, j'avoue. Nous nous mettons à parler de tout et de rien avec facilité, et nous parlons aussi du jeu que nous avons en commun. Nous ne sommes pas sur le même serveur, nous ne jouerons malheureusement pas ensemble. Je me suis tellement bien mis à parler qu'au bout de trois heures, je me rends compte que je suis toujours en caleçon et que je n'ai rien branlé de ma journée. J'ai parlé avec les autres, mais je ne sais pas pourquoi, c'est avec lui que le courant passe le mieux. Je lui dis au revoir, puis je m'habille et décide de rejoindre Alicia. Nous allons au cinéma voir le dernier Disney sorti. J'ai cependant ce DKtank en tête, ce qui me colle un sourire sur les lèvres.

Annotations

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sauwatt


Il eut beaucoup de mal à ouvrir la porte du cabanon à cause de l’encombrement général. De plus cette porte mal agencée coinçait contre le sol de béton. Il commença par dégager l’enchevêtrement des outils qui bloquaient l’entrée du réduit. Il les sortit vers le gazon, avec l’idée d’organiser un semblant d’ordre, par tas et par séries.
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Il travaillait depuis un bon moment déjà. La chaleur montante et l’heure passant, la tentation fut grande de faire une pause, et pourquoi pas, d’en rester là pour ce matin. Tandis qu’il soulevait les dernières pelletées de terre, son regard fut attiré vers la gauche. Là-bas, à quelques dizaines de mètres, il aperçut un homme entièrement vêtu de noir, et muni d’une large faux, qui s’affairait de la même façon que lui. Il faisait des gestes identiques aux siens, des mouvements semblables, la seule différente était qu’il les accomplissait au moyen de son outil à lui, une large faux. Ce voisin (mais était-ce bien son voisin ?) restituait ses propres actions à lui, en miroir. L’homme noir à la faux accrochée à son tronc, faisait mine de faucher son herbe pour la balancer dans la proximité de son épaule gauche.
Le manège dura quelques minutes, sans qu’il ne fût jamais en mesure d’en estimer la durée parce que ses pensées s’étaient mises à vagabonder vers la cime des arbres, de l’autre côté de la rue. Il vérifia à plusieurs reprises le phénomène: quand il s’arrêtait de travailler pour s’accorder une pause, l’homme en noir s’arrêtait aussi et posait les mains sur le dessus du manche de sa faux, comme lui-même le faisait avec sa pelle.
Il stoppa son travail car la température était devenue trop suffocante. D’ailleurs l’orage menaçait.
Il se dirigea vers la maison avec l’idée de se doucher, il était attendu en ville. Il allait prendre sa voiture pour se rendre à son rendez-vous. C’est ce qu’il avait l’intention de faire. L’homme à la faux disparut lui aussi, simultanément.
Donc, sa douche étant prise, et habillé propre sur lui, il était prêt à se rendre en ville pour récupérer à la librairie le livre qui enfin était arrivé. Les premières gouttes s’écrasèrent sur le dallage de l’allée juste au moment où il se dirigeait vers son véhicule.
À peine venait-il de démarrer que les choses se gâtèrent. L’orage prenait de l’ampleur. La route était devenue une unique et grande flaque, et les essuie-glaces n’arrivaient plus à dégager la masse d’eau qui s’accumulait entre lui et l’avenue toute rectiligne. Le pare-brise avait pris l’aspect d’une vitre dépolie, quasiment opaque. Une fois le coin de l’avenue dépassé, il pensa à l’homme à la faux, puis il accéléra sèchement pour quitter au plus vite son quartier. Oui, ce serait un livre intéressant, à coup sûr, dont il attendait beaucoup. Il avait programmé sa lecture depuis si longtemps. Il ressentit un frisson au moment où la route, décidément transformée en lac, se dérobait à sa vue. Se dérobait.
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Je fixe la fenêtre devant moi ; mon corps est secoué de tremblements incontrôlables. Le coup fatal ne devrait plus tarder, maintenant... Ils veulent me tuer. Encore. Comment en suis-je arrivée là, moi qui, voici quelques mois à peine, menais l'existence la plus monotone qui soit? Je perçois son mouvement ample dans mon dos. Le colosse lève le bras... Il ne me reste, à présent, plus que quelques secondes à vivre... Le démon qui nous observe triomphe. Résignée, je ferme les yeux, et, dans un dernier rêve, je le revois.

















QUELQUES MOIS AUPARAVANT, SOIREE DU 31 DECEMBRE



-1- Je gravissais l'escalier de l'immeuble haussmannien où je vivais depuis bientôt quatre mois. Parvenue au sommet, je tournai la clef pour pénétrer dans le placard à balai que je louais sous le nom de meublé, et dont j'avais remporté le bail de haute lutte devant une cinquantaine de participants. Cette victoire, je ne la devais aucunement à mes qualités personnelles, mais seulement à un père fonctionnaire et qui s'était porté caution. Le loyer en était exorbitant.
J'entrai et je m'affalai sur le lit. J'ôtai mes bottines, que je lançai négligemment, et je relevai les jambes pour soulager mes pieds sur le velux frais. C'est l'avantage des espaces minuscules. On en atteint facilement chaque recoin. Je fermai les yeux. Quelles seraient mes bonnes résolutions, cette fois? Faire du sport, me montrer plus aimable avec la nouvelle famille de mon père... Ça n'avait pas grande importance, je ne les tiendrais probablement pas. Je resterais assise à mon bureau, comme coupée du monde, et j'étudierais mes leçons. L'essentiel de ma vie résidait dans ma réussite scolaire.
Mais, je n'avais pas le temps de me laisser aller. Je tournai le regard vers l'horloge pour constater qu'il était vingt heures trente... Déjà ! Je n'ai jamais su anticiper les heures et les minutes pour arriver à l'heure à un rendez-vous. J'ai la phobie des horloges comme d'autres ont celle de la feuille d'impôt... Nous avions projeté, mes camarades et moi, d'aller dîner ensemble avant de nous rendre au réveillon organisé par notre École. Je me relevai en maudissant mon manque chronique d'organisation, et je me dirigeai en traînant les pieds jusqu'à la salle d'eau. La sensation de l'eau tiède ruisselant sur mon corps, mêlée au parfum de jasmin du gel douche, me ragaillardirent. Je m'épongeai soigneusement.
L'étape suivante devait consister à me faire belle, ou tout au moins, à essayer. Je préparais cet événement depuis quelques jours déjà, et j'avais investi mes étrennes de Noël dans une petite robe noire à motifs dorés, un collant fin et des ballerines bon marché. J'enfilai le tout avec un soin extrême pour ne pas filer les bas. Pour observer le résultat, je ne disposais que d'un petit miroir posé sur mon bureau. Ce que je parvins à apercevoir me parut à peu près convenable. J'observai le reflet de mon visage, ce qui m'arracha, comme d'habitude, un profond soupir. Je détestais mon teint trop laiteux, mes yeux trop grands, mes taches de rousseurs sur mon nez minuscule et, par dessus tout, mes cheveux roux et bouclés. J'avais tenté, au collège, de les faire couper. On m'avait alors affublé du surnom de « Caniche » pendant des mois. Je ne les avais plus jamais raccourcis depuis. Je tentais de maîtriser leur instinct sauvage en les enserrant dans des élastiques et des bandeaux.
Le temps pressait ; je n'allais pas rester là à me lamenter. Je déposai du mascara noir sur mes cils, du crayon et des ombres sur mes paupières, du rouge sur mes lèvres, du fond de teint sur ma peau et des couleurs pour rehausser mes joues. Plus je progressais, plus je constatais l'effet désastreux de ces artifices. Quand j'eus terminé, deux possibilités s'offraient à moi : aller tapiner au Bois de Boulogne ou me démaquiller. J'optai pour la seconde. Je me contentai finalement d'un peu de mascara et d'une touche de blush sur mes lèvres. Je ressemblais à une gamine, mais ça n'avait pas tellement d'importance. Je ne connaîtrais pratiquement personne à cette soirée, et pas un de mes camarades masculins ne m'intéressait. J'achevai par le démêlage et le domptage de ma longue crinière. Je l'attachai avec un ruban et je décidai que tout était parfait.
Enfin, je cherchai mon petit sac à dos dans le fouillis de ma tanière. Où avais-je bien pu le fourrer? Tandis que je passais mon appartement en revue, mon regard se porta par hasard sur le courrier que j'avais jeté négligemment sur le lit en entrant. Il se composait de deux lettres. L'une venait de la propriétaire de ma studette qui m'envoyait, comme chaque mois, ma quittance de loyer. L'autre émanait d'un notaire de Nantes. Je fronçai les yeux. La succession de ma mère n'avait-elle pas été réglée deux ans plus tôt? Troublée, je reposai pourtant le courrier sur mon bureau sans l'ouvrir. Je voulais partir faire la fête l'esprit dégagé de tout soucis matériel. Il était rare que je m'octroie quelque moment de détente. Je devais profiter de cette soirée.
Les minutes s'égrainaient, accentuant mon retard. J'enfilai mon manteau en lainage gris fatigué et je sortis pour dévaler l'escalier. Je me précipitai à l'extérieur où le froid me saisit d'un coup. Je traversai les rues, seulement éclairées par la lumière des lampadaires qui diffusait dans les légères nappes de brume en suspension, et créait une atmosphère féerique. Je n'avais pas un long trajet à parcourir pour rejoindre mes amis de l’École d’Études Scientifiques. En arrivant sur le lieu du rendez-vous, je constatai que j'étais, une nouvelle fois, la dernière.

- Ah, quand même !, s'exclama Emma en m'apercevant.
- Ariane, tu ne pourrais pas, une fois dans ta vie, t'organiser pour arriver à l'heure !, me reprocha Maxime qui battait des semelles sur le trottoir et soufflait sur ses doigts pour les réchauffer.
- Je suis désolée, m'excusai-je.
Les trois autres ne firent aucun commentaire et s'engouffrèrent d'un seul mouvement dans le restaurant, poussés par le froid et la faim. Quelques minutes plus tard, tandis que nous déballions nos menus au milieu des effluves de friture, Benoît sortit de son sac à dos des cannettes qu'il déposa sur notre table.
- Qu'est-ce que c'est?, demanda Emma, en mordant dans son hamburger.
- Des boissons énergisantes.
- Pourquoi as-tu amené ça?, questionna Enzo.
- Ça nous aidera à tenir plus longtemps, répondit Benoît innocemment.
- N'en bois pas, conseilla Enzo à sa petite amie Katie. Ça amplifie les effets de l'alcool.
Puis il me lança une œillade entendue, soupçonnant Benoît de les avoir surtout apportées dans mon intention. Depuis des semaines qu'il me tournait autour, il voyait certainement là un moyen facile de me rendre enfin accessible. Il me connaissait mal. Il ne me plaisait ni physiquement, ni mentalement. Bavard et agité, il cherchait toujours à être le point de mire. Son physique me paraissait banal. Il jouait au rugby et se vantait de se mettre minable lors des troisièmes mi-temps. Je tentais en vain de lui faire comprendre qu'il n'avait pas la moindre chance, mais il gardait espoir. - Je n'en boirai pas non plus, remarquai-je sèchement.
- T'es pas marrante, constata-t-il.
- Non, en effet, confirmai-je.
- Moi, je vais en goûter, dit Emma en saisissant une canette.
Maxou l'imita :
- C'est bon, acquiesça-t-il.
Benoît but deux canettes d'une traite.
Après avoir dîné, nous partîmes à destination de la discothèque réservée par l’École. Presque tous les élèves devaient participer : les premières années, auxquels nous appartenions et dont les trois quarts seraient évincés après le concours du printemps, et les autres qui avaient déjà subi le grand écrémage et qui étaient presque certains de sortir avec le prestigieux diplôme de l’École. Les anciens élèves étaient invités aussi, ainsi que les enseignants.
- Tu crois que Chris Delaby sera là?, me demanda Emma, tout en marchant à ma hauteur.
La tension était perceptible dans sa voix.
- Je pense que oui, répliquai-je. Mais sa femme sera là aussi...
Elle grimaça. Il était de notoriété publique que la présence de son épouse n'empêchait nullement le professeur de répondre aux avances de ses étudiantes, mais j'espérais que la voir suffirait à en détourner Emma. Elle comptabilisait tout juste dix-huit printemps, tandis que lui me paraissait être grabataire avec ses quarante ans passés.
La coutume voulait que la soirée soit organisée par les étudiants de dernière année. En arrivant, nous étions les premiers, à l'exception des responsables. Après avoir déposé nos effets personnels au vestiaire, dans le vestibule, nous entrâmes dans la grande salle où devait se dérouler la fête, et nous commençâmes à danser sur la piste vide. Je n'osais pas me déhancher, de peur du ridicule. Benoît ne manquait pas une occasion de me frôler. Pour couper court à ses tentatives d'approche, j'allai chercher un verre de whisky-coca, bien que mes expériences en matière de dégustation d'alcool se limitassent jusqu'ici au fond d'une flûte de champagne, les soirs de fête.
Tandis que j'attendais appuyée sur le bar, Emma s'approcha de moi. Elle jubilait.
- Il est là, glissa-t-elle à mon oreille.
Je me tournai dans la direction qu'elle m'indiquait et, en effet, je reconnus les cheveux poivre et sel et la mâchoire carrée du professeur Delaby qui saluait les organisateurs. Une femme entre deux âges semblait l'accompagner. Un peu enveloppée, elle paraissait fascinée par le plafond. Savait-elle qu'elle se trouvait au sein de la réserve de chasse de son mari? A l'expression qu'elle affichait, on ne pouvait en douter.
- Tu parles d'un boudin, commenta Emma, acerbe, tout en l'examinant en biais.
La fête battait maintenant son plein quand je sentis que ma tête commençait à tourner un peu. Je n'avais pourtant absorbé que quelques gorgées d'alcool.
- Je vais me rafraîchir, annonçai-je à l'adresse de mes camarades.
- Tu veux que je t'accompagne?, proposa Benoît, qui croyait son heure enfin arrivée.
- Ah non, sûrement pas, rétorquai-je froidement.
Je traversai la piste en jouant des coudes pour rejoindre les toilettes situées dans le vestibule. Je sortis de la salle et je commençai à parcourir le couloir.
C'est à cet instant précis que je l'aperçus, avançant dans la direction opposée. Mon cœur s'affola soudain, et je fus traversée par une onde de chaleur intense tandis qu'il s'approchait de sa démarche féline. Les longues mèches de ses cheveux noirs balançaient autour de son visage. Ses pommettes saillantes, son front haut, son nez légèrement aquilin, s'accordaient dans un ensemble aux proportions parfaites. Ses yeux obliques, entourés de longs cils noirs, étaient remarquables. Son regard avait quelque chose d’étrange que je ne sus définir . Mes pas devinrent soudain difficiles, j'eus la sensation de marcher dans du coton. Quand il parvint à ma hauteur, il vrilla ses pupilles dans les miennes et je fus parcourue des pieds à la tête par une décharge électrique. Incapable de continuer, je m’arrêtai pour le contempler. Sa bouche sensuelle amorça un léger sourire, et il continua son chemin, laissant dans son sillage une fragrance boisée. J'entrouvris la bouche de ravissement. Le souffle coupé , je le vis pénétrer dans la salle où il disparut. Je restai immobile, assaillie par une multitude d'émotions inédites dont on aurait dit qu'elles s'étaient toutes données rendez-vous à ce même instant, me laissant pantelante au milieu du couloir.
Entre extase et inquiétude, je gagnai les toilettes. Je m'aspergeai le visage d'eau froide et je respirai à pleins poumons en tentant de recouvrer mes esprits. Qui était cet inconnu qui avait mis en un instant tous mes sens en émoi? J'avais eu l'occasion de croiser tous les élèves, nous n'étions pas si nombreux, et tous les professeurs. Je supposai qu'il s'agissait d'un ancien de l’École. Peu à peu, je parvins à me calmer un peu, et la raison reprit le dessus. Il était impossible qu'un homme d'une beauté aussi parfaite existât, je l'avais sans doute idéalisé. En l'examinant, je m'apercevrais qu'il n'avait rien de si extraordinaire. J'observai mon reflet dans le miroir. Mes yeux gardaient une expression étonnée. Mon cœur battait encore si fort que je craignais qu'il explose...
Aussitôt, le désespoir succéda à l'extase. Car s'il existait réellement un être aussi merveilleux, comment pourrait-il s’intéresser à moi? Mieux valait que je l'ai rêvé. Pourtant, malgré mes doutes, j’étais irrésistiblement attirée vers lui par une force invisible. Je m'astreignis sagement à attendre que le flux de mon sang ralentisse dans mes artères, que le tremblement de mes mains s'atténue et que ma respiration reprenne un rythme normal.
Puis, je retournai dans le couloir. Je tirai la porte de la salle en hésitant et j'entrai. Benoît, qui avait certainement guetté mon retour, choisit cet instant pour venir m'importuner.
- Tu t'es sentie mal?
- Un peu.
- Tu as trop bu?
- Je ne pense pas, répliquai-je en le fusillant du regard. Il fait juste trop chaud ici.
- Tu veux qu'on sorte?
- Non, cinglai-je en le dépassant.
Je filai me réfugier vers Emma. Elle fronça les sourcils en me voyant:
- Tu es bizarre. Qu'est-ce que tu as?
- Rien. Ça doit être l'effet du whisky.
Ma réponse lui suffit. Elle fit volte face et se remit à chalouper. Je l'imitai tout en cherchant le grand brun du regard quand, à nouveau, le phénomène se produisit avec les mêmes symptômes dès que je parvins à le localiser. C'était facile, il dépassait tous les convives d'une bonne tête.
Il bavardait avec un professeur. Je pus le contempler de profil et je constatai qu'en effet, il était sublime. Mon imagination n'y était pour rien. Naturellement, je n'étais pas la seule à l'avoir remarqué. De nombreux regards féminins convergeaient dans sa direction. Il paraissait ne pas s'en apercevoir, ou, du moins, ne pas y prêter attention. Quelques filles se permettaient de le héler. Je sentis la jalousie m'envahir. Moi, je n'aurais jamais osé m'en approcher et lui adresser la parole. Il me faudrait une bonne semaine pour mettre au point un plan dans cette perspective.
Il balaya la salle du regard. A l’instant où ses yeux croisèrent les miens, il suspendit son mouvement. Je frémis et je baissai les cils sur mes ballerines. Je sentis le sang me monter au visage. Pour me donner une contenance, je cherchai mon verre d'alcool sans le retrouver. Aussi, me dirigeai-je d'un pas gauche jusqu'au bar, imaginant son regard encore fixé sur moi.
De nombreuses personnes réclamaient à boire aux serveurs. J'attendis patiemment mon tour. Le service était assuré par les élèves de dernière année et par quelques professeurs bénévoles. J'arrivai enfin à leur niveau et je commandai ma boisson. En l'attendant, je me tournai timidement vers la salle pour le chercher. J'éprouvais simultanément le besoin et la crainte de le voir.
Je sursautai. Il se tenait à quelques centimètres à ma droite, le dos tourné. En avançant la main, j'aurais pu le toucher. Mon cœur vibra de cette proximité. Il écoutait un grand boutonneux de deuxième année que je connaissais bien car il assurait quelques tutorats.
- Ariane, tu es sûre d'avoir le droit de boire?, plaisanta celui-ci. Il me semble que tu n'es pas majeure.
Et, se tournant vers les serveurs, il s'exclama:
- Un lait fraise, pour la petite.
Puis il se mit à émettre des sons rappelant celui d'une otarie qui vient de faire un tour.
Je sentis le sol se dérober sous mes pieds quand le brun se retourna et me considéra. A nouveau, une décharge électrique me traversa quand je croisai ses pupilles inquisitrices. Ma bouche s’entrouvrit d'émerveillement et s'assécha. Je n'étais pas encore prête à lui parler ; je baissai rapidement le nez, et je filai rejoindre Emma, mon verre à la main.
Je bus cul sec quelques gorgées et j'amorçai quelques pas de danse. Les notes d'un slow résonnèrent. Par habitude, j'acceptai l'invitation de Maxou, mon chevalier servant attitré. Nous entreprîmes de danser en nous tenant un peu éloignés l'un de l'autre, mes mains posées timidement sur ses épaules et celles de Maxime effleurant légèrement ma taille. Autour de nous, les autres s' enlaçaient à s'étouffer. Nous ressemblions à un couple de préadolescents participant à leur première boum.
Par dessus l'épaule de mon cavalier, je ne pouvais m'empêcher de le chercher. Dansait-il avec une fille? Allais-je encore avoir des envies de meurtre? Je le repérai enfin, un peu plus loin, l'épaule appuyée contre un mur. Je frissonnai en constatant qu'il m'observait par dessus le crâne d'une troisième année. Je me cachai derrière Maxime.
- Ça ne va pas?, s’inquiéta mon ami. Tu es bizarre.
- Non, répondis-je en feignant d'être surprise par sa remarque, mais parfaitement consciente de donner tous les signes de démence.
Dès que la mélodie fut achevée, je me précipitai sur mon verre dont je bus la moitié du contenu d'un seul trait. Puis je retournai danser, tiraillée entre l'envie de le regarder et la crainte de croiser ses prunelles envoûtantes et de recommencer à trembler et à rougir de manière pathétique.
La salle se mit soudain à tournoyer autour de moi. J'avisai une chaise un peu plus loin que je tentai de rallier. Mais je ne parvenais déjà plus à suivre une trajectoire rectiligne. Je l'atteignis avec quelques zig-gaz. Je m'assis et j'attendis de me sentir un peu mieux. Le cerveau bouillonnant, je m'appuyai pour me maintenir aussi droite que possible. Je le cherchai en roulant les yeux sans parvenir à le localiser. Était-il déjà parti?
Je soupirai, ma soirée était fichue. Pourquoi fallait-il que je sois aussi timide ? Une autre n'aurait pas fait autant d'histoires. Elle aurait engagé la conversation, et évalué ses chances.
J'observai mon verre encore à moitié plein. Je le saisis, dans l'espoir que le breuvage me permettrait d'oublier son départ. Quelqu'un me l'ôta des mains. Je fronçai les yeux et me tournai vers l'importun qui se mêlait de mes affaires quand je m'aperçus qu'il s'agissait de lui. Il m'examinait de ses iris étranges. Ma vision se troubla soudain. Je sentis mon corps s'affaisser et, sans que je puisse rien faire, je basculai dans l'obscurité totale.

Le son d'une porte qui claquait me ramena lentement vers la conscience.
J'ouvris doucement les yeux. Il faisait jour, je me trouvais dans mon lit, emmitouflée jusqu'aux oreilles. Comment avais-je atterri là? Était-ce mes camarades qui m'avaient reconduite ? J'espérais ne pas avoir gâché totalement leur soirée. Je fus soudain prise d'une inquiétude. Benoît n'avait-il pas profité de la situation? J'ôtai mes couvertures pour constater que je portais toujours ma robe et mes collants. L'esprit encore embrumé, je me levai et me servis un verre d'orangeade. La dernière image que je gardais de la soirée était celle de cet homme merveilleux... Existait-il vraiment ou tout ceci n'avait-il été qu'un rêve ? Ses traits restaient gravés avec une trop grande précision dans ma mémoire pour qu'il soit le fruit de mon imagination. Et je frémissais à son seul souvenir.
Je m'assis à mon bureau et je bus mon verre. Mon regard tomba à nouveau sur la lettre du notaire. Que me voulait-il ? J'ouvris paresseusement l'enveloppe. Il souhaitait me rencontrer. Je restai un moment perplexe. Je ne me connaissais aucun oncle d'Amérique, mais ma situation financière était si précaire que je me pris à espérer.
Soudain, la sonnerie du téléphone me tira de ma rêverie. Le numéro qui s'afficha m'indiqua qu'il s'agissait de mon père.
- Bonne année ma chérie, me dit-il quand je répondis.
- Bonne année Papa. Ta soirée s'est bien passée?
- Oui, super. On a dansé toute la nuit.
J'étais passée maître pour lui dissimuler mes faits et gestes depuis l'internat.
- Et toi?, ajoutai-je.
- Très bien. J'ai fait mon galant. J'ai emmené Nathalie au restaurant et nous avons, nous aussi, dansé toute la nuit.
Cela ne me surprit pas. Chaque année, depuis leur rencontre, mon père emmenait sa compagne et son fils de dix ans au restaurant pour le réveillon de la Saint-Sylvestre. J'évitais de les accompagner, le gamin et moi ne pouvions pas nous supporter. Nous ne cessions pas de nous chamailler, à la maison, et nos disputes dégénéraient systématiquement en règlements de compte entre adultes. L'atmosphère était irrespirable. C'était la raison pour laquelle j'avais choisi de vivre à l'internat, à mon entrée au lycée. Tout le monde en avait été soulagé.
- Nathalie te souhaite une Bonne Année aussi, ajouta-t-il sur le ton niais dont il usait quand ma Belle-Mère se trouvait à côté de lui.
Je ne répondis rien. Après avoir échangé quelques lieux communs, je lui parlais du courrier, mais il parut aussi surpris que moi.
Mes pensée revinrent immédiatement au bel inconnu. Qui pouvait-il être? Était-ce bien lui qui avait saisi mon verre, où me l'étais-je imaginé? Et surtout, c'était là la question la plus importante, le reverrais-je un jour ?
Mon téléphone sonna à nouveau. Il s'agissait de Maxime.
- Bonne année, dit-il.
Je lui retournai ses vœux. Après quelques secondes d'hésitation, il se lança:
- Ça va?
- Oui, merci de vous être occupés de moi. Je suis désolée.
Après un silence, Maxime finit par répondre:
- En fait, ce n'est pas moi. J'aurais dû, mais un type a pris les choses en main. Et comme les professeurs paraissaient lui faire confiance, nous l'avons laissé faire.
Tout en mesurant le degré de solidarité dans l'adversité de mes camarades, je soufflai : - Comment était-il?
- Un grand brun, avec un costume noir griffé. Il t'a prise dans ses bras et t'a transportée dehors avant qu'on ait eu le temps de s'en apercevoir. Comme ton état ne s'améliorait pas, il est revenu chercher tes affaires au vestiaire, et il a déclaré aux responsables qu'il te ramenait chez toi.
Un frisson me parcourut, j'étais convaincue qu'il s 'agissait de lui. Je jetai un coup d’œil circulaire, embarrassée. Il avait découvert mon minuscule appartement où tous les meubles étaient vieux et dépareillés ; ils tenaient à peine debout. C'était à croire que la propriétaire avait ratissé les décharges d'objets encombrants pour le meubler.
- Bon, je t'appelais juste pour te prévenir qu'on déjeune chez moi, à midi. Enfin, à quatorze heures, plutôt. A plus, conclut Maxou.
Le bel inconnu savait donc où j'habitais. Il avait pris la peine de me ramener jusqu'ici, c'était plutôt encourageant. Il pourrait revenir, s'il jugeait bon de me revoir.
Cherchant à discerner une trace de son parfum sur mon manteau, je reconnus une très légère fragrance boisée. Je plongeai mon visage dans l'étoffe et, les yeux fermés, j'inhalai à plein poumon en pensant à lui.




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