Brad#29 - Combat

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Un infime changement de nature dans le silence de cette fin de nuit. Tu surgis, sans bruit, au coin du bâtiment, tandis que je m’accroupis d’instinct, à temps pour éviter le tranchant de ta main. Je balance un coup de pied rasant avant de filer vers le dojo. Ma trajectoire est sinueuse et aléatoire. Je n’ai pas pu vérifier si tu n’as pas d’armes de jets.

Je pousse le panneau et entre de profil dès que l’espace est suffisant. L’angle Est de la pièce est à peine grisé par l’aube. Les armes sont dans la pénombre. J’attrape le sabre en bois. Au mouvement d’air, je sais que tu es là, à un cheveu de moi. J’abats le sabre sur ton poignet tendu pour me crocheter. Raté. Cela m’aurait facilité la tâche. Facilité seulement car tu es aussi habile de la gauche que de la droite.

Tu t’es évidement placé à l’opposé de la chiche lumière, à peine un contour plus sombre dans la nuit qui refuse de quitter la pièce. Je lève mon sabre trop haut. Tu tends vivement le tien pour frapper mon plexus. Je pare in extremis. Le choc des sabres brise la nuit. Des mouvements se font entendre dans les autres pièces. Nous n’avons que quelques minutes. Tu t’élances vers le mur Nord. Je ne te rattraperai pas à temps. Je file vers le Sud. Tu m’as imposé l’arme. Je saisis le meilleur shakujô. Je me débrouille plutôt bien avec le bâton de pèlerin. Déjà, tu m’attends au milieu de la pièce, un katana dans chaque main. Nous ne jouons plus.

Vraiment dommage que j’ai raté ton poignet, me dis-je juste avant de m’élancer. A deux mètre de toi, je ramène mon bras en arrière et dans un moulinet en huit, pare tes deux katanas qui s’abattent avec une seconde d’écart. J’ai choisi le précieux bâton gansé de métal sur toute la longueur. Pour le couper, il te faudra le trancher entre mes mains, là où seul le cuir protège le bois. Tu es arrivé à la même conclusion me semble-t-il. Mon attaque te coupe la route. Alors tu virevoltes dans un ballet de jambes, tu décolles et m’abreuves de coups : pied, lames, pied. Le moindre impact m’enverra au sol. Mon esprit fait silence. Mon corps se meut de lui-même, d’instinct. Les automatismes acquis au prix d’années d’entrainement font leur preuve. Tu ne m’as pas touché une seule fois. Le fer terminal de mon shakujô t’a frappé, au moins une fois. Nous bougeons à l’unisson. Les mouvements de mes poignets sont incroyables. La sueur inonde mon dos. L’ouverture du panneau me déconcentre un instant. Tu en profites pour balayer ma cheville de ta jambe gauche. Je l’évite et me rétablis. Brutalement, la colère m’enflamme. Donnant l’élan maximum à mon arme, je frappe ton avant-bras droit, puis le gauche et fauche tes jambes. Un brasero s’allume. Tu me regardes, essoufflé et incrédule. Le maitre frappe le sol trois fois de son shakujô. Je te tends une main que tu dédaignes.

La voix grinçante de notre maître s’élève claire et forte :

« Katsuro, quel intérêt vois-tu à écourter ma nuit pour voir mon meilleur élève chuter ? Tu seras de corvée de portage d’eau pendant une Lune et tu doubleras ton temps d’entrainement aux mannequins. Quant à toi Akio, je t’attends au crépuscule pour une séance privée. Tu as de belles dispositions pour cette arme. Viens avec un classique et non avec le plus précieux shakujô du dojo. Pour t’apprendre à respecter les trésors de ce dojo, tu seras de corvée de bois jusqu’à la nouvelle Lune.»

Le panneau se referme, libérant nos soupirs dépités. Un échange de regards et un fou rire nous prend, libérant la tension. Quel beau combat !

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