Brad #7 -L'art de savoir choisir ses victimes

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— Chéri, qu'est-ce que tu fais? gémit Louise à son mari, assis dans le lit à trois heures du matin

— J'ai entendu un bruit, chuchote-t-il.

— Mais c'est la Nouvelle Lune. Tu as couru dix kilomètres hier soir et nous avons hum hum...Bref, tu devrais être suffisamment fatigué pour dormir sur tes deux oreilles.

— J'ai entendu un bruit, je te dis.

— Tu entends toujours un bruit, marmonne-t-elle en lui tournant résolument le dos.

L'homme se lève, enfile son pantalon de pyjama et sort de la chambre.

Dans les minutes qui suivent, cris et tintements de verre brisé se répercutent dans toute la maison. Heureusement que les voisins sont loin se dit la femme, tout sommeil l'ayant quitté. Elle croise les bras et attend son mari.

Il revient quelques minutes après, en caleçon.

— Tu as flingué ma nuit. J'imagine que tu as encore déchiré tes vêtements, dit-elle d'un ton froid

— C'était un cambrioleur, ma belle. Je n'ai pas eu le temps de réfléchir, plaide-t-il.

— Voyez-vous ça. Le pauvre homme n'a pas eu le temps d'emporter quoi que ce soit j'imagine ?

— J'imagine que non, bredouille-t-il un poil penaud. Heu Louise, j'ai cassé le vase de tante Marthe.

— Rien d'autre ?

— La porte était un peu de traviole parce qu'il l'a percuté pour filer fissa mais j'ai redressé les gonds.

Sa femme éclate de rire. L'homme relève la tête, étonné.

— Tu n'es pas en colère ?

— Non, non, ce vase était ignoble. Je suis ravie d'en être débarrassée et c'est toi qui devras te justifier si ta tante nous rend visite. Et je suis tellement heureuse qu'on est viré le parquet. J'en avais marre des marques de griffes. Avec nos dalles en granit, le sol ne craint plus rien. Plus, en femme prévoyante, j'ai pris un abonnement dans ton magasin fétiche : six articles par mois à bon prix. Bon, tu me racontes ?

L'homme, sa superbe retrouvée, bombe le torse et commence à mimer la scène.

— Je suis descendu à pas de loup (posture furtive d’un côté, sourire de connivence de l’autre) et un mariole en noir était en train d'ouvrir les tiroirs du buffet de l'entrée. Je prévoyais de la jouer version calme quand j'ai aperçu un flingue passé à sa ceinture.

— Et là, ton sang s'est mis à bouillir...

— Laisse-moi raconter... j'ai pensé à toi et tu sais comment c'est. Je n’ai pas eu le temps de me déshabiller. Le loup a pris le dessus. Le changement n'a pris qu'une poignée de secondes. Assez pour que le gars entende les craquements de ma colonne vertébrale et se retourne à l'affût. Sauf qu'avec la Nouvelle Lune et sa lampe réduite pour ne pas se faire gauler, il ne voyait pas le pied de l'escalier. Le loup a vite compris que sa proie était faible et inoffensive. Il a voulu jouer. Nous nous sommes rués sur le gars en deux secondes.

— Tu n'as pas...

Il lève la main pour l'interrompre

— Mais non. Nous faisons attention le loup et moi. Nous nous sommes juste dressés devant lui, mâchoire ouverte. Il a commencé à crier. Et il s'est fait dessus. L'odeur de son urine était vraiment agressive. Nous avons donc reculé un peu et c'est là que nous avons percuté le vase. Le bruit de casse a sorti le cambrioleur de sa transe hurlante et il a fusé vers la porte entrouverte qu'il a violemment percutée. C'était un sacré bonhomme pour ne pas tourner de l’œil après ça, je peux te dire.

— Et ta moitié loup n'a pas voulu poursuivre un homme entré armé dans son foyer... C'est vraiment un chanceux ce type.

— Bah, en fait, ma moitié loup et moi, on s'est plutôt dit qu'on allait venir chercher une récompense pour t'avoir si bien protégée. Il était sûr que tu ne serais pas en colère pour le vase. J'avais des doutes.

La femme ouvrit largement les draps pour inviter son loup-garou de mari à la rejoindre.

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