26. Rencontre.

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Enamon, le blizzard du Nord, naissait sur les cimes des montagnes d'Undol. A la fin de l'automne, il dévalait les hauteurs abruptes chahutant la rocaille, traumatisant les arbres.

Depuis que les légendes courraient sur le monde, la préférée des enfants était celle d'Enamon. Loup la racontait souvent à Tily et Arcis.

Chaque hiver Enamon le géant hibernait au sommet des montagnes. Il se calait entre deux escarpements après un dernier repas et entamait un long sommeil de quatre mois. Sa respiration formait le blizzard du Nord, ses ronflements, le tonnerre, ses cauchemars, les tremblements de terre. A son réveil Enamon, affamé, pleurait de faim et ses larmes devenaient les torrents fougueux du printemps. Nombre d'histoires mettaient en scène le colosse des montagnes.

Ce fut l'haleine du géant qui réveilla Loup. Le vent soufflait fort et avait réussi à percer la forêt dense. Ses yeux clignèrent plusieurs fois rapidement. La cime des arbres était haute.

Depuis combien temps dormait-il sur le sol?

Il se souvenait de la sorcière.

Où l'avait-elle envoyé?

Le décor lui était familier. Il releva la tête et inspecta des yeux les alentours. C'était la forêt des larmes et il n'était pas loin du portail de Trieste.

Satanée sorcière. C'était ça son aide?

L'amener au portail sachant qu'il allait mourir s'il le franchissait.

Ne jamais faire confiance à une sorcière.

Loup continua de scruter les environs. Rapidement son regard fut attiré par des tâches de sang qui disparaissaient dans les fourrées.

Il se fraya un passage entre les branches. D'après les traces quelqu'un était passé par ici en rampant et à la vue du sang qui souillait la blancheur du tapis neigeux, il était très mal en point. Loup continua de suivre la piste sanglante, la main sur la garde de son épée.

Quelques mètres plus loin, Il trouva le corps d'une jeune femme blonde étendue sur le ventre.

Loup la retourna. Elle respirait encore. Un trou profond perçait son épaule de part en part. Il appliqua sa main sur l'orifice. Le froid avait limité le saignement. Dans les terres brûlées elle aurait succombé depuis longtemps. La blessure était nette, propre. Un poignard effilé sans doute. Son agresseur avait tourné la lame pour agrandir la blessure.

De son sac, Loup sortit une petite bourse de cuir de laquelle il retira quelques herbes séchées qu'il lui plaça dans la bouche. Il les mastiqua pendant quelques secondes puis il inséra la pâte obtenue directement dans la blessure. La jeune femme ne broncha pas. Il apposa sa main sur son front, elle était froide comme la neige. Le plus proche abri était son ancienne maison. Il la prit sur ses épaules.

Elle était si lègère qu'il fut rapidement sur les vestiges de son ancienne vie. Il ne voulait pas revenir aussi tôt dans ces lieux funestes mais cette jeune femme avait besoin de soins et de chaleur.

De la maison, il ne restait que des ruines mais le petit abri à bûches qu'il avait construit avec les enfants était toujours debout. Il installa la jeune femme sous l'abri de fortune et bientôt un feu revigorant dansait sous la cime des arbres.

Loup s'assit devant l'âtre. L'infortuné lapin, qu'il venait de capturer pas loin de la clairière, cuisait dans une petite marmite. Au loin il distinguait les deux tombes qu'il avait creusés pour sa fille et sa femme.

Il ne voulait pas s'en approcher, leur mort était trop récente. La douleur était trop vive et avant que le désespoir ne s'installe à ses côtés, il chantonna un air qu'adorait Tily.

"Dans le ciel, à travers les nuages

est tombé un sage oiseau mage,

Dans la terre il a laissé une empreinte de son passage

Depuis ses ailes soufflent à jamais le vent des tempêtes.

Dans le ciel, à travers les nuages

Il ne chantera plus le sage oiseau mage

Dans le ciel il a laissé une trace de son passage

Depuis sa voix tonne à jamais dans les tempêtes."

"Triste chanson."

Ces mots sortis de nulle part résonnèrent dans son esprit. La voix était féminine et douce.

- Qui est là?

"Derrière vous."

Loup tourna la tête. La jeune femme s'était éveillée et le regardait.

- Oui et non

"Quoi oui et non?"

- La chanson.

"Moi je la trouve triste. Vous ne paraissez pas surpris ni effrayé que je m'adresse à vous de cette façon."

- Vous n'avez pas l'air effrayé d'être avec un inconnu.

"Je pense n'avoir rien à craindre d'un homme qui me chante une chanson au coin d'un feu après m'avoir soigné."

Loup sourit.

- Je pense n'avoir rien à craindre d'une jeune femme qui apprécie quand je chante.

"Merci Monsieur de m'avoir aidé."

Loup acquiesça d'un mouvement de tête.

"Je m'appelle Iria."

- Loup

"Loup?"

- Oui

"C'est pas un nom."

- C'est celui que j'ai choisi.

"Pour quelle raison."

Iria aurait pu essayer de sonder son esprit mais ce n'était pas correct vis à vis de l'homme sans qui elle serait morte.

- Vous posez beaucoup trop de questions.

"C'est vrai."

Elle eut une quinte de toux.

- Tenez.

Il lui tendit une petite gourde. La jeune femme but avec délicatesse.

"Est ce que j'étais seule quand vous m'avez retrouvée?"

- Oui.

Iria tourna le visage afin que son sauveur ne puisse voir sa tristesse. Son père était sans doute mort. Tout le monde était mort. Pourtant un petit espoir demeurait. Un fol espoir.

Loup n'ajouta rien, il sentait que cette jeune fille avait perdu quelqu'un de proche.

- Vous avez faim?

Elle acquiesa d'un signe de tête.

Loup prit un bol et versa une part de sa mixture.

- C'est du lapin. C'est pas de la grande cuisine mais ça va vous réchauffer.

"Ca ira très bien. Merci"

Iria se redressa aidée par son hôte et mangea tout sans s'arrêter.

Elle sentit une douce chaleur l'envahir et elle vacilla. Loup la retint avant qu'elle ne tombe à la renverse. Avec douceur il l'aida à s'allonger.

- Dormez maintenant. Vous avez perdu beaucoup de sang.

"Merci Loup. Vous voulez bien me chanter votre chanson."

Loup acquiesca.

Sa voix était si agréable qu'Iria s'endormit aussitôt.

Loup sortit une petite fiole. Il but quelques gorgées d'alcool que son grand-père lui avait glissé dans le sac. Il pensa à Arcis. Son fils lui manquait. Il se leva et s'approcha de la jeune femme endormie. Il remonta la couverture puis à son tour Loup s'allongea, le regard tourné vers les tombes. A la pâle lueur des flammes, il lui sembla voir deux silhouettes qui lui souriaient.

Cette nuit sa femme et sa fille s'endormirent à ses côtés.

Comme avant.

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