19. La Mer des Filaments

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Aussi loin que la mémoire des hommes puisse remonter, quand le crépuscule déployait ses ombres,  la Mer des Filaments scintillait.

Une lumière blanche et intense rayonnait à fleur de flots et ses nuits ne connaissaient jamais l'obscurité. Les anciens les appelaient les algues maudites. Leur contact était mortel. Étendues à la surface de l'eau comme un filet maléfique, personne ne savait jusqu'à quelle profondeur ils s'étaient répandus. Quelques pêcheurs téméraires réussissaient à ramener dans leur besace quelques beaux poissons qu'ils vendaient à prix d'or sur les marchés du sud. La Mer des Filaments se finissaient là où commençait la brume de l'Océan Invisible. Un brouillard permanent lévitait sur une eau inexistante en apparence. Par de là s'étendait le royaume de Caspione. La navigation se faisait à vue sur le fond de l'océan et seuls les bateaux équipés de hublots de cale survivaient. Les lignes commerciales étaient compliquées entre les deux royaumes. Soient elles étaient trop longues soient trop dangereuses, cependant pour les commerçants aventureux, motivés et chanceux, l'argent et les émotions fortes étaient au rendez-vous . Beaucoup tentaient d'en profiter, une poignées seulement y parvenait.

C'était le cas du "Pourfendeur"qui, alors que la nuit était à son apogée, venait de surgir du brouillard de l'Océan Invisible. Un voilier massif dont la proue dotée d'un éperon de métal noir fendait l'eau luminescente. Une impression de puissance se dégageait du navire. Il rentrait d'un périple de plusieurs mois. La coque et la voilure avaient souffert au vue des nombreux impacts mais n'enlevaient aucunement la prestance du voilier. Sur le pont principal les bras croisés, un homme, aussi imposant que son navire, se tenait debout, impassible.

Façonné par les vents, les embruns et les combats, son visage noir buriné était un livre d'histoires et le contempler une fois vous condamnait à ne jamais l'oublier. Il portait une veste longue rapiécée mais impeccable de propreté. Un bonnet masquait en partie ses longs cheveux grisâtre. Ils débordaient de part et d'autres et s'agitaient au vent comme s'ils étaient vivants. 

Le capitaine Neyol Crilone soupira, il se sentait fatigué depuis quelques temps. Après maintes tergiversations avec lui-même, il avait mis un nom sur sa lassitude.

La vieillesse.

Le pire ennemi des hommes, pire qu'une malédiction, se débarrasser de cette dernière était possible mais le temps, lui, était inéluctable et sans pitié. Le vieux marin se sentait proche de la fin et sa vie de bohème ne souffrait d'aucun regret. Il n'était heureux qu'affrontant les vagues une main sur la barre, un verre de whisky dans l'autre. L'argent n'était là que pour continuer à naviguer, payer son équipage et assurer un avenir à celle qu'il considérait comme sa fille, Iria. Il l'avait recueilli, après la tempête dantesque d'avant la Grande Guerre des Mers.  Elle était agrippée à un bout de bois flottant sur l'Océan Invisible. Elle n'était pas bien vieille la petiote. Transie de froid. Muette. Son regard intense l'avait désarçonné et depuis ce jour Iria ne l'avait plus quitté. Quinze ans. Au fil des années elle était devenue un marin chevronné, presque meilleure que lui. Sa capacité à s'adapter aux situations et à improviser l'impressionnait. Crilone était fier d'elle. Du "Pourfendeur", un jour, elle serait capitaine.

Un choc, violent et soudain, interrompit ses pensées, Neyol perdit l'équilibre un instant. Le bateau avait stoppé.

Rapport à la proue?! Cria t-il.

A l'avant du bateau le visage aquilin d'Iria était penché par dessus bord. Ses cheveux blonds, presque blancs, se balançaient dissimulant partiellement son regard orange intense. Une cicatrice lui barrait la joue droite. Elle dégageait le même charisme que son père adoptif en moins viril.

" Les filaments attaquent le bateau papa!" 

Si la jeune femme était muette, cela ne l'empêchait nullement de communiquer. Elle était capable de projeter ses pensées directement dans l'esprit de son interlocuteur. La première fois qu'Iria s'était adressée à lui de cette manière Neyol avait pensé qu'il devenait fou puis cette faculté était devenue un atout surtout dans les négociations marchandes. Lire les pensées des commerçants étaient un indéniable avantage.

"C'est impossible! Les Nyryals nous protègent!"

Ces petits animaux semblables à des poulpes avec trois tentacules repoussaient les algues tueuses sans que l'on ait jamais su vraiment pourquoi. Généralement ils étaient disposés sur la flottaison. Ils coûtaient une fortune. 

" Ils ont disparu!"

Neyol courut au bastingage. Les animaux n'étaient effectivement plus là.

"Nous somme tous morts Iria." 


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