Ma jeunesse éclatée

de Image de profil de Andrew LaeddisAndrew Laeddis

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Le 27 février 1916

Ma chère mère

Que te dire à part « horreur » ? Ce matin même, j’enterre un de mes plus proches amis qui va rejoindre la centaine d’autres cadavres entassés, carbonisés, démembrés. Je me suis surpris à ne pas verser ne serait-ce qu’une seule larme. Il y a tellement de morts que cela ne m’affecte plus… Celui-là a un éclat d’obus dans la tête, et celui-ci n’a plus de jambe droite. C’est tout ce que l’on peut remarquer car on ne reconnaît même plus nos camarades. En allant rejoindre les boyaux, une balle allemande m’a effleuré l’oreille. C’est un bruit épouvantable aigu et rapide sans même savoir d’où il venait exactement.

Dans les boyaux, c’est un véritable enfer. On s’enlise jusqu’aux chevilles, titubant comme des boiteux et trébuchant sur des ombres assises qui n’ont plus la force de se lever. Certains de mes semblables sont appuyés contre les parois boueuses et malodorantes, leurs fusils à baïonnette dans leurs pattes encore rouges de sang. Les poux nous rongent la peau et les rats nous accompagnent dans notre horreur.

Le soleil est haut dans le ciel, nous savons tout ce que cela signifie. Nous attendons, sans bruit, sans souffle, sans sourire ni complicité. Juste attendre dans un silence lourd de sens. Seuls le grattement des rats et les démangeaisons frénétiques des hommes venaient troubler ce silence. Nous sommes fatigués…

Tout à coup, une voix enraillée qui vient d’en face crie à plein poumons « Schnell ! Schnell ! » suivie de crépitement de balles, d’un feu rouge et de bruit de pas étouffés par la mélasse. Nous sortons de notre trou à rat pour nous élancer dans une catastrophe certaine. « Il faut aller tout droit, quel qu’en soit le prix ! » nous hurle le général. Les hommes tombent de toute part, agonisant dans un dernier cri inaudible. Ces pauvres hommes qui ne seront jamais enterrés convenablement. La plaine est jonchée de trous béants où la végétation ne pourra plus jamais pousser.

Soudain, une série de balle fuse et me transperce sur toute la longueur de ma jambe gauche. Je tombe en avant, allongé le visage dans la boue et ma jambe qui lance à plusieurs reprises. Je ne dois pas bouger, faire comme si les allemands m’avaient eu, c’est le seul moyen de survivre. Pendant plus de deux heures, l’assaut ne s’arrête pas. Et moi, je perds du sang en quantité telle que même la boue fut colorée. Pendant plus de deux heures, je souffre de voir tous mes camarades rejoindre la terre. C’est une véritable torture mentale et physique.

L’assaut se termine. Je me suis évanoui et je baigne dans une mare rouge. Un ami passe. Je l’appelle. Il me voit. Me relève. M’emmène à l’abri.

Voilà maman. Je vais beaucoup mieux et tu me manques. Ne pleure pas mon malheur car je serai bientôt rentré.

De plus, c’est bien la der des ders, non ?

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Ma jeunesse éclatéeChapitre11 messages | 3 ans

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