Poulpe fiction [1].

3 minutes de lecture

Il n’y a pas si longtemps que ça, en l’an 3 234 avant Jean-Claude [2], un poulpe unitentaculiste [3] était fui comme la peste par ses concitoyens.

Non pas que le poulpe avait une mauvaise hygiène corporelle ou refoulait du goulot [4], mais était plutôt du genre radoteur de l’extrême. Son histoire favorite était évidemment celle, Ô combien tragique, de la perte de ses sept bras, remplacés depuis par sept morceaux de bois du plus bel effet [5].

Le poulpe racontait à qui voulait l’entendre, et surtout à ceux qui ne voulaient pas, qu’il avait perdu ses bras lors d’un féroce affrontement avec une bande de requins bouledogues qui ne portaient pas de muselières, et ce, malgré la loi en vigueur à l’époque [6].

Après une lutte acharnée qui aurait duré plusieurs heures, le poulpe aurait réussi à faire fuir les requins bouledogues complètement marteaux [7]. Hélas, ses blessures, d’une extrême gravité, lui avaient valu l’amputation de sept de ses huit bras.

Bien sûr, personne n’avait jamais cru à son histoire et chacun savait que le poulpe devait la perte de ses bras à un bête accident de cuisine impliquant des œufs battus en neige et un fouet électrique défaillant [8].

Un jour, le poulpe voulut raconter pour la énième fois son histoire à un poisson-clown, nouveau dans la région. Le poisson-clown, qui ne connaissait pas encore le poulpe et son histoire abracadabrandademorue [9], se moqua allégrement du pauvre unitentaculiste et rit tellement fort qu’il rameuta tout un tas d’autres poissons qui se moquèrent à leur tour.

Meurtri et blessé dans son amour-propre, le poulpe alla s’isoler et réfléchit à un plan des plus machiavéliques pour se venger du poisson clown [10]. Hélas, avant qu’il n’ait pu mettre son plan à exécution, le poulpe se fit capturer par des pécheurs qui se moquèrent eux aussi allégrement de ses bras de bois [11].

Les pécheurs, heureux de leur trouvaille, coupèrent le dernier bras du malheureux poulpe, le mangèrent, le trouvèrent délicieux, puis le remplacèrent par un autre morceau de bois [12].

Depuis ce jour, le poulpe navigua en compagnie des pêcheurs qui, non seulement se prirent d’affection pour lui, mais s’en servir également comme gouvernail qui, quoique un peu bavard, fonctionnait merveilleusement bien [13].


PLUS FAIM. [14]
FIN. [15]


[1] Réalisé et filmé par Quentine Tarentule, très habile de ses huit pattes.

[2] Sachant que Jean-Claude a eu 58 ans le 3 mai 2014 et qu’il est né une année bissextile un jour de pleine Lune. En quelle année sommes-nous ?

[3] Bah, oui, je n’allais pas dire unijambiste. Même si techniquement, le poulpe n’a pas de tentacules, mais des bras. Oui, j’aurais pu dire « manchot », mais il s’agit d’un poulpe, pas d’un enfoiré de pingouin, suivez un peu. Merci.

[4] Si vous connaissez quelqu’un dans ce cas, pitié dites-lui.

[5] C’était de l’acajou.

[6] La loi fut abrogée quelques années plus tard, les requins bouledogues ayant été en voie d’extinction (ils ne pouvaient plus se nourrir à cause de la muselière.)

[7] Blague réservée aux passionnés de requins.

[8] Ceci est une fiction.

[9] Y a de la recherche, hein ?

[10] Oui, encore.

[11] Des bras de bois, ha ha, ça me fait rire, mais genre beaucoup.

[12] Comme ils n’avaient plus d’acajou, les pécheurs utilisèrent un vieux bout de palette qui traînait.

[13] Mais où va-t-elle chercher tout ça ? Quel génie !

[14] Le poulpe avait un très gros bras.

[15] Fin de l’histoire. Mais pas la fin du poulpe qui vécut heureux jusqu'à ce qu’il meure, trois jours plus tard.

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