Chapitre 52 La loi du plus fort - Partie 1

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 Hank envoya son marteau sous la mâchoire du djaevel en face de lui, ce qui eut pour effet de lui briser le cou en même temps que toutes les dents. Hank fit ensuite quelques pas en arrière pour prendre ses distances. Plusieurs dizaines de djaevels étaient encore à sa poursuite, mais ils n’allaient heureusement pas très vite. S’ils conservaient cette allure, Hank pourrait rester hors de leur portée.

 Profitant d’une ouverture, Hank bondit en avant et abattit son arme une nouvelle fois, se débarrassant ainsi d’un autre monstre. Le jeune homme fit à nouveau quelques pas à reculons, mais il se heurta cette fois à quelque chose. Il tourna la tête vers Bruggar, qui lui grogna :

- Ne reste pas dans mes pattes avorton.

 Ne laissant pas le loisir à Hank de répliquer, le satyre l’écarta sans ménagements et s’élança au devant des djaevels. Faisant tournoyer sa hallebarde, il éventra trois djaevels et les força ainsi à reculer. Vexé par la remarque du satyre, Hank décida de lui rendre la monnaie de sa pièce :

- Je sais que tu as du mal à suivre les consignes, mais personne ne t’a jamais dit que c’était la tête qu’il fallait viser ?

 Tout en achevant ses victimes d’un coup de lame, Bruggar répondit par dessus son épaule :

- C’est de ta faute. Tu t’es mis sur mon chemin et je n’ai pas pu les attaquer au bon moment.

- Dis plutôt que tu as les bras trop courts pour les attaquer quand ils sont debout, plaisanta Hank.

 Le satyre se retourna et lança un regard noir à Hank, puis il s’élança dans sa direction. Le jeune homme voulut lever son marteau pour se défendre, mais Bruggar fut plus rapide et le percuta de plein fouet à l’estomac. Hank fut projeté en arrière et heurta un djaevel qui s’était approché dans son dos. Tous deux roulèrent au sol, et Hank vit la lance de Bruggar fondre vers son visage, mais elle s’abattit en fait quelques centimètres plus haut et trancha net la tête du djaevel derrière lui.

- J’ai peut être les bras trop courts mais moi je ne me laisse pas surprendre, lâcha Bruggar avec un rictus. Reste couché et laisse faire les adultes, avorton.

 Hank lâcha un juron et tapa du poing sur le sol. Il aurait voulu faire ravaler ses mots au satyre, mais il était incapable de bouger dans l’immédiat. Il ne savait pas si Bruggar l’avait fait exprès ou pas, mais il l’avait frappé directement dans sa blessure à l’abdomen pour l’écarter, et la douleur lancinante le paralysait. Pourtant il ne pouvait pas rester immobile trop longtemps s’il ne voulait pas finir dans l’estomac d’un djaevel.

 Après quelques instants, il parvint à se redresser sur ses coudes, malgré la douleur qui lui arracha une grimace. Un rapide coup d’œil sur la situation le soulagea un peu de son inquiétude. Ses trois compagnons avaient largement l’avantage sur les djaevels. Bien que beaucoup plus nombreux, les djaevels étaient lents et désordonnés, si bien que les trois hommes pouvaient les affronter pratiquement un par un.

 Les rares tentatives d’attaques en groupe étaient rapidement stoppées par Bruggar et Halbarad qui agissaient de concert avec une aisance qui stupéfiait Hank. Jacob était indéniablement un guerrier émérite, et lui-même n’était pas en reste, mais le satyre et son ami se connaissaient depuis des années et cela se ressentait dans leur manière de combattre.

 Tandis que Hank les regardait, ils foncèrent tête baissée en poussant des hurlements et enfoncèrent les lignes des djaevels. Bruggar faisait tourner sa lance dans tous les sens, la passant dans son dos quand les djaevels étaient trop proches pour manœuvrer convenablement, et éventrait toutes les créatures qui passaient à sa portée. Halbarad maniait une épée standard de l'armée beaucoup moins imposante, mais avec une efficacité tout aussi impressionnante. Il faisait moins de victimes que Bruggar, mais chacun de ses coups était décisif, et aucun des djaevels qu'il touchait ne se relevait.

 Hank vit soudain que des djaevels arrivaient derrière les deux amis et s'apprêtaient à les encercler. Il voulut leur crier de faire attention, mais ses compagnons s'en étaient rendus compte par eux-mêmes et préparaient déjà leur parade. Ils se mirent instantanément dos à dos, ce qui permettait ainsi à chacun de défendre les arrières de l'autre. Chaque djaevel qui s'avança vers eux finit impitoyablement empalé sur leurs lames, et après quelques minutes, un monceau de cadavres les entourait.

 Le tas de corps fut bientôt si imposant que les djaevels survivants ne parvenaient plus à l'enjamber. Sans un mot de concertation, les deux amis bondirent au même moment dans deux directions opposées et poursuivirent les quelques djaevels restants. Jacob, qui était resté aux côtés de Hank pour le protéger, leur prêta main-forte, et il ne resta rapidement plus un seul djaevel debout.

 Sa douleur à l'abdomen ayant commencé à se calmer, Hank se redressa doucement, une main posée sur le ventre, et fit quelques pas en clopinant. Il jeta un regard circulaire sur la clairière et sur les dizaines de corps qui en jonchaient le sol. L'herbe, la mousse sur les cailloux, et de nombreux buissons étaient maculés de sang et d'autres morceaux encore moins ragoûtants. La couleur rouge-brunâtre du sol détonait avec le ton vert des arbres en bourgeons, et laissait un arrière-goût de bile dans la gorge de Hank.

- Est-ce que tout va bien, s'inquiéta Jacob en s'approchant de lui.

- Je m'en remettrais. Mais cette vision… Je crois que je ne m'y ferais jamais.

- Tiens tu as fini par te relever, intervint Bruggar. Comme par hasard, une fois que tout est terminé. Je vois que tu es toujours aussi courageux qu'avant, railla-t-il Hank.

 Jacob posa une main sur le bras du jeune homme pour l'inciter à rester calme, mais cela n'empêcha pas ce dernier de répliquer :

- J'aurais peut être pu vous être plus utile si tu ne m'avais pas frappé volontairement.

- J'ai fait ça pour t'éloigner d'un djaevel !

- Tu l'as fait pour m'humilier et ça aurait pu me coûter la vie.

- Tu ne risquais rien puisqu'on s'est chargé de tout le boulot.

 Voyant que Hank allait répondre, Jacob le coupa :

- Ça suffit, nous n'avons pas le temps pour ces bêtises. Vous vous expliquerez quand nous serons en route. Pour l'instant ce qui compte, c'est de nous faire payer.

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