Chapitre 47 Passé décomposé - Partie 8

6 minutes de lecture

 À cette heure, les rues étaient totalement désertes, et du fait des économies décidées par le seigneur Garaney, seuls quelques réverbères avaient été allumés. Comme le vieil homme ne voyait pas à plus de deux mètres dans les rues mal éclairées, c'est Halbarad qui se chargea de regarder devant s'ils prenaient la bonne route. C'est pourquoi il ne se rendit pas compte tout de suite que Pazer reprenait connaissance. Quand il s'en aperçut il était trop tard.

 Pazer ouvrit les yeux et dans un grognement leva les bras pour saisir le vieil homme par les épaules et le faire basculer. En une seconde, Halbarad perdit l'équilibre et le vieil homme se retrouva plaqué au sol par Pazer qui lui maintint fermement les bras et le mordit au cou comme il l'avait fait à Lucy un peu plus tôt. Halbarad se releva en vitesse et dégaina son épée pour menacer son ami.

- Arrête ça tout de suite ! Relâche-le ou je serais forcé de...

 Mais Pazer ne semblait pas l'écouter car d'un mouvement de tête il arracha un morceau de chair et un cri au vieil homme. Halbarad n'hésita pas plus longtemps et décocha son épée dans le dos de son collègue. La lame s'enfonça dans l'épaule de Pazer, mais elle ne sembla pas le blesser, car il ne réagit pas. Halbarad tira son épée et transperça Pazer en différents endroits, jusqu'à ce qu'enfin ce dernier relâche son étreinte sur sa victime. Il se tourna vers Halbarad, qui ne lui laissa pas le temps de l'attaquer et d'un coup de lame circulaire lui trancha la gorge.

 Pazer émit un gargouillis sinistre et s'effondra en avant. Halbarad le fit rouler sur le côté pour libérer le vieil homme. Celui-ci avait perdu beaucoup de sang et il tremblait de tout son corps. Halbarad lui prit la main pour tenter de le calmer.

- Ça va aller. Nous allons vous soigner au château.

- Je ne voulais... Je ne voulais pas venir, bégaya le vieil homme tandis que des larmes roulaient sur ses joues.

 Soudain les tremblements cessèrent et le vieil homme rendit son dernier souffle. Halbarad lui ferma les yeux et murmura des excuses. Il reçut tout à coup un violent coup sur le côté et se trouva projeté au sol. Avant qu'il ait pu réaliser ce qu'il se passait, Pazer se tenait au dessus de lui en grognant et claquant des dents. La plaie qu'il avait au cou était toujours béante et il saignait abondamment sur Halbarad, mais cela n'avait pas l'air de le déranger ni même de l'affaiblir.

 Désarmé, Halbarad n'avait que ses poings pour se défendre. Il frappa Pazer à la mâchoire, et lui brisa ainsi plusieurs dents, mais ce dernier ne se découragea pas pour autant. Halbarad continua donc de le frapper jusqu'à le déséquilibrer et pouvoir se libérer de son étreinte. Une fois Pazer au sol, Halbarad roula sur le côté et se plaça au dessus de lui pour continuer à le frapper jusqu'à ce qu'il perde connaissance. Après plusieurs coups portés au front, Pazer commença à montrer des signes de faiblesse. Halbarad prit une inspiration, leva haut son poing et l'abattit sur le nez de Pazer. Il entendit les os craquer, et la tête de Pazer fut projetée en arrière contre les pavés.

 Après ça, Pazer ne bougea plus. Halbarad demeura quelques secondes, le poing levé, à tenter de reprendre son souffle tout en surveillant Pazer. Comme celui-ci semblait enfin vaincu, Halbarad eut le temps de réaliser ce qu'il avait fait. Il venait de tuer son ami à mains nues. Il se détourna et vomit. Il voulut s'essuyer la bouche avec le dos de sa main, mais elle était couverte du sang de son collègue. Son cœur se souleva à nouveau, mais il parvint à se contrôler. Il n'avait plus un instant à perdre.

 L'agressivité de Pazer n'était pas naturelle, et au vu de la force qu'il venait de déployer, Halbarad craignait d'en être lui aussi atteint. Il souleva Pazer et le bascula tel un poids mort sur ses épaules. S'il s'y était pris de la sorte directement, peut être le vieil homme ne serait-il pas mort, pensa-t-il avec regret. Il s'en voulait également de le laisser ainsi au milieu de la rue, mais il se promit d'envoyer quelqu'un le récupérer sitôt arrivé au château.

 Exalté par l'énergie de la potion, Halbarad rejoignit le château en quelques minutes. Il dut attendre quelques instants que le pont levis s'abaisse, mais les gardes à l'entrée ne lui posèrent aucune question. Le soldat au pied de la tour en revanche se montra plus réticent. Bien que Halbarad soit désormais général, il se croyait toujours supérieur à lui. Mais ce soir-là, Halbarad n'avait pas le temps pour ses jérémiades.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce qu'il est... Et pourquoi êtes-vous couvert de sang ?

- Je ne répondrais à ces questions que devant le seigneur Garaney. Ouvrez-moi les grilles.

- Pas question. Je suis chargé de la sécurité du seigneur Garaney et je ne crois pas que vous…

- Je côtoie le seigneur tous les jours depuis un an ! Si j'avais voulu m'en prendre à lui, ce serait fait depuis longtemps !

 Halbarad passa son bras entre les barreaux et saisit le soldat à la gorge.

- Maintenant ouvrez cette foutue grille ou je vous étrangle avant de récupérer la clé sur votre cadavre.

 Le souffle coupé, les mains tremblantes, le soldat s'empressa de pivoter la clé dans la serrure. Halbarad lui lâcha la gorge et ouvrit la grille d'un coup de pied, avant de grimper les marches quatre à quatre jusqu'au sommet de la tour. Il allait frapper à la porte de son seigneur quand il entendit ce dernier lui dire :

- Entrez Halbarad.

 Un peu perplexe, Halbarad poussa la porte et découvrit son seigneur debout au milieu de la pièce. Depuis plusieurs semaines, Teon Garaney ne quittait plus son armure et son casque, mais Halbarad était surpris de le voir ainsi équipé au milieu de la nuit.

- Monseigneur, dit-il en s'inclinant, il s'est passé quelque chose d'horrible.

- Rassurez-vous, tout se passe comme prévu.

- Sauf votre respect monsieur, vous vous trompez. Je crois que votre potion a fait perdre la tête au pauvre Pazer. J'ai été obligé de l'éliminer.

 Halbarad bascula le corps de Pazer et le déposa en douceur sur la table. Il se recula d'un pas et reprit en montrant sa main tuméfiée :

- Je suis prêt à répondre de mes actes, mais il faut d'abord régler ce problème.

- Voilà qui est fâcheux.

 Halbarad n'en revenait pas de la nonchalance de son seigneur devant une telle situation.

- Oui, la perte de Pazer est malheureuse. C'était un bon compagnon.

- Vous ne comprenez pas général. Ce que je trouve fâcheux, c'est que vous pensiez que la situation ait pu m'échapper.

- Je crois que c’est vous qui ne comprenez pas, insista Halbarad. Il est subitement devenu fou et...

- Il n'a fait qu'obéir à mes ordres, le coupa Teon Garaney.

- Vos ordres ? Non je vous assure qu'il n'était pas dans son état normal.

- Il avait transcendé sa condition humaine. Son être tout entier était dévoué à mon service.

- Mais comment...

- La potion m'a servi à préparer votre corps, mais aussi votre esprit. Vous vous en êtes sûrement rendu compte. Votre esprit est plus clair et vous êtes comme connectés. Vous l'êtes effectivement. Vous êtes connectés à moi. Je peux vous contrôler grâce à ma volonté.

- C'est des conneries, s'emporta Halbarad.

- Au fond de vous, vous savez que c'est vrai, dit Teon Garaney.

 Dès qu'il eut fini sa phrase, une violente migraine s'empara de Halbarad. Il tomba à genoux et prit sa tête dans ses mains. Il entendit des mots en boucle dans ses pensées, des mots tels que tuer, mordre, attaquer, se nourrir… Avec un cri de douleur et au prix d'un formidable effort mental, Halbarad parvint à refouler la voix dans sa tête. Il se releva haletant et tourna le regard vers Teon Garaney qui riait sous son casque.

- Vous nous avez trompés !

- Je vous ai offert un incroyable pouvoir, et vous pensiez que ce serait sans la moindre contrepartie, demanda Teon Garaney d'un ton cassant.

- Pourquoi ? Pourquoi nous faire ça ? Nous vous étions fidèles ! Chacun de nous vous aurait suivi jusqu'à la mort.

- Justement, ça ne me suffit pas. Je vous avais promis une armée invincible. J'ai fait mieux que ça. J'ai créé une armée immortelle.

 Au même moment, la porte claqua dans le dos de Halbarad. Il se retourna vivement et découvrit avec stupeur le vieil homme qui était mort sous ses yeux sur le pas de la porte. Il avait le teint livide, presque gris, les mêmes yeux révulsés que Pazer, et la plaie sur son cou était toujours ouverte. Mais ce que Halbarad repéra en premier, c'est le sang dégoulinant de ses mains et de ses lèvres. Il regarda Halbarad en grognant et claqua sa mâchoire d'envie.

- Il est trop tard pour résister Halbarad. Ce n'est plus qu'une question de temps avant que vous m'apparteniez complètement.

- Jamais, cria Halbarad en tirant son épée.

- Faites le fier, cela n'a pas d'importance. Si je ne peux pas vous avoir aujourd'hui, je me contenterais de votre charmante épouse.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Gwenouille Bouh
Un Héros, qui n'a pas rêvé un jour d'en devenir un ?
C'est aussi le rêve de Yuling, qui pour retrouver son frère, se met en quête d'aventure. Mais pour parvenir à son but, il lui faudra déjà surmonter bien des épreuves ; un partenaire imbu de lui-même, une école d'élite, un Maître impétueux ainsi qu'un dragon dont elle a bien du mal à se faire entendre !
Parviendra-t-elle à s'y retrouver ? Ou finira-t-elle, comme bien d'autres avant elle, dévorée par son dragon ?
422
649
2506
285
Alain Foucault

Le courage, la force puis, l'assurance et l'audace,...
La hardiesse, ce qui inspire...
La joie.
La tristesse qui étreint le coeur, le comprime, lui fait mal.
L'autre qui interpelle.
Celui qui vous frappe.
Vaciller, se relever,...
Faire un pas.
3
6
0
0
Plopolom

Dans l'ombre je cherche encore
le p'tit moi, ce grand trésor,
ce gain qu'on m'a tant promis,
si je regardais dans mon nombril.

Dans l'ombre, j'me cogne encore,
au p'tit moi, qui est bien fort
qui tape du pied, qui rue, qui cri!
Qu'on l'aime enfin! Qu'on l’apprécie!

Dans l'ombre, je souris encore
à ce p'tit moi, à ce petit corps
qui m'appelle pour s'aimer
et que je vienne pour l'y aider

Dans l'ombre je chante encore,
A mes amours, vivants et morts
et ce p'tit moi qui chie des mots
parce que ça apaise nos maux.

Dans l'ombre, je m'anime encore,
Pour suinter l'soleil par tous les pores,
Tourner p'tit moi vers ma famille,
Mes amis, se donner aussi a autrui.

En ombre, je regarde encore,
le monde autour, la faune, la flore...
Je m'en abreuve et laisse couler
Tout mon amour de l'encrier.

D

1
3
0
1

Vous aimez lire William BAUDIN ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0