Chapitre 47 Passé décomposé - Partie 7

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 C'est ainsi que les choses avaient commencé. Pazer avait pris la même dose de potion tous les jours pendant une semaine, et comme il ne présentait pas d'effets secondaires, un des chevaliers avait été désigné pour tester la potion à son tour. Après quelques jours, un premier changement était survenu. Pazer, qui était toujours un peu las, était ces jours-là incroyablement vigoureux. Il se levait avant l'aube et se couchait tard dans la nuit, après avoir travaillé deux fois plus dur que ses collègues toute la journée. De son propre aveu, il était en meilleure forme qu'il ne l'avait jamais été.

 Après cela, les généraux ne s'étaient plus fait prier pour prendre de la potion. Au contraire, ils avaient dû tirer au sort pour savoir qui serait le suivant. Au fil des semaines, Halbarad avait vu ses collègues devenir plus forts et plus résistants avant que ne vienne son tour de tester la potion. Il n'avait d'abord pas été emballé à l'idée de prendre une drogue tous les jours, mais il avait dû rapidement reconnaître que ses effets étaient puissants.

 En quelques jours à peine, il avait perdu toute sensation de fatigue. Quelques heures de sommeil par nuit lui suffisaient. En quelques semaines, il avait vu sa masse musculaire doubler. À l’entraînement, il s'était aperçu qu'il était plus rapide et plus agile. Il pouvait combattre trois soldats qui avaient la moitié de son âge en même temps sans qu'aucun ne parvienne à le toucher.

 Mais le plus incroyable pour Halbarad, c'était que la potion lui avait clarifié l'esprit. Il n'avait plus de doutes constants sur sa mission. Il comprenait sans problèmes les plans du seigneur Garaney et les mouvements de troupes représentés sur les cartes. Il avait gagné une confiance et un aplomb nouveaux, qui lui permettaient de se faire enfin obéir de ses soldats.

 Dernier fait étrange, Halbarad se sentait plus proche de ses collègues depuis qu'il prenait de la potion. Ils n'étaient pas véritablement devenus amis, mais il n'y avait plus de défiance entre eux. Sur les manœuvres militaires, ils se comprenaient sans un mot, comme s'ils partageaient les mêmes pensées. Il était devenu évident que la potion du seigneur Garaney était efficace et ne présentait aucun risque pour ceux qui la prenaient. La prochaine étape était de la distribuer à tous les soldats de Castelroi afin de créer une armée invincible.

 Mais cette potion contenait des ingrédients difficiles à trouver, et le seigneur Garaney perdit plusieurs mois à s'en procurer suffisamment pour commencer une production en masse de sa potion. Cela faisait à peine une dizaine de jours que les soldats prenaient de la potion lorsque Pazer présenta des signes de fatigue. Cela l'inquiéta, car il était en pleine forme depuis près d'un an.

- J'espère que la potion n'a pas cessé d'agir avec le temps. Nous aurions l'air malins si nos soldats devaient perdre leur force en plein milieu du champ de bataille, s'inquiéta Pazer.

- S'il y a un problème, il faudra en parler au seigneur Garaney. Comment te sens-tu exactement ? Plus faible ?

- En fait non, je me sens toujours aussi fort, mais j'ai cette migraine qui ne me lâche pas depuis ce matin. Ça bourdonne sans s'arrêter, comme s'il y avait une foule de gens autour de moi qui parlaient tous en même temps.

- Pour ça, la bière de ma femme est la solution parfaite. Après une ou deux pintes, tu auras l'esprit tellement engourdi que tu n'entendras plus aucune voix.

 Les deux hommes pénétrèrent dans l'auberge, qui était déjà presque vidée de ses clients. Seuls restaient un vieil homme au comptoir et un couple tapi dans un coin. Le jeune homme murmurait à l'oreille de son amie, et Halbarad ne pouvait entendre ce qu'il lui disait, mais elle n'arrêtait pas de glousser. Halbarad salua sa femme en l'embrassant et lui présenta son collègue. Pazer la salua brièvement et s'accouda au comptoir en prenant sa tête dans ses mains.

- Il ne se sent pas très bien, expliqua Halbarad. Peux-tu lui servir quelque chose qui lui aère l'esprit ?

 Lucy remplit une pinte de bière blonde et la déposa devant Pazer, qui s'en saisit et l'avala d'une traite, sous l'œil amusé de Halbarad.

- Tu as une sacrée descente !

- Mon père disait toujours qu'on n’est pas un vrai homme si on ne sait pas boire.

 Soudain, il lâcha un rot sonore et s'effondra sur le comptoir.

- Quel homme, plaisanta Halbarad.

 Lucy ne prit pas la situation avec le même humour.

- Ce n'est pas normal mon chéri. Je ne lui ai pas servi un alcool très fort. Ça ne devrait pas lui faire cet effet.

- Ne t'inquiète pas, il est simplement endormi. J'entends son cœur qui bat.

- Ne dis pas de bêtises c'est impossible. Aide-moi plutôt à le redresser.

 Halbarad tira sur les épaules de son collègue pour basculer sa tête et ainsi dégager ses bras, que Lucy saisit entre ses doigts pour chercher un pouls. Pazer se redressa soudain et repoussa Halbarad d'un coup de coude, avant d'agripper Lucy par le poignet, de la tirer vers lui et de la mordre à la gorge. Halbarad resta tétanisé un instant, puis le cri de douleur de Lucy le fit réagir. Il passa son bras autour du cou de Pazer et serra pour lui faire lâcher prise. Pazer s'écarta de Lucy et se tourna vivement vers Halbarad. Celui-ci vit qu'il avait les yeux révulsés, et il ne put détacher son regard du sang de sa femme qui coulait des lèvres de son ami.

- Qu'est-ce qui te prend, tu es fou ! Calme-toi !

 Pour toute réponse Pazer poussa un grognement et se jeta sur Halbarad. Réagissant d'instinct, ce dernier agrippa son collègue par les cheveux et le projeta contre le bois du comptoir. Sa tête rebondit avec un bruit sourd, puis il s'effondra au sol. Tout s'était joué en quelques secondes, si bien que les clients de l'auberge n'avaient pas eu le temps de réagir.

 Une fois Pazer inconscient, l'homme au comptoir se recula pour s'éloigner de lui, et les deux jeunes gens se levèrent précipitamment et se dirigèrent vers la sortie, mais Halbarad les retint avant de sauter par dessus le bar pour rejoindre sa femme. La pauvre Lucy était en pleurs et gardait sa main droite plaquée contre son cou. Halbarad la lui écarta en douceur et constata avec horreur que son collègue lui avait arraché un morceau de chair. Heureusement, la carotide n'avait pas été touchée. Lucy n'était donc pas en danger immédiat.

- Pourquoi... Pourquoi a-t-il fait ça, demanda-t-elle en hoquetant.

- Je ne sais pas ma chérie, répondit Halbarad en serrant sa femme dans ses bras. Il a perdu la raison. Pourtant il allait parfaitement bien toute la journée. Si ce n'est qu'il avait...

 Halbarad se stoppa au milieu de sa phrase en réalisant d'où venait l'agressivité de Pazer.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il avait ?

- Il avait la migraine, dit Halbarad lentement. Je crois que le problème vient de la potion du seigneur Garaney.

 Lucy se détacha de l'étreinte de son mari et le regarda d'un œil inquiet.

- Toi aussi tu as pris de cette potion.

- Depuis beaucoup moins longtemps que lui. Je me sens parfaitement bien, rassure-toi.

- Mais si la potion fait cet effet là, tu es en danger !

- Et je ne suis pas le seul. Je dois prévenir le seigneur Garaney immédiatement. Ma chérie je suis désolé mais je dois te laisser. Est-ce que ça va aller ?

- Oui, je suis une grande fille, j'arriverais bien à me débrouiller toute seule, tenta-t-elle de plaisanter, mais son sourire se changea rapidement en grimace.

 Halbarad l'embrassa sur le front et se tourna vers le jeune couple.

- Vous deux, vous restez ici. Vous aidez ma femme à se faire un bandage, puis vous veillez sur elle jusqu'à mon retour. S'il lui arrive quoi que ce soit, je vous ferais enfermer dans les geôles du château et vous n'en sortirez pas de sitôt.

 Avant que l'un des deux ait pu répliquer, Halbarad se tourna vers le vieil homme au comptoir.

- Quant à vous, vous allez m'aider à porter mon ami jusqu'au château. Il faut que le seigneur Garaney l'examine.

- Mais j'allais justement rentrer chez moi...

- Oh excusez-moi, minauda Halbarad. Je suis désolé de vous avoir fait croire que vous aviez le choix, dit-il sur un ton beaucoup plus dur.

 Lucy jeta un regard inquiet à son mari. Elle était fière de ce qu'il était devenu, mais elle craignait que la potion n'ait changé sa personnalité. Jamais encore il n'avait parlé sur ce ton à ses clients.

- Attrapez son torse, je prends les pieds.

 Après avoir promis à sa femme de revenir vite, Halbarad sortit de l'auberge à la suite du vieil homme.

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