Chapitre 47 Passé décomposé - Partie 6

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Six ans auparavant.

- Tu verras, après une bonne pinte, tu te sentiras beaucoup mieux, assura Halbarad.

- Ça ne pourra pas être pire que la piquette que le vieux nous fait boire à longueur de journée.

- Tu ne devrais pas parler comme ça.

- Je sais, mais cette migraine me tape sur les nerfs, se justifia Pazer en portant une main à son front.

 Halbarad n'avait jamais vu son ami Pazer dans un tel état de fatigue. Ami n'était peut être pas le mot, puisqu'ils se connaissaient depuis un an à peine. Tout du moins était-il celui duquel Halbarad était le plus proche parmi ses nouveaux collègues. Lorsque Teon Garaney lui avait fait part de ses plans de conquête quelques mois plus tôt, il l'avait promu général et avait mis des hommes sous ses ordres.

 Une promotion aussi fulgurante l'avait un peu déboussolé, mais son seigneur avait placé une telle confiance en lui qu'il faisait tout son possible pour ne pas le décevoir. Halbarad n'avait pas été le seul à recevoir de l'avancement. Teon Garaney lui avait rapidement présenté ses confrères généraux. Parmi eux se trouvaient quelques anciens capitaines, mais la plupart étaient les chevaliers du seigneur Garaney.

 Halbarad n'avait pas été très à l'aise au milieu d'une telle assemblée, et les chevaliers n'avaient rien fait pour faciliter son intégration. Heureusement il n'avait pas eu de mal à se faire apprécier de ses soldats. En revanche, leur donner des ordres était une toute autre affaire. Au début, Halbarad avait accepté son nouveau poste sans trop réfléchir, puis il avait réalisé l'ampleur de ce qui l'attendait. Il n'avait jamais commandé d'autres hommes, même lorsqu'il se contentait de défendre des fermes contre quelques brigands, et voilà qu'il devait conquérir tout un royaume.

 Halbarad ne se sentait pas à la hauteur, et malgré tout le respect qu'il portait à son seigneur, il pensait que pour lui aussi la tâche était trop ardue. Il ne voulait pas que son seigneur s'engage, et engage sa ville, dans une guerre coûteuse et meurtrière qu'il ne pourrait pas gagner pour une simple question d’ego. Halbarad s'était juré d'en parler à son seigneur, car il estimait que lui être fidèle consistait aussi à lui faire prendre conscience de ses erreurs.

 Mais Halbarad n'avait pas voulu passer pour un lâche, aussi n'avait-il rien dit lors de la première réunion des nouveaux généraux. Ni lors des suivantes. Mais plus le temps passait, et plus il devenait difficile de revenir en arrière. Trop d'hommes avaient été mobilisés, trop de moyens mis en œuvre. Teon Garaney avait engagé toutes ses ressources, et celles de Castelroi, dans l'accomplissement de ses plans. Tous les forgerons de la ville travaillaient presque exclusivement à la fabrication d'armes et d'armures, les grands ateliers du nord de la ville produisaient depuis plusieurs semaines des tuniques et des tentes pour les soldats, et l'un des chevaliers avait commandé à un architecte des plans pour des catapultes et des trébuchets.

 Halbarad était impressionné par l'importance des moyens mis en œuvre. Le seigneur Garaney semblait avoir pensé à tout. Mais malgré cela, Halbarad ne croyait pas que cela suffise. Même si Teon Garaney engageait toutes ses richesses dans cette guerre, le roi était bien plus riche que lui. Même si tous les hommes de Castelroi quittaient leur foyer pour combattre pour leur seigneur, la capitale était bien plus peuplée, et le roi pouvait compter sur l'appui de ses bannerets.

 Un jour, Halbarad s'était enfin décidé à dire tout cela à son seigneur. Mais c'est précisément ce jour-là que Teon Garaney avait pris la parole au début du conseil des généraux.

- Messieurs, voilà plusieurs semaines que nous travaillons d’arrache-pied à l'élaboration de mes plans. Les choses se déroulent bien. Je suis fier de vous.

 Les hommes autour de la table avaient échangé des tapes amicales et des grognements satisfaits. Teon Garaney avait levé la main pour exiger le silence.

- Il semblerait cependant que certains d'entre vous ne croient pas en notre victoire.

 Halbarad s'était ramassé sur son siège tandis que les chevaliers s'étaient mis à parler tous en même temps pour se défendre.

- Silence ! Je ne vise aucun d'entre vous en particulier.

 Halbarad avait pourtant eu le sentiment que le regard de son seigneur était braqué sur lui.

- Vous semblez croire que tous nos efforts seront vains, que nous nous attaquons à plus fort que nous, et que notre défaite est inéluctable.

 Halbarad avait eu l'impression que son seigneur lisait dans ses pensées. Comment aurait-il pu savoir tout cela d'une autre façon ?

- Croyez-vous que je n'y ai pas pensé ? Croyez-vous que j'ai accompli tout cela sans réfléchir aux conséquences ? Je suis parfaitement conscient des forces de mon ennemi. Mais je possède une force qu'il n'a pas en sa possession. Les dieux m'ont accordé une force, un pouvoir qui me permettra de gagner cette guerre.

 Le vieux Garaney avait déposé un paquet enveloppé sur la table. Tandis qu'il défaisait les liens retenant l'étoffe, Halbarad s'était redressé plein d'espoir. Mais il s'était rencogné dans son fauteuil en découvrant que Teon Garaney leur avait seulement ramené le vieux livre qui trônait sous sa fenêtre.

- Dans ces pages résident des secrets, un savoir oublié depuis des siècles. J'ai passé des années à le rechercher et à l'étudier, mais désormais son savoir m'est presque totalement acquis.

- Je ne comprends pas, était intervenu Pazer. En quoi ce simple livre va-t-il nous aider à vaincre l'armée royale ?

- Ce n'est pas un simple livre, s'était agacé Teon Garaney. Ces pages renferment des arcanes, ce que les contes de vieilles femmes appelleraient des sortilèges. La magie messieurs, voilà ce qui nous fera gagner cette guerre.

 Halbarad avait compris en croisant le regard de Pazer qu'il n'était pas le seul à être sceptique. L'ancien capitaine avait fait ce que Halbarad avait tenté de faire depuis des semaines, à savoir exprimer son inquiétude.

- Excusez-moi monseigneur, mais je n'ai jamais cru en la magie, et je suis trop vieux pour commencer.

- Je me doutais de votre réaction, avait répondu Teon Garaney avec un rictus.

 Il avait dégainé son épée du fourreau, et Pazer avait eu un mouvement de recul, mais il ne l'avait pas menacé, pas plus qu'il ne s’était avancé vers lui. Au lieu de ça, il avait placé sa paume gauche contre la lame levée, et l'avait fait glisser sur le fil jusqu'à s'entailler la chair. Le sang avait coulé le long de la lame et s'était égoutté sur le sol de pierre. Les généraux avaient regardé leur seigneur pantois, sans oser rien dire. Halbarad n'avait pu s'empêcher de penser qu'il avait complètement perdu l'esprit.

 Il leur avait montré sa main ensanglantée, et Halbarad avait vu que son pouce formait un angle étrange. Sans un mot, Teon Garaney avait pressé trois doigts de sa main valide contre la blessure, et à la stupéfaction de tous les hommes présents, une lueur bleutée les avait enveloppés, et la plaie s'était refermée à vue d'œil. Il avait ensuite pris un mouchoir dans sa poche pour nettoyer le sang sur sa main, et l'avait présentée à nouveau à ses généraux. Elle ne présentait plus la moindre marque.

- Avec un tel pouvoir nous serons invincibles, avait-il assuré d'un ton catégorique.

 Même les plus sceptiques, comme Pazer et Halbarad, avaient été forcés d'admettre que cette guérison n'avait rien de naturel.

- Bien, maintenant que j'ai toute votre attention, il est temps de parler des applications pratiques de ce pouvoir. J'ai mis au point une potion, un fortifiant, qui devrait rendre nos soldats plus performants. Avant de la produire en masse je veux que vous la testiez.

- Une drogue ? Qui nous dit que ce n'est pas du poison, avait demandé Pazer.

- J'ai passé des années à étudier ce livre avant de tenter quoi que ce soit, alors vous ne risquez rien. Et même si c'était le cas, vous donneriez votre vie pour obéir à un ordre de votre seigneur. N'est-ce pas là ce que vous avez juré de faire ?

 Comme Pazer n'avait rien répondu, le seigneur Garaney avait sorti une fiole de sa poche intérieure et lui avait ordonné :

- Tendez-moi votre verre, vous serez le premier à y goûter.

 De mauvaise grâce, Pazer avait fait glisser son verre devant le seigneur Garaney, qui y avait versé plusieurs gouttes de son produit. Pazer avait remué son gobelet, puis après avoir jeté un œil inquiet à ses collègues en quête de soutien, il avait avalé le contenu d'une traite. Il avait dégluti difficilement et fait une grimace.

- Comment vous sentez-vous, s'était enquis Teon Garaney.

- Ce n'est pas fameux votre breuvage.

- Ce n'est pas ce que je vous demande capitaine.

- Général, avait machinalement corrigé Pazer, mais devant le regard de son seigneur il avait préféré ne pas insister. Je ne me sens pas différent, mais je ne me sens pas plus mal non plus, ce qui est une bonne chose je suppose.

 Teon Garaney n'avait pas semblé du même avis, mais il n'avait rien répondu.

- Bien, avait-il fini par dire, vous prendrez de ce produit tous les jours. Si dans une semaine il ne s'est toujours pas révélé dangereux, un autre d'entre vous en prendra, et un nouveau toutes les semaines. Je veux pouvoir étudier les effets sur le long terme.

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