Chapitre 46 Engagements - Partie 4

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 La princesse sauta au cou de son ami.

- Mais qu'est-ce que tu fais attifé de la sorte ? Je ne t'avais même pas reconnu.

- Je dois avouer que moi non plus je ne vous avais pas reconnus de loin. Ce n'est que lorsque Sin fo a utilisé sa magie que j'ai compris qui vous étiez.

- Nous attendions ton retour il y a plusieurs semaines. Voilà des mois que tu as disparu !

 Jacob se dégagea de l'étreinte de la jeune fille et la tint éloignée de lui en la tenant par les hanches pour l'observer.

- Tu en as bien profité de ces quelques mois. Quand je suis parti tu étais encore une petite fille et regarde-toi. Tu ressembles de plus en plus à ta mère.

- Merci Jacob, répondit Tabatha avec un petit sourire en remontant une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Mais qu'est-ce que vous faites si loin de Ts'ing Tao ? Il y a eu un problème au village ?

- Il s'est passé tellement de choses depuis que tu es parti. Il va me falloir un peu de temps pour tout te raconter.

- D'accord mais pas ici. On va s'installer confortablement et ensuite on discutera.

- Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas bouger mes jambes, demanda soudain quelqu'un derrière eux.

 Jacob se rendit compte qu'il avait complètement oublié ses compagnons que Sin fo avait immobilisés.

- Sin fo, pourriez-vous...

- Bien sûr, s'empressa de répondre la jeune femme.

- Attends un instant, demanda Tabatha en levant son index.

 C'était son agresseur qui venait de parler, et elle avait été surprise par le timbre aigu de sa voix. Elle s'approcha de ce dernier, se pencha au dessus de lui et lui arracha son masque. Tabatha eut la surprise de voir que son agresseur était en réalité une jeune femme, qui ne devait pas être beaucoup plus vieille qu'elle. Tabatha lui enleva également sa capuche pour s'en assurer, révélant ainsi ses cheveux noirs coupés courts, à la garçonne. La jeune femme repoussa la main de Tabatha et s'empressa de rabattre sa capuche devant son visage.

- Rendez-moi mon masque, demanda-t-elle d'un ton brusque.

- Je ne crois pas que vous soyez en position d'exiger quoi que ce soit, répliqua Tabatha.

- Ailyn tout va bien, intervint Jacob. Tu ne risques rien avec eux, fais-moi confiance.

- Ça ne change rien, je veux mon masque, s'emporta la jeune femme.

 Tabatha s'apprêta à lui dire quelque chose, mais Jacob l'en empêcha.

- S'il te plaît peux-tu lui rendre son masque ? C'est important pour elle, et pour toi ça ne change rien. Et vous Sin fo, pouvez-vous la libérer ?

- Elle a l'air plutôt instable. Elle ne va rien tenter contre nous ?

 Tabatha tendit le morceau d'étoffe à Ailyn qui se redressa et le lui arracha presque des mains. Elle se hâta de s'en couvrir le visage, puis elle croisa les bras et attendit sans un bruit que Sin fo la débarrasse de ses liens.

- Il me semble évident que vous ne risquez rien, assura Jacob.

 Sin fo posa sa main sur les entraves de pierre de Ailyn, qui tombèrent presque instantanément en poussière. Tandis qu'elle faisait de même avec les autres prisonniers, Ailyn vint se poster aux côtés de Jacob, mains derrière le dos et tête droite, comme un soldat en faction. Elle semblait ne tenir aucune rigueur à Sin fo de l'avoir attachée ni à Tabatha de l'avoir assommée. Elle semblait même avoir oublié qu'elle avait tenté de tuer la princesse quelques minutes plus tôt. Cette dernière ne savait pas si elle était impressionnée par cette attitude et cette capacité à s'adapter, où si elle était effrayée par cette jeune fille. Quoi qu'il en soit, Jacob avait des explications à lui fournir.

 Un peu plus tard, après que Jacob eut donné des ordres et que Tabatha ait renvoyé les six hommes chercher les hembras et le reste de leur groupe, tous deux et Sin fo s'installèrent dans une petite pièce à l'étage pour parler tranquillement. Ils avaient installé trois fauteuils en arc de cercle auprès d'une cheminée et avaient allumé un feu. Jacob avait conseillé à Ailyn d'aller se reposer un peu, mais elle avait insisté pour rester près de la porte et veiller à ce qu'on ne les dérange pas.

- Mais d'où est-ce que tu la sors cette fille, demanda Tabatha lorsqu'ils furent seuls.

- Son histoire est compliquée, éluda Jacob, mais c'est une gentille fille.

- Une gentille fille qui a bien failli m'arracher la tête, se renfrogna Tabatha.

- Ne lui en veux pas pour ça, elle ne faisait que suivre mes ordres. D'ailleurs ça m'étonne que tu te sois laissée prendre à ce piège, nous l'avons fait tellement de fois tous les deux.

- C'est vrai ! C'est pour ça que j'avais cette impression de déjà-vu. Je servais d'appât et tu bondissais de l'escalier. Rappelle-toi Sin fo c'est comme ça qu'on s'est rencontrées.

- Je me souviens, et je me souviens également que cela n'avait pas fonctionné à l'époque, pas plus qu'aujourd'hui d'ailleurs.

- C'est une technique efficace, à moins de tomber sur quelqu'un qui pratique la magie, se défendit Jacob.

- Si je ne l'avais pas fait, vos amis nous auraient sûrement tous tués à l'heure qu'il est. D'où sortent tous ces gens Jacob ?

- D'un peu partout dans le royaume. Vous savez bien que c'est pour ça que j'ai quitté le village. Je ne vois pas ce qui vous étonne.

- Tu devais rentrer il y a des semaines, répondit Tabatha. Nous nous sommes fait beaucoup de souci pour toi. D'habitude lorsque tu trouves un groupe de survivants, tu les ramènes tout de suite au village.

- Je sais, mais les choses ont changé. Il est devenu très dangereux de voyager dans le royaume.

- Ça ce n'est pas nouveau.

- Je veux dire encore plus dangereux. Les djaevels sont sans cesse plus nombreux, et il n'est pas rare d'en croiser plusieurs dizaines ensemble. C'est pour ça que j'ai voulu regrouper un maximum de personnes cette fois, afin de pouvoir voyager en toute sécurité.

- Et ces tenues, ces masques, à quoi cela rime-t-il ?

- La tenue noire sert à se cacher dans l'obscurité, et le masque c'est pour éviter d'être reconnus.

- Reconnus ? Les djaevels sont stupides, répliqua Tabatha. Ils sont incapables de faire la différence entre un humain et un autre. Et vos costumes ne les empêchent pas de vous sentir.

- C'est vrai, mais les djaevels ne sont pas les seuls ennemis.

- Quoi ? Qui d'autre ?

 Avant que Jacob puisse répondre, des coups retentirent à la porte. Ailyn, le visage toujours voilé, passa sa tête par la porte entrebâillée et dit :

- Excuse-moi de te déranger Jacob, mais j'ai ici deux hommes qui insistent pour rentrer. Ils disent connaître tes amies.

 Sin fo et Tabatha tournèrent leur tête l'une vers l'autre.

- Comment est-ce possible ? Je ne connais personne en dehors de Ts'ing Tao, dit Sin fo.

- Peut être quelqu'un du palais, supposa Tabatha.

- Non, s'il y avait eu quelqu'un du palais dans mon groupe, je l'aurais reconnu, assura Jacob. Fais-les entrer, dit-il à l'adresse de Ailyn.

 La jeune femme s'écarta pour laisser passer deux hommes. Le premier, de taille moyenne, se tenait droit et avançait d'un pas régulier, tandis que le deuxième, petit et trapu, avait une démarche saccadée. Tous deux portaient la même tenue noire que Jacob. Ils se postèrent devant les deux jeunes femmes et le plus petit leva la tête vers son ami.

- Alors tu vois, je t'avais dit que c'était elle.

- En es-tu bien sûr ? Il y a si longtemps...

- Mais enfin comment peux-tu hésiter ? C'est pourtant évident, s'énerva le petit.

- Elle a changé avec les années, mais tu dois avoir raison. En effet, son visage me dit quelque chose.

- Excusez-moi messieurs, intervint Tabatha, mais puis-je savoir d'où nous nous connaissons ?

- Il y a méprise gamine, répondit le petit avec une voix rauque, c'est ton amie qu'on est venus voir.

- Moi, s'étonna Sin fo. Mais je ne sais qui...

 Les deux hommes retirèrent leurs masques en même temps, laissant Sin fo bouche bée. Tandis qu'ils renversaient leurs capuches, elle reconnut la barbe épaisse et les cornes du petit.

- Vous êtes... Bruggar, dit-elle en le pointant du doigt.

 Puis, en se tournant vers son ami et en fronçant les sourcils, elle continua :

- Et vous, Halbarad, c'est cela ?

- C'est bien cela, répondit l'homme avec un sourire.

- Ça alors, il y a si longtemps, dit Sin fo avec un petit rire. Je ne pensais pas vous revoir un jour.

- Moi je n'ai jamais pu vous oublier, répondit Bruggar en soulevant sa manche et en dévoilant une cicatrice sur son bras. C'est vous qui m'avez laissé ce petit souvenir. Quand j'ai entendu ce que vous avez fait en bas, j'ai tout de suite fait le rapprochement avec vous Melodora.

- Vous vous êtes rappelé ce nom durant toutes ces années, demanda Sin fo en riant.

- Je vous en ai voulu pendant longtemps de la honte que vous m'aviez infligée.

- J'en suis désolée, d'autant plus que ce n'était pas mon vrai nom. Je m'appelle Sin fo Ni, dit-elle avec un sourire en tendant sa main au satyre.

 Celui-ci resta silencieux avec un étrange rictus sur le visage, tandis que Halbarad éclata de rire et lui tapa sur l'épaule.

- Quand je pense à tout le temps que tu as perdu à la chercher à l'époque, et que tu ne connaissais même pas son nom.

- Le passé c'est le passé, rumina Bruggar en haussant les épaules.

- C'est vrai, mais en vous voyant là tous les deux j'ai l'impression que c'était hier, répondit Sin fo. Racontez-moi, vos frères étaient-ils revenus vous chercher ? Et vous Halbarad, votre femme est-elle ici ? J'avais promis de revenir dans son auberge, mais la vie en a voulu autrement. C'est idiot, nous nous sommes très peu connus, mais j'ai l'impression de retrouver de vieux amis. Racontez-moi tout, je veux savoir tout ce que vous avez fait depuis la dernière fois.

 Halbarad et Bruggar se regardèrent un instant, et Sin fo put lire sur leurs visages que la vie ne les avait pas épargnés. Elle se sentit gênée d'avoir été si curieuse. Elle voulut s'excuser, mais les deux amis tirèrent chacun un fauteuil et s'installèrent au coin du feu avec eux. Halbarad prit le tison et remua les bûches dans l'âtre en disant :

- Par où commencer ?

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