Chapitre 46 Engagements - Partie 1

8 minutes de lecture

 Tabatha leva la main pour ordonner au groupe de s'arrêter. La plupart en profitèrent pour s'asseoir sur des pierres en bordure du chemin ou à même le sol, mais quelques-uns vinrent se poster aux côtés de la jeune fille. Ils regardèrent tous en contrebas, en direction de la petite ville qui se déroulait à leurs pieds.

 Ce n'était pas une simple bourgade comme le village qu'ils avaient traversé trois jours plus tôt. Ici les rues étaient rectilignes et parfaitement agencées, les maisons étaient pour la plupart faites de pierre solide, et une palissade de bois entourait et protégeait la ville. Par bien des aspects, cette ville ressemblait à Cosrock. C'était une ville comme il y en avait des centaines à travers le royaume. Tabatha en avait déjà vu très souvent lorsqu'elle voyageait avec Jacob. Elle s'était habituée à ces ambiances de ville fantôme.

 La princesse n'avait jamais quitté la capitale avant l'apparition des djaevels, si bien qu'elle n'avait jamais connu la fébrile activité qui animait les petites villes agricoles en temps de paix. C'est pourquoi cette ville entièrement vide et silencieuse ne lui laissait qu'une impression de déjà-vu. Ses compagnons en revanche, qui avaient pour la plupart vécu dans des villes pareilles à celle-ci, éprouvaient un malaise certain à la vue de ces maisons et de ces rues désertes, qui ne semblaient même plus abriter le souvenir de la vie qui les avait un jour habitées.

- C'est sinistre, dit doucement Wayne, résumant ainsi l'état d'esprit du groupe.

- Ce n'est pas en la regardant que nous la rendrons plus gaie, répondit Archibald. Nous n'allons pas rester là toute la journée.

- Non bien sûr, mais ça ne sert à rien de se précipiter. Je n'ai pas envie de tomber dans un piège.

- Un piège ? Ce n'est pas un piège puisqu'on sait qu'ils sont là.

- Ne joue pas sur les mots, tu sais ce que je veux dire.

- Pourriez-vous vous taire tous les deux, juste une minute ? J'essaie de réfléchir, leur ordonna Tabatha.

 Elle regardait les rues vides et elle essayait de se souvenir de ce que Jacob lui avait enseigné pendant les deux années qu'ils avaient passées sur les routes. Il avait souvent tenté de lui inculquer des règles de sécurité et de prudence, ainsi que quelques stratégies de combat, mais Tabatha n'était alors qu'une enfant, et elle se contentait de se cacher où il lui disait et de fuir si les djaevels étaient trop nombreux. Son père aussi lui avait parlé d'anciennes batailles lorsqu'elle était enfant, mais elle n'avait retenu que les parties intéressantes de ces histoires, pas les détails techniques qui parlaient de stratégie ou de tactique militaire.

 Tabatha se maudit d'avoir été une enfant dissipée et capricieuse. Elle sentait les regards de ses compagnons peser sur elle. Elle commença à paniquer. Elle savait qu'elle devait prendre une décision rapidement, mais elle n'arrivait pas à réfléchir. Elle sentit soudain une main posée sur son épaule. C'était Sin fo qui la regardait avec un sourire bienveillant.

- Que veux-tu que je fasse ?

- Quoi ? Je n'ai rien...

- Où veux-tu que je me place ? Tu n'as qu'à me le dire. Tu sais que tu peux compter sur moi, et sur nous tous.

 La jeune femme regardait toujours Tabatha en souriant mais elle lui fit un rapide signe avec les yeux en direction du reste du groupe. Tabatha avait passé suffisamment de temps avec Sin fo et Hank pour savoir que ce genre de regard signifiait plus qu'il n'en avait l'air. Elle réfléchit une seconde et comprit où son amie voulait en venir.

 Elle s'était retourné l'esprit dans tous les sens pour trouver un plan de bataille parfait, mais elle avait fait l'erreur de considérer le groupe dans son ensemble. Grâce à Sin fo, elle venait de réaliser qu'elle ne devait pas voir ses compagnons comme un bataillon de soldats, mais plutôt comme une cinquantaine d'individus distincts. Elle ne pouvait pas attendre d'eux qu'ils aient tous la force des hembras ou l'expérience de Hank, mais ils avaient tous des compétences propres. Afin d'exploiter au mieux ces compétences, Tabatha allait devoir faire mieux connaissance avec chacun d'entre eux.

 Maintenant qu'elle avait réalisé cela, le cerveau de Tabatha se mit à tourner à plein régime. Elle savait déjà que Hank ne participerait pas et qu'elle pouvait compter sur le pouvoir de Sin fo pour les protéger en cas de besoin. Elle savait à peu près ce que valaient les hembras, mais pour le reste du groupe, elle n'avait presque pas d'informations. En y réfléchissant, elle ne les avait jamais vus combattre. Ils n'avaient pas souvent affronté de djaevels depuis Cosrock, et chaque fois Tabatha était restée aux côtés de Sin fo et Hank. Même lorsque les djaevels avaient attaqué Ts'ing Tao, elle n'avait pas pu assister à la bataille car elle n'était pas en ville.

 La jeune fille fit signe à Ryban d'approcher.

- Ryban, je vais avoir besoin de ton aide. Tu es quelqu'un de très apprécié au village.

- Je ne sais pas si on peut dire ça.

- Écoute, ne joue pas les modestes. Je te vois chaque fois que je vais à l'auberge, et tu es toujours entouré de cinq ou six personnes.

- Toi aussi les gens t'aiment beaucoup.

- C'est peut être vrai, mais ils ne me connaissent pas vraiment. Et le problème, c'est que moi non plus je ne les connais pas vraiment. Je ne suis vraiment proche que de Sin fo et Hank au village.

- Je t'ai souvent vue à l'auberge avec Archie et Maxou.

 En disant cela, Ryban avait voulu se montrer sympathique envers Tabatha, mais il comprit sa maladresse en voyant un voile passer sur le visage de la jeune fille.

- Excuse-moi, je ne voulais pas...

- Non, non, tu as raison. Je suis proche de Maxou. C'est bien pour cela que je ne peux pas l'abandonner. Mais je ne peux pas foncer tête baissée. Les choses doivent se faire étape par étape. L'étape aujourd'hui c'est de fouiller cette ville. Pour cela je vais avoir besoin de tout le monde, mais comme je te l'ai dit, je ne les connais pas bien. C'est là que tu entres en scène. Toi tu les connais. Tu sais de quoi ils sont capables. Peut être même que tu les as vus combattre à Ts'ing Tao. Je veux tous les renseignements que tu pourras me donner.

- Tout ? Mais qu'est-ce que tu veux savoir ? Leur nom, leur âge, d'où ils viennent ?

- C'est vrai que savoir leur nom serait un bon début. Dans l'immédiat j'ai surtout besoin de savoir comment ils combattent. Il me faut des hommes forts, rapides et habiles avec une épée. Si nous avons des archers, je veux qu'ils forment un groupe à part. Ah, et peux-tu me désigner les hembras qui ont un pouvoir utile au combat ?

 Tabatha s'avança au milieu du groupe et interrogea Ryban d'un mouvement de tête. Ce dernier se plaça à ses côtés et après un regard circulaire parla à voix basse avec la princesse, qui regardait les différentes personnes autour d'eux et hochait la tête régulièrement.

- Je ne vois rien d'autre pour l'instant, finit-il par dire.

- Ça m'aide déjà beaucoup merci. Si tout se passe bien aujourd'hui, j'aurais encore besoin de toi dans les jours qui viennent.

- Tu peux compter sur moi petite. Excuse-moi princesse, se ravisa-t-il. Je ne voulais pas te manquer de respect.

- Je sais que tu ne penses pas à mal. Après tout, pour toi j'ai longtemps été une gamine comme les autres.

- Les choses ont bien changé, pas vrai ?

- Pourvu que ce soit en mieux, répondit Tabatha en souriant.

 Ryban retourna chercher ses affaires et la princesse héla l'ensemble du groupe.

- La pause est terminée, tout le monde debout. Il est temps de faire notre entrée en ville. Nous allons d'abord envoyer un petit groupe en reconnaissance. Je veux les meilleurs bretteurs dans ce groupe.

 La jeune fille désigna Ryban, Farrokh et quatre autres hommes un peu plus jeunes dont elle ne connaissait pas les noms. L'un d'eux l'interrogea :

- Il n'y a que nous qui descendons en ville ?

- Je viens avec vous, et Sin fo aussi.

- Seulement huit sur cinquante ?

- Nous ne serons pas seuls rassurez-vous. La moitié des hembras nous accompagnent. Je vous veux vous, vous et vous, continua-t-elle en pointant du doigt trois d'entre eux. Vos pouvoirs pourront nous être utiles. Pour les autres, je prends les volontaires. L'autre moitié reste ici. Avec eux, je veux des archers. Vous deux, dit-elle à un homme et une femme d'une trentaine d'années assis côte à côte, Ryban m'a dit que vous étiez capables de tuer une perdrix à deux cent mètres. Est-ce vrai ?

- Vous préférez que la flèche l'atteigne au cœur ou dans l'œil, demanda la femme avec un sourire.

- J'aime cet état d'esprit. Postez-vous en haut de la colline et assurez-vous qu'aucun djaevel ne nous surprenne.

- Et si ce sont des survivants ?

- Si vous pensez qu'ils vont nous attaquer, ne leur en laissez pas l'occasion. Tous les autres, tenez-vous prêts à venir nous prêter main forte. Mon groupe on descend, dit-elle à voix haute en faisant un moulinet avec son bras.

 Tandis que les hommes sortaient leurs armes et que les hembras se défaisaient de tout ce qui ne leur était pas utile au combat, Sin fo se rapprocha de la charrette dans laquelle Hank était toujours couché. Elle s'accouda au bord et Hank se redressa tant bien que mal pour lui parler face à face.

- Tu as entendu, demanda simplement Sin fo.

- Dans les grandes lignes. Vous descendez toutes les deux.

- Ne t'inquiète pas, Tabatha a choisi les meilleurs combattants du groupe pour nous accompagner.

- Les meilleures c'est vous. J'aurais préféré être avec vous.

- Je t'interdis de te lever de cette charrette, tu m'entends ?

- Même si j'arrivais à me lever, je serais bien incapable de tenir une arme. Veillez bien l'une sur l'autre.

- Nous l'avons toujours fait, rappela Sin fo. Ce n'est l'affaire que de quelques heures ne t'en fais pas. Nous serons vite de retour et Tabatha te contera ses exploits avec toute la modestie qui la caractérise.

- Ne me fais pas rire, pria Hank en se tenant le ventre, c'est douloureux. Dis-moi plutôt, qu'est-ce que tu crois qu'il y a en bas ? Des humains ou des djaevels ?

- Je l'ignore, répondit Sin fo. Je n'ose pas me servir de mon pouvoir pour sonder la ville. J'aurais la surprise comme les autres.

- Si ça devient trop dangereux, revenez vite ici.

- Tout se passera bien, notre Taby a l'air d'avoir tout prévu.

- Tu sais comme moi qu'il y a toujours des imprévus.

- Malgré tout, nous nous en sortons toujours.

- Fais en sorte que ça continue.

 Sin fo grimpa dans la charrette et embrassa son mari. Puis sans ajouter un mot elle sauta hors du chariot et s'éloigna. Hank se laissa retomber sur les sacs de provisions et se cacha le visage dans les mains. Il avait le cœur lourd de laisser ainsi sa femme s'exposer au danger, mais il ne pouvait rien faire pour l'aider dans son état. Il sentit les larmes lui monter aux yeux, mais se força à les retenir.

 Au delà de sa fierté, Hank ne voulait pas montrer aux autres membres du groupe qu'il pleurait afin qu'ils ne perdent pas espoir. S'ils le voyaient flancher, ils risquaient de perdre leur courage avant même le début du combat. Les mains sur le visage, il souffla rapidement plusieurs fois pour apaiser sa tension. Il prit une longue aspiration, se frotta les yeux et se composa un visage serein afin de faire bonne figure.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Madisaurene

Parfois emporté par le courant sans rien pouvoir y faire, tantôt bercé, tantôt balloté par ce flox bien trop puissant. Nous empruntons sans cesse le même chemin aux décors changeant, uniquement mû par la quête du bonheur, fyant tout ce qui nous ferait souffrir. C'est quand elle pris la décision de descendre, et ce pour la dernière fois, ces escaliers qu'elle avait tant aimé monter, quand elle sentis son coeur se briser qu'elle compris. La tristesse s'écoulait tel de l'eau dans une passoire qui finirait par se reboucher, plus légère, enfin apte à aceuillir le bonheur tant rêvé.
1
2
3
0
leotypique

Je m'appelle Léo.
J'ai 10ans.
J'habite dans une petite ville très chaleureuse.
Mais dans ma vie.
Je reçois quelques critiques qui ne sont pas importantes pour moi.
Les gens pensent qu'il me touche dans le cœur mais il me rate toujours !
De plus je connais ces personnes.
Je l'ai vois tout le temps.
Mais depuis tout petit j'ai toujours été différent des autres.
Quand j'étais petit j'écouté du Britney Spears ou du Shy'm et les autres écoutez du Maître Gims ou des autres trucs de rap.
Ou alors c'était aussi pour mon style.

2
0
16
1
AlphoneX

L'ennui m'amie me mit à ton âme soumis
Et la nuit se défit quand ton ris me sourit
Lors ce fut à l'entour des atours de tes jours
Qu'en séjour me lia l'anneau pur en ta cour

Quel anneau diras-tu aurait pu t'enlier
Sans que garde n'aie pris de te le dédier
Mais il n'est que souci d'en ta grâce rester
À temps que soit le dit si tu fus j'ai été

Tel passé qui persiste à devenir cet hui
Qui prévoit devers lui son horizon enfui
Si amante je n'ai douce sour me possède

À quel autre vouloir sourcerais - je mon aide
Afin que mon désir ne soit que tes caprices
Lesquels plus m'éjouissent que feintes d'actrice.
4
2
0
0

Vous aimez lire William BAUDIN ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0