Chapitre 39 Tourments - Partie 2

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 Avant que Tabatha puisse demander des explications à Maxou, elle se rendit compte que le décor autour d'elle avait changé. Les murs s'étaient transformés en pierres sombres, les tentures accrochées avaient disparu, et la pièce, bien qu'elle soit plus grande, semblait plus sombre, plus froide et plus étriquée. Aveuglée par l'obscurité soudaine, Tabatha appela Maxou, mais sa voix était comme étouffée.

  Enfin, ses yeux s'habituèrent au manque de lumière, et elle distingua à nouveau la silhouette de Maxou. Le jeune homme était toujours allongé, mais sa position ne semblait pas naturelle. Tabatha découvrit avec horreur que son lit avait disparu, laissant place à une table en bois inclinée sur laquelle Maxou était étendu. Attaché par des chaînes lui rentrant dans la peau au niveau des chevilles et des poignets, il était toujours torse nu, mais les marques dont il était couvert obligèrent Tabatha à détourner les yeux. C'est alors qu'elle s'aperçut qu'en lieu et place de son maigre mobilier, il n'y avait plus qu'un brasero rougeoyant et un râtelier soutenant diverses pinces et barres métalliques.

 Elle comprit avec effroi qu'elle se trouvait dans une salle de torture. Elle se jeta sur Maxou pour tenter de le libérer de ses liens, mais ses mains passèrent au travers des poignets de son amant. Elle réessaya plusieurs fois, avec le même résultat. Elle cria le nom de Maxou, mais le jeune homme n'ouvrit même pas les yeux.

 Tabatha dut se rendre à l'évidence : elle n'était pas vraiment là, et elle ne pouvait rien faire pour aider son compagnon. Soudain, l'obscurité s'assombrit encore et le froid se fit plus mordant. Tabatha le sentait jusque dans ses os. Maxou se réveilla, et elle fut saisie par la peur qui se lisait sur son visage. Jamais elle n'avait vu Maxou flancher, même face à une armée de djaevels. La jeune fille tourna la tête et resta pétrifiée en voyant s'approcher un homme qu'elle reconnut immédiatement comme étant le roi sorcier, maître des djaevels.

 Tabatha ne l'avait jamais vu, mais Jacob lui en avait beaucoup parlé, ainsi que les nombreux survivants qu'ils avaient rencontrés à travers le pays. Très peu l'avaient vu en vrai, mais tous avaient une histoire à son sujet. Celle qui revenait le plus souvent, et qui avait contribué à sa légende, disait qu'il n'ôtait jamais son armure ni son casque. L'homme qui venait d'entrer dans la pièce ne portait qu'une longue cape noire et un masque sans expression, mais Tabatha ne douta pas un instant que ce fut lui. L'homme s'adressa à Maxou d'une voix calme mais lourde de menaces :

- T'es-tu enfin décidé à m'avouer ce que tu sais ?

- Je ne savais pas que j'avais affaire à une princesse, répéta Maxou, mais il n'y avait cette fois dans sa voix aucune trace d'ironie.

 L'homme ouvrit le brasero de la pointe du pied et se baissa pour ramasser un morceau de charbon incandescent. Il le plaça dans la paume de Maxou et l'obligea à refermer sa main dessus. Alors que l'homme l'avait tenu comme s'il s'agissait d'une simple pierre, Maxou hurla de douleur quand la braise lui brûla les doigts. Les cris de Tabatha se mêlèrent à ceux de Maxou, mais seuls ceux du jeune homme se répercutèrent en écho contre les murs de pierre. L'homme lâcha enfin le poignet de Maxou après d'interminables secondes et le morceau de charbon tomba au sol avec un bruit mat. Le front du jeune homme était couvert de sueur et il tremblait, mais Tabatha vit qu'il serrait les dents pour ne pas pleurer.

- T'ai-je demandé la moindre confirmation ? Si je te dis que ton amie est la princesse, c'est parce que je sais qu'elle l'est.

- Non, c'est impossible, bredouilla Maxou. Elle me l'aurait dit.

- Vraiment ? Es-tu sûr de cela ? Tu crois bien la connaître n'est-ce pas ? Tu connais toute sa vie sur le bout des doigts. Elle t'a tout raconté bien sûr. Tu sais où elle est née, tu sais comment s'appelaient ses parents, tu sais comment ils sont morts. Ah non, cela elle n'a pas pu te le raconter, elle n'était pas là. Elle a pris la fuite avec le meilleur ami de son père. Une belle leçon de courage n'est-ce pas, dit l'homme avec un petit rire froid.

- Vous êtes complètement fou, rétorqua Maxou. Je refuse de vous croire.

 Après avoir fixé le jeune homme un instant, le maître des djaevels prit une pince sur le râtelier et s'en servit pour briser un de ses doigts. Tandis que le jeune homme poussait un nouveau cri de douleur, l'homme haussa le ton :

- Tes bravades me fatiguent. J'en ai maté de plus coriaces que toi ! Où en étais-je ? Ah oui, la mort de ses parents. Elle n'était pas là pour le voir, mais c'est moi qui ai tué ses parents.

 Tabatha eut la respiration coupée, et une douleur vive lui transperça le cœur. Bien sûr, elle se doutait depuis longtemps que ses parents avaient donné leurs vies en combattant cet homme, mais l'entendre en parler d'une manière si désinvolte lui causa une peine plus grande qu'elle n'aurait jamais pensé en éprouver. Elle aurait voulu frapper cet homme qui était la cause de tous ses malheurs, lui sauter à la gorge et serrer jusqu'à ce qu'il ne puisse plus respirer, mais elle ne pouvait même pas le toucher.

- Veux-tu que je te raconte comment j'ai fait ?

 Tabatha secoua la tête, des larmes pleins les yeux, mais cela était évidemment inutile.

- Je leur ai d'abord donné de l'espoir. J'ai empêché mes djaevels de les dévorer et je me suis présenté devant eux. Ils ont cru qu'ils pourraient s'en sortir s'ils me vainquaient. Ils n'étaient pas mauvais. Albus n'était pas roi pour rien, et il avait bien choisi sa femme. Mais ils n'avaient pas mon niveau bien sûr. C'est sa mère qui est morte la première, mais ce n'est pas moi qui l'ai tuée. J'ai forcé son père à le faire à ma place. Il a essayé de résister jusqu'au bout, c'était pathétique, lâcha l'homme avec un nouveau rire.

 Tabatha ne voulait plus l'entendre. Elle aurait voulu s'enfuir, mais elle ne pouvait pas abandonner Maxou. Elle plaqua ses mains sur ses oreilles dans l'espoir de ne plus l'entendre, mais cela s'avéra vain.

- Quand il a eu fini, c'était une vraie loque, il n'a même pas résisté lorsque je l'ai tué. Il n'y a rien de mieux que d'ôter tout espoir à un homme. C'était presque trop facile. Quel dommage que je n'ai pas pu les transformer en djaevels tous les deux, ils auraient été mes esclaves préférés. Tu imagines le message envoyé à tous ceux qui me tiennent tête ? Le roi et la reine à mes côtés ! Enfin, je pourrais sûrement me rabattre sur leur fille.

 Maxou, qui était resté silencieux pendant l'horrible récit du sorcier, poussa un cri de rage et se débattit tellement que les chaînes à ses poignets lui entamèrent la peau jusqu'au sang. Le rire de l'homme résonna sous son masque.

- Tu commences à croire que ton amie est bien la princesse apparemment.

- Si vous touchez à un cheveu de ma Taby, je vous jure que je vous tuerais !

 L'homme leva la main droite à toute vitesse, et la tête de Maxou heurta le panneau de bois derrière lui. Il ouvrait et fermait la bouche sans parvenir à respirer, et un filet de sang commençait à s'écouler de son nez. La main toujours tendue, le sorcier attrapa Maxou par les joues et lui dit :

- Je t'ai déjà prévenu d'arrêter de fanfaronner. Je pourrais te tuer d'un battement de cil si je le voulais.

 Enfin, il relâcha son emprise sur le jeune homme, dont la tête retomba sur le torse. Il haleta et reprit plusieurs fois sa respiration. Tout son corps tremblait sous l'effet de la peur et de la fureur. Épuisé physiquement et moralement, il ne put cette fois retenir des larmes. Tabatha s'en voulait de ne rien pouvoir faire pour l'aider. Oubliant qu'il ne pouvait pas non plus la voir, elle se détourna pour ne pas pleurer devant lui. Lorsqu'elle étouffa un sanglot, elle crut voir le sorcier tourner la tête dans sa direction. Cela ne dura qu'une seconde, mais elle était sûre d'elle. Pourtant c'était impossible. Elle était intangible, comment aurait-il pu se rendre compte de sa présence ?

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