Chapitre 37 Rapport de mission - Partie 1

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 L'homme était au plus mal. Jamais encore il ne s'était senti si mal. Ou du moins le croyait-il... Sa mémoire n'était pas très bonne. Il en avait toujours été ainsi. En fait, en temps normal, il était incapable de se souvenir de quoi que ce soit qui remonte à plus de quelques semaines, ou au mieux à quelques mois. C'était comme s'il vivait au jour le jour, et qu'il allait vivre ainsi pour toujours. Pour autant qu'il le sache, cela faisait peut être plusieurs siècles qu'il errait ainsi à travers le royaume.

  Enfin, on ne pouvait pas parler d'errances. Il voyageait sur ordre de son maître, et toujours dans un but précis, bien qu'il n'arrive pas à se rappeler lequel. Il savait qu'il avait toujours été attaché à son maître. Pouvait-on parler d'affection ? L'homme l'ignorait. Il ignorait même ce que pouvait être l'affection. En réalité, il ignorait la plupart des sentiments. Pourtant, quelques temps auparavant, il s'était senti étrange. Son esprit s'était embrumé et son corps avait réagi de manière irrationnelle. Il avait réalisé depuis qu'il avait ressenti de la colère. Lui qui n'était qu'obéissance, lui dont le seul but dans la vie était l'accomplissement des souhaits de son maître, il avait cédé à sa nature humaine et avait ressenti une émotion.

  Il avait voulu tuer un homme, juste un homme, et il s'était emporté. Mais cet homme lui avait résisté, à lui, lui que les pouvoirs de son maître rendaient si fort et presque invincible. Cet homme n'avait pas reculé devant ce pouvoir, devant cette force. Son maître lui avait interdit de le tuer, mais il ne l'avait pas écouté, et son maître l'avait puni.

  Dans un premier temps, il avait accepté le jugement de son maître. C'était normal. Son maître était tout pour lui. Il l'avait toujours connu. Il ne se souvenait pas d'un instant de sa vie pendant lequel son maître n'avait pas été avec lui. Il n'était pas toujours avec lui physiquement, bien sûr. Son maître avait bien des pouvoirs, mais pas celui d'être à plusieurs endroits en même temps. Ou du moins le croyait-il... Non, si son maître avait eu un tel pouvoir, il l'aurait forcément su.

  Pourquoi après tout ? Son maître ne lui disait peut être pas tout. Pourquoi l'aurait-il fait ? Il était le seigneur de tout un royaume, alors que lui n'était qu'un sous-fifre, un laquais, il ne valait pas mieux qu'un djaevel. Pourquoi doutait-il ainsi ? Il connaissait le caractère de son maître, il le côtoyait assez souvent pour cela. Il savait que son maître n'avait pas la faiblesse de le considérer comme un ami, mais il pensait être un homme de confiance, un de ceux auprès desquels son maître prenait conseil. Alors pourquoi doutait-il maintenant ? Était-ce parce qu'il connaissait le caractère de son maître et qu'il savait qu'il n'aimait pas être déçu ? Non, son maître ne se débarrasserait pas de lui aussi facilement. Bien sûr, il n'avait pas accompli sa mission, mais il avait fait de son mieux.

  L'homme était bien conscient que ce genre d'argument n'aurait aucun poids face à la colère de son maître. Pourtant, c'était la stricte vérité. Il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour retenir la jeune fille. Il y serait parvenu sans problèmes si cet homme borné n'était pas intervenu. Il avait failli le tuer dans son village arriéré, mais cela n'avait pas empêché ce paysan de lui courir après. Ce fou avait osé s'en prendre à lui de plein fouet.

 L'homme avait été surpris, évidemment. Jusque-là, tous les paysans qui s'étaient trouvés sur son chemin avaient péri sous ses coups ou avaient tenté de fuir, avant de venir grossir les rangs de son maître. Ce fou avait réussi à le blesser, mais l'homme s'était relevé, protégé par la force de son maître. Il avait bien failli récupérer sa prisonnière, mais une femme était intervenue. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'une simple femme ait pu le mettre en difficulté. Il tenta de minimiser sa honte en se disant que cette femme avait des pouvoirs magiques, comme son maître, mais justement, son maître lui transmettait des pouvoirs à lui aussi, et cela n'avait pas suffi. Il avait dû implorer son maître de l'aider. Cela n'était jamais arrivé. Il ne s'était jamais senti aussi humilié. Du moins, pas depuis qu'il avait rencontré son maître.

  D'où lui venait cette impression ? Il y avait encore quelques heures, il ne se rappelait pas ce qu'il avait fait le mois précédent, et voilà que des images s'imposaient à son esprit. Des images sans rapport avec sa vie, et qui pourtant lui étaient familières. L'homme commençait à croire que ces images étaient peut être des souvenirs. Il était assailli de souvenirs de sa vie, de sa vie d'avant.

  Cela avait commencé après son combat avec cette femme. Elle était entrée dans sa tête, et son maître l'avait abandonné. Il avait perdu connaissance quelques instants, et à son réveil, il était seul. Son maître était parti. Il sentait encore sa présence tout autour de lui grâce aux djaevels, mais il n'était plus dans son esprit. L'homme s'était senti désemparé, et surtout, ses pouvoirs avaient commencé à le quitter. Ses blessures s'étaient doucement faites douloureuses, et il s'était senti extrêmement faible. Il n'avait plus la force de combattre, et ses adversaires ne l'auraient sûrement pas laissé s'enfuir.

  Par chance, si son maître l'avait abandonné, ce n'était pas le cas des dieux. Un jeune homme était arrivé, et il avait pu se servir de lui pour s'échapper. Il avait suffi qu'il le menace pour que ses ennemis soient paralysés. L'homme ne comprenait pas comment on pouvait tomber dans un piège aussi grossier. Il semblait pourtant évident qu'il n'avait pas l'intention de relâcher son captif. Il leur avait même dit clairement. Et pourtant, ils n'avaient pas bougé avant qu'il soit hors de portée.

  L'homme n'éprouvait aucun sentiment, et il s'en félicitait, car quand il les voyait à l'œuvre chez les autres, cela ne leur apportait jamais rien de bon. Ils n'en étaient que plus faciles à berner, à torturer ou à tuer. Avoir des amis ou une famille les conduisait fatalement à se faire tuer. Qu'ils soient distraits par leur état de santé, ou qu'ils se sacrifient pour eux, ils étaient sûrs de mourir pour leurs proches. Cela arrangeait l'homme, à qui cela facilitait souvent les choses, mais il ne comprenait vraiment pas qu'on puisse donner bêtement sa vie pour quelqu'un d'autre. Il trouvait cela stupide, et irrationnel. En y réfléchissant deux minutes, si une personne a besoin qu'on se sacrifie pour elle, comment se débrouillera-t-elle une fois qu'il n'y aura plus personne pour la protéger ? L'homme ne comprenait vraiment pas les humains.

  Pourtant il avait été humain lui-même, autrefois, mais il était maintenant bien plus que cela. En temps normal. Quand son maître était à ses côtés, qu'il enveloppait son esprit de sa présence. Mais cela faisait maintenant plusieurs heures que son maître ne s'était pas manifesté à lui, presque une journée, et son absence se faisait cruellement sentir.

  L'homme était au plus mal. Ses blessures le faisaient horriblement souffrir, et il avait du mal à rester conscient. C'est pour cela qu'il avait attaché le gamin qu'il avait emmené avec lui. Il avait commencé par l'assommer d'un coup violent sur la tête, puis il avait fait atterrir le lopvent, et avait ligoté son prisonnier tant bien que mal. Par chance, le gamin avait un sac rempli de choses utiles. Il y avait trouvé des cordes, de la nourriture, et une veste qu'il avait déchirée pour panser ses blessures. Avec un morceau de tissu restant, il avait bâillonné le gamin avant de le réinstaller sur sa monture. Cette bête malodorante avait été un peu réticente au moment de repartir, mais l'homme l'avait maté facilement. Depuis qu'il était au service de son maître, il avait appris à donner des ordres et à se faire respecter. Il n'était pas comme cela avant.

  L'homme grimaça. Ce n'était pas normal qu'il se souvienne de son ancienne vie. Ce n'était pas normal qu'il se souvienne qu'il avait eu une autre vie. Pourquoi s'en rappelait-il maintenant ? Son maître le punissait-il de sa désobéissance ? Car les images qui lui revenaient n'étaient pas très agréables. Il voyait défiler dans sa tête une vie faite de misère, de vexations, de faim, de mendicité, et de violence.

  De violence contre lui d'abord, lorsqu'il était enfant et que son père le battait, et de sa part ensuite, lorsqu'il avait été assez grand pour se rebiffer. Il avait commencé par s'en prendre à ses camarades d'école, puis à sa mère et à sa petite sœur, pour faire comme son père, et un jour il s'attaqua directement à son père en le poussant dans les escaliers. Tout le monde en ville fut soulagé d'être débarrassé de cette brute notoire, et personne ne chercha plus loin quand il présenta cela comme un accident. L'homme avait pensé pouvoir vivre enfin sa vie tranquillement, mais sa mère l'avait chassé de sa maison.

  Cette femme, qui avait été la première victime de la violence de son père, lui en voulait de l'avoir sauvée. Après toutes ces années de coups et d'insultes, elle pleurait la perte de ce monstre. L'homme n'aurait eu aucun scrupule à se débarrasser de sa mère également, mais la raison l'avait emporté sur son dégoût et avait retenu sa main. Personne n'aurait cru à un deuxième accident, et il n'avait pas voulu être poursuivi pour meurtre. La loi ne plaisantait pas avec ces choses-là, et sa mère n'en valait pas la peine. Il était donc parti sans se retourner, sans même dire adieu à sa petite sœur.

 Il avait voyagé pendant des années, travaillant de temps en temps lorsqu'il voulait se poser à un endroit, volant le reste du temps, et tuant lorsque cela s'avérait nécessaire. Il n'éprouvait aucun remord à tuer, mais il n'y prenait pas non plus de plaisir, et il évitait de le faire lorsqu'il n'y était pas obligé. Un meurtre entraînait toujours des questions, des enquêtes, des ennuis. Lors de ses premiers meurtres, il avait été imprudent, et il s'était souvent fait surprendre, ce qui l'avait obligé à se débarrasser des témoins gênants.

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