Chapitre 36 Puissances néfastes - Partie 1

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 Sin fo cria plusieurs fois de suite à pleins poumons pour que quelqu'un vienne l'aider. Le lopvent vint se poster à ses côtés quelques secondes plus tard. Il était si fatigué par sa course que sa longue langue pendait hors de sa gueule. Sin fo se couvrit le nez avec le dos de sa main pour se protéger de l'odeur du bûcher, sur lequel brûlaient encore quelques corps de djaevels. Enfin, des habitants entendirent ses appels. Plusieurs personnes passèrent la tête à la fenêtre de chez eux, et quelques-uns sortirent alertés par les cris. Ils se précipitèrent à sa rencontre, ralentirent en la reconnaissant, et s'arrêtèrent interdits en voyant les blessures de Hank. Sin fo s'impatienta devant leur attitude.

- Ne restez pas plantés là. J'ai besoin d'un médecin. Quelqu'un peut-il soigner mon mari ?

 Une femme aux cheveux gris répondit :

- Je sais faire les pansements et recoudre les plaies, mais pour les blessures internes, il lui faut un vrai médecin.

- Où est l'hembra qui m'a soignée ?

- Tu veux parler de Deac’yamp ? Je sais où le trouver, intervint Ryban, que Sin fo venait juste de reconnaître.

- Très bien. Amène-le chez moi, je t'y attends.

- Va plutôt à l'auberge, c'est moins loin.

 Sin fo acquiesça d'un signe de tête et traversa la place en toute hâte. Deux personnes lui ouvrirent la porte à double battant de l'auberge, et Sin fo y pénétra sous l'œil médusé de toutes les personnes présentes. Roussel se précipita de derrière son comptoir pour l'aider. Il la mena dans la pièce du fond, où il fit approcher une table sur laquelle Sin fo déposa Hank en douceur.

- Je dois aller chercher Tabatha, dit-elle à Roussel.

- Ou est-elle ? Tu veux que j'y aille ?

- C'est compliqué. Il vaut mieux que je m'en charge. Peux-tu veiller sur Hank quelques instants ?

- Bien sûr, va, répondit-il avec un mouvement de tête en direction de la porte.

 Lorsque Sin fo traversa la pièce principale, tout le monde la suivit du regard. Les gens étaient réunis en groupes compacts, qui leurs donnaient l'air de conspirateurs. En réalité, ils n'avaient pas d'autre choix que de se serrer, car il restait très peu de mobilier après l'attaque des djaevels.

 Hank avait raconté à Sin fo comment il avait organisé la défense depuis l'auberge, mais ce décor austère détonnait avec les souvenirs que Sin fo avait de cet endroit. La jeune femme se demanda furtivement ce que tous ces gens faisaient à l'auberge si tôt dans la journée, puis elle comprit que les habitants avaient peut être besoin d'être tous ensemble après ce qu'ils avaient traversé. De plus, tant qu'il resterait des traces des combats, la vie ne pourrait pas reprendre son cours normal à Ts'ing Tao.

 Sin fo retrouva Tabatha à l'extérieur, toujours perchée sur le dos du lopvent, qui glapit d'impatience en la voyant réapparaître. Elle fit descendre son amie en lui parlant doucement et en lui pressant les mains, sous les yeux de quelques badauds silencieux. Sin fo commençait à être exaspérée par ce silence. Elle avait l'impression d'être une étrangère parmi ces gens qu'elle côtoyait tous les jours, voir d'appartenir à une autre espèce. Devant le regard insistant qu'un hembra lançait à Tabatha, elle s'énerva :

- Vous avez un problème ?

- L'esprit de cette jeune fille. Il n'est pas normal.

 Sin fo fut surprise que l'hembra remarque une chose aussi étrange. Elle lui demanda d'une voix plus calme :

- Vous pourriez faire quelque chose pour elle ? Je veux dire, pour la soigner ?

- Je ne suis pas guérisseur. Et puis de toute façon, ses blessures ne sont pas physiques. Elle aurait besoin d'un chaman.

- Un chaman ? Quelqu'un qui ferait de la magie ?

 L'hembra fronça le nez.

- Je sais ce que vous voulez dire par ce terme. Il ne s'agit pas d'un simple contrôle des forces de la nature. Cela, c'est à la portée du premier hembra en bas âge.

- Alors qui, s'impatienta Sin fo.

- Un chaman est un hembra respecté, qui parle le langage des esprits.

- Pourriez-vous allez m'en chercher un, je vous en prie.

- Il n'y en pas ici. Très rares sont ceux qui possèdent ce don.

 Dépitée, Sin fo préféra ne pas répondre à l'hembra. Elle prit Tabatha dans ses bras et d'un coup de pied ouvrit la porte de l'auberge. Avant d'entrer, elle se tourna vers un homme et lui dit :

- Ma monture a besoin de nourriture et de repos. Amenez-la chez moi et occupez-vous d'elle.

- Mais je ne sais...

- C'est un ordre, trancha Sin fo.

 Elle traversa une nouvelle fois la salle en se mordant les joues pour ne pas lancer de remarques assassines à toutes les personnes présentes. Dans la petite pièce du fond, elle allongea Tabatha sur une table et déposa un coussin sous sa tête. Après lui avoir déposé un baiser sur le front, elle retourna voir Hank. Elle eut la surprise de découvrir une femme penchée au dessus de son mari.

- Indesit, que fais-tu là ?

- Je m'inquiétais pour Hank depuis qu'il avait disparu. Apparemment j'avais raison. Pourtant je l'avais mis en garde.

- Mis en garde ? Contre quoi ?

- Contre toi, répondit Indesit entre ses dents.

 Elle tendit la main vers le visage de Hank, mais Sin fo l'attrapa par le poignet.

- Que dois-je comprendre ?

 Indesit leva la tête et soutint son regard. Sin fo ne croyait pas l'avoir jamais vue si déterminée.

- Tu es dangereuse pour lui.

- Tu as perdu la raison. De quel droit...

- Ouvre les yeux ! Chaque fois qu'il risque sa vie, c'est pour te sauver. Il a failli se noyer à cause de toi il y a quelques jours. Aujourd'hui encore, après avoir disparu trois jours, vous réapparaissez, et tu es en pleine forme alors que lui est mourant.

- Comment oses-tu me donner des leçons, demanda Sin fo dont la voix commençait à trembler. Il m'a raconté ce qu'il s'était passé. Il m'a dit comment vous l'aviez abandonné, toi tout autant que les autres.

- Tu es sûre qu'il t'a tout raconté ? Il t'a dit qu'il m'avait embrassée quand je lui ai dit que tu avais disparu ?

 Rapide comme l'éclair, Sin fo envoya son poing dans le visage de Indesit. Roussel, qui discutait avec quelqu'un de l'autre côté de la pièce, se précipita pour l'arrêter, mais il ne fut pas assez rapide. Sin fo avait déjà relevé Indesit et la tenait maintenant par le col.

- Comment oses-tu ? Mon mari est gravement blessé et tu te permets de proférer de tels mensonges ? J'ai entièrement confiance en lui. Je devrais te tuer sale petite garce !

 Roussel attrapa les bras de Sin fo et tira dessus pour lui faire lâcher prise.

- Sin fo calme-toi. Je ne tolérerai pas ce genre d'attitude dans mon établissement !

 La jeune femme jeta Indesit au sol et en la pointant du doigt lui dit :

- Si tu m'adresses encore la parole, à moi ou à mon mari, je jure que je te tuerais. Sors d'ici !

 La main pressée sur son visage tuméfié, Indesit s'enfuit à toutes jambes. Roussel regardait Sin fo totalement terrifié.

- Tu es folle. Qu'est-ce qui t'a pris ?

- Cela fait des années qu'elle tourne autour de Hank, aujourd'hui ce n'était pas le jour.

- Je peux comprendre ça mais la violence n'est pas une solution.

 Sin fo tenta de détourner la conversation.

- Bon, il arrive ce médecin ou il va falloir que j'aille le chercher moi-même ?

- Je vais voir, répondit Roussel en s'éloignant, non sans lui jeter un dernier regard inquiet par dessus son épaule.

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