Chapitre 34 Retour en arrière - Partie 5

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 Ils restèrent encore quelques minutes en silence, à contempler le paysage qui s'illuminait à mesure que le deuxième soleil s'élevait à l'est. Tout était si calme, si paisible, que les événements des jours passés leurs parurent n'être que de lointains souvenirs. S'ils n'avaient pas été accompagnés d'une Tabatha complètement muette, ils auraient pu se croire revenus dans le monde du dessous, là où ils étaient les seuls humains, et où seuls les revanis avaient altéré la nature pour lui donner un aspect civilisé.

- Regarde, dit soudain Sin fo en pointant le doigt devant elle. Cette montagne au loin, c'est celle qui se dresse au sud de Incuna. Nous serons bientôt chez nous. J'espère que nous pourrons bientôt entendre à nouveau la voix de notre petite princesse, dit-elle en passant son bras autour du cou de son amie.

 Le lopvent de Hank poussa un cri, immédiatement repris en écho par celui de Sin fo. Ils s'ébrouèrent et battirent frénétiquement des ailes, gagnant ainsi plusieurs mètres d'altitude.

- Ils sont très agités, c'est bizarre.

- Pas tant que cela, ils n'ont rien avalé depuis plusieurs heures, répondit Sin fo sans se retourner. Au fait mon chéri, il y a quelque chose que tu ne m'as pas dit sur ta jeunesse. As-tu connu des femmes avant moi ?

  Hank lança une exclamation de surprise.

- Ne fais pas l'idiot, rit Sin fo. Je ne te demande pas un compte-rendu détaillé, je veux seulement savoir si une autre a compté.

  Comme Hank ne répondait pas, Sin fo se retourna pour lui demander face à face ce qu'elle voulait savoir. Mais Hank n'était plus derrière elle. Elle le chercha des yeux, l'appela, et quand il lui répondit, elle ne perçut sa voix que faiblement, comme venant de très loin en contrebas. Elle baissa les yeux et s'aperçut qu'il était effectivement très bas, presque au niveau du sol. Elle se pencha en avant sur son lopvent, autant qu'elle le put avec Tabatha devant elle, et le fit piquer du nez. L'animal replia ses ailes le long de son corps, et plongea vers le sol, avec un glapissement de joie quand le vent siffla autour d'eux.

  En quelques secondes, Sin fo eut rejoint Hank. Elle tira les rênes de toutes ses forces pour stopper la chute de son lopvent. Elle eut l'impression que son cœur tombait au fond de son estomac lorsque le lopvent déploya ses ailes en grand et s'arrêta net. Tabatha n'eut pas le réflexe de s'accrocher, et serait tombée si Sin fo ne l'avait pas rattrapée à temps. Hank quand à lui semblait avoir toutes les peines du monde à maintenir son lopvent en vol.

- Que fais-tu ? Tu aurais pu me prévenir que tu descendais ! Je suis restée là-haut à parler toute seule comme une idiote.

- Je ne l'ai pas fait exprès figure-toi ! Cet imbécile est tombé d'un coup, et j'ai failli m'écraser. On dirait qu'il refuse de voler.

  Sin fo observa la monture de son mari et blêmit.

- Je crois que je sais pourquoi. Regarde sa patte.

  Hank se contorsionna et se pencha sur sa selle pour voir sous son lopvent, ce qui ne fut pas aisé tant l'animal était agité. Quand il y parvint, il lâcha un juron. La patte de son lopvent était complètement meurtrie, elle saignait, faiblement mais de manière constante, et il lui manquait plusieurs lambeaux de chair, au mollet et aux griffes.

- Que s'est-il passé, demanda Sin fo incrédule.

- Ça ne peut être qu'un coup des djaevels. Quand on a décollé, j'ai senti qu'ils étaient près de moi, et que mon lopvent avait du mal à s'élever mais...

- Tu ne t'es pas rendu compte qu'il avait été mordu ?

- Tu m'avais dit de fermer les yeux, se défendit Hank.

- Bon, cela ne sert à rien de se disputer. Il faut prendre une décision, et vite. Vu son état, ton lopvent ne pourra plus voler très longtemps. De plus, nous ne savons pas si la morsure des djaevels a un quelconque effet sur les lopvents. Il est peut être dangereux de rester sur un animal infecté. Crois-tu pouvoir marcher ?

 Sans hésiter, Hank secoua la tête.

- C'est beaucoup trop loin. Il y en a au moins pour trois jours de marche, pour une personne valide. Est-ce qu'on ne pourrait pas faire quelque chose pour le soigner sur place ?

- Je n'ai pas la moindre notion de médecine. Tout ce que nous pourrions faire dans l'immédiat, c'est un garrot pour stopper l'hémorragie, mais il faudrait que nous nous posions, et nous ne sommes pas sûrs de pouvoir décoller à nouveau.

- Alors il n'y a qu'une chose à faire : voler le plus vite possible.

- Je n'aime pas l'idée de faire souffrir des animaux, mais nous n'avons pas le choix. Vas-tu réussir à tenir ?

- Il faudra bien. Allons-y.

 Hank tira un coup sec sur les rênes pour calmer son lopvent et le frappa plusieurs fois sur la croupe avant qu'il n'accepte d'avancer. Sin fo et Hank poussèrent leurs montures autant qu'ils le purent. Ils volaient au plus près du sol, si près qu'ils auraient pu effleurer le faite des arbres en se penchant un peu. Ainsi, s'il y avait un problème, ils pourraient se poser en catastrophe sans risquer de chuter de trop haut. En réalité, dans cette région sauvage et montagneuse, les arbres culminaient à plus de douze mètres, ce qui représentait un gros risque de chute fatale, mais ils pourraient tenter de ralentir leur chute en s'accrochant aux branches. Et puis c'était toujours mieux que de tomber du haut du ciel.

 Cette précaution s'avéra inutile, car ils survolèrent la forêt sans souci et furent bientôt au pied de la montagne. Là, ils choisirent de passer par le sommet, car ils estimèrent que cela leur prendrait moins de temps que de faire le tour. Ils talonnèrent donc leurs lopvents, qui battirent l'air de leurs ailes puissantes pour prendre de l'altitude. Les lopvents n'étaient bien sur ni aussi forts ni aussi rapides que les dragons des temps anciens, mais ils n'avaient pas leur pareil pour le vol stationnaire.

 Sin fo sentait que l'air se raréfiait et que la température baissait très vite à mesure qu'ils montaient. La montagne n'était pas une des plus hautes de Vadkraam, mais en hiver les températures négatives permettaient à la neige de recouvrir les hauteurs jusqu'au printemps. La jeune femme se réchauffait en balançant ses jambes et en se frictionnant les bras, mais elle craignait pour Tabatha qui ne bougeait pas du tout, et pour Hank qui ne pouvait pas faire de mouvements trop brusques à cause de ses blessures. Elle serra Tabatha contre elle dans l'espoir de la réchauffer, et tourna la tête vers Hank. Il tremblait de tout son corps, ses lèvres étaient bleues, et il était plus pâle encore qu'au lever des soleils.

- Hank, comment te sens-tu, demanda-t-elle inquiète.

- J'ai froid, et incroyablement sommeil.

- C'est normal, nous ne sommes pas suffisamment couverts pour de telles hauteurs.

- Non, tu ne comprends pas, c'est un froid qui vient de l'intérieur. Je n'arrive pas à garder mes yeux ouverts.

- Tu dois tenir, tu ne dois pas te laisser aller. Nous sommes presque au sommet, et de là, nous ne serons plus qu'à quelques minutes de vol de Ts'ing Tao. Continue à me parler Hank.

- Je suis désolé mais je... Je ne peux... Je t'aime, lâcha Hank dans un souffle.

- Hank non ! Mon chéri, reste avec moi !

 Sin fo vit Hank s'endormir et la peur lui glaça le sang plus efficacement que le vent hivernal. Elle eut l'impression que la scène se déroulait au ralenti. La tête de Hank tomba sur ses épaules, et le fit basculer sur le côté. Il glissa de sa selle, mais sa main était toujours accrochée aux rênes, et il tira brusquement dessus, arrachant ainsi un cri de douleur à son lopvent, et lui faisant perdre de l'altitude. L'animal se débattit, faisant basculer un peu plus son cavalier, qui ne fut plus retenu que par sa cheville coincée dans l'étrier. Le lopvent tenta de résister, mais il était déséquilibré et après un dernier battement d'ailes, se laissa chuter. Le vent ballottait ses ailes comme une toile déchirée, et après plusieurs secondes d'une longue série de vrilles, Hank s'abattit dans la neige, écrasé par le poids de son lopvent.

 Une terreur sourde parcourut le corps de Sin fo. Pendant un instant terrible, elle fut incapable de bouger. Puis elle mena son lopvent vers le sol et le fit se poser au plus vite. Elle sauta de la selle et s'affala dans la neige. Elle parcourut les quelques mètres à moitié debout, et à moitié à genoux. Couverte de neige, trempée jusqu'aux os, elle ne pensait qu'à son mari. Elle se jeta contre le lopvent de tout son poids pour le faire bouger. L'animal gémit de douleur et se laissa glisser sur le côté. Hank était complètement enseveli sous la neige. Sin fo s'accroupit à ses côtés pour le dégager, et le prit dans ses bras. Elle posa sa tête contre sa poitrine. Son cœur battait toujours. Il avait miraculeusement survécu. Il était en vie. Mais pour combien de temps encore ?

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