Chapitre 34 Retour en arrière - Partie 3

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 Sin fo serra son bras autour de Tabatha et concentra son esprit sur le dôme de pierre. Elle adressa une rapide prière aux dieux et exécuta son sort. Elle projeta son énergie dans toutes les directions, afin de réduire le dôme en miettes, et d'envoyer les morceaux sur les djaevels pour les maintenir à distance. De toutes parts, des cris de colère s'élevèrent autour de nos deux héros.

 Inconsciemment, Sin fo inspira à grands poumons pour reprendre son souffle, mais elle aspira la poussière qui était en suspension dans l'air et fut paralysée par la toux pendant de précieuses secondes. Durant ce laps de temps, les djaevels les plus éloignés retrouvèrent leurs esprits, et leur appétit par la même occasion. Ils s'élancèrent pour attraper leurs proies, mais ils furent heureusement ralentis par leurs congénères étourdis, ou gisant au sol, mortellement touchés à la tête par un éclat de pierre. S'étouffant à moitié, des larmes pleins les yeux, Sin fo se fit violence pour réagir et talonna enfin son lopvent, qui s'élança sans se faire prier et prit son envol en quelques secondes, tant il était effrayé par les djaevels.

  Lorsqu'elle sentit le souffle frais du vent sur son visage, Sin fo se risqua à ouvrir les yeux. Loin d'être éblouie, la jeune femme ne vit presque rien. En effet, ils avaient passé plus de temps qu'elle ne le croyait enfermés, et la nuit était tombée. Le ciel était couvert et la lune n'éclairait que très faiblement le paysage, si bien que Sin fo eut du mal à savoir où se trouvait Hank.

  Elle l'appela, d'abord doucement, en chuchotant presque, puis plus fort lorsqu'elle se rendit compte qu'elle n'avait aucune raison de se montrer discrète. Hank lui répondit enfin. Il n'était qu'à quelques mètres, pour autant qu'elle puisse en juger, et pourtant elle ne le voyait pas du tout.

- Hank ? Où es-tu ? Tout va bien ?

- Ça va, j'ai pu m'envoler sans problème. Ne bouge pas, je te rejoins. Continue à parler, que je sache où tu es.

- Je suis si soulagée. Cela a été difficile, mais nous sommes enfin tous les trois hors de danger.

  Sin fo entendit le battement des ailes du lopvent se rapprocher. Quand elle vit l'animal sortir de l'ombre devant elle en voletant paresseusement, un sourire se forma sur ses lèvres, qui disparut bien vite lorsqu'elle vit se dessiner le visage de son mari. Il avait l'air extrêmement fatigué, et son teint blafard n'était certainement pas dû qu'à la lumière pâle de la lune. Il tenta de faire bonne figure en lui souriant, mais Sin fo n'était pas dupe, et elle vit qu'il devait se tenir au cou de son lopvent pour ne pas glisser, ainsi que sa main gauche posée sur ses côtes.

- Par tous les dieux ! Tu es gravement blessé !

- Je me sens bien, je t'assure, mentit Hank.

  Il voulut joindre le geste à la parole en levant une main qui se voulait rassurante, mais il se plia de douleur en levant le bras. Il mit sa main devant sa bouche pour tousser, et quand il la retira, Sin fo vit avec effroi qu'il avait craché du sang.

- J'espère que ça ne t'empêchera pas de m'embrasser, plaisanta Hank en croisant le regard de sa femme.

  Mais Sin fo n'avait pas du tout envie de rire. Elle tira sur la bride de son lopvent pour le rapprocher de celui de Hank, et sans un mot, les larmes aux yeux, elle le prit dans ses bras.

- Je vais bien, lui assura Hank d'une voix tremblante. Je... Je vais m'en sortir.

  Mais sa voix trahissait sa peur. Il essayait de se convaincre lui-même, autant que sa femme. Elle lui répondit en essuyant ses larmes :

- Je sais que tu t'en sortiras. Tu t'en sors toujours. Nous allons rentrer très vite, et le médecin s'occupera de toi. Il faut simplement que tu tiennes quelques heures.

- Oui, quelques heures. C'est vrai, avec les lopvents, le voyage de retour ne sera pas long.

  Le lopvent de Hank s'ébroua et poussa un cri perçant. Hank tira les rênes pour le calmer, mais ne put s'empêcher de rire.

- Ils ont l'air en forme eux au moins. On sera peut être à Ts'ing Tao avant le lever du jour.

 Les deux jeunes gens étudièrent les étoiles pour savoir dans quelle direction aller, puis ils lancèrent leurs lopvents. En s'éloignant, ils jetèrent un dernier regard en contrebas, là où se mouvaient les ombres minuscules des djaevels. Comme s'il savait qu'ils s'enfuyaient, l'un d'eux poussa une longue plainte stridente.

 Hank se cramponnait à son lopvent aussi fort que ses membres endoloris le lui permettaient. Il tenait fermement le pommeau de la selle avec la main gauche, tandis que sa main droite était appuyée sur son flanc pour soulager la douleur de ses côtes. En temps normal, cela aurait suffi à assurer son équilibre. Mais il était pris de vertiges, et il voyait des taches de lumière blanche lui passer devant les yeux. C'est pourquoi il s'était calé contre les ailes de son lopvent, et serrait ses jambes sur les flancs de l'animal pour ne pas glisser. Chaque fois que le lopvent soulevait ses ailes, celles-ci venaient frapper la cheville de Hank et lui arrachaient une grimace de douleur.

 Hank s'était arrangé pour voler derrière Sin fo, afin qu'elle ne voie pas tout cela. Elle s'inquiétait déjà suffisamment, et elle ne pouvait rien faire pour l'aider. Il n'y avait rien à faire, Hank le savait. Il avait souvent été blessé dans sa vie, mais jamais encore il ne s'était senti aussi mal. Il ne lui suffirait pas de rester au repos quelques temps cette fois-ci. Il lui fallait des soins, et au plus vite.

 Dans sa jeunesse, Hank s'était toujours méfié des médecins et des guérisseurs, qu'il considérait comme des charlatans. Il trouvait ridicules ces gens qui couraient les officines pour se procurer des talismans contre les esprits, des poudres colorées aux prétendues valeurs curatives, ou des infusions de plantes. Quand il était adolescent et qu'il détroussait les voyageurs pour survivre, il se cachait souvent en forêt, parfois durant des jours, le temps de se faire oublier, et il avait appris à reconnaître certaines espèces de plantes. Une des plantes les plus appréciées chez les guérisseurs était si toxique que les renards refusaient même de faire leurs besoins dessus.

 Et pourtant les boutiques ne désemplissaient pas. Pendant que les gardes le traquaient comme le pire des criminels pour un morceau de pain volé, des empoisonneurs avaient pignon sur rue et s'enrichissaient de la crédulité des gens. Même le seigneur de Castelroi se fournissait chez les guérisseurs lorsqu'il avait un souci de santé. La rumeur disait qu'il achetait ses herbes à prix d'or. Apparemment, plus le remède était cher, et plus il était efficace. Hank n'avait jamais apprécié ces pratiques, mais qui était-il pour juger ? Après tout, si cela aidait les gens à se sentir mieux. En effet, plus qu'un remède, c'était de l'espoir que les gens recherchaient quand ils poussaient les portes de ces boutiques. Et même s'il avait honte de l'admettre, Hank aurait volontiers mâché un plein tonneau de feuilles, ou se serait badigeonné le visage avec un onguent, comme une vieille femme essayant de repousser les outrages du temps, si on avait pu lui assurer que cela atténuerait un peu sa douleur.

 Mais il était gravement blessé, et aucun onguent n'améliorerait son état. Il avait besoin d'un vrai médecin, comme cet hembra qu'ils avaient laissé chez eux. Hank espéra qu'il y soit encore. Bien sûr, dans le cas contraire, cela ne prendrait pas longtemps de le faire venir, mais il serait peut être difficile à trouver, ou il serait peut être en train de soigner quelqu'un d'autre. Si c'était le cas, ferait-il passer Hank en priorité ? Pourquoi le ferait-il ? Les autres blessés étaient tout aussi importants. Après tout, cet hembra ne leur devait rien. Ils n'étaient pas amis, Hank ne connaissait même pas son nom. En fait, c'était Hank qui lui était redevable, pas l'inverse. Ce médecin était vraiment doué, le seul à qui Hank confierait sa vie sans hésiter.

 Il n'avait connu qu'un autre homme en qui il avait eu une telle confiance. Un médecin également. Le plus doué qu'il ait connu. Et sans magie. Un homme capable de recoudre n'importe quelle plaie en quelques secondes. Un homme un peu bourru, mais bon et généreux. Un homme qui lui avait sauvé la vie quand il était jeune et qu'il considérait comme...

- Hank !

 Hank sursauta. Il cligna des yeux et regarda autour de lui sans comprendre. Il mit quelques secondes à réaliser qu'il était toujours sur son lopvent, et surtout que Sin fo s'était tournée et le regardait avec des yeux inquiets.

- Hank, que se passe-t-il ?

- Quoi ?

- Je t'appelle depuis cinq minutes et tu ne me réponds pas.

- Excuse-moi, j'étais perdu dans mes souvenirs.

- Vraiment ? J'étais dedans, demanda Sin fo d'une voix malicieuse.

- Non, j'étais parti plus loin. Je pensais à mon père.

- Ton... Tu ne m'as jamais parlé de ton père. Tu ne me parles presque jamais de ton passé.

 Hank ne pouvait rien répondre à cela, car il savait que c'était vrai. Sin fo lui avait souvent posé des questions sur son passé, sa famille ou ses amis, mais il ne lui avait jamais révélé que des bribes d'informations, et elle avait fini par ne plus rien demander. Hank pensait qu'elle s'était faite à l'idée de ne pas en savoir plus, mais il comprit au son de sa voix qu'elle souffrait de ces mystères qui entouraient le passé de l'homme avec qui elle partageait sa vie.

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