Chapitre 34 Retour en arrière - Partie 1

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 Hank se réveilla avec un violent mal de crâne. Il avait l'esprit embrumé et le corps endolori. Il essaya de bouger, mais tous ses muscles le brûlèrent et il ressentit la douleur caractéristique des os brisés. Cela lui rappelait le jour où il s'était laissé tomber d'un toit à Cosrock. Tabatha s'était bien moquée de lui ce jour-là. D'ailleurs où était-elle ? Et où était Sin fo ? Et où était-il, lui ? Des bourdonnements dans ses oreilles l'empêchaient d'entendre quoi que ce soit. Il ouvrit les yeux, mais il était plongé dans le noir le plus complet. Jamais il n'avait vu une pénombre aussi sombre. Était-il devenu aveugle?

 Soudain, les bourdonnements disparurent, et il put entendre à nouveau. Il fut alors glacé d'effroi. Tout autour de lui, il reconnut les grognements et les râles de djaevels. Il était encerclé. Il voulut bouger, mais un poids posé sur lui l'en empêcha. Hank voulut écarter ce poids, mais quand ses mains se posèrent dessus, il se rendit compte qu'il s'agissait d'un corps. Un djaevel ! Pris de panique, Hank tenta de se dégager, mais ses mouvements violents firent réagir le djaevel, qui commença à remuer. Hank poussa un cri et poussa de toutes ses forces sur les épaules du djaevel, qui finit par tomber au sol. À la grande surprise de Hank, au lieu de l'habituel râle, le djaevel lâcha un petit cri plaintif. Hank s'arrêta net, et entendit avec soulagement la voix de Sin fo qui se plaignit :

- Es-tu devenu fou ? Pourquoi m'as-tu frappée ?

- Je ne savais pas que c'était toi. J'ai cru qu'un djaevel m'avait attrapé.

 Sin fo s'assit en tailleur et se massa la tête en demandant :

- T'aurais-je mordu dans mon sommeil ?

- Non, ou en tout cas pas depuis que je suis réveillé, répondit Hank en riant. Mais mets-toi à ma place. Je me croyais seul, dans le noir le plus complet, et j'ai senti un lourd poids mort sur mon torse.

- Je reconnais bien là ta délicatesse mon chéri. Tu as toujours su trouver les mots pour parler aux femmes.

- Excuse-moi, ce n'est pas ce que je voulais dire.

- Je crois que nous allons réfléchir à cette histoire de bébé. Si tu me vois déjà comme un gros mangolier, je n'ai pas envie de gonfler encore plus.

- Ne sois pas ridicule, tu es magnifique.

- C'est un peu facile de dire cela dans le noir, répondit malicieusement Sin fo.

- Justement, ce n'est peut être pas le moment de parler de ça. Est-ce que tu sais où on est ? On est prisonniers ?

- En quelque sorte.

- C'est l'homme qui a enlevé Tabatha ? Il est revenu t'attaquer après m'avoir assommé ?

- Non, il s'est enfui.

- Mais alors où sommes-nous ? Et pourquoi est-ce qu'on entend des djaevels tout autour de nous ?

- En réalité nous n'avons pas bougé. Nous sommes toujours en forêt.

- Pourquoi est-ce qu'on ne voit rien ? Il fait déjà nuit peut être ? Non, on ne voit pas d'étoiles. Combien de temps est-ce que j'ai été inconscient ?

- Calme-toi, calme-toi, le pria Sin fo. Nous ne sommes pas en danger. Enfin, pas dans l'immédiat. Je nous ai mis à l'abri. J'ai essayé de m'enfuir, mais les djaevels étaient trop rapides. J'ai donc agi dans l'urgence, et je nous ai enfermés sous un dôme de pierre. J'étais épuisée d'avoir combattu et de t'avoir traîné jusqu'ici, et ce sort m'a drainée de mes dernières forces. Je me suis posée sur ton torse pour souffler, et j'ai dû m'endormir.

- Et Tabatha ?

- On ne l'entend pas, alors j'en déduis qu'elle est toujours ensorcelée, et qu'elle n'a pas bougé de sur le lopvent. Elle doit être juste là, à moins de deux mètres de ta tête.

- C'est bizarre, les lopvents sont très calmes, on ne les entend pas du tout, remarqua Hank.

- C'est normal, il suffit de leur cacher les yeux pour les calmer. Dans une obscurité complète comme celle-ci, ils se sont sûrement endormis.

- Alors on est là tous les trois, en sécurité et en vie. On va en profiter pour se reposer un peu.

- Je suis désolée de jouer les rabat-joies, mais nous n'allons pas pouvoir rester longtemps.

- Pourquoi ?

- Quand je nous ai enfermés, je n'ai pas laissé d'ouvertures. Absolument aucune, si bien que l'air ne rentre pas. Je ne sais pas depuis combien de temps nous sommes là-dedans, mais je n'ai pas envie d'attendre que nous soyons à court d'oxygène.

- Tu ne pourrais pas tout simplement faire un trou pour laisser passer l'air ?

- Je te rappelle que nous sommes encerclés par les djaevels.

- Si tu fais un trou sur le dessus, ils ne pourront peut être pas l'atteindre. Quelle hauteur fait ton dôme ? Est-ce qu'on peut y tenir debout ?

 Hank commença à se redresser pour vérifier par lui-même, mais Sin fo interrompit son geste.

- Ne fais pas de mouvements inutiles. Ce n'est pas une question de hauteur. Je te l'ai dit, j'étais à bout de forces quand j'ai érigé ces murs, et leurs parois ne sont pas très épaisses. La moindre ouverture affaiblirait toute la structure. Il faut que nous soyons prêts à nous enfuir au plus vite lorsque je ferais tomber ces murs, ou bien à combattre.

 Hank se laissa retomber en arrière en soupirant.

- Si j'ai bien compris, nous n'avons pas une minute à perdre, mais nous ne devons pas nous précipiter, ou sinon nous devrons nous battre contre des centaines de djaevels alors que tu es fatiguée et moi blessé.

- Cela aide à relativiser les problèmes du quotidien n'est-ce pas, plaisanta Sin fo.

- Tu l'as dit ! Il y a à peine quelques jours, mon plus gros souci était de ne pas rater la cuisson des légumes pour notre dîner. Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu une semaine aussi chargée.

- Tu avais préparé le dîner ? Tu es adorable !

- Oui, tu avais travaillé aux champs tout l'après-midi, et je voulais que tu n'aies rien à faire en rentrant. Malheureusement, notre soirée a été gâchée.

- Nous aurons d'autres soirées pour nous.

- Ah oui ? Quand ?

 Sin fo ouvrit la bouche, mais elle fut incapable de répondre. Finalement, après quelques instants, Hank reprit :

- Tu crois vraiment qu'on va rentrer chez nous et reprendre notre vie comme si de rien n'était ? Tu sais aussi bien que moi que nous n'allons pas faire ça. La vie paisible, c'est fini pour nous pour le moment...

- Nous nous sommes vite habitués à notre confort et à notre routine. Crois-tu que nous les retrouverons un jour ?

- Je ne sais pas quoi te répondre. On va connaître des jours difficiles, c'est sûr, probablement pire que tout ce qu'on a connu jusqu'ici, mais je ne sais pas de quoi demain sera fait. Pour le moment, tu l'as dit, il faut qu'on sorte d'ici.

- Tu as raison, chaque chose en son temps. Tabatha a besoin de soins au plus vite. Peux-tu te lever ?

- On ne le saura qu'en essayant, répondit Hank en se redressant.

 Il se mit debout tant bien que mal et se tâta tout le corps pour évaluer ses blessures. Sa cheville le faisait toujours souffrir, son bras droit était étrangement raide, il avait du mal à faire pivoter sa nuque, et il se plia presque en deux lorsque ses doigts effleurèrent ses côtes. Sin fo, qui l'avait entendu se plaindre, lui demanda si tout allait bien.

- Ce n'est pas la grande forme, lui répondit Hank en grimaçant. Heureusement qu'on a les lopvents, parce que je ne crois pas que j'aurais pu marcher très longtemps dans cet état.

- Nous ne sommes pas encore tirés d'affaire. Je ne sais pas de combien de temps nous disposerons quand je ferais tomber les murs. Les djaevels seront probablement désorientés quelques instants, mais cela suffira-t-il aux lopvents pour décoller ?

- Je pourrais te donner quelques secondes supplémentaires.

- Comment ?

- En restant au sol, et en te dégageant un passage.

- Ne dis pas de bêtises, tu tiens à peine debout. Et l'idée n'était pas de te sacrifier pour sauver Tabatha. Laisse cela aux héros de romans. Nous allons rentrer tous ensemble.

- Tu as un plan ?

- Monte sur ton lopvent, prends ton couteau, et prépare-toi à te défendre. Je me charge du reste.

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