Chapitre 26 Et le temps passa - Partie 3

8 minutes de lecture

Dix sept mois plus tard.

Comme Tsu'il l'avait promis à Hank, les hembras étaient revenus à la fin de l'automne, au début du mois de Enerë, et avaient passé tout l'hiver sur Incuna. Pendant leur absence, les humains avaient travaillé sans relâche, et à leur retour, l'île était bien différente.

Après avoir compté sur leurs réserves et les fruits de leurs chasses pendant l'hiver, les hommes avaient fait des plantations dès les premiers jours de dégel. Bien qu'aucun d'eux n'eut la moindre expérience agricole, ils s'en étaient relativement bien sortis, et avaient eu une première récolte honorable. Il n'y avait bien sûr pas eu de quoi faire bombance, mais chacun avait pu manger à sa faim toute la saison. Une grange avait été construite à l'orée des bois, dans laquelle ils avaient entreposé toutes leurs réserves. Ils avaient débattu longtemps quant à la gestion de ces stocks de nourriture. Une partie du groupe était d'avis de partager le fruit des récoltes en parts égales, et que chacun entrepose sa part chez lui et se débrouille pour tenir jusqu'aux prochaines moissons. Hank estimait qu'ils n'étaient pas installés depuis suffisamment longtemps, et surtout pas assez organisés pour gérer raisonnablement leurs réserves de vivres. Aussi proposa-t-il de désigner une ou deux personnes pour veiller sur les provisions et les distribuer équitablement aux personnes qui en auraient besoin. Cela permettrait selon lui de maintenir un lien entre tous les habitants de l'île, et d'éviter les excès. Après de longues discussions, cette idée fut adoptée à la majorité. Hank avait tenu à ce que toutes les décisions importantes soient prises collectivement, afin d'éviter les discordes et les rancœurs. Malgré tout, dans les faits, il conservait une place de leader dans l'esprit de tous, et sa voix était souvent décisive. Debbi et Indesit furent désignées pour s'occuper de la gestion de la grange, en grande partie parce qu'elles n'étaient pas des travailleuses très efficaces, et que cela évitait à tout le monde d'avoir à les supporter ailleurs. Sin fo établit un roulement avec Ellis et Tabatha pour les surveiller et éviter qu'elles ne fassent n'importe quoi.

Avec le retour des beaux jours, beaucoup d'arbres donnèrent des fruits, permettant ainsi aux habitants de l'île de se nourrir sans puiser dans leurs réserves de céréales. La fin de l'hiver marquait aussi la fin de la période d'hibernation pour plusieurs espèces d'Incuna, ce qui facilita le travail de Archibald et Ryban, qui étaient les deux principaux chasseurs du groupe. Chaque soir, ils revenaient avec quelques pièces de gibier, qu'ils distribuaient alternativement à tous leurs compagnons.

Hank, plus attiré par la pêche, avait construit un ponton avec des rondins et des planches, qui lui permettait de gagner quelques mètres sur la rive du lac. Tout au long du ponton, il avait installé des nasses que Selina lui avait tressées avec l'aide de ses enfants, et il allait chaque jour vérifier si des poissons ou des crustacés ne s'y étaient pas retrouvés prisonniers. Il se contenta au début de s'installer au bout du ponton et d'y lancer sa ligne pour remonter des poissons assez gros pour nourrir une ou deux personnes, mais il brigua de plus grosses prises lorsqu'il vit des poissons plus gros que lui sauter hors de l'eau près du centre du lac. Il se lança donc dans la fabrication d'une barque. Après plusieurs essais infructueux qui lui valurent les encouragement de Maxou et les rires de Tabatha lorsqu'il se retrouva à patauger dans le lac, il parvint à assembler une embarcation à la physionomie douteuse, mais dont les voies d'eaux ne mettaient pas en danger sa flottabilité.

Il s'éloigna des rives avec sa barque et lança sa ligne dans les eaux plus profondes. Après environ une heure, il eut enfin une touche. Sa ligne était tendue comme un arc. Il cala ses pieds contre les bords de sa barque, s'arque-bouta et tira de toutes ses forces, mais rien n'y fit. Il ne parvint pas à remonter sa prise, et sa ligne cassa. Il vit ensuite une nageoire sortir de l'eau et avancer droit sur lui. Avant qu'il ait pu réagir, la créature avait percuté son embarcation et l'avait retournée. Fort heureusement, la créature se contenta de cela et ne s'en prit pas à Hank avant de repartir vers les profondeurs du lac. Hank poussa sa barque jusqu'à la terre ferme, où ses amis l'aidèrent à la retourner. Il ne s'aventura plus sur l'eau ce jour-là, mais y revint dès le lendemain avec une nouvelle ligne et du matériel supplémentaire. Sin fo tenta de le dissuader d'y aller, mais Hank refusa de rester sur un échec. Sa femme ne comprenait pas qu'il en fasse ainsi une affaire personnelle. La vérité, c'était que Hank avait été terrifié lorsque la créature l'avait attaqué, et il savait que s'il ne réagissait pas immédiatement, il n'oserait plus jamais naviguer sur le lac. Il rama donc jusqu'à l'endroit où il avait chaviré la veille. L'histoire de sa mésaventure avait fait le tour de ses compagnons, et tout le monde s'était massé sur les rives pour assister au deuxième acte. Hank jeta sa ligne, et pendant un long moment, rien se passa. Alors que les soleils lui chauffaient la nuque et qu'il commençait à somnoler, sa ligne se tendit. Il réagit juste à temps pour éviter que sa canne ne soit emportée. Il tira aussi fort qu'il le put pour empêcher sa prise de s'enfuir. Il en était sûr, il s'agissait de la même créature. Il lutta ainsi de longues minutes, manquant plusieurs fois de passer par dessus bord lorsque la créature tirait un coup sec sur la ligne, mais il tint bon, jusqu'à ce que le fil casse. À ce moment, Hank sut que la créature allait lui faire payer son audace, et qu'il n'avait que quelques secondes pour réagir. Tout comme la veille, l'animal chargea la barque de Hank. Mais cette fois-ci, le jeune homme était prêt. Il attrapa au fond de sa barque un harpon qu'il avait fabriqué la veille au soir, et qu'il avait fixé à la proue de son embarcation à l'aide d'une longue corde. Il se mit debout, un pied en avant et le bras droit tendu au dessus de sa tête, prêt à décocher son arme. Le poisson nagea en ligne droite jusqu'à la barque du jeune homme, et fut touché par le harpon juste avant de la heurter. La lame s'enfonça près de la nageoire dorsale sur presque dix centimètres de profondeur dans la chair. La créature blessée voulut rejoindre les profondeurs, mais Hank ne lui en laissa pas l'occasion. Il s'enroula rapidement la corde autour du bras et hala dessus aussi fort qu'il le put pour empêcher le poisson de partir vers le fond. Ce dernier se débattit, et faillit faire chavirer Hank, mais le jeune homme tint bon et remonta sa prise petit à petit. Dans un ultime réflexe de survie, le poisson sauta hors de l'eau et fondit sur Hank toutes dents dehors. Le jeune homme se saisit promptement d'un couteau et l'enfonça dans la gueule de la créature avant qu'elle ne la referme sur lui. Hank se retrouva ainsi allongé au fond de sa barque, baignant dans l'eau sale et le sang, la main enfoncée dans la gueule du poisson, qui était au dessus de lui et qui était encore parcouru de spasmes. Hank acheva la créature en pivotant la lame dans sa mâchoire, puis il la bascula sur le côté. Le poids de la créature conjugué à celui de l'eau fit s'enfoncer dangereusement la barque, mais elle resta néanmoins à flot. Hank resta immobile quelques minutes pour reprendre son souffle, puis il ramena son embarcation et sa prise jusqu'à la rive, où il fut reçu par une salve d'applaudissements. Archibald et Ryban l'aidèrent à hisser sa barque sur la plage et à en sortir le poisson. C'était un magnifique animal de plus de deux mètres, ressemblant à une anguille avec une gueule de requin. Ses écailles d'un bleu argenté luisaient à la lueur des soleils, bien qu'elles soient tachées de sang. Tous congratulèrent Hank pour cette belle pêche, Sin fo le traita d'idiot avant de le prendre dans ses bras, et de le repousser tout aussi vite en lui disant d'aller se laver car il sentait le poisson. Les habitants d'Incuna improvisèrent un grand repas ce soir-là, et tout le monde put manger un morceau du poisson, dont la chair se révéla excellente, en soupe ou en grillade. Hank conserva le crane du poisson, et le sortait quand on venait lui demander de raconter son combat contre la créature du lac. Les gens aimaient tellement se raconter cette histoire, en l'agrémentant chaque fois un peu plus, que lorsque les hembras revinrent à la fin de l'automne, certaines versions laissaient entendre que Hank avait affronté une créature mythologique de plusieurs dizaines de mètres.

Fort de cet exploit, Hank passa ensuite le plus clair de son temps sur l'eau. Cependant, la créature qu'il avait tuée semblait être au sommet de la chaîne alimentaire du lac d'Incuna, et bien qu'il y ait eu après ce jour une profusion de poissons, aucun n'égalait la taille et la force de la créature. Hank chercha donc bien vite un autre moyen d'occuper ses journées. Il se lança dans la construction de plusieurs bateaux, qui servirent un temps à la pêche, puis les habitants d'Incuna les utilisèrent pour rejoindre le centre du lac. Cela faisait plusieurs mois que l'île était sortie des flots, et elle était recouverte d'une végétation basse mais dense. En effet, Sin fo avait remonté une gigantesque colonne de pierre pour fabriquer l'île, mais celle-ci avait charrié du fond du lac un limon incroyablement fertile. De nombreux oiseaux avaient nidifié sur l'île, car la végétation avait attiré de nombreux insectes, et il n'y avait aucun prédateur. Sin fo et ses amis tentèrent de les chasser, mais seuls les talents de Hank parvinrent à les déloger. Il fallut ensuite nettoyer toute la surface de l'île avant de pouvoir y construire quoi que ce soit. Ils commencèrent par allumer des feux aux quatre coins de l'île et s'arrangèrent pour qu'ils se propagent très vite. Ils quittèrent l'île et laissèrent le feu accomplir sa tâche. En quelques heures, toute l'île s'embrasa. L'incendie dura toute la nuit, éclairant Incuna comme en plein jour, puis au petit matin, la colonne de fumée se mêlant aux nuages descendant de la montagne, une forte pluie éteignit les flammes en quelques heures. Sin fo, Hank et leurs amis reprirent leurs barques et retournèrent sur l'île, où il ne restait plus qu'une boue collante, mélange de terre et de cendre mouillée. Ils étaient venus avec des pelles et chargèrent cette boue dans leurs bateaux pour la ramener sur les rives et s'en servir comme engrais. L'opération de nettoyage dura presque deux semaines, mais au bout du compte, ils réussirent à débarrasser l'île de toute la boue qui la souillait. Sin fo usa de son pouvoir pour aplanir la surface de l'île, puis ils entamèrent tous ensemble la construction de leur ville. Ils démontèrent leurs maisons de bois pour récupérer les poutres et traversèrent le lac jusqu'à la rive nord. Alors que la rive sud était couverte de végétation, la rive nord, au pied de la montagne, était plus rocailleuse. Ils ouvrirent une petite carrière dont ils dégagèrent des pierres suffisamment grosses pour que Sin fo puisse les transformer en briques. Ils construisirent des maisons de briques et de bois, et dès que les murs étaient montés, Sin fo se chargeait de souder les pierres entre elles afin que les maisons ne tombent jamais. Ils construisirent une bâtisse un peu plus grande que les autres au centre de l'île, dans laquelle ils se réunissaient lorsqu'ils devaient prendre des décisions pour le groupe.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Gwenouille Bouh
Un Héros, qui n'a pas rêvé un jour d'en devenir un ?
C'est aussi le rêve de Yuling, qui pour retrouver son frère, se met en quête d'aventure. Mais pour parvenir à son but, il lui faudra déjà surmonter bien des épreuves ; un partenaire imbu de lui-même, une école d'élite, un Maître impétueux ainsi qu'un dragon dont elle a bien du mal à se faire entendre !
Parviendra-t-elle à s'y retrouver ? Ou finira-t-elle, comme bien d'autres avant elle, dévorée par son dragon ?
422
649
2506
285
Alain Foucault

Le courage, la force puis, l'assurance et l'audace,...
La hardiesse, ce qui inspire...
La joie.
La tristesse qui étreint le coeur, le comprime, lui fait mal.
L'autre qui interpelle.
Celui qui vous frappe.
Vaciller, se relever,...
Faire un pas.
3
6
0
0
Plopolom

Dans l'ombre je cherche encore
le p'tit moi, ce grand trésor,
ce gain qu'on m'a tant promis,
si je regardais dans mon nombril.

Dans l'ombre, j'me cogne encore,
au p'tit moi, qui est bien fort
qui tape du pied, qui rue, qui cri!
Qu'on l'aime enfin! Qu'on l’apprécie!

Dans l'ombre, je souris encore
à ce p'tit moi, à ce petit corps
qui m'appelle pour s'aimer
et que je vienne pour l'y aider

Dans l'ombre je chante encore,
A mes amours, vivants et morts
et ce p'tit moi qui chie des mots
parce que ça apaise nos maux.

Dans l'ombre, je m'anime encore,
Pour suinter l'soleil par tous les pores,
Tourner p'tit moi vers ma famille,
Mes amis, se donner aussi a autrui.

En ombre, je regarde encore,
le monde autour, la faune, la flore...
Je m'en abreuve et laisse couler
Tout mon amour de l'encrier.

D

1
3
0
1

Vous aimez lire William BAUDIN ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0