Chapitre 24 Les hembras - Partie 1

6 minutes de lecture

 Sin fo, le genou à terre, reprenait son souffle tout en admirant l'île qu'elle avait créée. Grâce à sa maîtrise des flux d'énergie et aux forces qu'elle avait volées aux créatures, elle n'avait pas abusé des siennes. Hank s'approcha d'elle en boitant et posa une main sur son épaule avant de lui demander :

– Tu vas bien ?

– Je suis en pleine forme. Et toi, tu es blessé ?

– Rien de grave, je me suis pris un coup dans le genou, je m'en remettrai. Tu as réussi ce que tu voulais faire ?

– Oui, regarde, répondit-elle en pointant son doigt vers le centre du lac.

 Les nuages s'étaient dissipés, et Hank put voir l'île à la lueur de la lune et des étoiles.

– C'est encore plus incroyable que le pont.

– Maintenant, nous sommes bien sur mon île, répondit Sin fo avec un sourire.

 La jeune femme tendit la main pour que son époux l'aide à se relever.

– Ne perdons pas de temps, je ne sais pas combien de temps ces créatures vont rester évanouies.

 Sin fo s'assura que Tabatha et les enfants n'avaient rien, puis elle regroupa tous les corps inanimés autour d'eux avec l'aide de la petite princesse. Hank revint vers elle après quelques minutes.

– Personne n'a été gravement blessé. On est en train de rassembler toutes les créatures, mais certaines commencent déjà à s'agiter dans leur sommeil.

– Transportons-les dans la hutte. Taby, trouve des cordes, nous allons les ligoter. Hank, avec deux ou trois autres personnes, tu les surveilleras. Moi, je m'assurerai qu'ils ne se réveillent pas tout de suite.

 Pendant près d'une heure, ils transportèrent leurs ennemis évanouis jusqu'à la hutte, tandis que Sin fo gardait son esprit connecté à chacune des créatures et leur prélevait des forces en continu afin qu'ils ne reprennent pas leurs esprits. Dès qu'ils furent tous réunis et ligotés, Sin fo rentra dans l’abri en compagnie de Tabatha, Jacob et Hank. Ils commencèrent par allumer un feu pour se sécher et surtout pour s'éclairer. Ils attendirent une vingtaine de minutes jusqu'à ce qu'une des créatures commence à se réveiller. Jacob et Tabatha sortirent leurs armes et se positionnèrent debout devant les autres, prêts à les repousser si elles tentaient de fuir ou de les attaquer. Hank pointa sa lance sur celle qui revenait à elle, et Sin fo s'accroupit à ses côtés. Elle lui tapota la joue afin qu'elle reprenne ses esprits plus rapidement. La créature ressemblait à celle qui avait attaqué Sin fo, sauf qu'elle avait plus de poils, sur le visage et sur les bras, et qu'elle était aussi plus massive. Lorsqu'elle ouvrit enfin les yeux, elle vit Sin fo et poussa un long cri rauque. La jeune femme sursauta, mais elle se ressaisit et lui plaqua sa main sur la bouche pour la faire taire.

– Silence, tais-toi !

 La créature se débattit et secoua la tête pour se défaire de l'étreinte de Sin fo. La jeune femme lui puisa un peu de force, et cela suffit à la calmer.

– C'est bon, tu es calmé ? Tu comprends ce que je dis ?

 Pour toute réponse, la créature grogna et cracha sur Sin fo. Hank fit un pas en avant, mais Sin fo l'arrêta d'un geste. Elle prit le menton de la créature dans sa main gauche et la força à tourner la tête pour la regarder en face.

– Tu n'es pas vraiment en position de force, alors ne fais pas le malin. Réponds-moi, est-ce que tu me comprends ?

– Bien sûr, je ne suis pas stupide.

– Bien, tu parles notre langue.

– Votre langue ? Pourquoi cette langue serait-elle plus la votre que la notre ?

– Peu importe. Quelle sorte de créatures êtes-vous ?

– Vous parlez comme si nous étions des animaux. Je reconnais bien là l'arrogance des humains.

– Réponds !

– Nous sommes les hembras, répondit fièrement la créature.

– Pourquoi nous avoir envahis ?

– C'est vous qui êtes chez nous.

– Qu'est-ce que tu dis ?

– Cette île est la notre depuis des lunes.

– Il n'y avait personne quand nous sommes arrivés, fit remarquer Sin fo.

– Cela vous donne-t-il le droit de vous installer ? Lorsqu'une terre vous plaît, vous en prenez possession, quitte à éliminer tout ce qui se trouve sur votre chemin.

– N'inverse pas les rôles, c'est vous qui nous avez attaqués !

– Bien sûr, vous aviez des armes à la main, gronda l'hembra, nous n'allions pas risquer la vie de nos enfants.

– Vos enfants ?

 L'hembra tourna la tête à droite et à gauche avant de demander d'une voix inquiète :

– Où sont-ils ? Que leur avez-vous fait ?

– De quoi parles-tu ?

– Nos enfants, ils ne sont pas là. Si vous leur avez fait le moindre mal, je jure devant mes ancêtres que je ne connaîtrai pas le repos avant de vous l'avoir fait payer !

– Calme-toi, nous ne leur avons rien fait. Où étaient-ils la dernière fois que tu les as vus ?

– Vous croyez que je vais vous les livrer ?

– Préfères-tu les laisser seuls et sans protection dans la nature ?

– La nature n'est pas dangereuse pour ceux qui la respectent, ricana l'hembra. Nos enfants sont purs, ils n'ont rien à craindre.

– Très bien, laissons-les se débrouiller, mais s'ils sont de la même trempe que toi, je suppose que les plus âgés vont tenter de venir vous libérer, toi et les autres. S'ils attaquent, nous devrons nous défendre.

 L'hembra lâcha une bordée d'injures dans une langue que Sin fo ne connaissait pas, mais la jeune femme ne se laissa pas impressionner et le regarda sans sourciller. L'hembra se calma aussi vite qu'il s'était emporté.

– Si je vous dis où les trouver, vous me donnez votre parole de ne pas leur faire de mal ?

– Qu'est-ce que tu penses de nous accompagner pour t'en assurer, intervint Hank.

 Sin fo tourna vivement la tête vers Hank, puis se leva et l'entraîna à l'écart pour lui murmurer :

– Tu es fou ? Tu veux le relâcher ?

– Seulement lui libérer les jambes pour qu'il puisse marcher, lui répondit Hank en haussant les épaules.

– Cela ne me semble pas une bonne idée.

– Ne t'en fais pas, il aura toujours les bras attachés et nous serons deux contre un. Je le surveillerai pendant que tu chercheras les enfants.

– Tu as pensé qu'il pourrait nous mener droit dans un piège ?

– Je ne pense pas. Il avait l'air vraiment inquiet en voyant que ses enfants n'étaient pas là.

– C'est vrai que pendant la bataille j'avais remarqué qu'un groupe dont les esprits étaient plus faibles se tenait en retrait, concéda Sin fo.

 Après avoir échangé un signe de tête avec son mari, la jeune femme retourna vers l'hembra en sortant son couteau. Celui-ci prit peur et se tassa contre le mur. Sin fo lui dit de ne pas s'inquiéter et trancha les cordes qui lui entravaient les jambes.

– Nous allons chercher vos enfants ensemble, et tu vas m'aider à les ramener ici sans que personne ne soit blessé.

 Hank attrapa l'hembra par la poitrine et le souleva pour le remettre sur ses pieds. Il demanda à Tabatha et Jacob de veiller sur ceux qui étaient encore endormis, attrapa un tison enflammé et dit à l'hembra :

– Sin fo va passer devant. Tu marcheras juste derrière elle pour la guider, et te montrer quand vos enfants nous auront repérés. Je fermerai la marche et ma lance et moi ne te lâcherons pas des yeux.

– Épargnez-moi vos menaces, répliqua l'hembra en dévoilant ses dents semblables à des crocs, vous avez l'avantage et je le sais.

 Hank sortit le premier et demanda à Ryban et Archibald de veiller à ce que Tabatha et Jacob n'aient pas de problèmes. Avant de sortir, Sin fo préleva un peu de forces à tous les hembras ligotés.

– Ils devraient se tenir tranquilles au moins une demi-heure, dit-elle à Jacob. D'ici là, nous devrions être de retour. Quelle direction, demanda Sin fo à l'hembra après être sortie.

 Celui-ci regarda autour de lui pour se repérer, puis il pointa le menton vers la rive ouest du lac.

– Par là-bas.

 Sin fo ouvrit son esprit et perçut un groupe dans la direction désignée par l'hembra.

– C'est bien, tu as l'air de vouloir tenir parole. Au fait, je m'appelle Sin fo, et derrière toi c'est Hank, mon époux. Comment t'appelles-tu ?

– Les hembras accordent une grande importance à leur nom. Le révéler est un signe de profonde confiance et de solide amitié. Vous serez d'accord pour reconnaître que nous ne partageons ni l'une ni l'autre.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Gwenouille Bouh
Un Héros, qui n'a pas rêvé un jour d'en devenir un ?
C'est aussi le rêve de Yuling, qui pour retrouver son frère, se met en quête d'aventure. Mais pour parvenir à son but, il lui faudra déjà surmonter bien des épreuves ; un partenaire imbu de lui-même, une école d'élite, un Maître impétueux ainsi qu'un dragon dont elle a bien du mal à se faire entendre !
Parviendra-t-elle à s'y retrouver ? Ou finira-t-elle, comme bien d'autres avant elle, dévorée par son dragon ?
422
649
2506
285
Alain Foucault

Le courage, la force puis, l'assurance et l'audace,...
La hardiesse, ce qui inspire...
La joie.
La tristesse qui étreint le coeur, le comprime, lui fait mal.
L'autre qui interpelle.
Celui qui vous frappe.
Vaciller, se relever,...
Faire un pas.
3
6
0
0
Plopolom

Dans l'ombre je cherche encore
le p'tit moi, ce grand trésor,
ce gain qu'on m'a tant promis,
si je regardais dans mon nombril.

Dans l'ombre, j'me cogne encore,
au p'tit moi, qui est bien fort
qui tape du pied, qui rue, qui cri!
Qu'on l'aime enfin! Qu'on l’apprécie!

Dans l'ombre, je souris encore
à ce p'tit moi, à ce petit corps
qui m'appelle pour s'aimer
et que je vienne pour l'y aider

Dans l'ombre je chante encore,
A mes amours, vivants et morts
et ce p'tit moi qui chie des mots
parce que ça apaise nos maux.

Dans l'ombre, je m'anime encore,
Pour suinter l'soleil par tous les pores,
Tourner p'tit moi vers ma famille,
Mes amis, se donner aussi a autrui.

En ombre, je regarde encore,
le monde autour, la faune, la flore...
Je m'en abreuve et laisse couler
Tout mon amour de l'encrier.

D

1
3
0
1

Vous aimez lire William BAUDIN ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0