Chapitre 23 La bataille du lac - Partie 3

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 Le lendemain, tout le monde se leva tôt et personne ne s'attarda sur le camp provisoire. Tous se remirent à la tâche sans dire un mot. Un peu avant midi, Hank réunit tout le monde et les força à s’asseoir près du feu et à manger un peu. L'inquiétude se lisait dans leurs regards. Aucun d'entre eux n'avait envie de se battre, mais être dans l'attente d'une bataille qui semblait inévitable était pire encore.

 Ryban, Gorre, Farrokh et Archibald voulurent repartir très vite couper des arbres, mais Sin fo les en empêcha. Elle ne voulait pas qu'ils s'épuisent inutilement, et leur ordonna de prendre un peu de repos. Comme ils refusaient et insistaient pour continuer à ériger des défenses, elle posa ses mains au sol et creusa en quelques minutes une large tranchée ornée de pics acérés qui courait tout autour de leur campement de fortune. Elle attrapa ensuite des épées qu'elle lança en direction des quatre hommes.

– Puisque vous ne voulez pas vous reposer, montrez-moi comment vous vous débrouillez avec cela.

 Malgré la fatigue causée par l’excavation de la tranchée, Sin fo montra à tout le monde les rudiments du combat à l'épée, tels que son père les lui avait enseignés jadis. Elle ne croyait pas vraiment à l'efficacité de ce cours accéléré, mais cela permettait de s'occuper l'esprit, et de ne pas rester immobiles dans l'air glacial. La température avait beaucoup chuté au cours des derniers jours, et à proximité du lac, elle avoisinait le zéro degré. Pour accompagner Sin fo, Hank enseigna à ses amis des mouvements issus de son propre répertoire, beaucoup moins élaboré et raffiné que celui de sa femme, et qui consistait principalement à envoyer n'importe quelle partie de son corps dans les zones sensibles de son adversaire afin de lui infliger rapidement la plus grande douleur.

 Après une trentaine de minutes, Sin fo vacilla légèrement et prit appui sur son épée plantée au sol. Elle s’adressa à Jacob qui était à ses côtés :

– Ma magie m’a affaiblie, je vais aller m’allonger un peu. Prenez-donc ma relève Jacob, je pense que vous serez meilleur professeur que moi.

 En milieu d'après-midi, Sin fo se redressa et tourna la tête vers la montagne. Hank s'en aperçut et vint lui demander :

– Que se passe-t-il ?

– Ils nous ont repérés. Ils avancent plus vite, et leurs flux sont complètement perturbés. Je crois qu'ils ne s'attendaient pas à nous trouver là.

– Tu crois qu'ils vont nous laisser tranquilles ?

– Ils sont très puissants, et ils ont accéléré leur allure, ce n'est sûrement pas pour prendre le verre de l'amitié, répondit sarcastiquement Sin fo.

– D'accord. Combien de temps avons-nous ?

– Au rythme où ils vont, ils seront sans doute là ce soir.

 Sin fo n'eut pas besoin de répéter l'information au reste du groupe, car ils s'étaient tous réunis dès que nos deux héros avaient entamé leur conversation.

– Que fait-on, interrogea Archibald.

 Une nouvelle fois, Hank prit la direction des opérations.

– On se répartit sur toute la longueur du camp. Il faut pouvoir surveiller toute la zone. Chacun se choisit un périmètre et se tient prêt à empêcher quiconque d'y pénétrer. Nous avons encore quelques heures devant nous, alors tâchez de vous reposer un peu pour être prêts le moment venu. N'hésitez pas à allumer un feu à côté de vous, ça vous évitera de vous engourdir, et en cas de besoin, un tison peut s'avérer une arme efficace.

 Tandis que tout le monde se séparait, Sin fo retint Tabatha par l'épaule.

– Non, toi tu restes là, tu vas veiller sur les enfants.

– Tu te moques de moi ? Je ne vais pas jouer les nounous, je veux me battre !

– Justement. Si nos défenses venaient à faillir, je sais que tu es suffisamment forte et rapide pour les protéger tous les trois. De plus, si j’étais forcée d’appliquer mon plan, je serais vulnérable, et Hank ne pourrait peut-être pas me protéger seul.

 Tabatha maugréa pour la forme, mais en réalité elle était fière de la confiance que Sin fo plaçait en elle. Hank prit Sin fo dans ses bras et lui demanda :

– Tu as peur ?

– Pas toi ?

– À vrai dire, je suis plutôt content. Ça faisait longtemps qu'on avait pas eu un peu d'action, et pour tout te dire une vie trop calme m'ennuie.

– Tu es vraiment incroyable, tu le sais ? N'as-tu donc peur de rien ?

– Si, bien sûr, mais la peur ne me mènera nulle part. Si j'étais resté paralysé par la peur, je ne t'aurais jamais rencontrée, je ne t'aurais pas retrouvée dans l'autre monde, et nous n'en serions pas revenus pour retrouver ton île. Depuis que je te connais, tu ne rêves que de la retrouver. La peur ne t'a jamais déviée de ton but. Aujourd'hui tu dois défendre ce rêve après lequel tu as tant couru. Ne laisse pas la peur te paralyser.

– Quels talents d'orateur ! N'aurais-tu pas été général dans une autre vie, plaisanta Sin fo.

 Hank rit avec elle, mais il ne renchérit pas. Il évitait toujours de parler de choses qui pouvaient avoir un rapport avec son passé. Il préférait ne pas penser à ce qui pourrait se passer si Sin fo venait à apprendre qu'il avait été soldat. Il tourna la tête vers le nord et regarda la montagne pensivement pendant quelques instants.

– Dans quelques heures...

– Oui... Cela ira très vite. Que nous gagnions ou que nous perdions, nous serons fixés ce soir. Hank, je voulais que tu saches, pendant toutes ces années...

– Je ne veux pas entendre un mot de plus, l'interrompit-il. Tu me diras ça ce soir.

 Sin fo le regarda en souriant, l'embrassa tendrement et se blottit contre lui. Ils restèrent ainsi plusieurs heures à contempler la montagne sans prononcer le moindre mot.

 En fin d'après-midi, alors que la journée avait été claire, de gros nuages se formèrent au sommet de la montagne. Ils s'accumulèrent rapidement pour former une masse noire et menaçante. En quelques minutes, tout le ciel de l'île fut recouvert. Le tonnerre gronda, un éclair zébra le ciel et fendit la voûte de nuages qui déversa une pluie torrentielle sur Incuna. En quelques secondes, nos héros furent transis de froid. Ils n'auraient pas été plus trempés s'ils avaient plongé directement dans le lac. Un vent hurlant s'ajouta bientôt à la pluie, si bien que les feux de camp furent très vite soufflés comme de simples bougies. La pluie transforma rapidement les berges du lac en une boue compacte et collante.

– Si j'étais croyant, dit Hank d'un ton morne, je dirais que les dieux sont contre nous.

 Une autre heure passa, durant laquelle les soleils continuèrent leur course et disparurent derrière l'horizon. Seuls les éclairs qui fendaient le ciel apportaient encore un peu de lumière sur le camp.

– Ils sont tout proches, chuchota soudain Sin fo. Ils avancent très vite. Par là, dit-elle en tendant le bras vers la rive ouest du lac. Tenez-vous prêts, cria-t-elle à l'adresse de tous ses amis.

 Hank attrapa sa lance et se rapprocha de sa femme. Tabatha regroupa Claire, Nathan et Lyle derrière elle et empoigna fermement sa dague. Ils entendirent un cri de douleur à quelques mètres d'eux.

– Ellis, que se passe-t-il ?

 La jeune femme n'eut pas besoin de répondre pour que Sin fo comprenne. Des dizaines d'oiseaux semblaient subitement devenus fous et s'étaient jetés sur nos héros. Ils essayèrent de les repousser, mais ils étaient trop nombreux. Sin fo battait des bras, tandis que Tabatha faisait de grands gestes avec son arme pour empêcher les oiseaux de blesser les enfants. Après quelques minutes de panique, Hank cria en désespoir de cause :

– Ça suffit, arrêtez ça !

 Contre toute attente, les oiseaux semblèrent lui obéir et s'envolèrent tous au loin. Nos héros étaient tous couverts de griffures et d'hématomes, mais aucun n'était blessé sérieusement.

– Comment les as-tu repoussés, demanda Sin fo.

– Je leur ai juste dit de partir. D'où est-ce qu'ils venaient tous ces oiseaux, et pourquoi est-ce qu'ils nous ont attaqués ?

 Avant que quiconque ait pu lui répondre, un nouveau danger les menaçait. Des lianes surgies de nulle part avaient rampé jusqu'à eux et leur enserraient déjà les chevilles. Elles grimpèrent rapidement sur leurs corps, bloquant leurs bras et tentant de les étouffer. Tabatha et Sin fo conjuguèrent leurs efforts pour trancher les lianes qui avaient déjà ligoté Hank et les enfants. Soudain, le fossé creusé par Sin fo s'embrasa de flammes immenses et le véritable affrontement commença.

 Des silhouettes s'élancèrent au dessus des flammes et se jetèrent sur nos héros. Hank était déjà aux prises avec trois assaillants lorsque Sin fo fut projetée au sol. La créature qui se tenait au-dessus d'elle ressemblait à un humain, mais elle possédait des oreilles rondes disproportionnées, un nez aplati, et de longs poils rappelant des moustaches de chat recourbées sur les joues et au dessus des sourcils. En regardant la créature au fond de ses grands yeux noirs sans pupilles, elle s'aperçut qu'il s'agissait d'une femme, et qu'elle semblait aussi effrayée qu'elle.

 La jeune femme tenta de capter tous les flux magiques de l'île. Les assaillants avaient presque tous pénétré le camp, seuls les plus faibles étaient restés en retrait. Comprenant que la bataille ne tournait pas à leur avantage, Sin fo appliqua son plan. Elle se concentra et commença à puiser l'énergie des créatures. Elle sentit les forces de la femme au dessus d'elle la quitter et bientôt celle-ci s'effondra. Sin fo se releva en hâte et vit que toutes les créatures avaient des gestes désordonnés et vacillaient. Elle tourna la tête vers le centre du lac et concentra son esprit sur les profondeurs. Elle relâcha toute la puissance accumulée au cours des derniers jours et puisa les forces de leurs ennemis jusqu'à leur limite pour accomplir son sort. Au fur et à mesure que les créatures tombaient autour d'elle, une gigantesque colonne de pierre remontait des tréfonds du lac et atteignit bientôt la surface pour former une île.

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