Chapitre 19 Morts ou vivants ? - Partie 4

5 minutes de lecture

 Après une demi-heure de marche, et alors que les soleils avaient commencé à décliner, le petit groupe arriva à la maison de Falmina. Elle ressemblait à toutes celles qui l'entouraient, à ceci près que les fenêtres aux étages étaient éclairées, et celles du rez-de-chaussée étaient obstruées par des planches. La porte d'entrée avait également été renforcée par des lattes de bois, ainsi que par des barres de métal, et des clous qui pointaient vers l'extérieur. En voyant leurs regards, Falmina leur expliqua :

– Nous avons été attaqués plusieurs fois par les djaevels, alors nous prenons nos précautions.

 Elle frappa deux coups rapides à la porte, suivis de deux coups longs.

– Un code, questionna Jacob.

– Nous n'ouvrons pas la porte à n'importe qui, confirma Falmina.

– Les djaevels sont-ils assez malins pour frapper à une porte, demanda Sin fo.

– Les djaevels non, mais il y a des groupes de voyageurs qui traversent le pays en pillant les villes sur leur passage.

– Pourquoi nous accorder votre confiance ?

– Vous nous avez sauvé la vie, cela ne vous semble pas une raison suffisante ?

 La porte s'ouvrit, et ils rentrèrent tous les uns derrière les autres. Un homme à l'épaisse barbe brune les attendait derrière la porte. Il accueillit Falmina en l'étreignant et regarda nos quatre héros d'un air réprobateur.

– Qui sont ces gens ? Et où étiez-vous passées toutes les deux ? On craignait le pire.

– Je te raconterai tout ça plus tard. Il reste une chambre de libre à l'étage ? Le jeune homme a besoin de repos.

 L'homme se contenta de faire un signe de tête avant de refermer la porte à double tour et de s'éloigner vers le fond du couloir.

– Jacob, c'est ça, demanda Falmina en posant une main sur le bras du paladin. Je vais vous aider à monter Hank dans une chambre. Les deux jeunes filles, allez donc au salon. Je vous y rejoint dans un instant.

 Tandis que Falmina et sa fille menaient les deux hommes à l'étage, Sin fo et Tabatha passèrent la porte directement à leur droite pour rejoindre le salon. C'était une grande pièce tout en longueur, avec une fenêtre donnant sur la rue, et une autre ouverte sur le jardin. Tous les meubles avaient été poussés le long des murs, et des couvertures et des coussins recouvraient la quasi-totalité du sol. Des enfants dormaient dans ces lits de fortune, tandis que des adultes discutaient, assis dans des fauteuils. Sin fo et Tabatha se frayèrent un chemin jusqu'à un canapé où elles s'assirent mal à l'aise. Les quelques personnes présentes les regardèrent s'installer sans dire un mot, les saluèrent du bout des lèvres, puis reprirent leur conversation à voix basse. Très vite, une atmosphère pesante s'installa. Avec leurs habits de voyage poussiéreux, les deux jeunes filles ne se sentaient pas du tout à leur place dans cette pièce où régnait certes le désordre, mais aussi une certaine propreté. Après une dizaine de minutes qui leur parurent durer une éternité, Falmina les rejoignit et s'assit face à elles.

– Hank est dans une chambre du premier étage, dit-elle d'emblée. Il ne voulait pas rester couché, mais j'ai demandé à Jacob de veiller à ce qu'il ne bouge pas. Nous lui monterons à manger tout à l'heure. Et vous, avez-vous faim ? Nous allons dîner un peu plus tard, mais je peux vous préparer un petit quelque chose, proposa-t-elle tout en commençant à se lever.

– Non, non, cela ira merci, la retint Sin fo avec un signe de dénégation.

– Peut-être voulez-vous vous débarbouiller un peu ?

 À ces mots, Tabatha se redressa et s'exclama :

– Je tuerais pour un bain !

 Son cri réveilla un des enfants qui dormait dans les couvertures et qui se mit à pleurnicher. Une femme brune qui devait être sa mère se leva et alla le réconforter en jetant un regard noir à Tabatha. Celle-ci présenta ses excuses à sa manière :

– Oui, bon, je ne l'ai pas fait exprès. Ce n'est pas la peine de me regarder comme ça !

 Sin fo jugea préférable de quitter vite cette pièce et demanda à Falmina de les conduire à la salle de bain. Leur hôte les guida jusqu'à une pièce au fond du couloir à gauche. Le sol et les murs étaient recouverts d'un carrelage couleur crème. Contre le mur, à côté de la fenêtre bardée de planches, il y avait une commode de bois blanc sur laquelle étaient posées deux bassines qui servaient à la toilette, et au dessus desquelles étaient fixés deux miroirs. Au milieu de la pièce, deux baignoires en cuivre occupaient presque tout l'espace. Falmina leur désigna un paravent dans un coin ainsi que la commode.

– Vous pouvez vous déshabiller là-derrière. Vous trouverez des serviettes et des peignoirs dans le meuble. Je vais tâcher de vous trouver des vêtements de rechange pendant qu'on lavera les vôtres. Vous pouvez allumer le brasero sous les baignoires, vous verrez c’est très simple. En revanche les robinets ne fonctionnent plus. Les canalisations sont bouchées depuis quelques mois, et personne n’ose aller jusqu’à l’écluse pour voir d’où vient le problème. Heureusement nous avons un puits dans le jardin. Je reviens, je vais demander qu'on vous amène de l'eau.

 Grâce à l'aide de deux hommes qui firent plusieurs allers-retours, les baignoires furent vite remplies. Tabatha et Sin fo embrasèrent sans mal les braseros situés sous leurs baignoires grâce à un bocal de poix et un briquet prévus à cet effet, et l’eau ne mit que quelques minutes à chauffer. La pièce ne tarda pas à être saturée de vapeur et les miroirs se couvrirent de buée. Une fois les hommes sortis et la porte verrouillée, Sin fo et la petite princesse se dévêtirent. Tandis que Sin fo remontait ses cheveux en chignon, Tabatha l'étudia des pieds à la tête et lui dit :

– On ne le croirait pas lorsqu'on te voit toute habillée, mais tu es une belle femme. Presque autant que l'était ma mère.

– Euh merci. Je suppose que je dois prendre cela comme un compliment.

 Elles se glissèrent toutes les deux dans l'eau avec délice.

– Quel bonheur, soupira Tabatha. Je n'avais pas pris un bain depuis que j'ai dû... m'enfuir de chez moi...

 En prononçant les derniers mots, sa gorge s'était serrée.

– Quand je suis avec Hank et toi, reprit-elle en cherchant ses mots, mon imagination travaille. Cela me rappelle quand j'étais avec mes parents.

 Sin fo se tourna pour la regarder en face, et pour la première fois, ce furent des larmes de tristesse qu'elle vit rouler sur le visage de la jeune fille.

– Mon père... Ma mère… continua cette dernière en tentant de réprimer un sanglot. Tu crois que je les reverrai un jour ?

 Sin fo tendit le bras et prit la main de Tabatha dans la sienne.

– Je l'espère ma chérie. Je l'espère de tout mon cœur.

 Puis elle ne dit plus un mot, se contentant de serrer la main de la petite princesse qui pleurait.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Recommandations

Gwenouille Bouh
Un Héros, qui n'a pas rêvé un jour d'en devenir un ?
C'est aussi le rêve de Yuling, qui pour retrouver son frère, se met en quête d'aventure. Mais pour parvenir à son but, il lui faudra déjà surmonter bien des épreuves ; un partenaire imbu de lui-même, une école d'élite, un Maître impétueux ainsi qu'un dragon dont elle a bien du mal à se faire entendre !
Parviendra-t-elle à s'y retrouver ? Ou finira-t-elle, comme bien d'autres avant elle, dévorée par son dragon ?
422
649
2506
285
Alain Foucault

Le courage, la force puis, l'assurance et l'audace,...
La hardiesse, ce qui inspire...
La joie.
La tristesse qui étreint le coeur, le comprime, lui fait mal.
L'autre qui interpelle.
Celui qui vous frappe.
Vaciller, se relever,...
Faire un pas.
3
6
0
0
Plopolom

Dans l'ombre je cherche encore
le p'tit moi, ce grand trésor,
ce gain qu'on m'a tant promis,
si je regardais dans mon nombril.

Dans l'ombre, j'me cogne encore,
au p'tit moi, qui est bien fort
qui tape du pied, qui rue, qui cri!
Qu'on l'aime enfin! Qu'on l’apprécie!

Dans l'ombre, je souris encore
à ce p'tit moi, à ce petit corps
qui m'appelle pour s'aimer
et que je vienne pour l'y aider

Dans l'ombre je chante encore,
A mes amours, vivants et morts
et ce p'tit moi qui chie des mots
parce que ça apaise nos maux.

Dans l'ombre, je m'anime encore,
Pour suinter l'soleil par tous les pores,
Tourner p'tit moi vers ma famille,
Mes amis, se donner aussi a autrui.

En ombre, je regarde encore,
le monde autour, la faune, la flore...
Je m'en abreuve et laisse couler
Tout mon amour de l'encrier.

D

1
3
0
1

Vous aimez lire William BAUDIN ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0