Chapitre 17 La vie de château - Partie 2

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Douze ans auparavant.

 Albus marchait de long en large, en se triturant les mains, passant et repassant devant la même porte depuis des heures. Derrière cette porte se trouvait sa femme Eowyn, enceinte de sept mois et demi, et en travail depuis l'aube.

 Lorsqu'elle l'avait réveillé au milieu de la nuit et lui avait dit que son ventre la faisait souffrir, il n'avait pas fait le rapprochement immédiatement, puis il avait saisi et avait commencé à paniquer. Il avait couru dans tous les couloirs en criant qu'il avait besoin du médecin, réveillant au passage la moitié du palais. La reine s'était précipitée au chevet de sa belle fille, et quelques minutes plus tard, le médecin confirmait ce qu'elle pensait : ces douleurs étaient bel et bien des contractions.

 La nouvelle traversa le palais comme une traînée de poudre. La Dauphine était en travail, la famille royale allait bientôt compter un nouvel héritier. Moins d'un quart d'heure plus tard, la moitié de la cour s'était rassemblée dans la chambre de la pauvre Eowyn, et certains avaient même commencé à prendre des paris sur le sexe du bébé. Excédée, la reine avait mis tout le monde à la porte, excepté son fils et le médecin.

 Le prince s’était installé au chevet de sa femme et lui avait tenu la main. Il avait essayé de la distraire de sa douleur en lui racontant à voix basse des plaisanteries grivoises quand il pensait que sa mère et le médecin étaient trop loin pour les entendre. Il lui avait parlé de tout et de rien pour tenter de lui faire oublier le brouhaha insupportable causé par la foule à l’extérieur de la chambre. Heureusement, après deux heures d’attente, les nobles avaient regagné leurs lits afin de terminer leur nuit.

 Lorsque le bébé était descendu et que Eowyn avait commencé à pousser, Albus avait voulu se placer aux côtés du médecin pour voir son enfant. Mais en voyant l’état dans lequel se trouvait sa femme, il avait failli tourner de l'œil, et la reine lui avait conseillé de sortir aussi, le médecin étant trop occupé pour se charger d'un deuxième patient pour le moment.

 Le prince s'était assis par terre dans le couloir, le dos contre la porte de sa chambre, et n'avait plus bougé pendant plusieurs heures. Vers midi, Jacob lui avait amené un plateau avec un pain et quelques fruits. Ce maigre repas lui avait donné assez de forces pour se relever, et depuis il faisait les cent pas. Jacob avait pris sa place contre la porte.

 Au bout d'un moment, Albus demanda à ce dernier :

– Jacob nous sommes amis, n'est-ce pas ?

– Depuis que nous sommes tout petits oui.

– Que penses-tu de mon mariage avec Eowyn ?

– C'était une belle noce, assurément.

– Ce n'est pas ce que je voulais dire, objecta le prince en secouant la main. Crois-tu que j'ai fait une erreur en l'épousant ?

– Tu regrettes de l'avoir fait ?

– Jamais en ce qui me concerne. Mais j'ai peur de lui faire du mal.

– Toi ? Impossible ! Tu ne lèverais jamais la main sur une femme, et sûrement pas sur la tienne, je sais à quel point tu l'aimes.

– Oui je l'aime, et j'ai peur de lui faire du mal en la changeant.

 Jacob parut réellement surpris.

– Je ne te comprends pas.

– Tu te souviens d'elle, la première fois que nous l'avons vue ?

– Bien sûr, répondit Jacob avec un petit rire, toute la salle s'était retournée à son arrivée. Tu avais fait mine d'y être indifférent, mais j'ai bien vu la flamme dans tes yeux. Ensuite les coqs de la cour ont commencé à s'exhiber et toi tu as disparu, et quand je t'ai retrouvé, elle était quasiment dans tes bras. Qu'est-ce que tu as bien pu lui raconter pour la séduire ?

– Ça c'est entre ma femme et moi, répondit le prince avec un sourire. Mais elle a été attirée par ma simplicité. Elle a cru que je travaillais au château, comme majordome ou quelque chose dans ce goût-là. Je ne l'ai pas contredite, parce que je ne voulais pas qu'elle ne voit que le prince en moi. Et j'ai bien fait, parce qu'elle est tombée amoureuse de l'homme que je suis.

– Alors tout va bien, n'est-ce pas ?

– Je ne sais pas, soupira Albus en prenant sa tête dans ses mains et en reprenant sa marche. Elle était heureuse lorsqu'elle vivait en ville et qu'elle fréquentait les bals populaires. Elle avait une sainte horreur de l'ambiance de la cour, et voilà qu'elle est la Dauphine, résuma-t-il en écartant les bras et en mettant l’emphase sur ce dernier mot. Je ne veux pas changer ce qu'elle est. J'aime la jeune femme pétillante qui est venue me taper d'une cigarette sur le balcon.

– Elle est toujours là, j'en suis sûr. Je vois comme elle te parle lorsque vous êtes en privé, souligna Jacob en pointant son ami du doigt. Elle joue bien son rôle à la cour, et elle le fait pour toi, mais au fond d'elle, elle sera toujours la petite blonde qui dansait aux terrasses des cafés. Tu as épousé une femme formidable, et bientôt, elle sera une mère formidable. Et je sais que tu seras aussi un père exemplaire.

– Père... Je vais être père. Cette idée me terrifie. Depuis ma naissance, on a toujours pris les décisions pour moi, je n'ai jamais eu à m'inquiéter de rien, et aujourd'hui je vais être responsable d'une autre vie.

– Je serai là pour t'épauler.

– Jacob je veux que tu me promettes une chose.

– Tout ce que tu voudras, prince.

– Non, je te le demande en tant qu'ami, dit gravement Albus en s'arrêtant. Il n'y a qu'en toi que j'ai confiance. S'il devait m'arriver malheur...

 Jacob allait l'interrompre, mais Albus l'arrêta d'un geste de la main.

– Alik m'en garde, mais si je venais à disparaître, je veux que tu prennes soin de mon enfant. Protège-le comme s'il était le tien.

– Je te le jure, sur ma vie.

 Soudain la porte de la chambre s'ouvrit en grand, frappant le crâne chauve de Jacob au passage, et le médecin apparut dans l'encadrement.

– C'est une petite fille Majesté.

 Albus se précipita à l'intérieur, juste au moment où la reine posait la petite sur la poitrine de sa mère après l'avoir lavée. Malgré son visage exténué, Eowyn ne lui avait jamais semblé aussi belle qu’en cet instant. En le voyant, sa femme lui sourit et lui dit en chuchotant :

– Albus, je suis désolée, j'aurais aimé te donner un fils.

– Ne dis pas de bêtises, elle est parfaite. Regarde, elle a tes yeux !

– Et elle a tes pommettes, répondit-elle en souriant.

 Il l'embrassa sur le front et lui passa la main dans les cheveux.

– Comment allons-nous appeler cette merveille ?

– Que penses-tu de Tabatha ?

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