Chapitre 14 Fantômes du passé - Partie 2

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 Hank fut réveillé le lendemain par un rayon de soleil qui traversait tout le salon depuis la fenêtre jusqu’à son visage. Hank se frotta les yeux en fronçant le nez, puis se redressa et s'étira. Il jeta un rapide coup d'œil dans la chambre, sans avoir beaucoup d'espoir. Sin fo n'était évidemment pas rentrée de la nuit. Elle était aussi butée que lui, et s'il ne faisait pas le premier pas, elle était capable de rester plusieurs jours sans lui adresser la parole pour un mot malheureux. Il était très rare qu'elle ne dorme pas avec lui. Elle préférait en général lui faire subir sa mauvaise humeur, et Hank finissait toujours par s'en amuser. Mais il y avait des sujets à éviter, et Reg'liss était le plus délicat.

 Hank comprenait que Sin fo puisse avoir besoin de parler de son passé, mais il avait peur de se trahir et de lui dire ce qu'il s'était réellement passé ce jour-là... Cela pourrait peut-être soulager Sin fo de savoir que Reg'liss ne l'avait jamais abandonnée, qu'il lui avait été fidèle jusqu'à son dernier souffle. Mais si elle devait apprendre que lui, Hank, était un meurtrier, et qu'il l'avait trahie toutes ces années, elle ne lui pardonnerait jamais.

 C'est pourquoi il devait absolument s'excuser auprès d'elle. Il se leva et s'apprêtait à sortir, quand il croisa son reflet dans le miroir de l'entrée. Il avait les paupières collées par la fatigue, des poches violettes sous les yeux, et la marque du coussin imprimée sur son visage froissé. Il était également couvert de boue et de sang séchés. Il fit donc un crochet par la salle de bain pour se débarbouiller, et en profita pour rafraîchir sa barbe, qui commençait à être trop fournie. Sin fo le lui avait d'ailleurs reproché ces derniers jours. Ses cheveux aussi étaient trop longs, mais il ne prit que le temps de les coiffer, car il voulait retrouver Sin fo au plus vite.

 Il sortit en courant et claqua la porte derrière lui. Il siffla Vaen, mais l'animal ne se montra pas. C'était la première fois que son ami lui faisait faux bond, mais Hank ne s'en étonna pas vraiment. Il lui avait manqué de respect la veille, et il se doutait que le cheval le lui faisait payer. Il se demanda s'il pourrait se faire pardonner, mais il n'avait pas le temps de s'en inquiéter pour le moment. Il trouverait un autre moyen d'escalader la falaise pour rejoindre le temple.

***

 Au même moment, Sin fo se réveillait dans sa chambre du temple. Elle avait eu un sommeil troublé, car elle avait perdu l'habitude de dormir seule, et elle avait ressenti un manque terrible toute la nuit. Elle s'en voulait de s'être énervée contre Hank, mais lui non plus n'avait pas été tendre avec elle. Elle ne comprenait pas pourquoi il s'emportait autant lorsqu'elle parlait de Reg'liss. Était-ce seulement dû à de la fierté masculine et de la jalousie ? Il est vrai qu'elle avait eu des sentiments forts pour son ami d'enfance, mais ce n'était rien en comparaison de ce qu'elle ressentait pour Hank. Après tout, ils vivaient ensemble depuis cinq ans, cela ne signifiait pas rien.

 Mais tel qu'elle le connaissait, il allait lui en vouloir des jours pour avoir parlé de Reg'liss. Il fallait qu'elle aille s'excuser, parce qu'elle avait vraiment besoin de lui parler. Cette étrange histoire de dates l'inquiétait, et elle n'avait que lui à qui se confier.

 La jeune femme s'habilla en hâte et sortit par le jardin. Elle ne voulait pas prendre le risque de tomber sur Iaevr en passant par le temple. Il lui avait déjà exprimé son avis sur les agissements de Hank la veille, et elle n'avait ni le besoin ni l'envie d'entendre ça ce matin. Elle traversa la petite terrasse, contourna la mare et alla devant la tombe de l'inconnu.

 Pas d'erreur possible, il était bien gravé 2429. Hank était sûr de lui, et elle ne pouvait pas demander aux revanis, qui n'avaient pas le même calendrier que sur Vadkraam. Elle y avait réfléchi toute la nuit, et elle ne voyait qu'une explication possible : il s'était passé quelque chose le jour où elle avait quitté Ts'ing Tao.

 Elle joignit ses doigts et siffla longuement. Aucune réponse. Elle jura en soupirant. Par Yembet, comment Hank faisait-il pour appeler Vaen si facilement ? Elle mit ses mains en porte-voix et cria son nom. Elle entendit sa propre voix se répercuter en écho contre les parois rocheuses. Toute la vallée allait être au courant qu'elle était ici. Heureusement, cette fois-ci, Vaen l'entendit. Sin fo remarqua que des branches étaient brisées quand il traversa les frondaisons, puis se posa à ses côtés et pencha la tête pour réclamer des caresses. Elle l'enlaça en lui disant :

– Je suis désolée de t'appeler de façon aussi cavalière, mais j'ai besoin de ton aide. Je dois parler à Hank, peux-tu m'amener le voir s'il te plaît ?

 Elle s'installa rapidement et le cheval s'envola en évitant habilement les branches basses des arbres autour. Il effectua une roulade et partit vers le sud. Après seulement quelques minutes, alors qu'ils étaient à peu près au centre de la vallée, il piqua vers le sol.

– Que fais-tu ? Nous ne sommes pas encore arrivés !

 Vaen ne l'écoutait pas et entama une série de vrilles. Juste avant de toucher le sol, il déploya ses ailes pour freiner sa chute, posa d'abord ses jambes arrières en douceur, puis les jambes avants. Comme Sin fo ne bougeait pas, il balança de la croupe pour lui faire comprendre qu'elle devait descendre. Elle s'exécuta de mauvaise grâce, avant de se poster devant lui, les sourcils froncés.

– Pourquoi ne veux-tu pas me conduire chez moi ?

 Vaen la fixa d'un air réprobateur et lui souffla dessus par les naseaux. Il fit un signe de tête dans le dos de Sin fo. En se tournant, elle vit Hank qui arrivait en courant vers eux.

– Au temps pour moi, tu savais ce que tu faisais, dit-elle en le grattant derrière l'oreille.

– J'ai vu Vaen, commença Hank en les rejoignant le souffle court, et je voulais lui demander de m'amener... Mais tu n'es pas au temple ?

– Non, je voulais te voir. Je pensais que tu serais chez nous.

– Il fallait que je te voie.

– Moi aussi, j'ai à te parler.

– Je suis désolé.

 Ils avaient prononcé cette dernière phrase en même temps. Ils se regardèrent en silence quelques secondes, puis ils éclatèrent de rire. Vaen secoua la tête, comme pour exprimer sa consternation. Hank lui donna une claque amicale sur le cou en lui disant :

– Merci de m'avoir ramené ma femme mon ami.

 Le cheval s'ébroua, signe qu'il acceptait les remerciements, puis il partit au galop, les laissant seul à seul. Sin fo reprit :

– Viens, rentrons chez nous. Nous avons promis au seigneur Iaevr de ne pas ébruiter l'affaire, et il pourrait y avoir des revanis dans les environs.

 En effet, ils croisèrent de nombreux revanis sur le chemin du retour, et ce malgré l'heure plus que matinale. Les revanis étaient un peuple d'agriculteurs, et les moutons ne leurs laissaient pas souvent le loisir d'une grasse matinée. Hank s'arrêta deux ou trois fois pour discuter avec des amis, mais Sin fo lui fit poliment comprendre qu'elle avait hâte de rentrer.

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