Chapitre 11 Zivatanerae - Partie 3

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– Et comment font les gens comme moi ?

– Nous n'avons pas pour habitude de recevoir des êtres aussi curieux que vous l'êtes - Hank eut un petit rictus - , mais comme tous les êtres vivants, nous perdons de notre vigueur avec l'âge et nous avons des solutions pour soulager les plus anciens.

 Il joignit deux doigts devant ses lèvres et siffla longuement. Presque immédiatement un hennissement retentit au loin. Hank regarda vers la vallée, se demandant comment un cheval pourrait lui être d'un quelconque secours, mais l'animal ne vint pas de la vallée, mais de la paroi opposée. Un magnifique cheval à la robe alezane volait vers eux en battant paresseusement de ses immenses ailes aux plumes couleur noisette. Hank resta bouche bée jusqu'à ce que l'équidé vienne se poser en douceur à leurs côtés.

– Et moi qui pensais que plus rien ne pouvait me surprendre.

– Il se nomme Vaen. C'est un ami fidèle et fiable.

– Il n'est pas sellé, remarqua le jeune homme.

– Il n'est pas domestiqué. Dans votre langue, Vaen pourrait se traduire par volonté. Il est le plus sûr de nos coursiers, mais aussi le plus indépendant. Il ne vous portera que s'il le veut.

 Hank s'approcha de l'animal et tendit sa main devant son visage. L'animal pencha légèrement la tête en avant, mais quand la main de Hank toucha sa peau entre ses deux yeux, il souffla par les naseaux et recula d'un pas. Hank se souvint alors qu'il lui restait des baies dans la poche de sa veste. Il en saisit une pleine poignée et tendit à nouveau la main devant lui, cette fois vers la bouche de Vaen. Une lueur gourmande apparut dans le regard de ce dernier, qui s'avança vers Hank et engloutit presque la main du jeune homme entre ses babines. Celui-ci rit et posa sa main gauche sur le front du cheval, qui se laissa cette fois faire. Hank passa sa main derrière l'oreille de Vaen et le gratta vigoureusement. Après quelques secondes, l'animal secoua la tête et hennit joyeusement. Hank avait toujours eu de bons rapports avec les bêtes, probablement plus qu'avec les hommes. Le cheval baissa la tête pour l'inviter à monter. Hank sauta sur son dos et lui flatta l'encolure. Vaen pencha la tête vers le vieil homme-corbeau qui lui murmura quelques mots revanis à l'oreille. Vaen s'ébroua, déploya ses ailes, et frappa des sabots au sol pour prendre son envol.

 Hank fut projeté en arrière par la poussée. Il avait l'habitude de voler avec les lopvents, mais le cheval allait bien plus vite. Il dut s'accrocher de toutes ses forces avec ses jambes contre les flancs de sa monture, et il cala l'arrière de ses genoux contre les ailes pour ne pas glisser d'avantage. Le vent lui fouetta le visage et l'air froid de l'altitude lui gela les larmes dans les yeux. Très vite, Vaen piqua du nez et partit dans une série de vrilles. Hank eut l’impression que son cœur cessait de battre pendant toute la descente, tout en comprimant douloureusement sa poitrine comme s’il essayait d’en sortir. Il voulut couvrir sa bouche de sa main pour réprimer sa nausée, mais la vitesse le plaquait contre le corps du cheval et il fut incapable de lever le bras. L'atmosphère se réchauffa et la terre se rapprocha à une vitesse vertigineuse. Hank savait que Vaen s'arrêterait avant de s'écraser au sol, mais il ne put s'empêcher de hurler. L'animal redressa sa trajectoire juste au dessus des arbres, si près qu'il en effleura le faîte de ses sabots.

 Il survola ensuite la vallée en planant, ne donnant que quelques coups d'ailes pour se maintenir en hauteur. Ils passèrent au dessus de champs et d'enclos où paissaient des moutons. Partout les revanis levaient la tête pour les regarder passer. Un jeune quitta même le sol pour jouer avec l'étalon, qui effectua quelques pirouettes pour l'amuser, au grand dam de Hank.

 De l'autre côté de la vallée, un promontoire rocheux dominait toutes les terres alentour. À son sommet se tenait une bâtisse qui était bien plus grande que toutes celles de la plaine. Alors que celles-ci étaient faites principalement de bois, l'énorme bâtiment était presque entièrement réalisé en pierre. Il se dressait sur plusieurs étages, et son toit en forme de dôme brillait comme s'il était recouvert d'or. À ses côtés foisonnait un bosquet bigarré, et de nombreux autres arbres s'accrochaient aux parois escarpées du promontoire. À peu près à mi-hauteur de la falaise, un pont avait été construit pour la relier à un autre pic plus petit, dont le sommet avait été aplani. Lorsque Vaen entama son ascension vers ce belvédère, Hank sût qu'il le menait directement chez le Taeki.

 Le cheval ailé se posa en faisant claquer ses sabots au milieu de la cour pavée. Il replia ses ailes et tourna la tête vers Hank, qui comprit qu'il devait descendre. Il se laissa glisser de son dos, les jambes un peu flageolantes, et fût bientôt rejoint par les deux hommes-corbeaux, qui lui demandèrent de le suivre. Avant de partir, Hank s'inclina devant Vaen et lui caressa à nouveau l'encolure. L'animal lui posa les naseaux sur le front, puis il fit demi-tour et partit au galop avant de plonger de la falaise en déployant ses ailes.

 Hank leva les yeux vers le promontoire principal et se sentit tout petit. En plusieurs endroits, des bâtiments plus modestes avaient été construits à flanc de falaise, ou peut-être même était-ce la falaise elle-même qui avait été creusée. Maintenant qu'il était plus près, Hank pouvait voir de nombreuses fenêtres, et des escaliers courant le long de la paroi pour relier deux portes. Ainsi, le promontoire tout entier formait un ensemble unique jusqu'au bâtiment principal.

 Toujours escorté par les deux revanis, Hank s'avança sur le pont étroit qui reliait la terrasse à la falaise. Il risqua un coup d’œil vers le bas pour se rendre compte que le moindre faux pas le précipiterait des centaines de mètres plus bas dans un torrent grondant. Le premier bâtiment n'était qu'un petit poste de garde, occupé par un revani qui s'écarta pour les laisser passer en inclinant légèrement la tête.

 Ils empruntèrent un escalier en colimaçon qui avait été aménagé dans la falaise. Ils débouchèrent une vingtaine de mètres plus haut dans un pièce de dimensions identiques, et ressortirent à l'air libre pour suivre une passerelle accrochée à la paroi. En fait de passerelle, il s'agissait de planches de bois fixées au mur de pierre mais dépourvues du moindre garde-fou. Hank progressa à petits pas, testant chaque planche du bout du pied avant d'y mettre tout son poids, alors que les revanis commençaient à montrer des signes d'impatience. Mais Hank n'avait pas, comme eux, des ailes qui pouvaient le sauver si une des planches devait céder, aussi ne fit-il aucun effort pour se dépêcher. Leur ascension se continua ainsi, entre coursives intérieures et perrons extérieurs.

 Enfin, un dernier escalier droit et plus long que les autres les mena à l'intérieur du bâtiment principal. À l'inverse de l'apparente simplicité des habitations de la vallée, celui-ci se caractérisait par sa démesure. Les murs hauts d'au moins sept mètres répercutaient leurs pas en écho. Des dizaines de sièges en bois avaient été alignés le long des murs, auxquels étaient suspendues des lanternes en fer forgé. Des lustres pendant du plafond éclairaient une vaste travée centrale qui menait à deux imposantes portes de bois, gravées d'anaglyphes représentant des revanis, ainsi que des mêmes runes que Hank avait vues dans le livre qu'il avait trouvé la veille dans le poste de garde. Tous ces dessins étaient recouverts d'une fine pellicule d'or.

 Deux gardes armés de lances étaient en faction devant les portes. Ils étaient vêtus de la même tenue en cuir que le vieil homme-corbeau qui escortait Hank.

– Notre Taeki nous attend, annonça ce dernier d’un ton autoritaire.

– Nous sommes prévenus, acquiesça le garde en inclinant la tête. Entrez.

 La porte pivota vers l'intérieur et les trois hommes pénétrèrent dans la salle d'audience. Hank était très nerveux à l'idée de rencontrer un personnage aussi important.

– Comment est-ce que je dois me tenir, s’inquiéta-t-il soudain.

– Comportez-vous avec déférence. Mettez un genou à terre et attendez avant de vous relever. Ne parlez que si on vous pose une question.

 Hank tremblait légèrement. Il épousseta sa veste, qui accusait trois semaines de crasse, et dans un geste totalement inutile, tenta de se coiffer, ce qui n'eut d'autre effet que de mettre de la poussière dans ses cheveux. Le vieil homme-corbeau le regardait faire et pour la première fois, Hank crut voir un sourire se dessiner sur son visage.

 La salle d'audience était somptueuse. De gigantesques fenêtres déversaient des nappes de lumière sur le sol de marbre blanc, et entre ces grandes baies pendaient des tentures représentant ce qui semblait être de hauts faits de l'histoire des revanis. Sur l'une d'elles notamment, on pouvait voir un revani combattre un ours monstrueux, au moins deux fois plus grand que lui. Hank ne put s'empêcher de sourire, se disant que tous les peuples célébraient leurs légendes avec le même type d'exagération, puis il vit que ce même ours gisait désormais la gueule ouverte sur le sol de la grande salle, juste au pied du trône.

 Le trône qui présentait une drôle de particularité. Alors que tous les meubles de la salle étaient anciens et faisaient sentir le poids des siècles passés, le trône semblait quasiment neuf. Hank l'aurait peut-être remarqué s'il n'avait pas été sous le choc en découvrant la personne assise devant lui.

– Sin fo ?

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