Chapitre 8 Un départ difficile - Partie 2

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 Hank s'apprêta à quitter la pièce, mais Sin fo le retint :

– Hank attends ! Ne pars pas s'il te plaît.

 Le jeune homme resta une seconde immobile, la main posée sur la poignée, avec un étrange petit sourire sur le visage. Il s'efforça de l'effacer avant que Reg'liss ne le voie. Il se retourna et dit en soupirant :

– Je ne pourrais pas vous aider si vous n'avez pas confiance en moi.

– Alors on va avoir un problème, répliqua Reg'liss.

– S'il te plaît Reg'liss arrête. Nous en avons déjà parlé.

– Non, Sin fo, justement. Nous n'en avons pas parlé. Tu m'as imposé la présence de ce type, mais tu ne peux pas m'obliger à lui faire confiance.

– Et tu n'as pas confiance en moi ?

– Tu ne peux pas...

– Réponds s'il te plaît. As-tu, ou non, confiance en moi ?

– Bien sûr, répondit Reg'liss après une hésitation.

– Alors s'il te plaît, crois en mon jugement. Je sens que nous avons besoin de Hank. J'ai la conviction que nous devons rester avec lui.

 Reg'liss allait répliquer qu'elle ne connaissait Hank que depuis quelques heures, mais il se souvint que quelques jours plus tôt, son amie lui avait fait part de son pressentiment quand à la forêt, et il ne l'avait pas prise au sérieux. Ce jour-là, Sin fo avait failli perdre la vie. Reg'liss ne voulait pas refaire la même erreur. Il jeta un regard en coin à Hank, qui lui répondit d'un regard noir, avant de hausser les épaules et de dire :

– Bien, puisque c'est réglé, je vais pouvoir y aller.

– Est-ce qu'on peut savoir où tu vas, demanda Reg'liss en essayant de garder son calme.

– J'ai quelques affaires personnelles à régler en ville. Je ne sais pas combien de temps je vais passer avec vous avant que vous soyez en sécurité, et je dois prévenir plusieurs personnes pour ne pas qu'elles s'inquiètent.

– Une femme, demanda subitement Sin fo.

 Les deux hommes tournèrent la tête vers elle dans un même mouvement. La jeune femme ne se rendit compte de ce qu'elle avait dit qu'en voyant la mine surprise de ses amis. Elle bredouilla immédiatement des excuses :

– Je suis désolée, je ne sais pas ce qui... Cela ne me regarde pas.

– Non Sin fo, la coupa Hank avec un sourire. Il n'y a pas de femme. Bien, reprit-il en frappant des mains, après tout c'est une bonne chose que vous soyez réveillés. Ça m'évite de revenir plus tard. Ça pourrait paraître louche qu'un gars d'ici rende visite à des étrangers de si bon matin.

– Ça je ne te le fais pas dire, répliqua Reg'liss.

 Hank ne releva pas et continua :

– Je vais faire quelques achats de mon côté. Vous deux, ne sortez pas tout de suite. Attendez une heure raisonnable, prenez votre déjeuner, payez votre chambre et sortez. Traversez le quartier marchand et sortez de la ville par la porte est. Ne rentrez dans aucune boutique, ne parlez à personne, et pour l'amour des dieux ne vous faites pas repérer. Surtout toi, c'est clair, dit-il à l'adresse de Reg'liss.

– Ouais, ouais, c'est bon, répondit ce dernier en levant les yeux au ciel.

– Bon sang c'est sérieux, s'énerva Hank. Si tu ne m'écoutes pas, tu finiras au bout d'une corde ! C'est ce que tu veux ?

– Reg'liss, je t'en prie, fais ce qu'il te dit.

 Reg'liss acquiesça en silence. Il ne comprenait pas comment Sin fo avait pu accorder si vite toute sa confiance à ce type.

– On se voit tout à l'heure. Ne tardez pas trop.

– Attends. Où est-ce qu'on se retrouve ?

– Ne t'en fais pas pour ça. Sortez de la ville, et moi je vous retrouverai. Ne fais pas de bêtises, conclut-il en donnant une tape sur l'épaule de Reg'liss.

 Il hésita un instant, puis se dirigea vers Sin fo, qui remonta un peu plus la couverture sur sa poitrine, et il lui déposa un rapide baiser sur la joue en lui souhaitant bonne chance. Il sortit ensuite de la pièce et Reg'liss verrouilla la porte derrière lui. En se retournant, il constata que Sin fo n'avait pas bougé. Le visage rose, le regard perdu dans le vide, elle avait une main posée à l'endroit où Hank l'avait embrassée.

– Tu veux bien ôter ce sourire béat de ton visage s'il te plaît, lui demanda-t-il consterné.

 Tirée de sa rêverie, la jeune femme sursauta et tenta de se défendre :

– Mais pas du tout. Je réfléchissais.

– Si tu te voyais. On dirait une petite fille.

– Serais-tu jaloux, demanda malicieusement Sin fo.

– Moi, jaloux de ce type ? Je ne vois pas pourquoi. Simplement je crois que tu ne devrais pas boire les paroles d'un type juste parce qu'il a une belle gueule.

 Piquée au vif, Sin fo lança son oreiller à Reg'liss, qui parvint à l'éviter de justesse.

– Sors d'ici !

– Sin fo, je ne voulais...

– Sors d'ici avant que je te lance quelque chose de plus dur au visage ! J'en ai assez de toi et de ton sale caractère ! Tu es le plus adorable des garçons, et l'instant d'après tu te permets de m'insulter.

– Sin fo, je suis désolé.

– Je suis fatiguée de t'excuser Reg'liss. Qui es-tu pour me juger, demanda-t-elle les larmes aux yeux. Qui es-tu pour moi ? Sors d'ici. Je veux me lever et prendre un bain, et ce qu'il y a sous cette couverture ne te regarde pas.

 Reg'liss allait répliquer quelque chose, mais il sentit le plancher vibrer sous ses pieds et il vit les murs et les fenêtres trembler. Conscient d'avoir blessé son amie, Reg'liss ne voulait pas la pousser encore plus à bout et préféra lui obéir avant que la situation ne dégénère. Il sortit de la pièce en toute hâte et ferma la porte derrière lui.

 Il entendit des pas précipités et le déclic de la serrure qui s'enclenche. Il crut également entendre des pleurs. Il colla son oreille au panneau de bois pour en être sûr, et entendit quelqu'un se racler la gorge derrière lui. Il tourna lentement la tête et vit une vieille femme en peignoir le regarder d'un drôle d'air. Il réalisa soudain qu'il était en caleçon dans le couloir, la tête collée contre une porte pour espionner à l'intérieur d'une chambre. Il se redressa en vitesse et tenta de s'expliquer :

– Ce n'est pas ce que vous croyez. C'est ma chambre, et mon amie... Laissez tomber, finit-il par dire en soupirant devant le regard de la vieille femme.

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