Chapitre 5 Fuite vers le nord - Partie 2

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 Au matin, la douleur des côtes de Sin fo avait disparu, emportant avec elle sa mauvaise humeur. Tandis que Reg'liss sortait de son sac de quoi déjeuner, Sin fo le prévint :

– Je crois qu'il va nous falloir être très prudents.

– Inutile de t'inquiéter. Ce n'est pas la première fois que je dois m'aventurer en forêt, tout se passera bien.

– Je sais que tu as l'habitude de te promener dans les bois, mais nous ne sommes pas sur Incuna, lui rappela Sin fo. Nous ne savons même pas où nous sommes exactement. Qui sait ce que nous risquons de rencontrer ?

– Ce sont les bêtes sauvages qui t'effraient, demanda le jeune homme en relevant la tête de son sac.

– Non, non. Enfin oui, peut-être un peu je l'avoue. Je n'avais jamais quitté Ts'ing Tao avant tout cela. Je sais que tu es un excellent chasseur, s'empressa-t-elle d'ajouter en voyant que Reg'liss allait dire quelque chose, mais tu n'as plus ton arc. Il est resté dans cette horrible prison. As-tu déjà chassé sans armes ?

– Pas sans arc c'est vrai, admit Reg'liss après un instant. Mais on n'est pas désarmés pour autant. On a nos poignards. Et si je sais suivre une piste, je sais aussi comment l'éviter. Je ferais en sorte qu'on ne croise pas de trop gros animaux.

– Et que faisons-nous pour cet homme ?

– Qui ?

– L'homme qui fouillait nos affaires hier soir, précisa Sin fo en pointant son sac avec une pointe d'impatience dans la voix. Qui crois-tu que c'était ?

– Sans doute un bandit de grand chemin, argua Reg'liss en haussant les épaules, un détrousseur à la petite semaine. Je ne pense pas qu'on le reverra, mais même si c'est le cas, on saura sûrement se défendre à deux contre un. Après tout, on a battu quatre soldats à nous deux et on a réussi à fuir la prison.

– Tu as peut être raison. Quoi qu'il en soit, nous devrons être très vigilants. Je sens quelque chose de dangereux dans ces bois.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– Je ne sais pas comment l'expliquer, mais hier soir j'ai ressenti une drôle de sensation quand j'ai pourchassé le voleur. À vrai dire, je ne m'en suis pas rendue compte immédiatement, mais lorsque j'ai dû abandonner la poursuite, j'ai eu l'impression que les arbres se resserraient autour de moi.

– Quoi, tu as vu les arbres bouger ?

– Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. Mais alors que j'ai pu pénétrer facilement dans la forêt, j'ai eu beaucoup de mal à en ressortir. Je me cognais dans les troncs, je me prenais les pieds dans les racines, et les ronces s'accrochaient à mes cheveux et mes vêtements. C'était comme si toute la forêt voulait me retenir.

– Ça n'a pas de sens Sin fo. Les arbres n'ont pas de conscience. Comment pourraient-ils vouloir quelque chose ?

– Il y a sur Incuna des personnes capables de communiquer avec les animaux, pourquoi pas avec les plantes ?

– Je croyais que notre île était une exception, qu'il n'y avait pas de magie ailleurs dans le royaume.

– Écoute, je ne sais pas, finit par s'emporter Sin fo. Je sais juste ce que j'ai ressenti. Et n'oublie pas que le marchand hier nous a recommandé la prudence. Il voyage souvent dans la région, il doit sûrement savoir de quoi il parle.

– D'accord, mais je ne vois pas ce que de simples arbres pourraient nous faire.

 Sin fo leva les yeux au ciel et ne dit plus rien. Elle appréciait Reg'liss, et quitte à se retrouver loin de chez elle, elle aurait pu trouver pire compagnon, mais le jeune homme était parfois très têtu, presque borné, ce qui rendait les conversations difficiles. La jeune femme n'avait pas l'habitude de se disputer aussi souvent.

 Bien sûr, sa grand-mère avait un fort caractère, et Sin fo aimait croire qu'elle en avait un peu hérité, mais quand elle était petite, sa grand-mère la choyait tellement qu'elles ne s'étaient jamais disputées. Sa mère non plus n'avait jamais haussé le ton sur elle, et son père ne lui parlait durement que durant leurs entraînements. À vrai dire, ces dernières années, son père ne lui parlait presque plus que pendant leurs entraînements.

 De plus, Sin fo était fille unique, et n'avait donc personne à qui se confier. Elle avait bien quelques amies, mais aucune vraiment proche. Le fait qu'elle soit la fille du chef avait créé une sorte de barrière entre les habitants de Ts'ing Tao et elle. Pourtant Sin fo se comportait toujours de manière naturelle, et s'efforçait d'être aimable avec tout le monde, mais les gens s'adressaient à elle avec une sorte de déférence depuis sa naissance.

 Sin fo regarda Reg'liss qui était en train de se battre avec un morceau de viande séchée dans lequel il mordit de toutes ses forces sans parvenir à le couper. Sin fo sourit. Cela lui faisait du bien de sortir de sa routine. Reg'liss leva la tête vers elle et la vit sourire. Il recracha son bout de viande et s'essuya la bouche en s'excusant :

– Désolé, je sais que je ne fais pas beaucoup de manières, mais je n'ai pas l'habitude de déjeuner avec une fille.

– Une fille ? C'est tout ce que je suis pour toi ? Une simple fille ?

– Non, bien sûr que non, répondit Reg'liss en rougissant. Tu es...

– Je plaisante, l'interrompit Sin fo. Je sais très bien ce que tu penses de moi. Et ce n'est pas la peine de prendre des gants avec moi, je ne suis pas en sucre !

 Pour appuyer ses propos, Sin fo attrapa une pomme et mordit dedans à pleine dents, sans se soucier du jus qui coula sur son menton. Reg'liss sourit à son tour en la voyant ainsi, mais sa propre bonne humeur était assombrie par un doute qui le taraudait. Malgré ce qu'elle en disait, le jeune homme était presque sûr que son amie ignorait ce qu'il ressentait vraiment pour elle.

 Une vingtaine de minutes plus tard, les deux jeunes gens reprirent la route. Après avoir vérifié et rangé toutes leurs affaires, ils s'aventurèrent dans la forêt. Il ne fallut pas longtemps à Reg'liss pour comprendre ce que son amie avait voulu dire.

 Sur Incuna, il avait souvent exploré les bois, si bien qu'il connaissait chaque talus, chaque clairière, chaque fossé. Il lui était arrivé de se perdre lorsqu'il était plus jeune, mais jamais il n'avait eu un sentiment tel qu'il le ressentait à présent. Même dans la forêt qu'il avait traversée avec Sin fo, bien qu'elle lui était inconnue, il avait été à l'aise. Mais cette fois-ci, c'était différent.

 Les arbres étaient sombres et leurs branches entremêlées empêchaient les soleils de répandre leur chaleur sous leur voûte. La mousse et le lichen qui recouvraient les troncs et pendaient des branches accentuaient l'aspect glacial de la forêt. Mais ce qui était le plus oppressant, c'était le silence. Aucun chant d'oiseau, aucun murmure de vent, aucun bruissement de feuilles ne se faisaient entendre. Nos deux héros se sentaient isolés, totalement seuls dans un monde duquel toute vie aurait été effacée.

 Ils avançaient de plus en plus lentement, essayant de suivre une ligne droite vers l'est, chaque pas leur semblant alourdir leurs membres. À chaque mètre parcouru, la chaleur quittait un peu plus leur corps. Leurs conversations s’étiolèrent, passant d’un vrai dialogue à quelques maigres phrases échangées, jusqu’à ce qu’ils se taisent tous deux et se réfugient dans leurs pensées. Vers la fin de la matinée, Sin fo, qui marchait derrière, s'arrêta au pied d'un orme et resta immobile. S'apercevant de son absence, Reg'liss retourna sur ses pas et la trouva recroquevillée, parcourue de tremblements et le regard éteint, comme perdu dans les ténèbres. Elle était blême et Reg'liss, terrifié, se mit à genoux à ses côtés et, ne sachant pas quoi faire d'autre, lui prit la main.

 Sin fo avait l'impression de couler au fond d'un lac. Elle était oppressée par l'obscurité et le froid. Des images lui passaient devant les yeux, tous ses souvenirs les plus affreux, notamment la mort de Berg. Elle avait l’impression qu’elle ne pourrait jamais plus être heureuse. La sensation même de bonheur lui échappait. Il ne restait plus que les ténèbres. Soudain elle perçut une faible chaleur dans la main. La vie revenait en elle peu à peu, comme une flamme perçant les ombres de la nuit.

 Reg'liss sentit que son amie lui serrait très faiblement la main. Il la souleva doucement et la tint contre lui pour la réchauffer. Après un moment, Sin fo recula son visage sans chercher à se soustraire de l'étreinte de son ami, et les yeux toujours clos elle posa ses lèvres sur celles de Reg'liss. À ce contact, les ténèbres s'évanouirent totalement et le visage de la jeune femme reprit son habituel teint rosé. Elle cala sa tête contre l'épaule de Reg'liss et s'endormit.

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