Chapitre 1 Ts'ing Tao - Partie 3

6 minutes de lecture

 Il fit quelques pas sur le ponton de bois et s'arrêta en posant les pieds sur la dure surface de l'île. Il ferma les yeux et prit une longue inspiration. L'air de Ts'ing Tao avait une saveur particulière. Après des semaines à sentir le parfum des arbres, de la mousse et de l'engrais, Reg'liss était content de retrouver la ville où se mêlaient les parfums de la rosée sur les chaussées en pierre et du fournil du boulanger, à ceux moins agréables de l'atelier du teinturier à l'autre bout de la ville et des pêcheurs qui vidaient leurs poissons de bon matin. Dans l'esprit de Reg'liss, il n'y avait rien de plus caractéristique de la ville que ce mélange d'odeurs.

 Le jeune homme se mit en marche en direction du centre ville, et il redécouvrit avec bonheur ce décor si familier. Les rues pavées, les maisons de pierre à un étage avec leurs poutres apparentes, et les nombreuses boutiques avec leurs vitrines encore obstruées par leurs rideaux de bois. Reg'liss trouva d'ailleurs cela étrange, car bien que les soleils ne soient pas levés depuis longtemps, la ville grouillait déjà d'activité. Il y avait les pêcheurs près du lac bien sûr, les balayeurs dans les rues, et les habitants qui commençaient à s'éveiller.

 Les volets s'ouvraient peu à peu sur son passage, et il salua une jeune femme qui lui sourit par sa fenêtre ouverte alors qu'elle nourrissait un jeune garçon. Était-ce son fils ou son jeune frère ? Reg'liss l'ignorait, et c'était ce qui lui plaisait avec la ville. Des centaines de personnes s'y côtoyaient tous les jours, des centaines de vies dont il ne savait rien. Bien sûr, il aurait pu s'arrêter, toquer à la porte de cette jeune femme pour faire sa connaissance, mais il préférait laisser faire le hasard.

 Peut-être la reverrait-il pendant le tournoi, ou peut-être qu'un jour elle viendrait acheter des légumes à son oncle. Il y avait des dizaines de scénarios possibles, et le jeune homme avait la patience d'attendre pour voir lequel les dieux allaient lui réserver. La vérité, c'était aussi que Reg'liss était très timide et allait difficilement au devant des autres.

 Un peu plus loin, il s'arrêta quelques instants pour regarder le lanternier au travail. L'homme chargé d'éteindre les réverbères pour la journée ne se servait d'aucun outil, il se contentait de regarder les flammes bleutées pour que celles-ci s'éteignent. Il utilisait bien sûr la magie, et Reg'liss adorait voir les gens se servir de leurs dons. Quand l'homme eut terminé la rue, Reg'liss le quitta et reprit son chemin.

 Parvenu à la place centrale du village, il fut surpris par l'activité fébrile qui y régnait. Comme l'avait dit le passeur, des marchands venus de tout le royaume s'étaient installés avec leurs chariots, et des hommes de Ts'ing Tao s'occupaient de tendre une toile gigantesque sur des poteaux afin d'ériger une tente qui couvrait la moitié de la place.

 L'entreprise n'était pas aisée car sous la toile des femmes s'affairaient déjà pour installer des tables et des bancs autour d'une large terrasse en bois. Le tenancier de l'auberge hurlait sur son commis qui faisait rouler un peu trop brutalement des tonneaux sur les pavés. Des gens couraient et criaient dans tous les sens. Il y avait encore plus d'animation qu'un jour de marché. Après tout, c'était normal ; le tournoi ne se déroulait qu'une fois tous les sept ans, et tout le village voulait en profiter pour organiser une fête mémorable. Les ouvriers n'avaient que quelques heures pour tout mettre en place, et cela leur promettait une dure journée de labeur.

 Reg'liss se demanda combien de personnes allaient s'inscrire au tournoi en espérant devenir le prochain chef du village. Lui-même n'était pas du tout intéressé par ce poste. Il avait suffisamment de ses propres problèmes pour vouloir gérer ceux des autres. De plus le nouveau chef aurait beaucoup de mal à se faire respecter, quel qu'il soit, car il devrait succéder à Hogarth, un chef qui avait fait le village à son image depuis plus de vingt ans.

 En consultant sa montre, Reg'liss se rendit compte qu'il était encore très tôt. Il décida donc de se promener un peu dans le quartier avant d'aller voir ses amis. Il traversa presque tout le quartier nord jusqu'à l'atelier du teinturier sans trouver aucune boutique ouverte. Il revint sur ses pas jusqu'à la place centrale et toqua chez le boulanger. Le panneau de bois se releva et Reg'liss fut accueilli à la fois par l'odeur de pain chaud et par le sourire bienveillant du boulanger qui frottait ses mains pleines de farine sur son tablier.

– Bonjour jeune homme ! Qu'est-ce que je vous sers ?

– Une patte d'Enerof s'il vous plaît, demanda Reg'liss en fouillant ses poches à la recherche de monnaie.

 Tandis que le boulanger lui servait une pâtisserie fourrée de crème de fruit, il le questionna :

– Savez-vous pourquoi toutes les autres boutiques en ville sont fermées ?

– Vous n'êtes pas au courant ? Le roi a décrété de nouveaux impôts, et ses collecteurs sont passés chez nous il y a deux semaines. La saison avait déjà été difficile, et pour beaucoup cette nouvelle taxe a porté un coup rude à des économies déjà réduites. Plusieurs boutiques ont dû fermer définitivement, et plusieurs parmi ceux qui restent ont été forcés de renvoyer leurs apprentis, faute de pouvoir les payer. Je n'ai gardé le mien que parce que c'est mon fils.

– C'est terrible ! Sans ses commerçants, le village est condamné.

– Ne vous inquiétez pas, relativisa l'artisan, il reste encore quelques commerces ouverts. Simplement, ils ne travaillent plus que la moitié de la journée. En général, la ville s'anime après midi.

– Vous croyez que cette situation va durer ?

– Pour le moment, j'espère surtout que ça ne va pas gâcher la fête pour le tournoi. Après, ma foi, continua l'homme en croisant les bras, je pense que l'hiver sera rude. Nous verrons quels sont ceux qui passeront la saison. Espérons que le nouveau chef aura une solution pour redresser l'économie du village.

 Reg'liss remercia le boulanger et laissa sa place à d'autres clients qui attendaient. Il s'éloigna en soupirant. Il ne s'était pas douté que le village allait si mal. Depuis quelques temps, son oncle et lui avaient de moins en moins de clients, mais ils avaient compté sur l'arrivée de l'hiver pour en retrouver. Avec la moitié des commerçants en faillite, ils ne pourraient jamais écouler leur stock, et sans cet argent, impossible d'acheter de nouveaux outils ou les denrées qu'ils n'avaient pas pu produire eux-mêmes.

 Bien sûr Reg'liss pourrait compter sur ses talents de chasseur pour trouver un peu de viande, mais la faune d'Incuna était essentiellement constituée de petits animaux, et la plupart hibernaient en hiver. Le jeune homme se dit qu'il pourrait peut-être tenter sa chance dans les îles plus au sud, mais il n'avait jamais quitté Incuna.

 Alors qu'il ruminait ces sombres pensées, il s'aperçut que ses pas l'avaient menés devant la résidence du chef. Le portail, gardé par un homme armé, donnait sur une large cour pavée. À droite de cette cour, il y avait des écuries et une porte solidement fermée donnant sur une dépense remplie à craquer. À gauche, la résidence proprement dite, construite en L, et haute de deux étages. C'était là que se réunissaient les conseils du village en cas de crise grave, mais la plupart du temps toutes ces pièces ne servaient qu'au chef Hogarth, à sa famille et à ses domestiques. Reg'liss se dit avec amertume qu'on pourrait aisément faire tenir une dizaine de fermes comme celle de son oncle dans une aussi grande propriété.

 Soudain un sourire illumina le visage de Reg'liss. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Le jeune homme fit demi-tour et courut en direction de la place centrale, riant de l'idée qu'il venait d'avoir.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Recommandations

Défi
Madisaurene

Parfois emporté par le courant sans rien pouvoir y faire, tantôt bercé, tantôt balloté par ce flox bien trop puissant. Nous empruntons sans cesse le même chemin aux décors changeant, uniquement mû par la quête du bonheur, fyant tout ce qui nous ferait souffrir. C'est quand elle pris la décision de descendre, et ce pour la dernière fois, ces escaliers qu'elle avait tant aimé monter, quand elle sentis son coeur se briser qu'elle compris. La tristesse s'écoulait tel de l'eau dans une passoire qui finirait par se reboucher, plus légère, enfin apte à aceuillir le bonheur tant rêvé.
1
2
3
0
leotypique

Je m'appelle Léo.
J'ai 10ans.
J'habite dans une petite ville très chaleureuse.
Mais dans ma vie.
Je reçois quelques critiques qui ne sont pas importantes pour moi.
Les gens pensent qu'il me touche dans le cœur mais il me rate toujours !
De plus je connais ces personnes.
Je l'ai vois tout le temps.
Mais depuis tout petit j'ai toujours été différent des autres.
Quand j'étais petit j'écouté du Britney Spears ou du Shy'm et les autres écoutez du Maître Gims ou des autres trucs de rap.
Ou alors c'était aussi pour mon style.

2
0
16
1
AlphoneX

L'ennui m'amie me mit à ton âme soumis
Et la nuit se défit quand ton ris me sourit
Lors ce fut à l'entour des atours de tes jours
Qu'en séjour me lia l'anneau pur en ta cour

Quel anneau diras-tu aurait pu t'enlier
Sans que garde n'aie pris de te le dédier
Mais il n'est que souci d'en ta grâce rester
À temps que soit le dit si tu fus j'ai été

Tel passé qui persiste à devenir cet hui
Qui prévoit devers lui son horizon enfui
Si amante je n'ai douce sour me possède

À quel autre vouloir sourcerais - je mon aide
Afin que mon désir ne soit que tes caprices
Lesquels plus m'éjouissent que feintes d'actrice.
4
2
0
0

Vous aimez lire William BAUDIN ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0