Quand la Ténèbre s'approche

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La connaissance (Conn), l’âme ( ), le corps (C) et l’esprit (E) d’un homme endormi, criblé de malheurs se tiennent près de lui avant qu’il ne se réveille et qu’ils rentrent alors en lui. Avant que l’Homme ne se réveille, la Ténèbre (T) s’approche lentement pour faire cet homme sienne.

T : « Laisse-moi, mortelle, vasque ignorante égarée,

Ô connaissance belle, laisse moi te parler. »

Conn : « … »

T : « Résidu si flamboyant d’une nature déchue,

De toi même s’élève cette flamme que tu vois,

Dans le silence effrayant, pitié réponds-moi,

Tu connais cet écho désiré et perdu… »

 : « … »

T : « Mais toi ! Réalité chimérique ! Enfant…

Tu as appelé, tu as crié puis hurlé

T’a-t-il entendu ? Dans sa gloire décharnée,

Dans sa volonté effacée, le lustre brillant,

Le glaive éclatant, majesté ineffable

Tout cela, te l’a t-il donné seulement ?

Ô orphelin indigent, je te comprend.

Ne crains pas enfant, je suis là, à ta table… »

C : « … »

T : « Et toi, maître de tous, ne t’ai-je pas satisfait ?

Traître affable, pourriture si adorable.

Sous-fifre enorgueilli et pouvoir détestable.

Ne me reconnais tu pas ? Pourtant je t’ai fait !

Ta place, que je t’ai octroyée au dessus

De tous et de tout, en est tu donc assuré,

Pour dans ma crainte m’ainsi rejeter ?

Fils parricide qui me rejette à mon insu.

Je suis fatigué de ton sublime irrespect

Je te l’ordonne, parle ! Ne soit plus muet ! »

E : « … »

T : « Trahison, malédiction, noyé dans la honte

J’observe un être vil, tiré de terre, crainte !

S’envoler dans les nuées, sa grâce feinte.

Et vous… Mes amis, vous refusez que je monte !

Qu’importe, je vous pardonne, je suis bon.

Je suis aimant. Pourquoi ne me croyez-vous pas ?

Vous m’avez convoqué. Je m’approche pas à pas.

Qu’il soit loué car il fit l’Homme, un être prompt.

Prompt à craindre et sans maître alors visible

Prompt à s’incliner. Je me fais donc humaniste

Je le ferai puissant ! Il en sera triste.

Son créateur infâme l’a laissé criblé de maux

Alors rampant loin de sa gloire indicible,

Il mendie vers moi, regardez ! Ecce Homo ! »

L’Homme : « Nature, créature aimable je vous l’affirme,

M’a volé mon bien le plus précieux. J’étais fort,

En un soir j’ai vécu, je retourne en mon port !

Je meurs de ce que je suis faible, moi ! Infirme !

Écoute ô Ténèbre, écoute ma tristesse !

Anime ma colère ! Soutiens ma faiblesse ! »

T : « … »

L’H : « Seigneur, c’est là ton drame, c’est aussi le mien : détresse !

Tu m’as fait libre, lâche tu m’as abandonné !

Et dans ma Liberté je veux te rejeter

Ne t’oppose pas désormais, abandonne laisse.

Écoute ô Ténèbre, écoute ma tristesse !

Anime ma colère ! Soutiens ma faiblesse ! »

T : « … »

L’H : « Une âme vaut bien un pouvoir éternel,

La mienne ne m’apporte plus que malheur

Pardonne moi donc, pardonne moi, mon cœur

Si pour n'être que mortel, je ne suis que frêle !

Écoute ô Ténèbre, écoute ma tristesse !

Anime ma colère ! Soutiens ma faiblesse ! »

T : « Viens, Viens dans mes bras, toi, l’accablé, je suis là,

Créature abandonnée par le créateur,

Sombre lumière, faible clarté, Sauveur !

Landes désertes, Paradis ou Walhalla !

Égarants grimoires, foi, croyance de songes,

— Derrière la lumière de ta voyance

Se cache l’annihilation de tes espérances —

Illusion puissante, mensonge, las, mensonge !

Ton espoir n'est que glace entichée d'un rayon,

Qu'elle diffracte sans voir qu'elle n'est qu'illusion. »

H : « Pantin mal aimé dans sans monde que j'écœure

Il reste que ces riens ont dérobé mon cœur. »

C : « Un baiser, »

Conn:      « Un sourire, »

E:               « Un parfum, »

Â:                      « Cauchemar »

C : « Et souffrir, »

Conn:     « Et danser »

E:              « Des demains ! »

Â:                      « Dans le noir ? »

T: « Fadaises, falaises sans phares dans la nuit !

Pour calciner tes ailes, il faut des incendies,

Luciole soufflée par un soleil avide,

Aveugle à sa lumière, asservi par le vide !

Privé de Verbe, tu traines comme langage

Quelques cendres de chair à tracer sur les pages

Et des poignées de mots pour ce monde damné !

Son trop-plein nous condamne à notre vanité.

Contemple sans cela le Néant de tes songes

Nous ne sommes rien. Il est tout ce qui nous ronge.

Une rage immonde se dresse dans Son ombre :

Ta Superbe fut créée, et par elle tu sombres !

Écaille la dorure de son cœur de plomb,

Il ment, l'Alchimiste, et t'abreuve de poison !

L'Éther n'est qu'un mensonge né dans la matière.

Plonge dans le réel, cuisant et délétère

Tout au fond du cratère pour qu'à la fin, Maître,

Affranchie de tes lienss, tu terrassesle Traître.

Et, tes deux yeux brûlés de l'avaoir trop rêvé,

Aveugle, tu tueras la voix qui t'a nommé,

Pour errer en silence, être vrai et infirme

Et choisir, si tu veux, d'être un Dieu dans l'abîme.

Rongeons notre racine, mille petits vers,

Abattons avec lui cette cage de verre !

Personnages livides agrippant l'Auteur

Buvons notre Cause, ravalons Sa Splendeur,

Élixir absolu, pour fixer Sa manoeuvre ;

L'immoler pour Son monde et parachever l'Œuvre. »

Et l'Homme, soulevé par un rire fou,

Embrassa la Ténèbre en lui clouant les lèvres,

Remerciant le Néant, se noya dans le rêve

Du sourire d'un Saint imprimé dans la boue.

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Lorsque j'étais petite, nous vivions dans une vaste maison au grand jardin pittoresque. Mon père possédait une petite Passat blanche. Lorsqu'elle démarrait, elle faisait un bruit extrêmement spécial. Certains matins, alors qu'il partait travailler tôt, ce bruit particulier pouvait me réveiller doucement avant que je ne replonge dans le monde du sommeil.
Un beau vendredi soir d'automne, dans une atomsphère chargée d'un orage en approche, nous devions partir tous ensemble en vacance. Nous attendions que mon papa revienne du travail pour partir. Comme il n'arrivait pas, ma maman nous envoya jouer dans le galta durant l'attente. Pour les plus petits, nous allâmes jouer dans l'insouciance sans sentir que l'air se chargeait d'anxiété. Plus tard, un monsieur que je ne connaissais pas, vint sonner chez nous. Ma maman le fit entrer. L'inconnu en uniforme lui demanda si ce porte-monnaie était celui de son mari. Elle alla se recoqueviller dans la cuisine avant d'écouter ce que ce monsieur voulait lui dire. Il partit. Plus tard un curé vint chez nous. Nous étions tous assis à l'écouter dans un canapé du salon. Je n'oublierai jamais ce face à face avec cet homme d'église, ami de la maison. Il commença à parler et utilisait des termes très compliqués que je ne comprenais pas. Il parlait de mon papa, d'un train, du coeur et d'hôpital. Il parla de trois jours. Comme les mots s'accordaient bizarrement dans ma tête et que je ne savais pas si je comprenais, une voie aigue sortit de ma gorge " Mais ...mais il est mort ?" Jamais peronne ne me répondit. Je ne vis que des yeux baissés. Mon dernier souvenir de la soirée, c'est moi qui me mouche dans la salle de bains d'en bas avec un de mes frères qui me regarde de ses yeux plissés engloutis par les larmes, la bouche en carré où n'en sortait qu'un cri presque silencieux qui semblait venir de loin.
Au milieu de la nuit, je revois la porte de ma chambre qui s'ouvre et des tantes et oncles qui viennent nous parler comme en plein rêve. La chambre est sombre, les gens chuchotent et la seule lumière provient du corridor où du monde y est amassé pour parler à voix basse.
Depuis cet évènement, il fut une période où je faisais un rêve récurrent. Nous étions dans la maison peuplée d'une luminosité sombre, avec mes fères et soeurs, lorsque le bus familial arrivait. On savait qu'il venait grâce à notre ouïe. C'était le même son que faisait la Passat de mon papa. On courrait à la petite fenêtre près des escaliers qui donne sur le parking et on apercevait le bus d'un violet sombre qui faisait sa marche arrière. Au volant du véhicule, une forme humanoïde, imposante et sombre. Rien que le souvenir ravive ma cadence cardiaque et la paranoïa. Il y avait une règle lorsqu'elle arrivait. Se cacher pour qu'elle ne nous trouve pas en premier. A chaque fois, le même scénario se déroulait. Je me cachais, elle me trouvait et me mangeait le ventre. Toujours. J'avais beau prendre les meilleurs cachettes, elle me trouvait la première. Cela m'obsédait au point que la journée je cherchais des lieux pour lui échapper ne serait-ce qu'une fois. Je me souviens particulièrement de deux de ces cauchemars. Dans le premier des deux, un gros tas de plumes rosées montait jusqu'au plafond du salon. Mon plus grand des frères et la plus petite des soeurs se sont mis à quattre pattes et s'y sont faufiler pour disparaître dans le tas. J'étais sidérée par l'évidence de leur cachette et me réjouissais car pour moi, c'était sûr que je ne serai pas la première dénichée cette fois-ci. D'autant plus, la mienne s'avérait excellente: blottie dans un panier et recouverte de vêtement. La corbeille en question contenait le linge sale. Sûre de moi j'en oublia le chronomètre. Au moment de me glisser dans la cachette, l'ombre me saisit le bras et mon ventre ressenti cette chatouille abdominale douloureuse qui perdura même au réveil. La frustration marqua au fer rouge ce cauchemar dans mes souvenirs. Le deuxième qui peuple ma mémoire, ce fut le plus spécial et le dernier de la série cauchemardesque. Cette fois-là fut exceptionelle: il n'y avait pas juste mes soeurs, mes frères et moi. Il y avait toute la famille. Un gigantesque souper où les adultes mangeaient autour d'une table abondante illuminée par des chandelles flamboyantes. Un de mes frère, mon cousin et moi-même nous trouvions dans l'escalier lorsque le bus arriva. Les deux graçons courrèrent à l'étage se cacher sans donner l'alerte. Moi, je me précipita à la cuisine. Mais je ne mis en garde personne. Le four était arraché comme s'il y avait des travaux et c'était l'entrée d'un tunnel qui partait à angle droit sur cinq mètres environ. Je me cacha dans le trou poussiéreux et attendit. J'entendait le brouhaha de la salla à manger où les grands papotaient dans l'insouciance du danger en approche. Le remord me rongeait et dans mon esprit se formait déjà les cris du carnage. Pourquoi tant de lâcheté ? Je n'en pouvais plus. Cette fois il ne m'aurait pas. Je m'extirpais du sommeil avant la fin du rêve, en pleine conscience de ma victoire et de mon égoisme profond envers les personnes de ma famille. Le monsre et le bus ne sont plus jamais revenus dans mes rêves. Je n'ai plus entendu le son de la voiture. Je le reconnaitrais encore mais son souvenir se brouille dans me tête au fil des années.
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