Chapitre 2

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Je file devant le bar, personne.

J’entends Lucy qui gueule, ils l’ont amenée à l’écart dans une ruelle voisine.

J’adore.

Une ruelle sombre et sinistre, l’endroit idéal pour assouvir ses pulsions sexuelles sans être dérangé par qui que ce soit.

Les pauvres.

Personne ne va les entendre mourir.

Je sors ma batte de mon sac à dos.

Oui j’ai un sac à dos…Je le répète, je n’ai pas les moyens de m’équiper d’un système aimanté pour accrocher ma batte.

De toute façon, elle est en alu, ça ne tiendrait pas.

Bref.

Je fonce sur celui qui me tourne le dos.

L’enculé. Il fout sa langue partout sur la gueule de Lucy.

Je décoche une frappe et envoie le gars s’écraser contre un poteau.

Double choc. Il rebondit, s’écroule et commence à convulser.

Le deuxième est surpris et lâche Lucy qui se met à l’écart. Le moustachu regarde son frère en sang avec dégoût.

Il doit se dire que c’est à ça qu’il ressemblera une fois que j’en aurais terminé.

Je commence mon rituel.

- Qu’es-ce qu’il s’est passé ?

Il reste muet. Je reprends.

- Qu’est-ce que t’as vu ?

Il sourit et répond.

- Et toi ? Tu n’as encore rien vu.

Á peine sa phrase terminée, qu’on se jette sur mon dos et qu’on m’étrangle.

Celui d’en face en profite pour me mettre une droite.

J’accuse le coup. Il m’a bien allumé.

J’envoie ma tête en arrière et éclate le nez du mec qui me ceinture.

Il me lâche.

Je comprends plus. Y’a deux secondes il était à l’agonie par terre contre cette poubelle… D’ailleurs, il y est toujours !

Je regarde à droite, le gars par terre qui continue de convulser.

Á gauche, le gars, tout pareil, moustache, dégarni qui essaie d’empêcher son nez de pisser le sang.

Derrière moi Lucy qui me regarde d’un air ahuri.

En face celui qui m’a mis la droite.

Bon c’est des triplés…enfin j’espère.

- Il veut jouer avec nous le lapin ? dit le seul gars pas encore amoché.

- Non, pas trop envie de jouer. Dis-moi, elle a dû en chier votre mère pour sortir trois connards pareils !

Il se marre et dit.

- Tss, tss, tss. C’est moi leur mère…

Je suis en train d’halluciner. J’assiste à une scène tout droit sorti d’une super production hollywoodienne.

Après un léger petit « pop », le gars se dédouble.

Jamais vu ça.

Une réplique du gars s’éjecte de son corps.

Dix « pops » plus tard, on se retrouve encerclé par une bande de moustachus.

Lucy me dit avec une voix presque inaudible

« Ça part vraiment en couille »

A l’unisson et synchros, la dizaine de types s’exclament.

« Lapin, nous avons le plaisir de te présenter Jean-Clone »

Bien trouvé le jeu de mots, mais j’ai trop la trouille pour l’apprécier.

Les mecs se jettent sur nous.

Round one. Fight !

Lucy sort son cutter, tranche une gorge et aussi une deuxième. Elle m’épate.

Je fais tourner ma batte et enchaine trois moustachus.

Ah non que deux, l’autre c’est Lucy qui s’affale par terre comme une merde.

Elle m’insulte, reprend vite ses esprits et se relève tout en ouvrant le ventre d’un Jean-Clone qui se rue sur elle.

Le mec se vide sur Lucy qui, même inondée de sang et de tripes reste une bombe atomique.

On en a éclaté seulement la moitié que l’autre mutant se met à « re-poper »

On ne va pas tenir longtemps comme ça. Même si c’est marrant de crever du pauvre type, les buffets à volonté ça m’a toujours gonflé.

Je tente un truc. Je vais taper à la source.

Lucy improvise.

Sa lame est restée plantée dans une joue.

Elle change de style et se met à casser des dents et des nez avec son poing américain.

J’identifie ma cible.

Ils ont beau être un paquet, y’a qu’un seul Jean-Clone qui « pop ». Dans le brouhaha, je reste attentif.

J’entends le « pop ». Cible verrouillée.

J’attrape Mère Jean-Clone, le jette contre le mur et lui brise les genoux avec ma carotte en alu.

Il se jette à terre et hurle de douleur.

Le reste des clones, paniqué, prend la fuite.

Ils comprennent que si le Jean-Clone original est hors d’état de nuire, plus de clones, plus d’effectifs donc une branlée assurée.

J’interpelle Lucy qui tente de les rattraper.

- Ça sert à rien, laisse-les partir.

- Mais on ne peut pas laisser cette bande de pervers en liberté ! gueule Lucy.

Elle n’a pas tort, on se fait chier à choper des mecs dans leur genre et on laisse filer une armée.

Mais j’ai ma petite idée.

Si on élimine Mère Jean-Clone, peut être que ses répliques disparaîtront avec lui.

« Moustache » se tient les genoux et pleure comme une petite fille.

Je le comprends, ça doit faire un mal de chien mais je compte mettre un terme à ses souffrances d’une minute à l’autre.

Il me voit m’approcher, s’arrête de pleurer, part dans un fou rire de dément et tout en s’essuyant sa bave me dit.

- Putain, vous ne savez pas dans quoi vous avez mis les pieds…

Je reste silencieux et continue d’avancer vers lui.

- On n’est pas les seuls. Vous êtes foutus… Ils vous retrouveront.

J’avance…

Il gerbe du sang, s’essuie à nouveau. Son regard respire la folie.

- S’il m’arrive quelque chose, ils le sauront à la seconde même…

Je lève ma batte…

- Ton masque ne suffira pas à te cacher lapin !

Je lève ma batte au-dessus de ma tête…

- « L’équipe » est déjà sur tes traces, t’es mort ! Toi et ta pute, vous êtes morts !

Bon il m’a saoulé.

J’abats ma carotte de toutes mes forces.

Alors qu’il a le réflexe de se protéger à l’aide de ses avants bras, ceux-ci éclatent sous la force de l’impact.

Je n’aime pas trop cette sensation, c’est comme si on écrabouillait des petits os de poulet.

S’ensuit un enchainement de « pop », trois, quatre, cinq clones s’éjectent et partent en courant.

- Merde, Lucy ! Viens m’aider ! je lui hurle.

Lucy accourt et lui met des pêches.

Á chaque coup il se dédouble.

On ne s’arrête plus.

Lucy tape. Je tape. Lucy tape. Je tape.

Lucy tape. Lucy tape. Lucy tape.

Putain, elle enchaine la petite !

Je suis en nage, j’ai mal aux bras tellement je le roue de coups.

C’est un massacre, je ne sais même plus où taper, ce qui reste de Jean-Clone ressemble à de la bouillie.

Ça y est, ça se calme, au bout de cinq bonnes minutes d’acharnement et une trentaine de clones plus tard, plus rien.

Puis un dernier faible « pop » ou plutôt un « pfff » mais c’est un Jean-Clone en décomposition qui s’expulse difficilement et vient s’écrouler par terre.

- C’est fini, je dis.

Je ne le pense pas, je crois bien que ce n’est que le début.

Le début de quoi ?

Je ne sais pas.

En fait oui, je sais. Le début des emmerdes.

Lucy sort une carotte pour la poser sur la purée de Jean-Clone.

Je la stoppe net.

- Non laisse tomber pour la promo.

- C’est con, dans l’état où il est, ça laisse un message fort.

- Justement, j’ai pas trop envie cette fois d’attirer les regards.

Viens on rentre. On va se faire discret pour un temps.

Je n’aime pas trop ça.

Lucy acquiece.

Je n’aime vraiment pas du tout ça. J’ai vu des trucs bizarres dans ma vie, moi-même je suis bizarre.

Avec Lucy on est plutôt des originaux, mais là, ça dépasse tout ce que j’aurais pu imaginer.

D’ailleurs jamais je n’aurais imaginé tomber sur un phénomène comme Jean-Clone.

Et, à l’écouter, c’est pas le seul.

J’aide Lucy à ramasser ses affaires. Son sac à main est enfoui dans un mix de viscères et d’abats.

- Laisse. Je t’en rachèterai un autre.

Elle sourit, me prend le bras et pose sa tête sur mon épaule.

On rentre à la voiture.

- Par contre, tu prends le volant, j’ai les bras en feu.

- Petit joueur.

Elle attrape les clés et me met une tape au cul.

Je l’adore.

C’est ça l’effet Lucy.

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