13-14

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Chapitre 13

C’est juste bizarre comme plus je me dis que Mathieu … partage … mes préférences, moins c’est clair dans ma tête.

Je veux dire, bon, c’est quand même pas anodin qu’un garçon commence à décrire un perso de BD en disant qu’il est mignon. Après, il ne l’a peut-être pas dit en mode innocent non plus, et là, je reviens à mon idée peut-être pas si débile que c’était un test, juste pour voir ma réaction.

Si je suis un peu malin, je marche dans le truc, je glisse un lapsus contrôlé pour lui faire comprendre que la porte n’est pas trop fermée. Sauf que je ne me sens pas trop malin, là. Même bête, vu que je ne trouve rien.

Mais il sauve le silence embarrassant qui s’installe.

- Des mangas ? Je n’en ai pas, moi.

- Ah ! Euh, oui, pas beaucoup en fait, juste ceux que j’avais vus en anime avant, quoi. Monster, Attack on Titan, puis the gros classique …

- Oh ! Death Note, j’ai seulement vu l’anime.

- C’est vieux et tout mais c’est juste trop bien, le point de vue philosophique sur la mort, la justice, le bien et le mal, puis la démence, aussi. Ça m’avait fait pas mal réfléchir. Et plus Light avance dans la folie, plus le dessin devient sombre et genre haché, puis … violent, un peu. C’est trop bien fait et … euh …

Mais qu’est-ce que je raconte, moi ? Il doit me prendre pour le roi des nerds ! Nooon, je me suis complètement brûlé, là ! L’étudiant en sociologie qui pose son TFE sur la philosophie dans les mangas, on lui envoie son diplôme à l’HP ! Sauf que …

Sauf qu’il sourit. Bon, en mode discret timide, mais c’est Mathieu, aussi.

- Hmmm … Désolé, petit délire. Mais aussi, dans Monster, le psychopathe à visage d’ange … mais sinon, Light et L sont juste … trop gnon aussi, non ?

J’ai repris son expression. Toujours pour mettre des sous-entendus, évidemment.

- Après, les persos de bd sont jamais trop moches non plus, je veux dire, même Théodore Poussin mais dans le genre bizarre, ça va encore.

- Connais pas.

- C’est dans celles de mon père, on ira voir après.

Pourquoi je suis si figé avec lui, je parle pour dire du nawak, juste pour faire du vent, alors que lui … Bon, c’est pas qu’il soit plus expressif que moi, vraiment pas trop, mais il lance des trucs, au moins. Des trucs dont je ne sais toujours pas trop ce qu’ils signifient, en fait, faut être clair ! Ce que je ne suis pas, c’est vrai … Faire quelque chose ! Mais quoi ? Mon regard tourne dans ma chambre et se pose sur mon Eastpak … Début d’idée … Son petit mot ! Oui, c’est bon, ça.

Je fais les deux pas vers mon sac à dos et j’y cherche la feuille pliée en seize, la voilà !

- Bon, je l’ai déjà dit, puis je ne veux pas être lourd, tu sais, mais vraiment ça m’a fait plaisir ! J’espère juste que tu oublieras que je me suis trompé, mais vraiment, je te jure, je veux qu’on reste potes … même amis après, je veux dire … c’est juste que … c’est bien, quoi.

- Non, steuplé, on parle plus de ça, je suis trop gêné, je te jure, c’était débile, je n’avais jamais fait ça, tu dois me croire ! Et puis aussi, la confusion, je comprends très bien, tu sais. Hadrien est plus …

- Hadrien n’est rien du tout que tu ne sois en mieux.

Il a mis un moment à comprendre ce que j’avais dit, puis il a capté, et il a souri, puis il a lentement avancé la main vers moi mais a arrêté son geste en chemin.

Alors je l’ai attrapée et j’ai fait un truc idiot, je l’ai posée sur ma joue. Sauf que c’était peut-être pas si idiot que ça, on dirait qu’il a apprécié. En tout cas, son sourire s’est élargi. Et ce sourire, vraiment, c’était le plus beau que j’aie jamais vu.

Et là, il aurait peut-être pu me rejeter, ou je me serais pris un pain, mais c’était juste pas grave, donc je l’ai serré, parce que même si c’était ridicule, ou débile, et sans trop savoir ce qui serait le pire, je me disais que c’était le truc à faire. Mais il avait l’air de penser la même chose parce qu’il m’a serré aussi.

Et c’était juste bien ! Le monde s’était arrêté de tourner, il n’y avait plus de bruit ni plus rien autour, seulement nous, et je sentais sa respiration, et j’y collais la mienne, c’était devenu le rythme de l’univers. Mon univers.

Sa tête calée sur mon épaule, il a parlé.

- Tu sais, tout à l’heure, on parlait de confiance, c’était sur le fait de prêter des BD mais … pas que ça, tu vois ? Déjà, je n’écris pas souvent de messages comme ça … même jamais, c’est juste que je mets du temps à faire confiance. Bon, les rares fois où je l’ai fait, je veux dire … ouvrir mon cœur, ben j’ai été déçu et c’était une catastrophe … et j’ai dû fuir.

- C’est pour ça, les trois écoles sur six ans ?

- Oui, a-t-il murmuré.

On n’est pas trop différents sur ce truc là. Sauf que j’ai chaque fois eu un petit signal d’alarme en tête avant de faire une confidence potentiellement dangereuse, et l’histoire a chaque fois montré que ma méfiance était justifiée. Alors, si je devais le persuader qu’il était en sécurité avec moi, je devais faire un geste pour le lui prouver.

Je ne sais même pas comment j’ai pu me décoller de lui et le regarder dans les yeux. Comme je ne sais pas qui a franchi les centimètres pour rapprocher nos visages. Ni qui a décidé de toucher les lèvres de l’autre en premier. En y repensant dans quelques heures, je me dirais surement que c’était une première fois un peu maladroite, mais là, c’était juste parfait.

J’étais loin. Tellement loin que je n’ai pas entendu la voiture, ni la porte d’entrée.

- Jérémie, on va manger.

Manger ? Quelle idée ! J’avais tout ce qu’il me faut, là, genre nourriture pour l’esprit, puis pour le cœur, et ils étaient rassasiés.

**********

Chapitre 14

On n’avait pas eu le temps de regarder toutes mes bd, ni surtout celles de papa, qui n’en a même pas parlé. Et j’avais espéré un peu mieux de sa part, mais bon, il a des dossiers lourds au boulot, je comprends.

C’est juste que j’aurais aimé qu’il voie que Mathieu est addict aussi, il l’aurait trouvé trop sympa et tout, puis … puis rien, en fait. J’imaginais quoi, aussi ? Un truc genre ‘Tu vois, Mathieu adore Blacksad, puis aussi, il est potentiellement ton futur beau-fils’ puis tout aurait été facile ?

Donc c’est pas pour tout de suite, c’est clair. Après, c’est le seul truc un peu clair, faut bien dire. Le reste, c’est … ben oui, trouble. On s’est embrassés mais ça veut dire quoi ? Non, pour moi, c’est déjà énorme et je flotte toujours un peu au-dessus du sol, mais lui ? Après, comme je le cadre un peu, c’est surement pas rien du tout pour lui non plus, je ne le vois pas du tout en serial dragueur, déjà. Puis le bisou de tout à l’heure, c’était timide, pas le truc à la salive du mec qui te touche ta glotte, parce que beurkk, quoi ! Non, c’était mieux, c’était juste bien.

Maman a bien senti que Papa était ailleurs, toujours au bureau, un peu. Elle a glissé en mode discret : ‘Leur texte est terminé’

- Leur texte ? Ah oui, l’atelier de … euh … C’était bien ? En fait, j’ai un peu zappé le truc, désolé bonhomme, rappelle-moi s’il te plait.

- Non mais c’est cool au final.

- OK, mais le sujet ?

- Madame Tibbet voulait qu’on choisisse des … c’est quoi, déjà ? Je sais plus le mot … actuel, tu vois.

- Des thématiques actuelles, murmure Mathieu.

- Oui, voilà. Alors on a pris le harcèlement entre ados, mais sinon c’est juste Mathieu et Sarah qui font leur dialogue demain, donc bon …

- Tu l’as co-écrit, tout de même. J’ai posé un congé demain après-midi, et ta marraine m’accompagne.

- Non mais faut pas, m’man, vraiment, c’est rien, tu sais.

Non, mais non ! Surtout pas. J’avais un peu zappé sa présence éventuelle, mais c’est juste pas possible, ça ! Déjà, ça fait un peu trop spectacle de fin d’année à l’école primaire, c’est trop la gêne. Puis en plus, la ‘thématique actuelle’ comme a rappelé Mathieu, des ados gays, elle va imaginer … Puis elle va comprendre, c’est sûr ! Et je ne veux pas ça ! Pas encore, quoi.

Oh. My. God !

Repas tranquille en famille, on disait. Sauf que le poulet à l’estragon, normalement j’adore mais là, il avait un goût de carton, et les bouchées étaient dures à avaler. J’ai jeté quelques regards désespérés vers Mathieu, qui me répondait avec une grimace genre pas trop à l’aise non plus.

Bzzz-bzzz … le gsm de maman. ‘‘Les filles vont rentrer … Elles sont allées voir Pan. Si j’ai bien compris, c’est la cent cinquante troisième version de l’histoire, Caroline trouve l’un des acteurs euh … mortellement beau et pour Amélie, l’autre est trop trop trop mignon – je cite. Quand comprendront-elles que les beaux garçons ne sont pas les garçons bien ?’’

- Je me demande ce que je dois comprendre, dit papa.

- Tu es l’exception, toi.

- Ah ? Bon, ça me va.

Ils sont mignons, les petites taquineries et tout, c’est juste eux, ça. Et je me dis que c’est bien, aussi, ça fait les couples qui durent. Mais à quoi ça tient, en fait ? Et là, je me dis, on a quoi, nous ? Juste un bisou …

- Papa, on pourra ramener Mathieu en voiture, s’il te plait ?

- Non mais je peux prendre le bus, pas de problème.

- Juste le temps de lui filer quelques BD.

- Ohooo ! Un amateur de bulles, je comprends que vous soyez potes, tous les deux.

Et peut-être plus, t’imagines même pas … Après, même moi, je peux à peine imaginer, parce que bon …

- En fait, les garçons, sans chasser personne, on peut faire ça maintenant ? J’ai ramené des dossiers, j’ai encore du boulot.

- Ah ! Oui, je comprends. Bon pour toi Monsieur Deutsch ?

- Oui, bien sûr. Désolé de vous ennuyer.

En quittant la pièce, j’ai entendu papa dire à maman ‘‘il est bien, lui’’, puis elle a surement approuvé, vu que oui, il est bien, mon Mathieu.

J’ai pensé ‘mon’ Mathieu ?

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