9-10

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Chapitre 9

Il fallait bien avancer dans le texte, mais bon, c’était un peu mort. Déjà, j’aurais voulu l’être …

Après, c’est pas ça, Hadrien était juste comme une de ces fusées de nouvel an, il pétillait et envoyait des étincelles … des idées dans tous les sens. Faith essayait d’un peu le cadrer.

Puis nous … Mathieu semblait triste, puis moi, j’étais embarrassé.

Je pouvais bien ! Comment j’ai pu croire qu’Hadrien aurait fait un truc pareil ? Je veux dire, la feuille pliée, repliée, puis encore … C’est pas son truc, c’est clair, j’ai juste été stupide d’imaginer ça ! Lui, c’est dans l’oral qu’il est bon, il sort un truc cash, tu prends, tu prends pas, c’est dit, c’est bon. Après, ça te va pas, il s’en fout, c’est clair aussi. Par contre, c’est du pur Mathieu, et comme je l’imagine, il avait même dû se retenir de mettre un ruban autour.

Sarah n’avait pas assisté au clash silencieux, c’est un peu dommage, j’aurais bien eu besoin d’un avis extérieur, parce que je suis un peu perdu côté réaction, là. Ce qui ne change rien à ce que je suis d’habitude, j’ai fini par me dire que je suis vraiment inadapté pour les relations sociales. Bon, c’est compliqué, aussi ! Déjà quand on me parle d’un problème, je bafouille un truc très creux en mode nul inutile mais c’est surtout que perso, souvent, ça me dépasse.

Et là, je suis pire que dépassé, même mort, encéphalogramme plat, puis j’aurais besoin d’aide, justement ! Mais arrêter le temps, puis parler en privé avec la seule personne du groupe avec qui je l’ai déjà un peu fait, ben c’est pas trop possible. Alors, tenir …

J’ai tenu. Présent en apparence, mais tellement absent. Avec les heures qui passaient, j’ai repris pied dans la réalité, puis Mathieu aussi, parce qu’un moment de gêne est vite passé, mais, je n’osais plus le regarder trop en face, juste un peu de côté, et je voyais que lui c’était idem.

Le break à midi, je ne peux pas dire comme ça a été trop un soulagement. Sauf que Faith … non, Sarah ! avait capté le truc, elle m’a emmené à l’écart pour manger notre sandwich.

- C’est quoi, l’histoire ?

- De quoi tu parles ?

- La tension, on dira.

- …

- T’es pas bavard, j’ai compris ça. Puis Mathieu, il fait dans le murmure inaudible, c’est clair aussi. Mais là, vous faites tous les deux un effort particulier, on dirait …

- …

- Il y a un blème ? C’est pas bon, mec ! On est un groupe, on doit faire un truc et là, c’est un peu au point mort, alors quoi ?

- C’est rien … un malentendu …

- Hmmm.

- …

- Tu sais, je ne veux pas être chiante … Mais aussi, je peux le devenir, c’est pas trop dur, crois-moi.

Et je la crois, puis je me dis que c’est bête, elle est mieux que ça. Puis elle est un peu la seule à qui …

- Non, je … c’est juste … je sais pas si je peux le dire mais bon, tu es ok … Juste que toi, je me dis, tu vas trouver ça débile genre, c’est pas ton truc, je pense mais … j’ai trouvé un message dans mon sac hier, mais juste rien, comme ça, hyper gentil, sur le stage, puis se voir après, tu vois … puis je croyais que c’était Hadrien, alors je ne savais pas quoi penser puis j’ai imaginé … mais j’ai été idiot, je lui en ai parlé ce matin et bon, il captait que pouic.

- Et merde !

- Hein ?

- Non rien … Et c’était pas lui.

- Voilà. C’était Mathieu. Et il a entendu. Et là, je l’ai blessé, et je sais pas comment sauver le truc, mais j’aimerais vraiment, parce qu’il est trop sympa. Puis je suis trop con.

- Pas con, juste maladroit, peut-être … Aaah ! Ces âmes à la beauté maladroite, qui broient des cœurs comme par mégarde ..

- Hein ?

- Non rien, un truc que j’ai lu … sur la maladresse des gens qui sont … qui ne savent pas ce qu’ils sont, ni ce qu’ils font.

- Je ne comprends pas.

- Ah bon ? Pourquoi ça ne m’étonne même pas …

Et elle rit. Mais un beau rire franc, et s’il y a un message à comprendre, je remets ça à plus tard, et je souris, puis je ris avec elle. Parce qu’il y avait longtemps. Puis que ça fait du bien, aussi. Mais quand même …

- Non mais sérieux, tu veux dire quoi ?

- Tu as déjà remarqué que, sauf des rares exceptions, les gens sont rarement ce qu’ils montrent ? Je ne critique pas, hein ! C’est normal, on se protège.

- Oui, je pense.

- Attends ! Bon, si ça se trouve, je me suis complètement plantée et j’aurais l’air débile après, mais tu seras gentil de ne pas me le faire comprendre trop clairement.

- Pas mon genr…

- Je paaaaarleuh ! Donc, je pars sur mon délire dont j’espère que ce n’en est pas trop un sinon bonjour la gêne, mais … Bon, je t’ai parlé de mon frère. Il a caché un truc en lui pendant très longtemps, puis ça le bouffait ! C’est pas beaucoup mieux là, mais il admet l’idée, puis surtout, il la fait un peu admettre, et je le soutiens en plein, et s’il fallait choisir entre mon père et lui … j’ai choisi, et tout le monde a bien compris.

- C’est juste bien, ça.

- J’ai pas fini ! Ce que je veux dire, c’est un peu vrai pour d’autres aussi, qu’il n’y a pas de schéma … normal qui soit imposé.

Oh. Pu. Tain ! Elle a vraiment compris.

- Non, mais je suis pas … euh … comme ça.

- Prends-moi pour une conne ! Tu veux que je te mettes un pain ?

- Mais non, je ne …

- Tu trouves un message dans ton sac, tu flippes comme Cendrillon avec l’invit’ au bal, sauf que c’est pas le prince, c’est juste le petit garde timide au pont-levis et là tu canes?

Le petit garde … Mathieu … Alors, je …

- Non, tu … oui, tu sais bien, bon, tu as raison … pour moi.

- Et pour Mathieu, je pense, j’ai le nez pour ça. Faudra que tu lui parles, il ne le fera jamais, je lui ai passé le truc du petit mot presque anonyme, mais c’est sûrementson maximum, il sature, là.

Et je ne sais plus quoi dire, j’avais bien des doutes sur le petit blond mais pas plus, et là, ça ouvre des perspectives que je n’avais jamais imaginées. Je sais, j’aurais dû, c’était un peu clair, aussi. Enfin non, pas forcément ce que j’avais bêtement imaginé avec Hadrien … sauf que oui, même genre, mais différent … mais peut-être un peu le même.

Après, Sarah dans le rôle de la muse, j’aurais jamais cru.

**********

Chapitre 10

On a rejoint les autres et Sarah a déclaré qu’elle ne pourrait ramener personne tout à l’heure, parce que bon ‘‘j’ai une vie, aussi, vous prendrez le bus’’ … Façon discrète de nous laisser parler.

Madame Tibbet ne nous a pas lâchés, elle regardait par-dessus l’épaule de Mathieu qui tapait comme un fou, vu que, oui, ça a avancé. Tout le monde semblait motivé, puis moi, je ne le sentais plus trop de saboter la pièce. J’étais juste un autre moi, plus léger d’un poids dont je ne savais même pas trop que je le portais, mais dont Sarah m’avait un peu libéré.

Sarah … Pourquoi je ne suis pas amoureux des filles, moi ? Elle est parfaite, elle ! Et juste comme je me dis qu’il y a des filles qui valent la peine de passer des moments, des journées, des mois et même des vies avec elles, Madame Tibbet, pour qui aucun mec n’a surement jamais eu cette idée, intervient …

- Vous avez réalisé un excellent travail ! Demain est la journée de clôture, et surtout celle de représentation entre quatorze et dix-sept heures. Je compte sur vous pour décider de l’extrait que vous souhaitez présenter devant le public, réunion générale à treize heures pour les derniers détails.

La représentation … J’avais presque zappé le truc ! Mais tout ça n’a plus d’importance. Je veux dire, ma gêne d’entendre le texte à voix haute devant les autres. Enfin, moins, quoi. C’est juste qu’un autre truc en a soudain plus.

Et je ne comprends pas, vu que c’est pas moi du tout. D’hab, les situations difficiles ou embarrassantes, je laisse aller en espérant qu’elles se solutionnent toutes seules. Pas héroïque, je sais, mais bien plus facile. Et là, j’ai comme le besoin de régler le truc avec Mathieu. Mais d’abord, le cadrer …

J’ai fait des fiches mentales avec les faits et le coefficient de probabilité. Voilà un petit bonhomme timide, et même méchamment réservé, qui se fond dans le papier peint en mode wallflower – certitude 90%. Qui m’a passé un mot – 100% - du genre dont il n’a pas dû en écrire des masses – 75%. Et qui a eu l’air triste que je me trompe d’expéditeur – 100%. Puis qui me regarde quand même souvent, puis en souriant gentiment – 100%. Un peu comme je regarde Hadrien pas trop discrètement faut bien dire, et il s’en est sûrement aperçu – 90%. Bon, je fais quoi avec tout ça, moi ? Ben, rien de très clair. Déjà, j’arrive même plus à calculer, ça va pas, ça va pas du tout !

Sauf qu’il y a le truc que je soupçonnais déjà un peu, puis Sarah aussi, qu’il serait … ben oui, comme moi.

Après, ce que je sais de lui, mais si je suis objectif, ça ne donne rien de vraiment certain. Alors, ce que je pense de lui … Et je dois dire, c’est que du bon. Déjà, il est terriblement gentil. Et intelligent, fallait pas quatre jours pour le comprendre, ça. Puis il ne manque pas de culture, il connait même surement plein de trucs dont je ne sais rien. Alors je compare avec ma liste des qualités indispensables à mon Petit Copain Idéal …

Le seul truc qui ne soit pas repris sur la liste, c’est le physique du PCI, vu que bon, c’est pas comme si je pouvais être hyper exigeant, donc je joue au mec indifférent à la beauté. Ce qui ne m’empêche pas de phaser chaque fois sur des mecs pas mal foutus du tout, mais en me répétant ce n’est pas le plus important vu que ça ne dure pas éternellement, ça.

Et je me dis que je ne l’ai jamais regardé trop, en fait. Dix centimètres de moins que moi, dans les 1,65. Puis mince, limite encore plus que moi donc je devrais dire maigre. Le petit sourire timide dont je me dis que je n’ai jamais rien vu d’autre sur son visage, sauf avec l’histoire du mot … Qu’est-ce que je m’en veux ! Les yeux marron qui retombent à l’extérieur, un peu tristes. Les cheveux blond très clair, les taches de son sur son petit bout de nez et ses joues … Et je réalise qu’il ferait un meilleur Marco Bott dans une version film de AOT.

En clair, il est à des kilomètres du type Hadrien, ou plus simplement, du genre de garçon que je regarde un peu plus que les autres, d’habitude. Je fais une grimace de gêne en réalisant que je viens de l’associer à un bébé labrador, ceux qu’on ne peut pas s’empêcher de prendre dans les bras et de câliner … parce que c’est un peu très bête, puis qu’il mérite bien mieux que ça. Donc, mignon. Même très. C’est-à-dire pas tout à fait mon vague idéal de mec quand même viril. Sauf qu’il n’est pas précieux-efféminé du tout, juste … normal. Normal discret. Normal bien …

Donc en clair, je peux déchirer la fiche du Petit Copain Idéal, il n’existe pas.

On a terminé notre texte. Et Madame Tibbet peut dire ce qu’elle veut, on ne changera rien. C’est pas terrible mais c’est notre truc pas terrible à nous ! Après, elle a un petit cœur en chamallow, et nos répliques cul-cul-la-praline l’ont fait fondre depuis le début. Alors, question, qu’est-ce qu’on fera demain ? La matinée, je veux dire. Pour l’après-midi, quand il faudra lire un bout de texte devant tout le monde, c’est réglé, comme on est tout de même tous d’accord pour dire que les parties où les amoureux sont ensemble sont vraiment trop débiles, les bests vont lire la partie où ils parlent de leur ami respectif et où elle lui fait comprendre qu’il y a plus que de l’amitié entre les deux autres.

- On est deal ?

- Deal, répond Sarah.

- C’est le morceau de texte le moins embarrassant, tout de même, murmure Mathieu.

Hadrien soupire bruyamment. ‘‘Ouaiiis, booon, c’est pas faux mais merde, quoi ! Vous me privez de ma belle scène de suicide’’

- Tu fais l’ami du garçon, tu seras quand même sur scène, ça va, non ?

- Ouais mais bon, ça fait quatre jours que je m’entraîne à m’écraser de vingt mètres de haut en restant un beau cadavre.

- Tu es un grand malade.

- Sarah, tu m’aimes un peu malgré ça ?

- Je t’aime … bien, mais pour d’autres raisons. Non ! Ne demande pas, tes chevilles vont enfler.

- Tu fais quoi ce soir ? Je pourrais t’amener à me les dire.

- Je règle l’embrayage de ma moto.

- C’est le truc le moins romantique que j’aie entendu, mais je veux bien t’aider, l’huile de moteur pour les massages, je sais pas, ça doit le faire non ?

- Toi, t’as pas la moindre idée des dégâts qu’un carburateur pourrait faire à ton beau profil, si ?

A ses yeux grands ouverts, il a dû se demander si elle plaisantait. Perso, je ne parierais pas.

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