Chapitre 41

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Astroport de l'île gouvernementale - Vaisseau d'Ukal

Au sein du petit navire, tous retenaient leur souffle. Cela faisait dix minutes, que le Kéjo avait joué sa dernière carte : celle de la légalité.

Adrian qui tapotait impatiemment sur la console de pilotage déclara soudain :

— Ils vont passer outre !

— Ils ne peuvent pas le faire sans froisser mon gouvernement. Ton président ne prendra pas ce risque.

— Tu ne le connais pas, ces dernières années, il n'a jamais hésité à bousculer les lois et divers décrets en vigueur pour arriver à ses fins.

Une sonnerie venant du tableau de bord empêcha Ukal de répondre. Inquiet Adrian demanda :

— Que se passe-t-il ?

— Une alerte d'approche.

Le Kéjo mit en route ses caméras extérieures, une image se déploya devant lui, celle du quai où attendait son véhicule spatial. Une escouade de dix hommes armés jusqu'aux dents avançait en direction de la nef cabossée. Les personnes présentes dans l'habitacle, fixaient comme hypnotisées, l'équipe qui se positionnait autour du navire. L'insectoïde fut le premier à réagir. Son traducteur grésilla et cette phrase quelque peu fataliste en sortit :

— Eh bien, il est temps de rassembler nos affaires et de nous rendre.

Mecko réagit aussitôt :

— Nous rendre ? Certainement pas !

C"est sur un ton autoritaire qu'il lança à Ukal :

— Faites décoller cette poubelle volante, et partons d'ici !

Adrian s'insurgea aussitôt :

— Ça ne va pas, non ? Si nous faisons ça, et à condition de parvenir à quitter l'astroport, la brigade d'intervention spatiale n'hésitera pas à nous intercepter.

— Vous voulez vous rendre ? Ne vous gênez pas ! Moi je préfère mourir dans une explosion de croiseur plutôt que retomber entre les mains perverses des vôtres !

Le Lspwsto déclara sur un ton laconique :

— L'opinion de l'Oléan se défend, une mort rapide plutôt que lente, je suis d'accord.

Ukal excédé tonna :

— Taisez-vous et laissez-moi réfléchir !

Le silence s'imposa dans l'habitacle. Lia qui avait écouté sans rien dire, se replongea pieusement dans ses prières...

Ukal contemplait la jeune humaine. Soudain il l'interpella :

— Lia...

Elle leva les yeux vers lui. Le Kéjo lui souriait, son regard doré cherchait les yeux bleus-azur de la jeune fille :

— C'est à toi de décider.

— Moi ?

— Oui, tu seras la seule à t'en sortir sans trop de dégâts si nous nous rendons. Nous devons protéger ta vie en priorité.

Adrian tenta d'intervenir :

— Ukal, qu'est-ce que tu fais ? Tu ne peux pas laisser cet enfant prendre une telle responsabilité ?

— Bien au contraire. Je crois qu'elle est la plus sage d'entre nous.

Le Kéjo s'adressa de nouveau à la jeune fille :

— Nous t'écoutons...

Éberluée, elle regarda tour à tour ceux qui l'entouraient : des personnes d'origines différentes qui, pour au moins deux d'entre eux, étaient des antagonistes. Devaient-ils se rendre ? Elle s'en sortirait sûrement, mais qu'adviendrait-il d'eux ? Une certitude s'imposa à l'adolescente, l'Omniscient guidait ses pas, la sauvant d'une mort certaine alors qu'elle n'était qu'un bébé, puis l'Ancienne était venue, elle l'avait élevée, aimée, puis la Révérende était morte !

De là, Lia aurait dû mourir aussi, il n'en avait rien été. La route qu'elle avait parcourue se déroulait devant les yeux de la jeune humaine. À ce moment précis, il lui incombait de faire un choix qui allait impacter sa destinée, mais aussi celle de cette troupe de gens hétéroclites. Ceux-ci, suspendus à ses lèvres, dépendaient d'elle.

Se rendre ? Non, ce n'était pas ce que voulait l'Omniscient, elle en était persuadée ! Un très beau sourire éclaira ses traits, Lia n'eut qu'un mot à l'adresse du Kéjo, un unique :

— Partons.

Pendant ce temps dans la salle d'attente de l'astroport.

Élisabeth attendait que le départ de la nef d'Ukal soit effectif avant de s'en aller. Elle fixait les panneaux lumineux qui indiquaient les heures d'arrivée et de départ. Elle avait le regard fixé sur l'immatriculation suivante : "Croiseur type 120. IM : Kuej 54 C - Départ prévu 12:05"

La sénatrice regarda la pendule des lieux, elle indiquait 12:10. Elisabeth s'étonna : "Ils ont du retard !"

Elle reporta son attention sur le panneau d'indication, cette fois, la ligne réservée au véhicule d'Ukal clignotait, il était marqué : départ suspendu. L'angoisse saisit la sénatrice.

Elisabeth réfléchit calmement puis décida de se rendre dans une salle d'où l'on pouvait voir les quais, et assister aux départs des véhicules spatiaux. Elle y arriva rapidement. L'endroit était quasiment désert. La sénatrice s'avança vers la vitre d'observation qui surplombait la plupart des quais. Le navire du Kéjo entra dans son champ de vision.

Soudain Élisabeth remarqua l'escouade armée qui entourait la petite nef. Elle pâlit puis murmura : "Eliott ! À quoi joues-tu ?"

Elle n'hésita pas à sortir son communicateur et composa sans attendre le numéro du bureau présidentiel...

Vaisseau d'Ukal

Dans la Nef, tous étaient solidement attachés à leur harnais. Sxirttz se taisait, prêt à accepter son sort. L'Oléan avait les lèvres si serrées qu'elles en étaient à peine visibles, seule l'agitation de ses oreilles prouvait qu'il était loin d'être aussi calme qu'il le paraissait. Lia, confiante, s'était remise à ses prières, les yeux fermés, les mains posées sur l'Omlipie. Ce n'était pas le cas d'Adrian. Il avait les mains moites, et sur son front roulaient des perles de sueur froide. Cependant, il ne disait rien.

Ukal déverrouilla les amarres qui maintenaient son navire au quai. De là, il mit en route les génératrices auxiliaires. Le vaisseau vibra, le Kéjo posa ses mains sur le clavier tactile. Ses doigts habiles pianotèrent sur les touches. Enfin, il attrapa le levier de commande et le tira vers le haut. Son véhicule décolla...

Salle d'attente de l'astroport.

En bas, sur le quai, c'était la consternation. Quelques-uns des soldats tirèrent sur la nef qui prenait de l'altitude. Depuis la salle d'observation, la sénatrice voyait ce départ non autorisé. La femme raccrocha son communicateur.

La femme eut cette pensée à l'endroit de Lia : "Que ton Omniscient te protège, ma Lizzie." Pour la première fois depuis des années, Elle se mit à prier.


Vaisseau d'Ukal

Le Kéjo qui venait de brancher ses écrans, assista de visu aux quelques tirs des soldats. Sa nef s'éleva, les nuages remplacèrent la vision de l'astroport, Le navire n'eut pas de mal à traverser les trois premières couches atmosphériques, il passa sans accrocs la thermosphère puis l'exosphère, la gravité se coupa et les ennuis pointèrent leur vilain nez.

Ils se présentèrent sous la forme de deux frégates lourdement armées. Adrian osa demander au Kéjo :

— À quel point as-tu confiance en tes écrans de protection ?

— Repose-moi la question quand nous serons passés dans un conduit de navigation.

Cela ne rassura pas le terrien. Ukal entra une série de chiffres sur la console directionnelle, puis confirma à l'ordinateur de bord les coordonnées qu'il venait d'entrer. Enfin il effleura la touche d'ouverture du couloir et... il ne se passa rien...

L'homme-félin lança à la suite toute une série de jurons qui choquèrent l'Oléan (Il comprenait très bien le Kej). Éteignant son traducteur, l'insectoïde resta immobile et mutique. Lia s'absorba encore plus dans de pieuses dévotions.

Adrian osa demander :

— Que se passe-t-il ?

— Rien, il ne se passe rien !

— Ne me dis pas que ton générateur de saut est en panne ?

— Il est pleinement opérationnel, je ne comprends pas !

Il continua à pousser, tirer sur des leviers et divers boutons. Personne ne remarqua à cet instant-là que l'Ocléo épinglé sur le vêtement de Lia, étincelait...

Adrian déclara soudain :

— Un inhibiteur de couloir !

— Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?

— Tous les vaisseaux de la flotte terrienne en sont équipés, ils bloquent les faisceaux de commandes d'ouvertures de couloir.

Consterné, le Kéjo s'exclama :

— Je n'ai jamais entendu parler d'une telle technologie !

— Tu ignores beaucoup de choses sur les capacités offensives de la flotte terrienne.

Ukal allait répondre, mais le haut-parleur de son vocal grésilla, une voix en sortit, elle disait :

— Au pilote du vaisseau kéjo immatriculé : Kuej 54 C. Préparez-vous à être abordé. Si vous ne vous soumettez pas à cette injonction, nous tirerons sur vos éléments moteurs. Ce sera notre seule sommation !

Ukal, furieux coupa la communication. À ce moment, la voix de Me'cko s'exclamait :

— Qu'arrive-t-il à Lia ?

Tous regardèrent la jeune humaine. Elle priait toujours, sans avoir conscience de la brume lumineuse parcourue d'étincelles argentées, qui l'entourait. Adrian bouche-bée assistait à ce prodige. L'émanation se propagea sur eux tous, envahissant la totalité de l'habitacle ainsi que la console directionnelle. Dans le même temps, un conduit s'ouvrit devant le petit navire stellaire qui fut immédiatement aspiré à l'intérieur. Il se referma aussitôt.

*

Lia, à un moment priait la main posée sur l'Omlipie, et l'instant d'après, elle se retrouvait immergée au sein d'une brume lumineuse. La jeune fille se tenait debout, surprise, mais pas véritablement effrayée. Soudain, une voix s'adressa à elle : "Je te salue, chère enfant !"

Elle posa les yeux sur la personne qui s'adressait à elle. La joie la submergea en la reconnaissant, il s'agissait de l'Ancienne. Lia se précipita vers elle et se jeta spontanément dans ses bras.

Le'olin ne la repoussa pas, bien au contraire, elle l'étreignit avec tendresse. Presque immédiatement, elle la repoussa doucement :

— Nous n'avons pas beaucoup de temps Lia, alors tu vas m'écouter attentivement, d'accord ?

— Oui..., mais...

— Je t'en prie mon enfant, sois attentive !

Lia obéit et l'ancienne parla... Quand elle eut terminé, elle conclut :

— Maintenant, tu vas tenir ta promesse et visionner cet enregistrement que je t'ai donné. D'accord ?

— Oui... Mais, je ne voyage pas seule.

— C'est très bien ainsi, ils doivent savoir eux aussi...

Elle appuya ses lèvres sur le front de la jeune fille :

— Je te dis adieu à présent, ce que je n'ai pas pu faire avant ma mort. Continue à être fidèle aux principes de l'Omniscient. Ils sont la clef qui permettra d'apporter la paix à tous.

Lia n'eut pas le temps de poser d'autres questions, elle se retrouva dans le vaisseau d'Ukal. Elle était allongée sur la couchette que Sxirttz lui avait cédée. Elle vit le visage inquiet de Me'cko penché sur elle. Celui-ci s'exclamait :

— L'Omniscient soit loué, tu es de retour parmi nous !

Lia tenta de se redresser, elle demanda :

— Où est mon sac ?

Me'cko objecta :

— Tu dois te reposer, Lia.

— Je veux mon sac !

L'Oléan fixa le Kéjo. Celui-ci, sans un mot aida la jeune humaine à se redresser. Puis il récupéra la besace. Il la lui confia. Lia le remercia et sans attendre sortit l'enregistrement qu'elle gardait avec elle depuis son départ du monastère. La jeune fille le confia à Ukal en exigeant :

— Il faut le visionner.

— Maintenant ?

— Oui, sinon je vais oublier. Nous devons tous connaitre les secrets de la Révérende.

Ukal hocha la tête, il emporta l'objet oblong confié par Lia vers le cockpit. Il le connecta sur son écran holographique. Bientôt une image apparaissait au milieu de l'habitacle, celle de Le'olin An te'o. Le petit groupe fut attentif. L'Ancienne commença à parler...

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