Chapitre 40

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Adrian secoua la tête puis pivota vers les deux rescapés du centre pénitentiaire. Il fixa particulièrement L'Oléan. Celui-ci s'adressa à lui :

— Si j'ai bien compris, je vais revoir Lia ?

Le terrien sur un ton plus sec qu'il ne l'aurait souhaité répliqua :

— Oui, et c'est grâce à elle que vous êtes libre. Enfin, vous serez libre quand nous aurons quitté la Terre.

— Je suis heureux et soulagé qu'elle soit vivante. Même si je me demande comment elle a fait pour se retrouver si vite sur Terre, alors que je ne l'ai laissée sur Haloj qu'il n'y a quelques jours.

— Demandez-vous plutôt comment elle a survécu après que vous l'eûtes abandonnée. 

L'Oléan se raidit en s'exclamant avec hauteur :

— De quel droit me jugez-vous, humain insignifiant ?

— Du droit d'avoir sauvé ta face blafarde d'une mort lente et programmée, Oléan suffisant ! Ceci, au détriment de ma carrière et de ma planète !

— Je ne vous avais rien demandé !

— Lizzie ou Lia l'a fait pour vous. Vraiment, j'ignore pourquoi.

Me'cko allait vertement répliquer, mais un grésillement suivi d'une exclamation venant de l'insectoïde s'éleva  :

— Que l'Omniscient me fasse périr tout de suite !

Surpris, les contradicteurs portèrent leur attention sur lui...

*

Sxirttz, dès sa matérialisation dans l'habitacle s'était laissé glisser vers le sol. Il se redressa péniblement et darda sur l'humain et l'Oléan, ses yeux à facettes. Son communicateur grésilla de nouveau :

— Si j'ai bien compris, nous allons devoir nous supporter un bon moment. Si c'est pour vous entendre vous quereller comme deux juvéniles immatures, soyez charitables, tuez-moi tout de suite... 

Il se laissa aller de nouveau. Adrian, contrit, alla regarder Me'cko. Celui-ci détourna la tête. Il alla s'asseoir sur la couchette de l'endroit. Le terrien soupira et alla s'asseoir au poste de pilotage. 

Tous trois furent de nouveau silencieux, ils devaient se cantonner à ce mutisme encore un bon moment.

*

Londres - Domicile d'Élisabeth Rochester

Il était presque onze heures. Élisabeth aidait Lia à ranger dans une valise les vêtements qu'elle lui avait offerts. La jeune fille ne voyait pas l'utilité d'emporter avec elle autant d'habits, mais elle ne voulait pas blesser sa grand-mère... Ukal, de son côté faisait également ses bagages. Parallèlement, il avait essayé d'appeler Adrian plusieurs fois. Sans succès !

Il s'inquiétait beaucoup pour lui et s'en voulait de l'avoir placé dans une telle situation. Alors qu'il se laissait envahir par sa culpabilité, on frappa à la porte de sa chambre. Il alla ouvrir, il fut surpris, il s'agissait d'Hazil,  l'employée Kéjo de la sénatrice. 

Elle ne lui laissa pas le temps de s'exprimer. La Kéjo demanda immédiatement :

— Je peux te parler quelques instants ? 

— Oui, bien sûr !

Ukal s'effaça, elle rentra dans la chambre, il referma la porte derrière elle. Hazil fit face à Ukal. L'indécision marqua brièvement ses traits, puis elle lança abruptement :

— Toi et Lia devez partir sans tarder !

— Oui je sais, tout est prévu pour cet après-midi après le déjeuner. 

— Il sera trop tard. Vous devez partir dès à présent ; sinon, ça ne sera plus possible et tu auras alors de gros ennuis.

Elle ajouta dans un souffle :

— Et Adrian avec toi.

Stupéfait, Ukal contemplait sa concitoyenne. Il sentait vraiment l'urgence dans ses propos. Ensuite, il comprit que la Kéjo était bien plus qu'une employée au service de la sénatrice. Il s'interrogea : devait-il la questionner à ce sujet ? Il réalisa brusquement que ce serait inopportun. Par ailleurs, il comprit qu'elle ne lui dirait rien. Ce qui était sans doute préférable pour lui. Il n'était jamais bon de trop en savoir. Il déclara néanmoins :

— Moi je veux bien. Comment expliquer cela à la sénatrice ?

Elle sourit. Sa main alla se poser sur sa joue, elle effleura de ses courtes griffes parfaitement limées et colorées, la fourrure bleutée d'Ukal. Elle feula doucement :

— Tu trouveras un moyen, charmeur...

Elle laissa tomber son bras, pivota vers la porte et sortit sans attendre, laissant ainsi le Kéjo, beaucoup plus ému qu'il ne l'aurait souhaité.

*

Peu après dans la salle à manger.

Élisabeth, dubitative, scrutait le Kéjo. Il venait de lui demander de les conduire, Lia et lui, immédiatement à l'astroport de l'île gouvernementale. La sénatrice objecta :

— Je pensais que nous étions d'accord pour attendre le début de la mi-journée. Vous avez changé d'avis ?

— J'ai peur qu'il ne soit trop tard.

— Comment ça ?

Ukal se troubla quelque peu, avant de répondre sur un ton, qu'il espéra ferme :

— Disons que je n'ai pas beaucoup confiance en votre président. Vous l'avez dit vous-même ; il a un tempérament versatile.

Voilà, c'était dit. Il restait à savoir si l'argument qu'il venait de choisir convaincrait la sénatrice.  Celle-ci le contemplait toujours. Elle réfléchissait, puis elle consentit à admettre :

— Vous avez raison. Il est préférable de battre le fer quand il est chaud !

Elle alla regarder Lia, qui avait écouté cet échange avec intérêt, mais sans intervenir. Elle s'avança vers elle, la prit dans ses bras et l'étreignit avec émotion en lui disant :

— Je suis si triste de te voir me quitter. Je crois que je commence à comprendre pourquoi tu veux le faire.

Élisabeth écarta sa petite-fille d'elle. Elle la lâcha puis appela d'une voix forte :

— Hazil !

La Kéjo arriva aussitôt. La femme lui ordonna :

— Prépare rapidement un en-cas conséquent pour Ukal et Lizzie. Ils vont partir dès à présent.

Sans protester, elle obéit. Moins d'une demi-heure plus tard, la sénatrice, Lia et aussi Ukal, se matérialisaient sur l'île gouvernementale, à proximité de l'astroport. C'est ce moment-là que choisit Lia pour accrocher à son vêtement l'Ocléo, qu'elle venait de sortir de son sac. Instinctivement, elle avait senti le danger rôder autour d'elle !

*

Ils passèrent facilement les différents postes de sécurité. Puis ce fut la douane. On ne fouilla que sommairement leurs bagages. Enfin ils furent autorisés à rejoindre les quais. La sénatrice, à ce moment-là, dût renoncer à les accompagner. Avec tristesse, elle étreignit une dernière fois sa petite-fille, puis elle lui recommanda :

— Promets-moi que tu prendras soin de toi. Surtout jure-moi que lorsque tu auras trouvé, eh bien, ta destinée, tu reviendras me voir sur Terre ?

Lia assura en souriant :

— Je vous le promets, mais cela ne sera peut-être pas pour tout de suite...

— Qu'importe, j'attendrai le temps qu'il faudra. Il  me faut juste ta promesse de revenir sur Terre  et cela me suffira.

La jeune fille réitéra :

— Je vous le promets. 

La sénatrice embrassa sa joue. Puis elle dut bien laisser Lia en compagnie d'Ukal franchir seuls la barrière qui les séparaient de la porte menant aux quais. À cet instant, Elisabeth ne chercha pas à retenir ses larmes, elles jaillirent spontanément de ses yeux.

La  femme avait l'impression qu'une fois encore, on lui arrachait sa famille...

Palais gouvernemental - Cabinet présidentiel

Eliott était seul dans son bureau. Il travaillait sur d'importants dossiers. Quand son intercom sonna, il effleura la touche qui le reliait à son robot secrétaire et répondit :

— J'écoute ? 

— Un appel pour vous sur la deux, Monsieur le Président.

— Je prends.

Il décrocha le combiné.

— Oui ?

— Le Commandant Hermann est introuvable.

— Comment ça, introuvable ? Aucun citoyen ne saurait être introuvable !

— C'est pourtant le cas, son traceur ne répond plus.

Un sentiment d'alerte envahit le président Wood, doublé d'une appréhension tenace. 

— Où en est le transfert des prisonniers ?

— Normalement, il devrait être effectif, je n'ai pas encore eu de retour pour le moment.

— Renseignez-vous !

Il raccrocha, réfléchit puis décrocha de nouveau et ordonna au robot secrétaire :

— Obtiens-moi le poste de douane de l'astroport...

Il patienta...

*

Quai de débarquement et d'embarquement 7MA

C'est avec un certain soulagement qu'Ukal constata que sa vielle guimbarde spatiale se trouvait toujours là, où il l'avait laissée. Il s'empressa vers son navire en entraînant Lia avec lui. Son instinct lui hurlait à présent, qu'ils n'avaient pas intérêt à moisir sur la Terre.  

La jeune fille s'étonna :

— Pourquoi vas-tu si vite ? Tu crois vraiment que mon grand-père nous empêcherait de partir, alors qu'il a promis de faciliter mon départ ?

—  L'expérience m'a appris qu'il ne faut jamais faire confiance à un politicien. Crois-moi, même si dans ce cas, le politicien en question est ton grand-père !

Lia l'examina et, parce qu'elle avait l'esprit fin, demanda :

— Qu'est-ce que tu ne me dis pas ? 

Pour toute réponse, il sortit un appareil de sa poche et commanda avec celui-ci l'ouverture de son navire. Ensuite, il lui prit la main. Tous deux s'engouffrèrent dans la nef !

*

Quand l'écoutille du navire s'ouvrit, Adrian, un peu inquiet leva les yeux sur cette issue. En voyant entrer Ukal, il fut soulagé. L'humain s'exclama : 

— Enfin, te voilà, tu sais que tu m'as mis dans de beaux draps ?

— J'en suis navré, dis-moi, que fais-tu ici ? J'ai craint que tu ne sois arrêté.

Adrian soupira :

— C'est sans doute ce qui arrivera si tu ne m'emmènes pas avec toi...

Le Kéjo allait répondre, mais à cet instant, Lia s'exclamait :

— Me'cko An té o ! C'est un tel soulagement de vous savoir ici et vivant !

Elle se précipita vers lui pour l'étreindre avec émotion. D'abord surpris, Me'cko eut l'impulsion de repousser la jeune humaine, puis la joie de la revoir eut raison de ses réserves et ses a-priori, il l'étreignit avec émotion.

— Je suis heureux que tu sois, Lia. Pardonne-moi de t'avoir abandonné. Tu avais raison en définitive, nous avons toujours le choix....

L'Oléan avait de la peine à présent à contenir son bouleversement. La jeune fille s'écarta de lui, riva ses yeux clairs au regard gris de Me'cko et assura avec conviction :

— Il était dans les desseins de l'Omniscient que cela se passe ainsi.

Puis elle remarqua l'agitation des oreilles de l'Oléan. Elle s'étonna :

— Me'cko An té o, où se trouve votre turban ?

Ukal cessa de les observer pour demander à Adrian : 

— Finalement, tu as trouvé un moyen de le faire libérer ? Je peux savoir comment ?

— Crois-moi, il est préférable que tu n'en saches rien ; d'ailleurs, c'est à peine si je le sais moi-même.

Adrian ajouta en désignant l'insectoïde toujours prostré à terre, et qui avait assisté à cette scène en silence :

— Par contre, tu devras aussi emmener le Lspwsto.

Ukal ne le remarqua qu'à cet instant, il constata :

— Dis-moi, tes compatriotes ne l'ont pas raté,  il est dans un triste état.

Un peu gêné, Adrian ne sut que répondre. Un court silence s'installa qu'Ukal brisa en disant :

— Il ne s'agit pas de s'éterniser.

Il s'installa au poste de pilotage...

*

Bureau d'Eliott

Le Président venait d'obtenir sa communication. Il écourta les civilités avec l'officier qui lui avait répondu et demanda brusquement :

— Le bâtiment du Kéjo est-il toujours là ?

— Oui, Monsieur le Président, mais il ne devrait pas tarder à partir. Le Kéjo et la jeune fille qui l'accompagne viennent juste de monter à bord.

Eliott prit d'une désagréable intuition se raidit, il ordonna impérativement :

— Sa permission de décoller est suspendue. Vous allez faire procéder au préalable à une perquisition.

— Monsieur le Président, c'est contraire aux règles, d'autant plus s'il s'agit d'un vaisseau Kéjo. Par ailleurs, cela va retarder tous les autres vols et...

— Je n'en ai rien à faire, vous obéissez ! Souhaitez-vous vraiment prendre le risque de me contrarier ?

L'interlocuteur d'Eliott préféra ne pas insister, il répondit :

— Bien, Monsieur le Président ! 

— Rappelez-moi dès que c'est fait !

Il raccrocha.

*

Dans le vaisseau d'Ukal

Chacun s'installait comme il le pouvait en prévision du décollage. Adrian aida le Lspwsto à s'allonger sur la couchette, après lui avoir passé un harnais de sécurité qu'il avait fixé au mur d'acier. 

Me'cko s'était assis sur un des deux sièges qu'Ukal, depuis le poste de pilotage avait fait surgir d'une trappe au sol, demeurée invisible jusqu'ici. Lia  pris place sur le second. Quant à Adrian, il rejoignit la place vacante du copilote.

Le Kéjo débuta les protocoles préliminaires de décollage. Tout d'abord, il vérifia sa jauge d'énergie. Le niveau étant correct, l'inspection des génératrices et moteurs auxiliaires avait suivi. Tout était normal de ce côté-là aussi.

Ukal sorti son vocable afin d'appeler la tour de contrôle en prévision de son autorisation de départ. Il n'eut pas besoin de le faire, le haut-parleur, soudainement, grésilla...

Ukal sursauta, Adrian et les deux extraterrestres restèrent des plus attentifs. Lia pour sa part gardait son calme. Une voix sortit du vocable. Tous entendirent :

— Ici poste de surveillance stellaire de l'alliance terrienne. Ukal, du lignage Ekiloj de Kej, vous n'êtes pas autorisé à décoller. Veuillez vous placer en attente.

Adrian déglutit péniblement, les lèvres de Me'cko se serrèrent. L'insectoïde garda son stoïcisme apparent. Sans se démonter et posément Ukal répondit :

— Ukal du lignage Ekiloj de Kej à poste de surveillance. Je ne comprends pas, j'ai reçu mon autorisation de décoller après mon passage à la douane.

— Votre autorisation est suspendue. Une perquisition par des agents assermentés a été ordonnée. Préparez-vous à les recevoir à votre bord.

Toutes les personnes présentes dans l'habitacle du petit navire pensèrent que tout était perdu. 

Adrian se dit : "Je suis bon pour la cours martiale !" L'Oléan pensa : "Cette fois, je n'éviterais pas l'affreuse prison sur Pluton ! Où que soit Pluton !". L'insectoïde songea seulement qu'il n'était pas près de revoir le nid central.  Lia, quant à elle, commença à prier.  

Ukal réfléchissait à toute allure. Aucune alternative afin d'éviter la perquisition ne lui venait à l'esprit. Soudain, il trouva et s'exclama :

— Il ne sera pas dit que je me serais laissé impressionner.

Il reprit son vocable en main et déclara :

— Selon les accords bilatéraux entre Kej et la Terre, aucun navire spatial ayant reçu une autorisation d'atterrir sur le territoire humain ne pourra être retenu au sol et encore moins fouillé, à moins qu'un officiel attaché au gouvernement de Kej n'en ait donné son aval. Article 82 - Sous-paragraphe 12 - Alinéa 1 du traité de collaboration du 8 septembre 3159 selon le calendrier Terrien. 

Il cessa de parler, et non sans angoisse, attendit la réponse du poste de contrôle.

*

Poste de surveillance et de contrôle de l'astroport

L'officier radio, après son contact avec le vaisseau du Kéjo, consulta du regard le haut gradé qui se tenait près de lui et qui semblait très ennuyé. Le radio osa demander :

— Que dois-je répondre, colonel ?

Celui-ci réfléchit avant de répondre :

— Faites-le patienter.

Il quitta la pièce, puis sortit son portable et composa le numéro du bureau présidentiel.

*

Palais gouvernemental

Quand l'intercom sonna, Eliott s'empressa de décrocher. 

— J'écoute...

Les propos de son interlocuteur lui firent froncer les sourcils, puis sa bouche se tordit en un rictus sans joie ; enfin, il jeta :

— Je ne veux pas le savoir, vous passez outre ! 

Son correspondant protesta encore respectueusement. Eliott réitéra aussitôt :

— Je veux cette perquisition, vous m'entendez ? Je m'arrangerai avec les autorités de Kej. Allez-vous longtemps contester mes directives, colonel ?

Le colonel en question n'insista plus, le Président lui ordonna  :

— Faites diligence.

Il reposa le combiné sur son support. Dès lors, il se plongea dans d'amères réflexions... 

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