Chapitre 35

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Lia remarqua le malaise que son affirmation avait provoqué. Sa grand-mère notamment, se raidissait et son visage prenait un éclat un peu dur. La jeune fille eut un imperceptible mouvement de recul. 

Puis Élisabeth parut s'adoucir. Cependant, elle dit à la jeune fille :

— Je suppose que dans le monastère où tu as été élevé, tous n'étaient pas ravis de ta présence ? 

— C'est vrai, mais la Révérende a été comme une mère pour moi. Elle m'aimait vraiment.

Cette conviction affirmée avec force,  ne convainquit pas Elisabeth :

— Tu as eu de la chance. Tous les Oléans ne sont pas aussi altruistes que ta... Révérende. Le peuple terrien et tant d'autres peuples, comme celui d'Ukal en savent quelque chose.

Lia ne sut que répondre. D'autant plus que sa récente expérience avec les Oléans autres que l'Ancienne l'avait consternée. Elle pensait particulièrement à Me'cko qui l'avait abandonnée sur Haloj ! Élisabeth se fit conciliante, en déclarant :

— Oublions cela Lizzie, Tu veux bien et... parlons de choses plus agréables.

Elle accepta volontiers, et l'incident fût oublié...

*

Après le déjeuner, les paquets arrivés en fin de matinée furent ouverts. Lia, non sans curiosité et en compagnie d'Élisabeth  partie à la découverte de ce qu'ils contenaient. La sénatrice avait fait preuve d'un goût excellent. En tous les cas, les vêtements plurent beaucoup à la jeune fille. Cependant, certaines pièces de lingerie la plongèrent dans la perplexité. Ainsi désigna-t-elle à son aïeule, un soutien-gorge. Sur un ton débordant de candeur, Lia demanda :

— À quoi cela sert-il ? 

Cette simple question embarrassa Élisabeth. La jeune fille examina mieux le sous-vêtement, soudain elle désigna son buste en s'exclamant :

— Ah ! Je comprends... C'est pour ceci... ?

— Tu n'en portes pas ? S'étonna Elisabeth.

— Non... Je... Je ne comprends pas trop à quoi ça peut servir...

— Il est plus décent pour une femme d'en avoir un sur elle.

Les fins sourcils roux de Lia se froncèrent. Sa perplexité s'accentua :

— Je n'ai jamais eu l'impression d'être indécente !

La sénatrice assura :

— Je n'ai pas dit cela, chère petite !

En fait, cette discussion sur une simple pièce de lingerie, faisait comprendre à Élisabeth le fossé existant entre Lia et la culture terrienne ! La sénatrice se demandait brusquement comment cette enfant éduquée à la manière Oléanne, pourrait s'intégrer au sein des humains.

La femme alla regarder Ukal. Celui-ci durant cet échange entre la grand-mère et la petite-fille, avait préféré détourner le regard. Pour lui, cela touchait à l'intimité de l'adolescente. 

Cependant, la jeune fille posa le soutien-gorge pour se saisir d'une écharpe de soie bleue en affirmant :

— Ça, j'aime bien !

Cela fit oublier à la sénatrice ses interrogations. Elle se joignit à l'enthousiasme de Lia.

*

Plus tard

La sénatrice due s'absenter de nouveau. Lia resta en seule compagnie d'Ukal. Hazil, pour sa part, prenait sa pause.  

Ukal, installé sur le canapé de la pièce à vivre, lisait. La sénatrice lui avait dit :

— N'hésitez pas à puiser dans ma bibliothèque, où à visionner le tridi... Bref faites comme chez vous !

Alors que Lia s'immergeait dans la lecture de L'Omlipie, L'homme-félin n'avait pas hésité à se saisir d'un des ouvrages anciens qu'Élisabeth possédait. Par chance, non seulement, il comprenait le terrien, mais il le lisait aussi. Au moins la langue officielle (Il s'agissait de l'anglais, émaillé çà et là de quelques mots, phrases où expressions de quelques autres dialectes terriens). 

Lia, à un moment, referma son livre religieux. Puis elle soupira avant de fixer le Kéjo. Elle hésitait à le déranger dans sa lecture. Celui-ci leva les yeux sur elle et lui demanda :

— Tu désires quelque chose ?

— En fait, je repensais à ce que ma grand-mère m'a dit sur les Oléans. 

— Tu sais, son opinion est assez répandue au sein de ton peuple !

— Oui, et je le comprends, mais, tous les Oléans ne peuvent pas être ainsi ? 

Le Kéjo se retrouva piégé. Il réfléchissait à sa propre expérience avec le peuple dominant du C.E.M. Elle n'avait pas été particulièrement heureuse. Dans ce cas, comment répondre de manière honnête à la question de Lia ?

Finalement, il déclara :

— Oui, je suppose que quelques-uns ne sont pas forcément méfiants et xénophobes vis-à-vis des peuples qui ne font pas partie du C.E.M.

Cette réponse en demi-teinte ne satisfaisant pas totalement la jeune fille, elle insista :

— Moi, je pense que la plupart sont juste prisonniers de ce qu'on leur a appris. 

Elle précisa :

— Comme Me'cko An té'o !

Le visage de la jeune fille se fit songeur. Elle insista :

— Je me pose une question.

Ukal referma son livre le posa sur la table basse, puis  dévisageant Lia, répliqua :

— Pose-là, je t'écoute.

 — Comment ma grand-mère savait-elle pour la Révérende ? 

— Tu lui en as parlé peut-être ? 

— Non... Je n'ai pas beaucoup discuté avec elle...

Là, elle observait attentivement le Kéjo. Elle sut qu'il était mal à l'aise. 

Elle reprit :

— Et d'abord, comment elle pouvait être sûre de mon identité, et les hommes que nous avons vus à notre arrivée ?

Ukal réalisa qu'emporté par les événements depuis leur arrivée sur terre, personne n'avait expliqué à la jeune fille de qu'elle manière elle avait été reconnue. 

Cependant, Lia concluait :

— Tu le sais, n'est-ce pas ? Cet homme dans ce bâtiment où nous sommes allés, il te l'a expliqué !?

Le Kéjo n'était ni un menteur, ni un dissimulateur. Il répondit :

— Oui, je connais les circonstances qui ont permis que tu sois reconnue comme la petite-fille d'Élisabeth Rochester.

Il précisa très vite :

— Par contre, j'estime que c'est à ta grand-mère de t'en parler !

Lia scrutait attentivement le Kéjo. Son visage était ouvert, ses yeux, couleur de soleil à la pupille fendue, ne se dérobaient pas à son examen. Sa peau bleue-marine, couverte d'une courte, mais soyeuse et brillante fourrure, ne se hérissait pas. Ses courtes oreilles légèrement arrondies ne frémissaient pas. Oui, Ukal était l'honnêteté même.   

Elle dit :

— C'est d'accord, j'attendrai son retour et je lui poserai la question directement.

Elle reprit son Omlipie et se replongea dans sa lecture. C'était au tour du Kéjo de la regarder à présent. Il venait de comprendre qu'entre la grand-mère et la petite-fille, deux mondes dissemblables et forcément antagonistes, risquait de s'affronter, très prochainement...


Centre pénitentiaire provisoire - Cellule de Me'cko

L'Oléan gisait sur le grabat de sa prison, le corps meurtri et l'âme en déroute. Ses geôliers ne l'interrogeaient plus. Néanmoins, personne ne venait soigner ses plaies. Par ailleurs, il avait de l'eau à son lavabo,  mais aucune nourriture à sa disposition. Il essayait de garder à son esprit un semblant de cohérence. Quand il y parvenait, immanquablement il se rappelait l'indignité de sa situation, ce qui le replongeait dans le désarroi !

Il se redressa en tentant de se rappeler depuis quand il était prisonnier des humains, en vain, il avait perdu la notion du temps. Son esprit faillit une fois de plus partir en déliquescence. Le cliquetis de la serrure l'empêcha de sombrer. Me'cko fixa la lourde porte qui fermait sa prison. Elle s'ouvrait, deux hommes entrèrent. Il connaissait l'un d'eux, c'était un des  soldats qui l'avait conduit en salle d'interrogatoire. L'autre, par contre lui était tout à fait étranger. Il se demanda avec effroi :

— Quelle nouvelle torture ont-ils imaginée ?

Ce nouveau personnage s'exclama en le voyant :

— Par tous les saints ! Dans quel état est-il !

Sur un ton égal, l'autre répliqua :

 — Contentez-vous de le soigner, toubib, qu'il puisse supporter son transfert jusqu'à la cité pénitentiaire de Pluton.

— Allez-lui chercher à manger.

Le soldat se raidit. Il posa sur le médecin un regard d'acier. Sans se laisser impressionner, le soignant insista :

— Si vous voulez qu'il arrive vivant sur Pluton, vous devez lui donner le nécessaire !

En maugréant, l'autre ressortit quelques minutes. Le médecin s'approcha de Me'cko. Il prit place auprès de lui après avoir posé sa trousse sur le sol.  L'Oléan, surpris, mais aussi un peu méfiant s'étonna :

— Vous allez vraiment me soigner ? 

— Bien sûr, je suis médecin.

Il ouvrit sa trousse et en sortit divers instruments, il demanda ensuite :

— Puis-je vous examiner ?

L'Oléan n'hésita plus :

— Vous pouvez procéder.

Le soignant débuta son travail...

*****

Le médecin soigna Me'cko dans un silence quasi total. Entre-temps, le soldat était revenu. Il posa sur le sol, à côté de la couchette,  un récipient d'où s'échappait une légère fumée. Il repartit aussitôt, non sans jeter un regard haineux à l'Oléan. 

Me'cko fixa fugitivement le praticien :

— Cet endroit où je vais être transféré, comment est-ce ? 

— Je n'y suis jamais allé. Je sais quand même que cette cellule où vous vous trouvez, à côté de ce qui vous attend là-bas, c'est le paradis.

Me'cko retint un soupir avant de dire :

— Me voilà averti.

Le praticien ne releva pas cette remarque. Il termina ses soins et s'apprêta à quitter les lieux. L'Oléan lui demanda brusquement :

— Est-ce que vous savez si l'insectoïde qui était avec moi est encore vivant ?

— Il l'est, c'est un autre praticien qui le soigne. Il sera transféré sur Pluton en même temps que vous.

Me'cko fut heureux de cette nouvelle. Il n'était certes pas ami avec le Lspwsto,  mais dans ce cloaque de douleur, il restait ce qui s'en approchait le plus pour lui, à ce moment-là. 

Le médecin l'observait, Il sembla vouloir ajouter autre chose, mais se tut. Il quitta  la cellule sans rien ajouter. 

L'Oléan se saisit alors du récipient fumant resté sur le sol, et se restaura enfin.

Londres - Résidence d'Élisabeth Rochester

La nuit tombait sur l'ancienne City. La sénatrice ne revenait toujours pas. Hazil avait repris son service, vingt heures sonnèrent. Le Kéjo demanda à l'employée de la sénatrice :

— Est-il courant qu'elle rentre aussi tard ?

— Madame a ses entreprises à gérer. Alors oui, c'est assez fréquent.

Lia ne les écoutait que d'une oreille distraite. En fait, elle était fascinée par l'image que le tridi avait déployé dans la pièce. À savoir, celle d'un groupe musical qui se déhanchait, et gesticulait sur les sons syncopés d'une musique assourdissante. Les chanteurs braillaient aussi des paroles auxquelles elle ne comprenait rien. 

Cependant malgré elle, elle marquait le rythme avec son pied. Brusquement le groupe disparut. Le jingle d'un flash spécial le remplaça. Cela attira immédiatement l'attention du Kéjo. Il se saisit de la télécommande et monta le son...

Un homme vêtu d'un costume noir et sévère apparut. Il déclara :

— Nous interrompons momentanément nos programmes pour une allocution spéciale de notre Président, en direct  du palais gouvernemental...

Une autre image, celle du palais justement, avec en fond sonore l'hymne de l'état terrien. Puis l'image d'un homme aux larges épaules, aux cheveux grisonnants, au regard magnétique, habillé d'un vêtement qui ressemblait beaucoup à un uniforme, apparut. Il émanait de ce personnage un charisme incontestable.

Assez conquise par sa prestance, Lia contemplait cet individu. Ukal, pour sa part et Hazil avec lui, écoutaient les propos de cet intervenant  :

— Chers concitoyens, en ce jour béni entre tous, le peuple humain a commencé à retrouver sa dignité... Hier, à 14 heures selon l'horloge de l'île gouvernementale, nos forces spatiales ont stoppé, avant qu'ils n'atteignent la Terre, les armées hostiles et haineuses du C.E.M.  À savoir, une flotte conséquente insectoïde. Ce fut une glorieuse bataille, durant laquelle nombre de nos valeureux soldats sont morts, mais les pertes Lspwsto furent plus importantes encore et...

Le président de l'état terrien continua ainsi sa tirade en glorifiant les uns et diminuant les autres. À la fin, il révéla :

— Dans un souci d'entente cordiale et après avoir reçu l'assurance de la parfaite neutralité du peuple insectoïde vis-à-vis des événements à venir, la reine Lspwsto a signé avec nous un traité de non-agression...

Consternés, Ukal et Hazil se regardèrent.  À ce moment-là,  la voix d'Élisabeth intervint ainsi :

— Ah... L'annonce a été faite !

Les deux Kéjos pivotèrent vers la sénatrice. Elle venait à peine de rentrer dans la pièce. Elle ôtait sa veste. Ukal osa demander :

— Madame, j'ose espérer que ce que j'ai compris est faux, n'est-ce pas ? Ces événements à venir dont parle votre président... C'est une guerre ? Avec le C.E.M. ?

La sénatrice répondit sans paraître émue outre mesure :

— Cela fait bien longtemps que nous sommes en guerre contre le C.E.M., Ukal, seulement cette fois, nous ne nous laisserons plus piétiner sans rien faire ! 

— Je ne peux croire que mon gouvernement...

Elle le coupa :

— Toutes les décisions prises, toutes les actions entreprises ont été exécutées avec l'accord de nos alliés, n'en doutez pas une seconde !

Le Kéjo ne sut que répondre. Hazil restait silencieuse. Lia qui n'avait rien compris, ni au discours du Président, ni aux propos entre Ukal et sa grand-mère, (ils avaient parlé en terrien) ressentit néanmoins la gravité du moment. Elle osa demander :

— Que se passe-t-il ?

Tous la regardèrent. C'est Ukal qui lui révéla :

— L'état terrien et ses alliés viennent d'entrer en guerre contre le C.E.M. !

Elle sentit un grand froid l'envahir.

Hazil, à ce moment-là, éteignit le tridi et quitta la pièce, laissant ainsi les trois autres personnes parler des événements sans sa présence.

Soudain Ukal s'exclama :

— C'est de l'inconscience ! Une guerre ?

— Bien au contraire, cela va être salvateur pour tous les peuples opprimés par le C.E.M. Enfin nous relevons la tête. Nous n'allons plus subir ! Vous plus qu'un autre devrait le comprendre et se réjouir.

Ukal ne sut que répondre. Brusquement, Lia intervint :

— Alors l'adversaire de l'Omniscient sema les graines du doute, de la haine et de la destruction dans le cœur de ses enfants, et le feu jaillit et la souffrance naquit et le chaos se répandit dans l'univers... et l'Omniscient déversa ses larmes sur lui.

La sénatrice et le Kéjo la fixèrent, et là ils furent bouleversés... Lia s'était mise à pleurer...

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