Chapitre 34

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Le président de l'assemblée ne tenait qu'un seul feuillet en main. De son siège, Élisabeth remarquait que ses doigts tremblaient. Cela l'amena à s'interroger, qu'est-ce qui pouvait autant l'émouvoir ? Bryan Avery était un homme dont le sang-froid était pourtant connu.

À part ça, il restait imperturbable et c'est d'une voix ferme qu'il débuta la séance ainsi :

— Mesdames et messieurs les sénateurs, merci de votre présence à cette séance exceptionnelle.

Il se racla la gorge et reprit :

— Mon intervention sera courte. Après celle-ci, je vous demanderai de limiter vos prises de paroles et surtout de rester calmes...

Élisabeth haussa un sourcil surpris. Comprenant qu'il allait faire une annonce édifiante, elle fut des plus attentives.

Bryan Avery poursuivit :

— ... Hier à 14 heures, selon l'horloge de l'île gouvernementale, les quatrième et troisième armées spatiales ont engagé l'affrontement avec les forces galactiques insectoïdes au sein de l'amas du Dragon...

La sénatrice stupéfaite sursauta. Autour d'elle, d'intenses murmures parcoururent l'assemblée.

Le président du sénat continua :

— La confrontation a duré plusieurs heures et s'est soldée par la victoire de notre armée. Les pertes humaines ont été raisonnables, les pertes insectoïdes conséquentes. L'ennemi a battu en retraite et...

Soudain il s'arrêta, froissa le feuillet entre ses doigts en s'exclamant :

— Nom de Dieu !

Il paraissait soudain accablé ! Ses épaules s'affaissèrent comme sous le poids d'un fardeau trop lourd. Il lui fallut une poignée de secondes pour se reprendre. Élisabeth, toujours impassible attendait la suite, elle arriva lorsque Bryan Avery reprit la parole :

— Autant en venir à la conclusion des plus évidentes ; à l'heure où je vous parle, il est presque certain que nous sommes entrés en guerre contre le C.E.M, si ce n'est pas officiel, ne doutez pas une seconde que cela va le devenir.

Un tollé général suivit, tous les sénateurs, vent debout, hurlaient leur consternation et leur désapprobation... Tandis qu'Élisabeth restait assise, un sourire apparaissait sur son visage. Elle fut l'une des rares, si ce n'est la seule, à penser : "Enfin ! Ce n'est pas trop tôt !"

Cependant, le tumulte autour d'elle se calmait. Le président, du haut de son perchoir, reprenait le contrôle de ses émotions. Galvanisé par le soutien des sénateurs, il commença à égrener une suite d'éventuelles actions pacifiques à mettre en place, afin de montrer l'opposition de la chambre des sénateurs à l'égard la politique belligérante du gouvernement.

Élisabeth l'écouta d'une oreille distraite, en consultant sa montre. Autour d'elle, les mots suivants fusaient : motion de censure, protestation officielle, manifestation pacifique, etc... Des actions qui de toutes manières ne risquaient pas d'infléchir le cours des choses étant donné le pouvoir quasi-nul du sénat.

La séance continua dans cette ambiance. Élisabeth s'y ennuya profondément. Quand le terme arriva, soulagée, elle s'apprêta à quitter les lieux, mais une voix s'adressa à elle de cette manière :

— Ne pars pas si vite, Élisabeth !

Celle-ci pivota sur sa droite, Bryan Avery s'avançait rapidement dans sa direction. Elle dissimula habilement sa contrariété et demanda :

— Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Dépêche-toi, je suis attendue.

Bryan eut un bref sourire et cette réponse :

— Laisse-moi deviner, ta petite fille ?

— Déjà au courant ?

— Ce genre de chose ne risque pas de rester confidentiel. Qu'elle soit revenue parmi nous est un miracle.

— C'est vrai.

Elle s'enquit encore une fois :

— Qu'est-ce que je peux faire pour toi, Bryan ?

Il parut indécis, avant de se lancer :

— Je t'ai trouvée très peu combative aujourd'hui.

— Je n'avais aucune raison de l'être.

Consterné, il s'exclama :

— Tu ne penses pas ce que tu dis.

—  Bien sûr que si !

Sa véhémence l'attrista :

— Où est donc passée la démocrate pacifique d'autrefois ? Celle qui se battait bec et ongles contre tous recours à la violence ?

Le visage de la sénatrice se durcit. Sa voix claqua :

— Cette femme à laquelle tu fais référence n'existe plus, elle est morte le jour de l'attaque de la colonie 82 ! 

Le président du Sénat pâlit. Il déglutit péniblement. Il parvint à demander :

— Tu en es encore là, Élisabeth ?

La sénatrice ne répondit pas. Elle se contenta de le laisser là, dans cette enceinte, où seize ans auparavant, alors que le sénat avait tous les pouvoirs, Bryan avait fait en sorte que la demande d'Élisabeth, pour une sécurité accrue en direction de la colonie 82, soit repoussée !


Londres - Résidence de la sénatrice

Quand Élisabeth poussa la porte de son domicile, midi venait de sonner. Les vêtements arrivés depuis peu, s'empilaient sur le canapé du salon sous la forme de nombreux paquets. Lia avec perplexité les contemplaient. Sa grand-mère s'avança vers elle en déclarant :

— Je pensais qu'ils seraient arrivés plus tôt.

Ukal se permit de dire :

— Le livreur vient à peine de partir.

Lia pour sa part déclara :

— Cela fait beaucoup.

Sa grand-mère assura :

— Crois-moi Lizzie, il n'y a là que le strict nécessaire.

Elle ajouta :

— Nous regarderons tout ceci après le déjeuner.

Là, elle interrogea Hazil du regard. La Kéjo répondit :

— Tout est prêt, Madame !

— Allons-y !

Elle entraîna à sa suite Ukal et Lia.

Avec moins de difficultés que la veille, la jeune fille décortiquait sa cuisse de poulet. Ukal la contemplait, alors que Lia, la langue entre les dents, et à l'aide de son couteau, détachait de l'os la chair blanche du volatile.

Pour sa part, il aurait préféré se passer de couverts, afin de se saisir du pilon et déchirer la viande à pleines dents. En voyant la sénatrice jouer habilement de ses couverts, le Kéjo avait préféré s'abstenir. Cependant Élisabeth discutait avec lui. Elle posait des questions sur sa famille. Ukal n'aimait pas trop en parler. Au sein de sa lignée, il était considéré comme une sorte de rebelle. 

Cette étiquette, collée sur sa personne au lendemain de sa fuite du domicile maternel, il la revendiquait. Son refus total de se plier au mariage organisé par sa mère, l'avait contraint de se réfugier chez son père. Ravis, il l'avait accueilli à bras ouverts. Les us et coutumes des Kéjos, assez particuliers, faisaient que les mâles, même après leur mariage, vivaient séparément des femelles. Celles-ci avaient la haute main sur l'éducation, l'économie et l'entretien de la résidence de leurs lignées. Les mâles restaient souvent cantonnés au simple rôle de reproducteurs.

Ukal avait eu la chance que son père soit indépendant. Ce qui n'allait pas de soi au sein de la société Kéjo qui suivait un modèle matriarcal. Quoi qu'il en soit, grâce à cette indépendance, Ukal avait pu rentrer dans l'armée régulière de Kej, encore largement masculine, bien que sous l'autorité directe des femmes. En contre-partie, Ukal du renoncé à poursuivre ses études de médecine.

Malgré des réticences, Ukal expliqua succinctement son parcours à la sénatrice. Par égard pour Lia, tous deux s'exprimaient en Oléan. Mais, la jeune fille écoutait leurs propos. Elle se concentrait sur sa façon de manipuler ses couverts.

Cependant, une phrase venant de sa grand-mère attira son attention. Elle venait de dire à Ukal la chose suivante :

— Aucun système de société n'est parfait. Regardez les Oléans, ils pratiquent une parfaite parité entre les hommes et les femmes, en contrepartie, ils sont d'une xénophobie radicale envers les races qu'ils estiment inférieures à eux.

Lia ne put s'empêcher d'intervenir :

— La Révérende n'était pas ainsi avec moi.

Immédiatement, cela jeta sur l'ambiance de ce déjeuner, une sorte de froid...

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