Chapitre 32

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Planète Terre - Londres - Résidence d'Élisabeth Rochester 

Après le dîner, et un passage dans la salle de bains, Lia, guidée par sa grand-mère,  se retrouva dans une belle chambre. Elle sembla étrange à la jeune fille. Le vaste lit surtout la laissa perplexe. C'était un tel contraste avec l'étroite couchette de sa cellule, au monastère. La sénatrice lui dit :

— J'espère que tu te sentiras bien ici. 

Comme Lia se taisait, en regardant de tous côtés, Élisabeth insista : 

— Lizzie ? Tout va bien ?

L'adolescente leva les yeux sur son aïeule. À un moment, elle crut percevoir dans les intonations de sa voix, celles de l'Ancienne. La jeune humaine fut déçue. Elle s'en voulut de ressentir cette déception. Elle assura :

— Oui... C'est très joli... Merci.

Elisabeth hocha la tête. Elle avait un peu de peine à se rapprocher de la jeune fille. Après le moment d'émotion dans le cabinet du Ministre, Lia prenait ses distances, ce qui désolait la Sénatrice, dissimulant sa tristesse, elle reprit :

— Je vais te laisser te reposer. Nous nous verrons demain. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu n'hésites pas, je serai dans la chambre en face de la tienne.

Elle désigna la porte en souriant. Lia eut un très beau sourire et cette parole :

— D'accord, mais ça ira...

La sénatrice s'avança, n'hésita pas à l'étreindre avec tendresse. Puis quitta les lieux. 

*

Après le départ de sa grand-mère, elle alla s'asseoir sur le lit en soupirant. Son regard clair refit le tour de la pièce.  Elle était tendue de bleu tendre, les meubles de haute qualité œuvré en bois blanc, de fin panneaux de voiles ornaient la baie vitrée. Lia caressa le doux tissu de la couette moelleuse multicolore qui recouvrait la couche. Elle pensa brusquement : "Je ne suis pas à ma place ici !"

Lia chercha des yeux son sac, ne le trouvant pas, elle s'affola un peu, puis se rappela l'avoir oublié dans la salle de bain. La jeune fille quitta la pièce, pour se retrouver dans le hall qu'elle avait emprunté pour venir jusqu'à sa chambre. La pièce d'eau n'était pas très loin. Une sorte d'appréhension la saisissait. Cependant, elle s'y rendit à pas feutrés. 

Elle se dépêcha de récupérer ses affaires, retourna presque en courant sur son lieu de repos, et referma la porte avec soulagement avant de se sentir idiote d'avoir eu si peur. Lia retourna s'asseoir sur le lit et renversa le sac sur la couette dont elle examina son contenu.  

Avant toute chose, elle mit de côté son Omlipie et sortit son petit linge, ses affaires de toilette et le plaid coloré, cadeau de la Révérende, qui avait orné sa modeste couchette au monastère. Vint ensuite l'Ocléo qu'elle contempla longuement. Son mystère l'interpellait toujours, même si sa foi lui faisait accepter les phénomènes liés à ce bijou, simplement.

Elle le reposa et se saisit en dernier d'un objet oblong. Lia fronça les sourcils. Elle se demanda :

— Qu'est-ce que c'est ? 

Puis elle se rappela. Il s'agissait de l'enregistrement confié par l'Ancienne la veille de sa mort Il lui semblait entendre les mots de l'abbesse : "Il est très important que tu le visionnes. Tu sauras alors tout sur l'indignité de mon Karia, de la mienne aussi ! Je ne te demande pas de me pardonner. Tu ne me dois rien. Je veux juste que tu prennes connaissance de ceci. Tu apprendras que ton peuple n'est ni meilleur ni pire  que ceux qui s'érigent en chantre de la vertu au sein du C.E.M. Promets-moi qu'un jour tu accepteras d'être instruite de cette réalité. Aussi difficile qu'elle soit à entendre !"

— Je vous le promets. Avait-elle répondu. 

L'adolescente n'avait plus pensé à cette discussion avec l'Ancienne depuis Haloj et sa rencontre avec  Ukal. Il était vrai aussi que les événements s'étaient précipités à une allure folle depuis.

Lia manipulait cet objet, sans savoir quoi en faire, redoutant les secrets qu'elle ne manquerait pas d'y découvrir. Elle faillit aller voir sa grand-mère, mais quelque chose d'indéfinissable l'en empêchait. En définitive, elle décida : "Demain, j'en parlerai à Ukal !"

Elle rangea l'enregistrement. Ses autres possessions les rejoignirent. Elle ne garda que l'Omlipie et le plaid.  Alors, elle s'agenouilla sur le sol, ouvrit le livre saint et sans attendre, débuta ses dévotions en direction de l'Omniscient. 

Territoire Lspwsto - Système Lorrsitw - Nid central de la reine Yjilsv

L'armada insectoïde ou plutôt ce qu'il en restait,  surgit brusquement aux abords du système principale insectoïde, ceci dans un désordre indescriptible. La moitié des bâtiments rescapés de la bataille de l'amas du Dragon s'étaient brisés ou désintégrés durant la traversée du conduit de navigation. 

L'émoi gagna le nid. La reine depuis son couvoir d'apparat assista à ce retour avec consternation d'abord, puis affliction. Ses phéromones chargées de souffrance se répandirent dans la salle, atteignant ses trois conseillers : le refus, l'acceptation et la médiation. Puis les deux généraux qui étaient restés avec elle. Avec douleur elle ordonna : 

— Que cet écran holographique soit ôté !

Elle fut obéie sur le champ. Ensuite, la souveraine parue se rétrécir sous ses voiles. Les conseillers se consultèrent brièvement, puis la médiation demanda :

— Quelles sont vos directives, Majesté ?

 Yjilsv se redressa, son corps moiré et scintillant dominait les conseillers, ses larges yeux à facettes les scrutaient, ses antennes s'agitaient :

— Quel est votre conseil ? 

Le refus se mis en retrait. La médiation et l'acceptation s'exprimèrent. 

L'acceptation, tout d'abord :

— Il faut ouvrir des négociations avec la Terre, afin que notre territoire soit à l'abri de l'extension éventuelle du conflit que nous avons provoqué. 

La médiation appuya cette proposition ainsi :

— Et aussi nous retirer du C.E.M. et proclamer notre neutralité !

La Reine affligée répliqua :

— N'y a-t-il aucune autre solution ?

Ensemble, ils répondirent :

— Non, Majesté !

La médiation conclue :

— À présent que les armes ont parlé et échoué, il ne nous reste plus que la diplomatie.

Les voiles de la souveraine frémirent. Elle se sentait si lasse, aussi abdiqua-t-elle  :

— Qu'il en soit donc ainsi !

Les deux généraux se retirèrent en compagnie du refus, laissant ainsi la Reine conférer seule avec les deux autres conseillers.

Système planétaire d'Oléannis - Siège principal du Conseil Étatique Multiple

Sak'ri An te'o vivait la journée la plus horrible de sa vie. Cela avait pourtant si bien commencé. La veille au soir, il avait pu enfin rentrer chez lui, pour passer un peu de temps avec son épouse,  une merveilleuse soirée en perspective. Bien sûr, il n'avait reçu aucun message de Me'cko. Le délai de huit jours imposé au représentant insectoïde n'étant pas écoulé encore. Par ailleurs, plus de nouvelles de l'humaine envoyée sur Haloj. Il en avait déduit qu'elle était morte. 

Oui, pour Sak'ri An te'o, l'occasion de profiter de sa soirée était venue. Ainsi, avait-il rejoint sa luxueuse résidence édifiée au bord du lac des roches bleues, à la périphérie de la capitale, embrassé respectueusement le front de son épouse qui l'attendait sur le perron de marbre de sa demeure, et lui avait dit :

— Je suis tout à toi, Ari'si An te'o.

Un souper fin dehors sous la lumière des deux lunes bleutées d'Oléannis, une promenade romantique à bord de leur gracieuse goélette sur les eaux calmes et cristallines du lac et pour terminer une nuit de passion dans leur lit orné de voiles...  Et au petit matin, alors que le soleil se levait à peine, un appel brutal et urgent le forçait à retourner à l'hémicycle  : La chambre Lspwsto avait convoqué une session extraordinaire du C.E.M.

*

C'est à peine s'il avait pris le temps de se doucher, avant de revêtir son habit de conseiller. 

Quand il était arrivé, le plus jeune membre de son Karia l'attendait, il s'agissait de Fak'vo An te'o, l'Oléan qui avait recommandé de déposer Lia sur Haloj.  À son habitude, il paraissait calme. Il portait son turban, alors il n'était pas vraiment possible de savoir si effectivement il l'était ! 

Sak'ri An te'o lui demanda :

— Alors ?  Dis-moi en plus ?

Ceci sans cesser d'avancer en direction de l'hémicycle. Le jeune Oléan qui le suivait révéla :

— L'Armada Lspwstos, il y a plusieurs heures de cela, a quitté le système de Lorrsitw, direction la frontière humaine. Elle l'a franchie...

Là,  Fak'vo hésita. Sak'ri stoppa sa marche et pivota vers lui. Il le contempla en disant :

— J'attends la suite.

Son jeune parent laissa tomber :

— L'Armada des insectoïdes a été stoppée dans l'espace neutre par une flotte conséquente humaine !

Le Suprême du Karia An te'o blêmit. Il objecta ensuite :

— C'est impossible.

— D'après le conseiller Tcuzr qui a convoqué cette session extraordinaire, les faits sont avérés.

Sak'ri émit un léger soupir. Il reprit sa marche. En même temps, il demanda :

— Et après ?

— Je n'en sais pas plus.

Ils arrivèrent enfin devant les portes grandes ouvertes de l'hémicycle, y entrèrent. Les deux Oléans furent assaillis par un brouhaha assourdissant. Inquiet, Sak'ri observa les visages disparates et affolés des conseillers. Sa tension intérieure monta d'un cran. 

C'est pourtant calmement qu'il regagna sa place, sur le perchoir. Pour sa part, Fak'vo rejoignit la chambre Oléanne, qui était rappelons-le, majoritaire. 

Le calme peu à peu s'installa. Tous  les conseillers regagnèrent leur place. Sak'ri se tourna vers la chambre Lspwsto, inclina la tête en direction de son porte-parole et annonça :

— Nous vous écoutons, Conseiller Tcuzr.

Celui-ci commença alors à parler...

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