Chapitre 31

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Espace Neutre Lspwsto/Humain 

La flotte insectoïde avait surgi dans l'espace neutre plusieurs heures après le départ du Nid Central de Lorrsitw. Ce n'était pas moins de trois destroyers, escortés de dix croiseurs légers, eux-mêmes entourés de vingt-cinq frégates, qui avaient envahi cette partie-là du cosmos. Il y avait des lustres qu'une telle invasion n'avait pas eu lieu dans ce secteur. 

Dans le cuirasser principal, trois des cinq amiraux du nid étaient là : Dvhita, Dvhitb, Dvhitc ; les deux autres (Dvhitd, Dvhite) se trouvaient auprès de la reine. Ainsi suivait-elle avec eux, le déroulement de cette offensive qui serait retransmise quasiment en direct sur l'hologramme installé dans le Couvoir Royal. Tous les soldats Lspwsto restaient persuadés que l'élément de surprise permettrait une victoire rapide. Les amiraux, plus réservés, se taisaient. Ils ne souhaitaient pas décourager les troupes. L'espace humain les attendait, un dernier saut et l'armada serait à moins de quelques parsecs de la terre. La reine l'exigeait, il fallait frapper fort dès le départ. C'est au moment où l'ultime bond était imminent, que plusieurs conduits s'ouvraient simultanément devant la flotte d'invasion des insectoïdes. 

À présent, devant les légions Lspwsto se trouvait une force au moins égale à la leur, voire légèrement supérieure. Ce n'était pas trois, mais quatre destroyers qui constituaient le cœur de la flotte terrienne. 

Les généraux insectoïdes, décontenancés, en restèrent tétanisés une fraction de seconde, en constatant que leur principal avantage tactique était désormais caduque. De là, ils avaient deux options : Battre en retraite ou se lancer dans la bataille dès à présent. L'ordre arriva du nid : Ils devaient frapper sans attendre.

À bord du vaisseau principal terrien, tous étaient prêts à l'affrontement. Cependant, sur la passerelle, le capitaine Dominique Gradier interrogeait l'Amiral Steven Hopict du regard. Devait-il lancer les sommations d'usage, les insectoïdes étant membres du C.E.M, cela ne les concernait pas. Cependant, les règles tacites de la guerre voulaient qu'ils les transmettent quand. L'ordre de son supérieur fut impératif :

— Envoyez les chasseurs. Que les canons d'antimatière entrent en action !

De là, la passerelle fut prise de fébrilité...

C'est presque simultanément que les belligérants envoyèrent leurs chasseurs. Dans le même temps, les canonniers des deux armées se mirent au travail. L'espace s'illumina de multiples couleurs, tandis que les chasseurs effectuaient de meurtriers ballets. Les frégates des deux camps entrèrent aussi en action. Une sorte d'équilibre s'instaura entre les armadas ennemies. Leurs forces semblaient équivalentes. Les boucliers des destroyers et autres navires de combats tenaient le coup, même si plusieurs chasseurs furent détruits dès le début de la bataille. 

Sur la passerelle du cuirassé principal terrien, l'agitation néanmoins contrôlée était tangible. Le capitaine jetait de temps à autre des regards impatients à l'amiral Hopict. Puis n'y tenant plus, il se rapprocha de lui et chuchota :

— Puis-je parler librement, Amiral ?

— Je vous écoute.

— Il serait bien facile d'anéantir les insectoïdes, il suffirait d'utiliser notre arme principale.

— Elle en est encore au stade expérimental. Le prototype de ce vaisseau ne saurait être utilisé sans discernement, Capitaine.

L'Amiral conclut impérativement :

— Nos ordres sont de repousser les Insectoïdes jusqu'à l'amas du Dragon.

Le Capitaine Gradier n'insista plus. Il retourna à son poste.

À bord du destroyer central Lspwsto, l'effervescence était de mise aussi. Elle était certes plus mesurée mais réelle. Les Amiraux envoyaient leurs directives par le truchement du transmetteur olfactif. Cependant l'un d'eux, en l'occurrence Dvhitc, ne put s'empêcher de dire aux deux autres :

— Où donc les humains ont-ils trouvé les ressources et l'opportunité de s'équiper de la sorte sans que le C.E.M. et donc nous-même en soyons informés ?

Dvhita et Dvhitb n'avaient aucune réponse, car ils se posaient la même question. Dvhitc conclut alors :

— Nous ne gagnerons pas ! Nous ne pourrons que limiter les dégâts.

Dans l'espace, la confrontation s'intensifiait...

Plusieurs intercepteurs des deux camps étaient déjà hors de combat. Les premiers morts de cette bataille s'inscrivaient dans la logique inévitable de l'affrontement. Les épaves commençaient à encombrer cette portion de  l'espace neutre. La danse destructrice des différents chasseurs et bombardiers était sans concession. L'Amiral terrien pensa : "Il est temps de les déloger d'ici !" 

Il ordonna donc de vive voix :

— Envoyez la moitié des escadrons du destroyer Y541B  en appui. 

Il fut aussitôt obéi.

La flotte insectoïde harcelée, commença à reculer. L'affolement la gagna... Des ordres de retraite stratégique en direction de l'amas du Dragon tout proche furent lancés dès qu'ils réalisèrent que la fuite vers l'espace insectoïde semblait impossible. Les communications avec la Reine venaient de s'interrompre.  Dvhitc demanda à l'officier de communication, mais aussi au navigateur :

— Avez-vous une explication à ces non-sens ?

C'est le navigateur qui répondit :

— De fortes interférences, Amiral, qui proviennent de la flotte ennemie.

L'officier de communication renchérit :

— D'après nos relevés, elles émaneraient d'une source d'énergie inconnue.

Dvhitc  alla regarder les autres généraux avant de confirmer la retraite. Ils espéraient à présent  pouvoir se dissimuler dans l'amas. Au moins le temps de se rassembler et de redéfinir une stratégie. Ils ignoraient qu'ils fonçaient droit dans le piège tendu par les humains.

L'amas ouvert des Dragons mesurait environ 200 pc. Les étoiles qui le composaient étaient encore jeunes et issues du même nuage moléculaire. C'était le lieu idéal pour piéger la flotte insectoïde. Au moins, c'était la décision qu'avaient prise les hautes instances militaires terriennes. Quand l'armada Lspwsto y surgit, immédiatement suivie par les forces terriennes, une mauvaise surprise attendait les insectoïdes : d'autres vaisseaux terriens s'y trouvaient.

Cette fois, la flotte insectoïde était prise en tenaille. Les généraux Lspwsto étaient pour le moins contrariés de s'être laissés piéger ainsi. La partie la plus difficile, mais aussi la plus meurtrière de cette bataille s'engagea...


Territoire Humain - Planète Terre - Londres

La nuit tombait sur l'antique capitale de Grande-Bretagne. Au cœur de l'ancienne City, dans le bâtiment où Elisabeth Rochester résidait, Lia faisait ses premiers pas dans son monde originel. 

Il était 20 heures. La sénatrice, la jeune fille et le Kéjo dînaient. Lia tentait de domestiquer les couverts qui devaient lui permettre de se restaurer. Elle avait vite appris à se servir de baguettes, mais pour ce qui était de la fourchette et du couteau, c'était une autre histoire. À un moment, alors qu'elle tentait de couper un morceau de viande récalcitrant, le couteau ripa sur le bord de l'assiette et un fragment de sa côtelette voltigea dans les airs et atterrit dans l'assiette de... sa grand-mère.

— Désolée. dit-elle.

Elisabeth attendrit sourit et assura :

— Ce n'est pas grave.

Lia soupira, mais continua ses efforts. De l'autre côté de la table, Ukal la regardait avec indulgence. Il songea que les difficultés qui attendaient la  jeune humaine ne se résumerait pas au simple fait de manipuler des instruments, quels qu'ils soient. Soudain, il préféra ne pas y songer dans l'immédiat. Il engagea la discussion avec son hôtesse. 

Pendant ce temps, loin de la terre, au sein de l'amas du Dragon, la bataille continuait à faire rage...


Amas du Dragon - Espace Neutre - Flotte Lspwsto

Sur la passerelle du destroyer principal, c'était la panique. Pourtant il en fallait beaucoup pour troubler le flegme quasi légendaire des insectoïdes. Sur les trois amiraux, un seul parvenait à rester calme :  Dvhitc. C'est lui d'ailleurs qui  intervint pour ramener un semblant d'ordre. Ses antennes s'agitèrent brusquement et son cri phéromonal submergea tous les Lspwstos présents :

— Silence !

Aussitôt, les paroles olfactives désordonnées cessèrent. Satisfait, Dvhitc s'avança vers la carte holographique qui dépeignait en temps réel et à l'aide de symboles, les positions de chaque navire intercepteur ou autre sur le champ de bataille qu'était devenu l'Amas du Dragon. Il l'examina avec attention. En même temps, il ordonnait :

— Organisons la contre-attaque, les escadrons 62d et 64d appuieront les chasseurs sur le flanc sud, la 63d et la 65d le flanc nord. Il faut effectuer une percée dans leur mur offensif pour que la flotte atteigne le point 12.01.23. De là, nous ne devrions pas avoir de problèmes pour ouvrir un conduit de navigation et nous dégager de ce traquenard.

Dvhita et Dvhitb se regardèrent, c'est ce dernier qui objecta :

— Vous voulez battre en retraite ? Sans l'accord de Sa Majesté ?

Dvhita ajouta :

— Vous oubliez les interférences.

— Il n'est pas possible de communiquer avec Sa Majesté. D'autre part, la victoire est impossible, nous ne pourrons que limiter les dégâts. Une retraite évitera à notre peuple d'autres morts inutiles, enfin...

Il désigna la carte holographique :

— Le point que j'ai indiqué est suffisamment éloigné des destroyers humains, pour que notre flotte ne subisse plus lesdites interférences.

Dvhita objecta :

— Vous pensez qu'elles viennent de leurs bâtiments principaux ? 

— C'est l'évidence.

Il pivota vers  eux. Il attendait leur accord. Dvhita et Dvhitb sans hésitation déclarèrent ensemble :

— Qu'il en soit ainsi !

Dès lors, la passerelle s'activa...

*

Vaisseau principal terrien

L'amiral Hopict planté devant l'écran tridimensionnel, examinait le plan de la bataille qui se déroulait à l'extérieur. Quand il remarqua les agissements de la flotte insectoïde, un mince sourire se dessina sur son visage. Il pensa : "Exactement ce que l'état-major avait prévu !" De vive voix il ordonna au capitaine :

— Communiqué au Nautilus, au Phénix et au Griffon de lâcher leurs escadrilles. Qu'ils ouvrent légèrement l'issue en direction des coordonnées suivantes : 12.01.23. 

Le capitaine obéit, mais, en lui-même, il ne comprenait pas bien le but de toutes ces manœuvres. Il se disait : "Avec notre canon à disruption, nous pourrions ne faire qu'une bouchée de cette armada !" Il se doutait également que les stratèges de l'amirauté agissaient en fonction d'un but visant le moyen ou le long terme. Quoi qu'il en soit, au sein de l'amas, l'affrontement gagnait en violence.


Les insectoïdes étaient partis à l'assaut du blocus terrien... D'autre part, des escadrilles humaines agaçaient les arrières de l'armada Lspwsto. Lentement, cette dernière se rapprochait des coordonnées désirées, ce qui n'était pas sans dégâts. Les destroyers insectoïdes, toujours pris en tenailles, voyaient la puissance de leurs boucliers s'affaiblir de façon drastique. Sur la passerelle du cuirassé amiral, des vibrations continues, de plus en plus rapprochées, ébranlaient la structure même du navire. Le navigateur lança à Dvhitc une exclamation phéromonale puissante qui signifiait :

—  Amiral, j'ai de plus en plus de mal à maintenir le cap... J'ignore si je parviendrais à atteindre le point de saut !

— Il le faut pourtant !

Une secousse plus forte que les autres secoua le vaisseau...

L'espace de l'amas se transformait en une annexe de l'Enfer pour les Lspwstos. Des morceaux brisés de leurs intercepteurs flottaient au milieu des débris spatiaux. Des plaques de métal plus ou moins grandes se télescopaient entre elles, créant des écueils supplémentaires que les petits navires individuels certes maniables, mais insuffisamment protégés ne pouvaient pas éviter.

D'ailleurs, cela ne faisait guère l'affaire des chasseurs terriens. Bref, l'environnement stellaire devenait si délétère, que les chefs des deux armées belligérantes, rappelèrent à eux la moitié des intercepteurs. Au sein de la flotte humaine, les pertes étaient certaines, mais moins importantes que celles des insectoïdes. 

L'issue se rapprochait. Pour les Amiraux Lspwstos, elle sonnait comme un glas, un échec cuisant, un fiasco total. Au moment où la flotte insectoïde atteignait le point de saut tellement convoité, deux de leurs destroyers explosaient, emportant avec eux la moitié de leur flotte et le quart de l'armada humaine. Sur la passerelle de l'Amiral Hopict, la consternation devint palpable...

Sur le bâtiment principal terrien, Steven Hopict, qui restait calme en apparence demanda au capitaine Gradier :

— Que s'est-il passé ? 

Steven pianota rapidement sur sa tablette avant de répondre : 

— Un de nos intercepteurs s'est crashé près d'un réservoir d'énergie d'un de leurs destroyers.  Au moment où leurs écrans lâchaient.

L'amiral interrogea encore :

— Serait-ce une erreur flagrante de la part du pilote ?

Gradier effleura son pavé numérique une fois de plus :

— Lors du crash, le pilote était mort d'asphyxie. Son cockpit était dépressurisé, le pilotage automatique ne s'est pas mis en route.

L'Amiral n'eut qu'un léger soupir. Le navigateur dit à ce moment-là :

— La flotte Insectoïde a atteint les coordonnées 12.01.23. 

L'amiral reporta son attention sur l'écran tridimensionnel...


Sur le cuirassé des amiraux  Lspwstos, tout partait en morceaux !  Il avait reçu de plein fouet une puissante vague d'énergie consécutive à l'explosion des destroyers.  Les instruments directionnels automatiques ne fonctionnaient plus, et le navigateur avait dû prendre en mains le pilotage du navire en perdition. Dvhitc s'approcha de lui en demandant :

— Vous allez pouvoir effectuer le saut ? 

— Oui..., mais il n'est pas certain que nous arrivions entiers de l'autre côté du conduit ! 

L'amiral insectoïde digéra l'information, plutôt mal que bien d'ailleurs. Il dit en définitive :

— Faites pour le mieux !

Puis il rejoignit les autres amiraux. Ceux-ci s'étaient déjà harnachés sur leur siège. Dvhitc fit de même...


La flotte insectoïde étant parvenue à percer le bouclier défensif de l'armada humaine, elle s'apprêtait à quitter l'amas sans demander son reste. Sur le bâtiment principal terrien, le capitaine Gradier ne comprenait toujours pas pourquoi, alors qu'ils auraient pu anéantir l'ennemi, ils le laissaient partir. L'Amiral dès que le point de saut s'ouvrit eut un lent sourire. La  flotte insectoïde ou plutôt ce qu'il en restait, fut aspirée dans le conduit qui se referma derrière elle. 

Satisfait, Hopict annonça :

— Messieurs  et mesdames, c'est une grande victoire ! 

Un tonnerre d'applaudissements retentit. Steven ne s'y joignit pas. Il avait le regard rivé sur l'écran de sa tablette. Sur celle-ci commençait à défiler les premières statistiques concernant les pertes humaines... 

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