Chapitre 29

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Le vaisseau d'Ukal n'eut pas le temps de se placer en orbite que son poste de communication grésilla. Une voix sortit du haut-parleur :

— Vaisseau non identifié, veuillez rester en attente.

Le Kéjo répondit :

— Ici Ukal, du lignage Ekiloj de Kej, identification véhicule spatial : KUEJ 54.

— Ici poste de surveillance stellaire de l'alliance terrienne. Ukal, du lignage Ekiloj de Kej, vous êtes dans une zone soumise à autorisation, veuillez nous transmettre votre accréditation ou préparez-vous à être abordé.

Lia qui avait écouté, n'avait rien compris à cet échange. C'était assez légitime, elle ne parlait que l'Oléan ! Cependant, le Kéjo tapotait fébrilement sur le clavier tactile du poste de pilotage. En même temps, il disait :

— Poste de surveillance terrien, je vous communique mon accréditation et mes codes prioritaires. Je vous prierai de m'annoncer aux autorités de l'astroport principal et de me transmettre rapidement mon autorisation d'accoster sur le territoire gouvernemental.

En réponse, il n'y eut que des grésillements. Ukal sut alors qu'il devait attendre. La voix de Lia intervint alors :

— Je n'ai pas compris ce que disait ton correspondant.

Il rétorqua :

— Bien sûr que si, tu es humaine, comment n'aurais-tu...

Il se figea soudain. Il la fixa. Lia le regardait de ses grands yeux clairs emplis d'innocence et d'interrogations. Il s'exclama :

— Par le Multiple ! 

En fait, il s'en voulait de n'avoir pas anticipé cette difficulté à venir. Forcément, Lia ne savait rien de son peuple d'origine et encore moins de la langue. Cela l'inquiéta. Il songea à ce que lui avait dit Popelil à ce propos, qu'elle n'était ni humaine, ni oléanne. Que son chemin ne serait pas simple. Il soupira. Puis à la jeune fille qui attendait une réponse, il dit simplement :

— Tu apprendras vite, j'en suis sûr. Sinon, ils existent des traducteurs très performants.

Soudain, du haut-parleur jaillit la phrase suivante :

— Ukal du lignage Ekiloj de Kej, vous êtes autorisé à débarquer, je vous communique vos vecteurs d'approche. Soyez le bienvenu sur Terre.

—Je vous remercie, terminé.

Il coupa la communication et recommanda à Lia :

— Verrouille bien ton harnais.

Elle obéit. L'ordinateur de bord reçut alors les coordonnées qu'Ukal attendait. Celui-ci connecta le pilotage automatique. Le petit navire stellaire se dirigea vers la Terre.

*

Astro-aéroport principal - Territoire gouvernemental - Océan Atlantique

Le responsable militaire des lieux entra dans le poste de contrôle. Il demanda :

— Alors, que se passe-t-il au juste ?

— Un des agents de liaison de Kej est en approche, il a communiqué un code prioritaire urgence absolue, Commandant Herman.

Le militaire, avec inquiétude, demanda :

— Qui est l'agent ?

— Ukal du lignage Ekiloj de Kej.

L'inquiétude du responsable s'accrut. Il s'enquit encore :

— Vous lui avez attribué quelle plate-forme de débarquement ?

— La 7MA,  Commandant !

— Hum... Je me rends là-bas !

Il quitta les lieux, tout en sortant son communicateur. Aussitôt, il composa le numéro du ministre de la Défense.

*

La petite nef cabossée s'arrima sans fausse note au quai. Ukal pensa alors : "Cette vieille guimbarde n'a jamais aussi bien marché !"

Il nota ce point des plus positifs, pour éviter de penser à Lia et ce qui l'attendait. Il la regarda. Elle ne semblait pas anxieuse. Juste curieuse peut-être. Pour le moment au moins. Le Kéjo déboucla son harnais en disant à la jeune fille :

— On y va ! 

L'adolescente ôta également sa ceinture et quitta son siège, puis alla chercher son sac posé sur la couchette. Soudain, Lia pensa à l'Oclé'o. Celui-ci était toujours fixé sur son vêtement. Elle se rappela le conseil de Popellil. Sans réelle hésitation, elle dégrafa la broche et la glissa au milieu de ses affaires. Enfin La jeune fille rejoignit Ukal. Ce dernier avait déjà ouvert l'écoutille...

*

Un soleil éclatant accueillit les arrivants. Ainsi qu'une brise légère chargée d'iode. Surprise, Lia demanda :

— Qu'est-ce que ça sent ?

Ukal ne répondit pas. Il descendait déjà l'échelle de coupée. Il avait vu sur le quai le militaire qui l'attendait et n'avait pas vraiment entendu la question de la jeune fille. L'urgence de la situation occupait à présent toutes ses pensées. À pas rapides, il alla à sa rencontre. Lia n'eut pas d'autre choix que de le suivre...

*

Dès qu'ils furent face-à-face, tous deux se figèrent, puis le commandant humain s'exclama : 

— Ukal du lignage Ekiloj de Kej, que venez-vous donc faire sur Terre ?

— Et vous-même, commandant Adrian Herman, vous devriez être sur la colonie 16  ?

Puis tous deux se détendirent et éclatèrent de rire, avant de se saluer chaleureusement. Ceci fait, Adrian demanda :

— Sérieusement, tu étais en mission sur la frontière Epala ?

— J'ai eu quelques problèmes avec ma guimbarde, mon discriminateur de phase m'a lâché. Je me suis retrouvé, je ne sais comment aux abords de la planète des Halojs, j'ai dû y atterrir en catastrophe. Cependant rassure-toi, j'ai pu contacter ma hiérarchie, ma mission a été reprise par quelqu'un d'autre.

— C'était quand cela ?

— Il y a trois semaines en temps humain... À peu près.

Soudain, Adrian remarqua Lia. Il demanda :

— Et l'histoire de cette jeune fille ?

Ukal qui l'avait un peu oubliée la fixa à son tour. Il soupira :

— Elle est compliquée. 

Lia, en voyant les regards du terrien et du Kéjo focalisés sur elle, se sentit soudain mal à l'aise. Elle baissa la tête et se mit à danser d'un pied sur l'autre. Cependant, Ukal reprenait : 

— Je te parlerai d'elle plus tard ; dans l'immédiat, il y a plus urgent.

— À vrai dire, je m'y attendais, alors que se passe-t-il ?

Le Kéjo révéla alors :

— Toute une armada de Lspwsto fonce vers la terre. Cette flotte aura franchi la frontière dans moins de quatre heures.

Un court silence s'installa entre eux. Puis Ukal, remarquant qu'Adrian n'était pas très surpris, s'exclama :

— Vous vous y attendiez ?

— Nous dévastons leurs différents sites de production d'énergie depuis plus de trois mois, il était prévisible qu'ils réagissent.

Il précisa :

— Par contre, nos communications et nos antennes radars n'ont rien détecté.

Ukal qui était quelque peu déconcerté, répondit machinalement :

— Ils les ont saturés.

— Hum... Ceci explique cela. Suis-moi, le ministre de la Défense nous attend, tu lui feras ton rapport. Quant à cette jeune fille, nous la déposerons au centre du rapatriement. Ils feront ce qu'il faut pour retrouver sa famille.

— Je préférerais qu'elle reste avec nous.

— Pour quelle raison ?

Le kéjo alla regarder Lia. Puis il révéla  enfin à Adrian :

— Elle ne parle que l'Oléan.

Le commandant Hermann surpris objecta :

— Comment cela est-il possible ?

— Je te l'ai dit, Adrian, c'est... compliqué ! Pour faire court, elle a été élevée par une religieuse Oléanne !

Le  terrien contempla Lia qui restait en arrière, il réfléchissait. En définitive, il dit au Kéjo :

— Tu vas t'acquitter de ton rapport. Ensuite, nous verrons ce qu'il est possible de faire pour elle après ton entrevue. Il va de soi qu'elle restera en dehors du cabinet du Ministre.

— Bien sûr,  merci pour elle.

Ensuite Ukal fit signe à Lia qui s'avança vers lui, sans cesser de regarder le Commandant Hermann. Cette curiosité avait une raison : c'était le premier humain qu'elle rencontrât. Puis, Lia  réalisa que ce n'était pas très poli de le dévisager ainsi. Elle baissa le regard, mais se rapprocha d'Ukal en serrant son sac entre ses mains. La jeune femme entendait les propos du Kéjo et du terrien. Des propos auxquels elle ne comprenait rien. L'étrangeté de la situation la submergea. Lia réalisa brusquement qu'elle était étrangère sur son propre monde. Cela la terrifia  un bref instant. Puis elle pensa : "L'Omniscient me soutiendra, comme il l'a toujours fait jusqu'ici !" Sa peur s'en alla. La jeune humaine quitta le quai en compagnie d'Ukal et d'Adrian.

*

Le trio emprunta une série d'escalators qui les menèrent hors de l'astroport, sans passer par le secteur public. Lia regardait autour d'elle. Elle notait la technologie de pointe, les écrans holographiques, le personnel robotique, les distributeurs de nourriture automatisée, les systèmes de sécurité drastique. La jeune fille remarqua la parfaite propreté des rues et des structures ainsi que l'allure décontractée des  humains qu'ils croisèrent (tous des militaires). Ils arrivèrent en haut d'un immeuble. Le véhicule aérien du Commandant était garé ici, avec d'autres. Ils y montèrent. Une fois installée à l'arrière du véhicule, Lia soupira. Ukal qui se trouvait à l'avant, se tourna vers elle. Il lui demanda :

— Ça va aller, fillette ?

— Je... Oui, ça va !

Elle se força à sourire. Pendant ce temps, Adrian Hermann se glissait derrière les commandes. Par le rétroviseur, il examinait le visage de la jeune fille. Quelque part, il lui semblait familier. Ce qu'il notait aussi, c'est qu'elle était très observatrice. Il demanda à Ukal :

— Comment s'appelle-t-elle ?

— Lia. 

— Joli prénom.

Il pivota vers elle et lui dit  :

— Bienvenue chez toi, Lia.

La jeune fille cilla et sourit. Elle avait reconnu son prénom et compris qu'il la saluait. Elle fit de même. Le militaire entendit :

— Ineu eo il.

Ukal traduisit :

— Elle te dit bonjour et merci. 

— Oui... J'avais compris, j'ai quelques notions d'Oléan. Même si je n'aime pas trop utiliser cette langue.

Sur cette phrase, il mit en route son véhicule et celui-ci quitta les abords de l'astroport. 

*

C'est au palais gouvernemental qu'Adrian les conduisit. Il posa son véhicule sur le parking réservé au personnel, puis descendit en premier. Il ouvrit la porte arrière et tendit sa main à Lia. Celle-ci y glissa la sienne. Elle le remercia d'un sourire et sortit du véhicule. Ukal avait fait de même de son côté. Enfin, le militaire les guida à l'intérieur du bâtiment. 

Le trio emprunta un ascenseur privé pour atteindre le secteur gouvernemental. Adrian, grâce à son laissez-passer, y accéda sans problème. Ils arrivèrent dans un couloir où circulaient de nombreux robots de sécurité. Le sauf-conduit d'Hermann fut vérifié plusieurs fois, ainsi que l'accréditation d'Ukal. Pour la jeune fille, ce fut un peu délicat, mais Hermann affirmait qu'elle était avec lui. Les robots s'en contentèrent à chaque fois. (Hermann avait un laissez-passer de haut-niveau). Enfin ils entrèrent dans une salle. Là, un autre robot montait la garde. Il vérifia à son tour les différents papiers des arrivants, jeta à peine un coup d'œil à Lia. Cependant, il dit à la jeune fille en désignant un banc près de la porte : 

— Vous attendrez là.

 Le ton était mécanique et la langue humaine. Lia comprit le geste, elle alla donc s'asseoir sans protester. Le robot s'adressa ensuite aux deux autres ainsi :

— Son Excellence vous attend, veuillez me suivre.

Il les guida Dans une autre pièce. 

*

Adrian et le Kéjo entrèrent dans une pièce où les drapeaux et oriflammes à la gloire de l'état terrien, étaient omniprésents. Le ministre de la Défense se tenait derrière un bureau en bois laqué brillant. Sur celui-ci, l'inévitable matériel informatique, mais aussi une pile de dossiers papier. Cet ajout ancien, était en quelque sorte sa marque de fabrique, car il aimait travailler en dehors de toutes technologies et sentir le stylo crisser sur le papier, quand il faisait ses annotations ! 

Le commandant Hermann, dès qu'il fut dans la pièce, se mit au garde-à-vous. Ukal pour sa part et après un salut respectueux mais bref, resta en retrait. Le ministre s'adressa à eux ainsi :

— Je vous en prie, veuillez vous asseoir.

Il leur désignait des sièges, ils obtempérèrent. Ensuite, le ministre fixa le Kéjo et lui dit :

— J'écoute votre rapport, agent Ukal Ekiloj de Kej.

C'est de vive voix qu'il le donna.

Quand il eut terminé,  le ministre dit :

— Cette intervention des Lspwstos n'est pas surprenante, même si elle intervient plus tôt que prévu.

Sur cette constatation, il décrocha le combiné de son unité de communication, composa un numéro et plaçant le récepteur sur l'oreille, il patienta peu de temps avant d'obtenir sa communication et de dire à son interlocuteur :

— Monsieur Le Président ? Oui... C'est à propos du plan riposte 2... Hum... C'est cela... Entendu... À vos ordres, Monsieur Le Président !

Il raccrocha pour décrocher encore et composer un second numéro. Cette fois, il dit seulement à son correspondant :

— Plan Riposte 2.

Il raccrocha. Ukal avait écouté en silence. Soudain, il se sentait mal à l'aise. Cependant, Adrian demandait :

— Et pour les communications et radars ?

— Ne vous inquiétez pas, tout a été envisagé !

Il demanda ensuite :

— Autre chose à me dire ?

Ils assurèrent que non. Ainsi, le Ministre conclut :

— Je ne vais pas vous retenir plus longtemps, Messieurs, vous pouvez disposer.

Il se leva sur ces mots en ajoutant :

— Je vous raccompagne.

Il les suivit hors de son bureau et là, il vit Lia.

*

Le Ministre s'étonna :

— Que fait cette enfant ici ?

C'est Ukal qui répondit :

— En fait, c'est une histoire compliquée. Je l'ai trouvée sur Haloj. Elle venait d'y être abandonnée par un Oléan et...

Là, le Ministre sursauta, il s'exclama :

— Haloj ? C'est un Oléan qui l'avait emmenée là-bas  ?

Sans comprendre, Ukal acquiesça. Le ministre eut un bref sourire et cette parole :

— Ça alors... C'est inattendu !

Adrian et le Kéjo se regardèrent. Ils avaient du mal à saisir. Le Ministre reprenait :

— Il y a moins d'une demi-heure, ce cher Nathan Kernec était présent dans mon bureau, nous avons eu une discussion musclée à propos de l'audition d'un Oléan capturé il y a peu. En fait, Nathan a permis à une certaine sénatrice d'assister à cet entretien, sans m'en parler auparavant, ce qu'il aurait dû faire.

Adrian osa demander :

— Vous parlez d'Élisabeth Rochester ?

— Oui... En fait, dans le véhicule spatial de L'Oléan, un bijou a été trouvé : Une chaîne et une médaille, gravées des prénoms et nom de la petite-fille de la sénatrice. Un bijou que l'enfant portait le jour de sa disparition, lors de l'attaque de la colonie 82, il y a 16 ans de ça.

Troublé, Ukal alla regarder la jeune fille, qui les fixait avec une certaine crainte. Le ministre poursuivit :

— La sénatrice n'a pas pu s'empêcher de questionner l'Oléan. Elle a obtenu des aveux de sa part, des aveux riches en enseignements... 

Il s'arrêta soudain, et décida :

— Il sera plus simple que je vous fasse lire le rapport de Nathan.

Il les incita à de nouveau rentrer dans son bureau. Lia, à cet instant, sentit son angoisse renaître. Elle avait compris qu'on parlait d'elle...

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