Chapitre 27

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Centre pénitentiaire provisoire - Salle d'interrogatoire

"Dents jaunes" se tenait derrière son bureau, le Commandant Sxirttz assis sur le siège que Me'cko occupait plus tôt dans la journée. L'insectoïde y subissait le même traitement que l'Oléan. Bien sûr, on ne lui posait pas les mêmes questions, "Dents Jaunes" n'était intéressé que par les renseignements militaires qu'il pourrait tirer du Lspwsto. Ce dernier ne disait rien. Il ressentait une douleur épouvantable pourtant, qui se traduisaient par des réponses phéromonales intenses immédiatement transformées en cris de douleur par son traducteur.  "Dents jaunes" se servit une énième tasse de café puis s'adressa à l'insectoïde ainsi :

— Votre manque de coopération me consterne, Commandant Sxirttz. Vous n'avez rien à gagner de vous taire !

Le traducteur grésilla. "Dents Jaunes" entendit :

— Je n'ai rien à vous dire, je ne sais rien !

L'interrogateur soupira. Il effleura son clavier et reprit :

—  Revenons à la question du soutien logistique que pourrait vous offrir le C.E.M. 

La tête de l'insectoïde dodelina soudain. Le Lepwsto venait de perdre conscience...


Me'cko écoutait avec attention. Les cris avaient cessé !  "Est-il mort ?" se demandait l'Oléan. Une sorte de peur panique le saisissait. Si lui aussi mourait dans cet endroit glauque et sinistre ? Que deviendraient son corps et son âme ? Personne pour réciter les suppliques afin que son esprit soit guidé et se mêle à l'Omniscient, qui récupérerait ses cendres ? Qui les verserait dans les Crialys ? Qui les distribuerait aux membres de son Karia ? Me'cko eut l'impression qu'un puits insondable s'ouvrait sous ses pieds. Il émit une sorte de gémissement, et il se mit à prier et prier encore, pour que cette ultime déchéance lui soit évitée !


Palais gouvernemental 

Une assistance choisie se pressait dans la monumentale salle de réception. Celle-ci était la copie conforme de la galerie des glaces du palais de Versailles. Édifice hélas détruit lors des bombardements de l'année 2075. Ses dimensions, 73 mètres de long, 13 mètres de large et 12,5 mètres de hauteur et la profusion et la taille de ses 357 Miroirs, faisaient de cette galerie la grande fierté du ministre de la Culture, des arts et du patrimoine disparu. 

Les rares concessions au modernisme se trouvaient être un service de sécurité drastique : petites caméras discrètes disséminées un peu partout et gardes robotiques dernier cri placés à tous les endroits stratégiques de la salle. Ceux-ci vérifiaient les badges d'accès des convives et procédaient à des fouilles aléatoires. Bien évidemment, les journalistes de la C.I.G. étaient les seuls autorisés à couvrir l'événement. Toutes les personnes importantes du régime s'y trouvaient, en premier lieu les membres du gouvernement et bien sûr les sénateurs.  

Cela expliquait la présence d'Élisabeth Rochester. Pour elle, sa participation à cette soirée était calculée. Elle avait passé beaucoup d'appels cet après-midi-là, pour se heurter à une suite ininterrompue de fin de non-recevoir. La sénatrice avait compris que son implication dans l'affaire de Jupiter, deux ans plus tôt, lui portait préjudice, même sans preuve et qu'elle risquait bien de la traîner comme un boulet, le reste de son existence. En conséquence, il ne lui restait plus qu'une option : s'entretenir directement avec le ministre des Affaires Extraterrestres. Il était un ami, elle savait qu'il ne refuserait pas d'agir, même si son autorité sur les prisonniers aliens, il la partageait avec le ministre de la Défense.

Après les diverses interventions des officiels, qui se termina par le discours du Président, Elisabeth se glissa au milieu de ce beau monde, un verre de champagne à la main, en distribuant sourires de commande et paroles aimables. En même temps, elle scrutait chaque visage dans le but de dénicher parmi tant de gens le ministre en question. Elle le repéra près du mur aux souvenirs. Sur celui-ci était fixé une plaque commémorative en marbre noir. Des gravures en lettres d'or énuméraient tous les noms des chefs d'états et des généraux disparus durant la grande guerre économico-climatique. La sénatrice  fendit la foule afin d'atteindre plus rapidement sa cible.


Nathan Kernec, Ministre des Affaires Extraterrestres avait remarqué les manœuvres de la sénatrice depuis un moment lorsqu'elle s'avança vers lui. Il s'apprêta à l'accueillir aimablement. Il savait déjà ce qu'elle lui voulait. Le monde de la politique très perméable, ne permettait pas qu'il l'ignore. Avant même qu'elle s'adresse à lui, il déclara :

— Chère Élisabeth ! C'est un privilège trop rare de te voir en ce moment. Par quel miracle as-tu pu renoncer au calme de ta résidence londonienne ?

La sénatrice comprit alors que Nathan n'était pas dupe et que l'un des multiples contacts appelés cet après-midi-là avait averti le ministre  de ses manigances. Cela ne la surprenait, ni ne la contrariait, c'était de bonne guerre. Elle répondit :

— Je crois que tu connais la réponse, alors rentrons dans le vif du sujet. M'aideras-tu à rencontrer cet Oléan ?

Il la regarda sans parler quelques secondes, puis proposa :

— Sortons quelques minutes, veux-tu ?

L'homme lui offrit son bras, elle accepta aussitôt. Il l'entraîna en direction de portes-fenêtres donnant sur les jardins. 


Tout comme la salle de réception du palais gouvernemental, les jardins créés et aménagés en se basant sur des copies miraculeusement conservés des plans d'André le Nôtre, Jardinier en chef du roi Louis XIV dit "le roi soleil", contribuaient au rayonnement et au souvenir de l'antique souverain. L'image  de ce monarque absolu survivait ainsi  à tous les cataclysmes que la planète avait traversés.  Bien évidemment, les  espaces verts ne représentaient qu'un dixième de la taille de l'écrin qui avait entouré le château de Versailles. Tout de même, cela restait important. 

Ainsi Nathan Kernec conduisit-il Élisabeth près d'une pièce d'eau, une copie du bassin de Neptune,  brillamment éclairé. On pouvait admirer le décor sculpté représentant Neptune et Amphitrite. Pas moins de quatre-vingt-dix-neuf jets d'eau l'ornaient. Le ministre invita la sénatrice à s'asseoir sur un banc, s'installa près d'elle, puis dit :

— Élisabeth, as-tu conscience de la précarité de ta situation ?

— Je ne comprends pas ?

— Écoute, l'affaire de Jupiter t'a éclaboussée, officieusement en tous les cas. Le mieux que tu puisses faire, c'est de rester discrète si tu ne veux pas perdre ton siège au sénat.

Stupéfaite, elle s'exclama :

— De quoi parles-tu ? L'affaire de Jupiter a...

— Atteint de plein fouet la fille d'un de nos plus éminents scientifiques. Sois sûre que Boris Romanov n'est pas disposé à te le pardonner ! Il travaille d'arrache-pied depuis des mois pour rassembler des preuves contre toi.

Contrariée, elle s'exclama : 

— Et bien qu'il essaie, si ça lui chante ! 

Elle soupira et reprit :

— Je ne demande pas le bout du monde ! Je veux juste assister à une audition, une seule. Nathan, il s'agit de ma petite fille. Peut-être qu'elle est vivante. Les Oléans sont très réfractaires aux interrogatoires, j'ai fait ma thèse de fin d'étude en science extra-terrestre sur cette race, il n'y a pas de meilleur spécialiste que moi ! Je sais comment ils fonctionnent !

— Tu es trop impliquée émotionnellement à ce propos.

— Tu sais mieux que quiconque que je suis capable d'aller au-delà de mes sentiments personnels, pour agir froidement.

Nathan la contemplait. Il restait indécis. Elisabeth le suppliait du regard. C'était suffisamment rare chez elle pour qu'il en soit interpellé. Il réfléchit puis quitta le banc et dit :

— Présente-toi demain matin au centre pénitentiaire provisoire, avant 10 heures, si possible.

Il quitta les jardins sur ces mots. La sénatrice resta seule. L'espoir demeurait en elle. Elle se leva à son tour et à pas lents retourna à l'intérieur.


Centre pénitentiaire provisoire - Le lendemain matin

Il était à peine neuf heures quand Elisabeth se présenta aux portes du centre. Elle y fut accueillie par un militaire qui arborait le grade de commandant. Il  salua la femme puis l'invita à le suivre. Alors qu'il la guidait vers le secteur administratif, elle l'entendit déclarer sur un ton poli, certes mais froid :

— Vous devez savoir, Madame la Sénatrice, que la décision du Ministre des Affaires Extraterrestres me parait des plus inappropriées !

— C'est-à-dire ?

Il s'arrêta, pivota vers elle et répondit :

— Sauf votre respect, Madame, vous n'avez rien à faire ici !

Il reprit sa marche. Elisabeth pour sa part réalisa, qu'à présent, elle marchait sur des œufs.


Elle fut amenée dans un bureau. Là, on lui fit signer un papier par lequel elle s'engageait à ne rien divulguer de ce qu'elle apprendrait durant sa présence entre ces murs. Ce n'est qu'après qu'on la fit descendre au sous-sol, direction les salles d'interrogatoire. Cette fois, c'est un simple soldat qui l'accompagnait. Elle faillit lui demander si l'audition de l'Oléan avait débuté, mais en remarquant son visage fermé, elle préféra s'abstenir. Ils arrivèrent enfin devant une porte d'acier. Sur celle-ci était simplement indiqué : S. A.2. Le soldat l'ouvrit, s'effaça pour la laisser rentrer, et referma le battant derrière elle...

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